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25/09/2013

Rencontre avec la crétinerie ( et Léonora Miano, mais ceci est une autre histoire ...)

Ce soir, Léonara Miano passait présenter son dernier livre dans ma ville, dans une grande salle et des fauteuils confortables. Ce n'est évidemment pas un argument, mais comme j'ai déjà parlé du confort de lecture, je note ce point anecdotique sur le confort de l'écoute. De la rencontre, je causerai après quand je serais moins énervée par ce rien qui en dit long.

Je n'avais pas encore acheté son livre, à Léonara Miano. Je me dis, je vais l'acheter avant, après, c'est la foule de la dédicace, pas envie ... En retard, je ne passe pas par ma librairie préférée mais une autre, une grande enseigne, qui, avant, vendait des livres. Je crois même que c'est la première grande enseigne du genre qui personnalisait ses présentations des "coups de coeur" avec des simili post-it avec des similis d'écriture à la main, signés de similis vendeurs au prénom choisi ( Je me souviens d'une certaine Vanessa, qui devait confondre les différents auteurs américains, genre Ellroy et Ellory).

Bref, me voilà devant "les nouveautés de la rentrée littéraire", tout le beau monde y est sauf mon futur bouquin. Pas grave, me dis-je, il est dans "les nouveautés françaises". Pas l'ombre d'une "saison de l'ombre " sur le présentoir plat et blanc. Je respire par le nez avec circonspection. Mabanckou aurait donc raison, on colle les écrivains noirs qui écrivent en français en "littérature francophone" ? Leur français n'étant quand même pas tout à fait le même que le nôtre ??? Ou il y aurait-il une autre raison ?

Je m'étonne et finalement me renseigne auprès de la dame du rayon "livres". Qui pianote sur son écran pour pouvoir retrouver dans la géographie ( idéologie ?) des rayons où peut bien se trouver le dernier livre de Léonora Miano. Vous l'aurez sans doute deviné, dit comme cela, ben oui, en "Littérature africaine". Il parait que c'est comme cela qu'"on" classe dans cette grande enseigne, selon "les cultures" (non, pas selon les "races", elle n'a pas dit cela, ni selon les couleurs de peaux, point du tout ... le penser serait de la mauvaise fois sans doute ... D'ailleurs, elle n'y est pour rien la pauvre dame du rayon livre de la grande enseigne qui avant vendait des livres). Qu'un auteur noir, franco camerounais écrive en français en fait un auteur africain. Point. Logique. D'interrogation.

Question subsidiaire ; est-ce que ce classement marche dans l'autre sens ? je veux dire si un auteur blanc, franco camerounais écrit en français, il devient aussi un écrivain classé en "Littérature africaine" ? Je me demande ....

Commentaires

Il y a du chemin à faire côté mentalités ..

Écrit par : Aifelle | 26/09/2013

A froid, je me dis que le mot "connerie" n'est pas vraiment juste ... Méconnaissance, désintérêt, peut-être ? Il faut dire (mea culpa) que ce classement ne m'aurait peut-être pas tant fait bondir si je n'avais pas lu " Le sanglot de l'homme noir" de Mabanckou, qui m'a fait mettre des points sur des i où je ne les aurais sans doute pas mis avant. Je te conseille la lecture de ce petit essai. A moins que ce ne soit déjà fait ?

Écrit par : Athalie | 26/09/2013

Méconnaissance non, je ne crois pas, plutôt des restes de vieilles lunes colonialistes qui font que l'on ne reconnaît pas les écrivains francophones comme étant tout-à-fait "des nôtres". Je n'ai pas encore lu l'essai de Mabanckou, je compte le faire.

Écrit par : Aifelle | 26/09/2013

Oui, c'est cela, pas tout à fait des nôtres, pas tout à fait comme nous, pas blancs, quoi ... J'ai toujours trouvé que le terme "francophonie" sonnait sacrément hypocrite. Même si il est évident que des plumes, et pas des moindres, on eut la force de la "négritude". Tu verras Mabanckou, comme Léonora Miano, d'ailleurs, ont à leur tour, la conscience d'aller vers autre chose. J'adore cette littérature, elle bouge !

Écrit par : Athalie | 27/09/2013

Ben voilà, je sais pourquoi je vais aller en classe ce matin... pour essayer de lutter contre la crétinerie ;-)
Justement, cette année, j'ai volontairement mis au programme des auteurs "caribéens" comme on dit, et que l'on voit trop peu dans nos manuels ! Les élèves aiment beaucoup, c'est beau et poétique et ils aiment m'entendre parler créole comme une vache espagnole (dans Chamoiseau, il y a des passages en créole...).

Écrit par : Margotte | 27/09/2013

Tu as raison "crétinerie" est bien mieux que "connerie". Tu as raison sur tout d'ailleurs ... Et même de tenter de parler créole, après tout, vache espagnol ou pas, c'est une bien belle langue ! Comme tes élèves, j'adore aussi les passages de ce Chamoiseau qui m'a régalé avec "Antan d'enfance", et aussi "Texaco". Le dernier, je ne l'ai pas tenté, mais j'ai entendu l'auteur (comme toi peut-être ?) à Saint Malo. Cette parole est d'une intelligence rare.

Écrit par : Athalie | 27/09/2013

Voilà qui me fait penser à "Effacement" de Percival Everett, c'est exactement ça.
Et les Noirs américains, elle les range où la dame ? Parce que madame Percival Everett est née de mère blanche et de père noir et elle est aussi blanche que toi, moi, et la dame de la grande enseigne... bref, même en voyant sa photo, on ne voit pas qu'elle est Noire... mais est-elle Noire au fait ? Ben non, puisqu'elle est Blanche !

Écrit par : Sandrine | 28/09/2013

J'ai beaucoup aimé le seul roman que j'ai lu pour l'instant de Percival Everett et il me semble bien avoir noté "Effacement" chez toi, justement. Et comme je suis têtue, je susi du genre à aller l'acheter exprès ailleurs que sur les rayons de la grande enseigne. Vengeance anonyme et totalement inutile contre la crétinerie, pas grave, j'aime jubiler seule ou presque. Le pire, c'est que je pense que les noirs américains sont classés en littérature américaine, il n'y a que pour la langue de chez nous, faut croire, que la couleur compte ! ( mais je suis de mauvaise foi, car je ne suis pas allée vérifier)

Écrit par : Athalie | 29/09/2013

Athalie, ça te va bien d'être énervée :-) J'aime bien ces petits billets d'humeur, énergiques et militants !

Écrit par : Manou | 30/09/2013

Avoue qu'il y a de quoi hurler !!! Toi qui connais la mère Scholastique (entre autres ...) et le petit père Mabanckou, c'est juste de la littérature, non ? ou alors, créer un rayon "littérature de culture commerciale, élevée dans les serres et pas en plein air" et un autre rayon "les autres" où l'on met tout ce qu'on aime, les noirs afros, les américains pas blancs, même les blancs, les cubains, les français de souche, les pas souches, les on s'en fiche, les irlandais qui ont émigré, les femmes, les hommes ( je me sens comme un vent d'humanisme, il va falloir que je prenne mes calmants, à mon âge, l'énervement nuit ...)

Écrit par : Athalie | 30/09/2013

Ah non hein !!! L'énervement ne nuit JAMAIS ! (quand c'est pour de bonnes raisons...) C'est la mollesse et le conformisme qui TUENT !!! :-)

Écrit par : Manou | 01/10/2013

T'as raison, je vais arrêter les pilules et reprendre l'énervement. Le bon. En plus, les vrais calmants contr la crétinerie, c'est quand même encore les bouquins. Et sans risque d'overdose. Tout bénef.

Écrit par : Athalie | 02/10/2013

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