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15/09/2013

La poupée Daphné du Maurier

La-poupee_fiche_livre_2.jpgAvant de proposer cette lecture commune à Ingannmic, je ne savais rien du livre, ni de l'auteure, juste "Rebecca", par Hitchcok, juste que Ingannmic avait l'air de bien aimer (et comme en général, j'aime bien ce qu'elle aime) , juste aussi qu'elle m'avait précisé qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles inédites. Inédites donc doublement pour moi, ce qui fait qu'avant de lire de l'inédit d'une auteure dont je ne savais rien, je me suis offert un roman, "Ma cousine Rachel" (dont je dirai le plus grand bien quand j'aurais cinq minutes pour lui trousser sa note à la belle ténébreuse ...)

Les nouvelles, donc, sont arrivées en deuxième place dans l'ordre de lecture, même si elles sont en premier dans l'ordre de note sur ce blog,  ("La poupée" ayant un peu vécu sa vie pendant les vacances, toute seule, aux hasards de destination postales incongrues ...) "La poupée" est le titre de la seconde nouvelle, aussi, et c'est celle que j'ai presque le moins aimé, ce qui m'a fait un peu peur, mais en fait il n'y en a pas de vraiment pas bien, ni de vraiment meilleure. Il n'y a pas de fil conducteur entre les histoires, mais une solide cohérence de ton et d'univers.

La grande affaire de ces textes est l'amour des coeurs et des corps et ses frémissements d'âmes, surtout le coeur des femmes, de tous âges ou presque ; de la jeune fille candide du "Minet" qui se heurte au désamour de sa mère, elle, si jolie, elle, qui vieillit, au fantôme de la "vallée heureuse", en passant par la prostituée désabusée et même pas repentante de "Picadilly". La plume incisivement perverse de la Daphné s'attarde sur les beaux moments dévastés par le temps, les débuts d'amour, souvent, qui tournent au vinaigre sans cornichon. Les couples installés dans leur dispute aigre-douce car de " deux tempéraments contraires" ou les folies que peut faire faire un "vent d'est" qui souffle trop fort. Peu de personnages masculins mais un de taille, un pasteur dont la vilénie n'a d'égale que l'hypocrisie mondaine, soigneusement vitriolée au scalpel dans "Notre Père ...". Ces amants, ces maris aussi, qui bifurquent, le temps d'un "week-end" ou dont les "lettres se firent plus sèches", sans compter que le retour de l'un peut laisser augurer que si "le chagrin n'a qu'un temps", le temps n'est pas le même pour celle qui attend, ou celle qui souffre.

J'imaginais Daphné du Maurier comme une auteure un peu poudrée, de cette poudre de riz et de cette goutte de parfum surannée que la dame de la couverture doit venir de se mettre derrière l'oreille avant de coiffer son chapeau à voilette. Que nenni ! la dame fait dans l'autopsie, derrière les voilettes du mensonge, dans la dissimulation de femme fatale.

La dernière, "La sangsue", est pour moi quasi l'équivalent en littérature d'un de mes films cultes "All about Eve", que je me suis revu le soir même de la fin de ma lecture, une tasse de thé à la main, sans vitriol glissé dedans, du moins, je l'espère ...

Merci à Ingannmic, non seulement pour la découverte de ces nouvelles mais aussi pour celle de cette auteure que je vais suivre à la trace.

 

Commentaires

Je viens de mettre le lien à jour dans mon billet.
Je reviendrai demain lire le tien plus en détail : j'ai droit à 2 minutes d'utilisation du PC (ce n'est pas le mien)...

Écrit par : Ingannmic | 15/09/2013

Décidemment, une lecture à haut risque de connecton limitée ! Ce qui n'empêche un régal de lecture ... Une grande auteure dont je sens que je vais me régaler, le personnage du pasteur, comme toi, j'ai adoré. Mais il y a quand même quelque chose de plus profond, un truc de méandres, de sous ajents, et même (j'ose, presque un truc de Nathalie Sarraute, de cette sous conversation, des choses que l'on ne dit pas cause qu'on nous a appris à ne pas les dire, mais qu'on les pense et que ce n'est pas forcément "beau"). je pense à "le minet", forcément, et aussi à "le chagrin n'a qu"un temps".

Écrit par : Athalie | 15/09/2013

Je suis ravie de voir que cette chère Daphné, qui sous ses airs de jeune fille épanouie, aime manipuler le vitriol et explorer le dessous des âmes, t'aie séduite.
Je te souhaite avec elle d'autres bons moments de lecture (Rebecca, bien sûr, mais aussi L'auberge de la Jamaïque, Les oiseaux... et d'autres titres plus surprenants, comme Mad ou La maison sur le rivage).

Écrit par : Ingannmic | 16/09/2013

j'ai adoré "Rebecca" à mon adolescence
je lirai ces nouvelles et je te souhaite de bonnes découvertes avec Daphné
ah ces écrivaines anglaises!!
Luocine

Écrit par : luocine | 16/09/2013

Il me semble avoir lu "Rébecca" à cette période (pour moi) lointaine à présent, mais je n'en garde qu'un vague souvenir, éclipsé par le film du si grand maitre ... Tant mieux, finalement, je vais pouvoir tout lire d'elle, maintenant que je suis accro. Dès que tu en as l'occasion, saute sur "ma cousine Rachelle", c'est excellent à déguster sans modération !

Écrit par : Athalie | 16/09/2013

Jamais lu cette auteure et il me semble que c'est une belle erreur.. Il faut dire que j'ai (bêtement) tendance à fuir quand je vois une particule. Non, jamais je ne lirai PPDA.

Écrit par : jerome | 16/09/2013

Vraiment, fonce, je la croyais engoncée dans la naphtaline mais point du tout, c'est une lecture qui décape les âmes ( anglaises, cette fois ci, victoriennes à souhait, le feu de la glace sous les dentelles apprétées ...). Pour les particules (même pas élémentaires, ouaf, ouaf, humour à deux balles !), j'ai bien lu D'Ormesson cet été ... Par contre, PPDA même le plus fous des blogueurs n'arrivera jamais à m'en faire lire ne serait-ce qu'une phrase ! ( et pourquoi pas Musso et Levy, tant qu'on y est ...). Daphné, c'est autre chose que de la lecture pour fillettes !

Écrit par : Athalie | 16/09/2013

De Kerangal / de Maupassant / de Troyes / De Lautréamont ( même si du Casse / De Sévigné / De Nincks ... j'en passe pourtant et des meilleurs ... Comme je ne lis plus rien en ce moment (sauf la tristesse du gâteau au citron et le dernier Kashiske (orth aléatoire) déjà évoqués ici et que je recommande chaudement à vos PAL , PILE et autres ) je me gausse petitement j'en ai conscience .

Écrit par : Arkvador | 19/09/2013

Ah ? je ne connaissais que le fameux Rebecca (lu il y a longtemps) rendu célèbre par le film... cela vaut le coup de lire le reste alors !

Écrit par : Margotte | 21/09/2013

Tel que je suis partie, cela va être une superbe histoire de lectures ! Je le sens, j'y crois ... C'est trop fort la perversité victorienne, j'adore. Comme le dis Luocine ( bon, je transforme un peu ses propos...) : "A nous les vieilles anglaises" !

Écrit par : Athalie | 22/09/2013

Les commentaires sont fermés.