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28/09/2013

Ma cousine Rachel Daphné du Maurier

imagesCAE4OLDM.jpgEt voilà ! Il m'a fallu attendre la toute fin des vacances ( je sais, ça date un peu, mais d'autres notes sont venues s'intercaler dans mon organisation prévue qui s'en est vue toute chamboulée, par ma propre faute, évidemment, une organisation étant faite pour ne pas être suivie), pour que je trouve MA lecture de l'été à moi, celle qui parle d'amour : dense et limpide, coulant de source et frappadingue. Pour "Ma cousine Rachel", sans recul aucun, je proclame MON coup de coeur.

Soit, ce n'est pas franchement estival, il y a bien une folle histoire d'amour et un peu d'Italie, mais pour l'essentiel, l'histoire se déroule sous la pluie, dans l'ouest de l'Angleterre. C'est là que les passions se déchainent sous couvert de soupapes et de brouillard intime. Enfin, surtout pour le narrateur, Philipp, jeune homme sans grande expérience des femmes, limite goujat, d'ailleurs. Il vit dans un domaine agricole qu'il aime passionemment, comme il aime passionnément Amboise, son oncle, son protecteur, son mentor, son modèle. Il héritera de lui le domaine, les domestiques, les fermages, la tranquille série des jours cossus, la décoration sommaire mais virile du cottage. Philipp a une vie toute tracée qui lui convient parfaitement. Toujours pas de cousine Rachel, ni de tornade amoureuse en vue ... Elle arrive, la belle, tout doucement. C'est Amboise qui va la débusquer ( ou l'inverse ...) au détour d'un de ses séjours d'été en Italie où il séjourne pour soigner ses rhumatismes en laissant les pluies boueuses aux bons soins de son neveu. Une lettre arrive d'Italie, la belle aime les jardins et les fleurs, comme Amboise, puis une autre, puis deux, puis, le ton change, le jardin s'assombrit, l'horizon se complique, puis ...

On ne peut guère en dire plus ... L'histoire d'amour est tendue comme une corde raide, avec des précipices de chaque côté, et un gouffre en dessus. Dès le premier chapitre, on sait que le pauvre Philipp en est sorti tout cassé, mais cassé comment ? On sait que le drame l'a engouffré, justement, a tout emporté, amour d'elle, amour de soi. Mais c'est si bien fait, que même au bord de l'implosion, celui où souffle haletant, on voudrait bien savoir si Philipp a ... ou va ... (l'andouille ! non, il ne va pas ....), si Rachel va ... ou a ..., et que l'on ne veut quand même pas lire la fin, pour ne pas casser la corde, mais que la tentation est si forte que vous relisez le premier chapitre donc, rien à faire, rien ne transpire, sauf vous.

Une histoire d'amour tissée comme une redoutable toile d'araignée, mais qui est la mouche ? Dans l'enchainement aveugle des passions, la Daphné, elle est balèse. A lire en automne, en hiver, au printemps.

25/09/2013

Rencontre avec la crétinerie ( et Léonora Miano, mais ceci est une autre histoire ...)

Ce soir, Léonara Miano passait présenter son dernier livre dans ma ville, dans une grande salle et des fauteuils confortables. Ce n'est évidemment pas un argument, mais comme j'ai déjà parlé du confort de lecture, je note ce point anecdotique sur le confort de l'écoute. De la rencontre, je causerai après quand je serais moins énervée par ce rien qui en dit long.

Je n'avais pas encore acheté son livre, à Léonara Miano. Je me dis, je vais l'acheter avant, après, c'est la foule de la dédicace, pas envie ... En retard, je ne passe pas par ma librairie préférée mais une autre, une grande enseigne, qui, avant, vendait des livres. Je crois même que c'est la première grande enseigne du genre qui personnalisait ses présentations des "coups de coeur" avec des simili post-it avec des similis d'écriture à la main, signés de similis vendeurs au prénom choisi ( Je me souviens d'une certaine Vanessa, qui devait confondre les différents auteurs américains, genre Ellroy et Ellory).

Bref, me voilà devant "les nouveautés de la rentrée littéraire", tout le beau monde y est sauf mon futur bouquin. Pas grave, me dis-je, il est dans "les nouveautés françaises". Pas l'ombre d'une "saison de l'ombre " sur le présentoir plat et blanc. Je respire par le nez avec circonspection. Mabanckou aurait donc raison, on colle les écrivains noirs qui écrivent en français en "littérature francophone" ? Leur français n'étant quand même pas tout à fait le même que le nôtre ??? Ou il y aurait-il une autre raison ?

Je m'étonne et finalement me renseigne auprès de la dame du rayon "livres". Qui pianote sur son écran pour pouvoir retrouver dans la géographie ( idéologie ?) des rayons où peut bien se trouver le dernier livre de Léonora Miano. Vous l'aurez sans doute deviné, dit comme cela, ben oui, en "Littérature africaine". Il parait que c'est comme cela qu'"on" classe dans cette grande enseigne, selon "les cultures" (non, pas selon les "races", elle n'a pas dit cela, ni selon les couleurs de peaux, point du tout ... le penser serait de la mauvaise fois sans doute ... D'ailleurs, elle n'y est pour rien la pauvre dame du rayon livre de la grande enseigne qui avant vendait des livres). Qu'un auteur noir, franco camerounais écrive en français en fait un auteur africain. Point. Logique. D'interrogation.

Question subsidiaire ; est-ce que ce classement marche dans l'autre sens ? je veux dire si un auteur blanc, franco camerounais écrit en français, il devient aussi un écrivain classé en "Littérature africaine" ? Je me demande ....

22/09/2013

Chroniques birmanes Guy Delisle

myanmar.jpgAyant été complétement convaincue par l'apparente simplicité du propos des "Chroniques de Jérusalem" et la profonde complexité que révèlent sous leur aspect anecdotique, ces petites planches semblant crayonnées seulement, c'est d'un oeil confiant que j'attaquais la même sobriété graphique du même auteur en Birmanie, comme le titre l'indique.

Le principe est le même, sûrement autobiographie, ce "roman graphique" retrace le départ, la vie quotidienne, puis le retour de l'auteur-accompagneur de sa femme, en mission humanitaire, quant à elle. Lui se retrouve père au foyer en proie à la gestion du quotidien dans un pays où il est loin d'être évident, le quotidien, le sien, bien sûr, mais bien sûr aussi, et surtout, celui des Birmans. Toujours sobre et détaché, l'auteur ne prétend pas faire un cours de géo-politique, et c'est ça qui est bien : la chaleur, et comment la gérer dans un pays où les coupures d'électricité n'ont d'égal que la fréquence et la violence des averses durant l'autre saison, comment trouver une maison, une piscine, une occupation ...

Evidemment, ces petites chroniques de la banalité tracassière et absurde, se doublent de leurs causes : la dictature, la corruption généralisée, la fermeture du pays à toute langue que celle de bois, la paranoïa militaire contagieuse qui assure la fermeté du régime. Tout ce qui fait que les journaux ont des trous, les sites internet des absences de communication intempestives, les DVD de drôles de titres, que les bouteilles d'encre apparaissent ou disparaissent sans autre logique que celle, absurde toujours, du système politique obscur qui rode partout de ses mille pattes, les visibles mais aussi les invisibles. A quelques pâtés de maison du dessinateur, pourtant, la demeure de la Prix Nobel, Suu Kyi, enfermée volontaire, sans qu'il soit possible de s'en approcher, sans qu'un bruit de révolte ne puisse en sortir. Sans jugement aucun, l'auteur montre à quel point la parole et même la pensée est cadenassée. Reste aux Birmans la méditation, le bétel et leur amour immense pour les enfants.

Un regard tendre, amusé et amusant, qui ne pas néglige de pointer au passage l'incohrence de l'attitude des Grandes Nations et des politiques économiques complices. Et entre autre, les conséquences sur l'action humanitaire. Ce sera juste mon petit bémol : les épisodes qui se focalisent sur les ONG, leur rôle contrarié, leur mission impossible, leur choix déontologiques, c'est interessant, soit, mais un peu didactique quand même ... Je chipote, hein, c'est un petit bémol de rien du tout ... Un "reportage" de derrière les barbelés qui touche plus qu'il ne moralise ni n'assomme, c'est à lire.

18/09/2013

Ni fleurs ni couronnes Maylis de Kérangal

ni fleurs ni couronnes, maylis de Kérangal, Deux textes courts qui se répondent en écho, alors que les deux histoires n'ont à priori presque rien à voir l'une avec l'autre, elles sont pourtant indissociables comme deux soeurs jumelles en miroir. "Ni fleurs ni couronnes" est une histoire glacée, "Sous la cendre" est une histoire brûlante.

Dans la seconde, deux jeunes hommes, Pierre et Clovis,deux amis rencontrent une jeune fille avant de prendre le bâteau qui les mènera à Stromboli. Antonia, une longue branche pas vraiment belle pour l'un, et pour l'autre délicieusement charnelle. D'elle, on sait aussi peu de choses : juste qu'elle aimerait vivre en cette île sombre et lumineuse. Cette nuit-là, ils vont gravir le Stromboli, par jeu, défi, en jouant du moins un drôle de jeu de corps et de désirs.

Dans la première, un jeune homme seulement et une jeune fille, aussi, un naufrage, celui du Lusitana. La jeune fille n'est pas du village, Finbar, si mais, il allait en partir pour aller chercher, comme ses frères avant lui, fortune ailleurs. Elle, elle est  venue là pour chercher un cadavre dans l'eau noire, un amant, un amour, sans doute ... La mer ne rend pas les cadavres que l'on cherche, pas forcément. Et arrive le temps des primes données pour les morts retrouvés, et les plus riches morts sont les plus fortement dotés. Alors, sans trop de mots, ces choses-là sont dites entre eux ...

Dans une histoire, on plonge dans l'eau glacée des hauts-fonds du trouble du désir, dans l'autre, dans la moite ascencion de son mystère. L'une et l'autre sont d'une force d'écriture assez singulière. Denses, rondes, tendues, les phrases sont moins maniérées que dans "Corniche Kennedy" ou "La naissance d'un pont" (maniérées au sens baroque du terme, je veux dire alambiquées exprès pour faire joli, mais pas joli bêtement). Le style est plus classique, en fait, mais prenant à coup sûr les accents de contre points des textes ultérieurs de cette auteure. (Bon, je sais, je ne devrais pas essayer de parler style, je me prends toujours les pieds dans mes phrases, moi, sur ce coup là). Cette plume a en tout cas et la manière de prendre le mot rare au filet. Comme dans "Corniche Kennedy", le corps est central et dynamique ( de dynamite, à conjuguer comme un verbe) les regards où tout se joue, sans douceur et peut-être même sans amour, mais dans une grande beauté, inutile, et donc d'autant plus nécessaire.

Un petit bijou, avais-je dis de "Pierre, feuille, ciseaux", mais alors je ne connaissais pas encore cette perle rare, irrégulière et acérée.

Le seul problème, c'est que maintenant, je crois bien que j'ai tout lu de la Maylis, et rien d'elle ne se pointe en cette rentrée littéraire ...

 

 

15/09/2013

La poupée Daphné du Maurier

La-poupee_fiche_livre_2.jpgAvant de proposer cette lecture commune à Ingannmic, je ne savais rien du livre, ni de l'auteure, juste "Rebecca", par Hitchcok, juste que Ingannmic avait l'air de bien aimer (et comme en général, j'aime bien ce qu'elle aime) , juste aussi qu'elle m'avait précisé qu'il s'agissait d'un recueil de nouvelles inédites. Inédites donc doublement pour moi, ce qui fait qu'avant de lire de l'inédit d'une auteure dont je ne savais rien, je me suis offert un roman, "Ma cousine Rachel" (dont je dirai le plus grand bien quand j'aurais cinq minutes pour lui trousser sa note à la belle ténébreuse ...)

Les nouvelles, donc, sont arrivées en deuxième place dans l'ordre de lecture, même si elles sont en premier dans l'ordre de note sur ce blog,  ("La poupée" ayant un peu vécu sa vie pendant les vacances, toute seule, aux hasards de destination postales incongrues ...) "La poupée" est le titre de la seconde nouvelle, aussi, et c'est celle que j'ai presque le moins aimé, ce qui m'a fait un peu peur, mais en fait il n'y en a pas de vraiment pas bien, ni de vraiment meilleure. Il n'y a pas de fil conducteur entre les histoires, mais une solide cohérence de ton et d'univers.

La grande affaire de ces textes est l'amour des coeurs et des corps et ses frémissements d'âmes, surtout le coeur des femmes, de tous âges ou presque ; de la jeune fille candide du "Minet" qui se heurte au désamour de sa mère, elle, si jolie, elle, qui vieillit, au fantôme de la "vallée heureuse", en passant par la prostituée désabusée et même pas repentante de "Picadilly". La plume incisivement perverse de la Daphné s'attarde sur les beaux moments dévastés par le temps, les débuts d'amour, souvent, qui tournent au vinaigre sans cornichon. Les couples installés dans leur dispute aigre-douce car de " deux tempéraments contraires" ou les folies que peut faire faire un "vent d'est" qui souffle trop fort. Peu de personnages masculins mais un de taille, un pasteur dont la vilénie n'a d'égale que l'hypocrisie mondaine, soigneusement vitriolée au scalpel dans "Notre Père ...". Ces amants, ces maris aussi, qui bifurquent, le temps d'un "week-end" ou dont les "lettres se firent plus sèches", sans compter que le retour de l'un peut laisser augurer que si "le chagrin n'a qu'un temps", le temps n'est pas le même pour celle qui attend, ou celle qui souffre.

J'imaginais Daphné du Maurier comme une auteure un peu poudrée, de cette poudre de riz et de cette goutte de parfum surannée que la dame de la couverture doit venir de se mettre derrière l'oreille avant de coiffer son chapeau à voilette. Que nenni ! la dame fait dans l'autopsie, derrière les voilettes du mensonge, dans la dissimulation de femme fatale.

La dernière, "La sangsue", est pour moi quasi l'équivalent en littérature d'un de mes films cultes "All about Eve", que je me suis revu le soir même de la fin de ma lecture, une tasse de thé à la main, sans vitriol glissé dedans, du moins, je l'espère ...

Merci à Ingannmic, non seulement pour la découverte de ces nouvelles mais aussi pour celle de cette auteure que je vais suivre à la trace.

 

11/09/2013

Les frères sisters Patrick DeWitt

377.jpgCe fut ma dernière lecture des vacances, et sûrement qu'il en a pâti, le pauvre bouquin ... Commencé sur le transat piscine, poursuivi sur le trajet de retour ( avec des escales, le retour en plus, le genre d'escale qui ne permet pas de lire le soir, pas merci la A. ex lozérienne), terminé ouf ! finalement juste avant de retrouver le train train. ( et courir après ma lecture commune en partance pour ailleurs, mais ceci est une autre histoire).

Balloté dans la voiture entre deux coups d'oeil par dessus les lunettes de soleil à verres progressifs qui ne marchent pas aux gros camions très gros et très méchants qui allaient nous propulser contre la rambarde de sécurité de l'autoroute (lire en voiture avec des verres progressifs qui ne marchent pas, je ne vous dis pas le sport, ils ne grossissent que les camions !).

Mon homme : "pas de panique !", Moi : "je ne panique pas, pas du tout" (ai-je déjà dit que la mauvaise foi est ma qualité première ?) Je rajoute : "Je gère très bien mon stress de la route, je lis tranquillement." - "t'es encore sur tes westerns ?"- (là, c'est lui qui est de mauvaise foi, vu qu'il lit les mêmes que moi, le traitre ...) " Ben, y'a des tueurs, comme dans "Le tireur", mais le même genre vraiment, et puis ils sont deux et ils n'ont pas mal au cul. y'en a bien un, le narrateur, qui a mal tout le temps un peu partout, une histoire d'araignée dans sa botte qui va lui monter aux molaires..." En réponse, un sourire dubitatif, je suis certaine que mon homme pense que j'ai passé la dix-huitème dimension. Ce qui est faux.

" On fait une pause, là?" ... " Ok, non, ce n'est pas grave, c'est juste que Charlie, il est en train de se faire le médecin, alors après ça va m'embrouiller, c'est notre fils qui a envie depuis 1.00 de faire pipi ? d'accord, d'accord, j'avais pas entendu ... Il peut pas faire en ouvrant la fenêtre ? Ben non, t'as raison, je suis bête, y a la clim ..."

Ma périgrination de retour, c'est certain, a nuit à à la leur, celle des deux frères tueurs, les fameux frères sisters, tueurs à gage aux ordre du mystérieux commodore. Ils tuent plus vite que leur ombre, tout ceux qui les gênent, et ils sont nombreux, vu qu'il ne faut pas grand chose pour les gêner. Solitaires et indifférents deux personnages à la tarantino égérès dans un paysage à la John Ford.

Ils sont censés être en mission, ils doivent tuer un certain Kermit Warn, chercheur d'or de son état, entre autre (il se révèlera être bien plus qu'une cible, mais ceci est une autre histoire).Comme Charlie boit beaucoup, il est souvent malade et souvent vomir prend du temps, ses tripes les retardent, sans compter le temps de prendre ses cuites en mauvaise compagnie et de s'en remettre à coups de bains chauds. Charlie, c'est l'ainé, il est le chef, et il est le pire des deux question gachette, je veux dire le meilleur, il tire avant même de le savoir lui même. C'est comme un instinct.

Le narrateur est beaucoup, beaucoup, beaucoup plus sensible, mêm si il ne faut pas trop le chatouiller le ventre (qu'il a ventripotent semble-t-il) car il peut avoir le coeur qui palpite, pour un chaval éborgné ou une pâle comptable d'un hôtel borgne aussi.

Le périple des deux frères avant Sacramento (la première partie du livre) m'a paru chaotante à souhait, mais un peu sans but, les épisodes et les rencontres se succèdent, burlesques, pince sans rire, humour noir, tout y était pour me plaire, et pourtant ... La seconde partie ( à sacramento, donc), je me suis plus calée dedans, et dans mon fauteil de lecture au fond du jardin retrouvé.

Il faudrait un jour se pencher sur l'influence du confort des fesses sur l'implication du lecteur dans sa lecture. Nul doute qu'elle soit conséquente. Sans parler de celle des lunettes.

08/09/2013

La belle écriture Rafael Chirbes

la belle écriture,rafael chirbes,romans,romans espagneAh, la belle écriture que voilà, sensible et juste lente à souhait qui déploie son murmure en un texte court, pas un soufle de trop, ça cause comme une corde de violon tendue et que l'on frôlerait, pincerait de deux doigts, ou comme la chanson grêle d'un orgue de barbarie, qu'on aurait laissé dans un coin au prétexte qu'un juke box couine plus juste.

La voix de la récitante est celle d'une vieille femme, elle parle à son fils, absent, d'un temps qui n'est plus, qu'il n'a pas connu, qu'il méprise sûrement, sans savoir. Alors, elle dit, maintenant solitaire, depuis sa vieille maison encore debout alors que les immeubles ont poussé autour, le temps où le village l'entourait, parfois hostile, fermé, austère, mais où il y avait les gens qu'elle aimait. Elle dit, elle remonte le temps comme on remonte le ressort du temps d'avant.

Par à coup, les images remontent donc, celle de l'attente de son mari, encore jeune, Tomas, parti avec les Républicains avec son frère aîné, Antonio, peut-être morts, peut-être fusillés, sûrement humiliés, l'attente de son retour, leur retour ensuite, le lent retour aux mouvements après l'immobilité,  forcée, de la honte. Les républicains ont perdu, le nouvel ordre s'installe, autour d'eux, sans eux, ils sont les parias, comme les ânes de la noria, elle le dit, ils poussent et tirent. Le temps de s'aimer arrivera plus tard.

Et puis, il y a aussi le temps de l'avant de la guerre, celui où ils étaient tous ensenble autour de la table, et comme le dit Antonio, ils ne manquaient pas de l'indispensable. Que l'indispensable, c'était aussi d'être ensemble, le dimanche, à Bovra, chez la grand-mère Angéla, dans ce coin d'Espagne : il y avait l'oncle Antonio, celui qui chantait si bien les airs de Caruso, elle, la narratrice, son futur et bientôt mari, celui qui aimait tant son grand frère qu'aucun sacrifice ne sera trop grand, que quand le temps des malheurs sera sur eux, il ne voudra pas vraiment voir que les trahisons commençaient, qu'Antonio faisait des accros que la narratrice ne pouvait recoudre ... Jusqu'à l'arrivée de l'intruse, qui aimait la ricoré et les choses de la ville, les parfums, et dont la belle écriture va briser les coeurs de ces taiseux, et mettre fin au temps d'avant, celui où ils sortaient de la honte et auraient pu trouver le temps de s'aimer.

Sans rancoeur, au rythme lent de la parole des simples, la narrateur égrène les moments de lumières, éclaire à peine les zones d'ombres des drames qui se sont reclus. C'est tout simplement rugueux et doux à la fois.

Encore une découvert d'un auteur que je ne connaissais pas, grâce à une amie (merci A.M.) 

 

05/09/2013

L'attentat Yasmina Khadra

plage-Tel-Aviv-1-.jpgLongtemps j'ai cru que Yasmina Khadra était une fille. Ce qui n'a strictement aucune incidence, ni sur son oeuvre ( je le suppose, du moins ...), ni sur ma lecture, évidemment, c'est juste pour dire que je connais très mal cet auteur, que je n'ai pas lu les fameuses "hirondelles de Kaboul", que ma copine A.B. m'a si chaudement recommandé, avant de se lasser, et moi, d'entamer le bifteck par un autre bout, du coup. J'ai pris "L'attentat".

Le narrateur est le docteur Amine. Le docteur n'a rien d'anodin, il cumule : il vit à Tel Aviv, il est un chirurgien renommé, il est marié et heureux de l'être avec cette femme-là (il aurait pu une autre, il aurait tout pu, mais non), il habite une belle maison dans un quartier qui montre sa réussite, il est respecté par ses collègues, surtout par une, il a des amis solides. Il est un modèle de l'intégration. Amine est d'origine bédouine, pauvre, musulman, palestinien, quoi ... Et il a choisi la nationalité israélite et la réussite, pas par opportunisme, mais parce qu'il voulait être médecin, et qu'il y croit. Un social traitre innocent, en quelque sorte.

Un jour, le ciel lui tombe sur la tête, pas que sur sa tête à lui, d'ailleurs, mais on dirait que si, pourtant. Tel Aviv, un attentat kamikase, dans un restaurant, une femme a fait exploser un groupe d'enfants, et il se trouve que cette femme, c'est celle d'Amine, sa douce moitié, croyait-il, si discrète modeste, si belle, si heureuse, croyait-il. Dire qu'il en tombe des nues est peu de chose. Le sol s'ouvre devant ses yeux et il peine à comprendre, ce que l'on peut comprendre. Il n'a rien vu, rien entendu, rien compris, il cherche à voir, à revoir à postériori ( ben oui, forcément ...), ce qu'il n'a pas vu, le signe qui disait que, le moment où il aurait pu voir, peut-être empêcher ... Il cherche des traces, à qui la faute, met ses pas dans ses pas à elle, qui l'a entrainée, à qui la faute, pas la sienne, celle des autres, de quels autres, des autres terroristes, futurs kamikases, eux aussi. Il retourne sur ses pas à lui aussi, une quête vers l'impossible réconciliation du petit arabe et du médecin israélien, de papiers officiels, du moins.

Autant le dire tout de go, Amine ne m'a pas entraînée dans sa quête. Trop centré sur lui même, sur ses racines à lui, ses motivations à elle. Le sujet, le terrorisme ( ce qui n'est quand même pas évident), m'a paru trop superficiellement traité. Je sais, ce n'est pas un documentaire, ce n'est pas un reportage, mais pour moi, normalement la fiction apporte une force à la réalité, surtout l'incompréhensible, mais là, pour moi, elle est à courte vue. Un homme aime une femme et s'aperçoit qu'il ne la connaissait pas, qu'il ne connaissait son pays, qu'il n'avait pas vu le mur, la pauvreté, la haine ...

Une lecture qui m'a génée par la restriction de l'angle d'attaque, qui m'a semblé réducteur.

02/09/2013

Home Toni Morrison

Home, Toni MorissonJe n'avais jamais lu la grande dame de la littérature américaine. Elle me fichait un peu la trouille, à vrai dire, le prix Nobel, les encens, l'incontournable, par moi contournée jusqu'ici. Je ne sais pas pourquoi, je m'imaginais un truc super intello ( je n'ai rien contre les trucs intellos en général, mais là, si ... le côté révérences unanimes, peut-être ...). J'étais persuadée que j'allais rester en bas de la montagne de la grande dame, en regardant l’inaccessible Nirvana, pour à jamais resté neiges éternelles de ma désolation.

C'est alors que V., grande connaisseuse et fine lectrice de l'écriture américaine entre autres choses, ( V., oui, c'est une spéciale dédicace, ne rougis pas ...) m'a prêté "Home". J'avais acheté et mis de côté "Beloved", mais il était gros, "Home" est petit. Un petit, ça fait moins peur. En plus, il était marqué dessus que ce petit livre était une sorte de condensé de son œuvre. Commencer par un condensé + un petit condensé, me voilà convaincue de gravir la montagne.

V., je n'aurais qu'un reproche à te faire, pourquoi tu ne m'as pas dit avant que Toni Morrison, c'était juste beau ?  Pas bien écrit, pas bien construit, pas bien je ne sais quoi, juste beau. Grand petit livre, une claque, un coup de cœur, lu en deux heures au bord de ma piscine d'été, sans même faire un plongeon dedans, ce qui fait que le bouquin, il n'a même pas une éclaboussure, juste fermé un sourire aux lèvres, un goût de trop peu, deux heures accro à Franck Money, deux heures shootée au malheur, à l'amour et au bonheur.

L'histoire, euh ... une sorte de minimum de condensé de l'indispensable. Franck Money est un vétéran de la guerre de Corée, noir de peau, de là-bas revenu cabossé de l'âme, mais cela avait commencé avant, une histoire de chevaux qui se dressent debout comme des hommes, et d'hommes qui enterrent un autre, comme un chien. Il s'évade d'un hôpital psychiatrique dont il ne sait ce qu'il y faisait. Il a quitté la seule femme qui lui faisait un peu de bien, Lilly, pour aller chercher sa petite sœur, Cee,  qui voulait tout bien faire, parce qu'elle est née dans le ruisseau. Il a juste reçu un mot "elle mourra", alors il y va, en claudiquant, mais il y va. Il croise ses souvenirs, d'autres gens aussi comme lui, un peu cassés, mais beaux de la petite lumière qui mène les rêves au bout de la route. Un peu cabossée aussi, mais ce n'est pas très grave finalement.

Odyssée du malheur, Odyssée sans Pénélope, Pénélope-Lilly tisse une autre toile, peut-être celle de l'intégration du rêve d'être blanc, Franck et Cee vont prendre une autre route, pour trouver la place où ils doivent être et s'y tenir, debouts, juste. Pas plus, pas moins, juste beaux.

Je ne voudrais pas verser dans le lyrisme dithyrambique ( si cela se trouve, c'est déjà fait, tant pis ...), car si ce livre pourrait tirer des larmes, il est tout sauf larmoyant.

Juste beau.

Je sais, je me répète.