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27/10/2013

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn Ben Foutain

panneaux.jpgBilly a dix neuf ans, deux sœurs, un père infirme ex-raté super star, une mère qui tient à peu près le tout dans les formes. Billy vient du Texas, une petite ville. Billy aurait pu aller au lycée, mais c'est trop tard. Billy est un ignorant du monde, même pas un péquenot attardé, un petit branleur normal. Mais parce que le petit copain de sa jeune soeur a agi comme un naze, lui aussi,  voilà Billy simple soldat engagé dans la guerre d'Irak. Petit pion, il appartient à la compagnie des "Bravos", pas mieux que lui tous des pions, jeunes et ignorants, des à qui il manque souvent une patte, et un sergent, Dime, un peu plus vieux et peut-être plus lucide, allez savoir, les tempêtes sous ces crânes restent silencieuses.

Ils sont en tournée, la "tournée de la victoire". ( celle de qui, ce n'est pas dit ...) parce que la compagnie, Billy en tête, est devenue héroïque lors d'un raid apocalyptique. Il s'en est sorti vivant et a tué plein d'ennemis, du moins, il le pense, puisqu'on le lui a dit. Les autres aussi sont vivants, sauf Storm, mémoire qui hante Billy, images qui le dérangent mais se superposent à celles des USA tout propres qu'ils redécouvrent. Effectivement, suite à leur action, on leur a offert en récompense quinze jours hors de la guerre pour profiter de leur gloire éphémère. D'abord, il y a eu l'enterrement de Storm, avec les honneurs dus au héros par une patrie reconnaissante, aveugle et d'une hypocrisie qui lui tient au cœur comme une couche de crasse. Puis, des villes et des réceptions.Puis, un jour et une nuit dans leur famille.

Et puis, là, c'est le dernier jour, dans la dernière ville. Ils sont conviés au match des "Cow boys", dans un stade où on leur dit de se tenir comme des héros. Billy ne se sent pas vraiment un héros, un peu paumé, potiche au garde à vous sous les projecteurs patriotiques. Il a fait ce que l'armée lui demandait de faire, il joue la comédie demandée, avec les autres. Il est question de transposer leur épopée victorieuse en chef d'oeuvre cinématographique. C'est quasi vendu d' avance, quasi déjà ... Billy et les autres suivent ce bout de rêve qui leur est laissé comme un trognon pendant que la journée au stade s'étire. On les exhibe comme des dindons de la farce, on les félicite, les remercie. Les Bravos acquiescent : que faire d'autre ? Dire qu'il est un tueur d'enfant ? Billy s'étonne, personne ne le voit ainsi, sauf lui même et il préfère ne pas s'y attarder.

Conférences de presse, séances photos, fausses interviews téléguidées, on les utilise à toutes les sauces, piétailles, on les piétine, poussés sur le devant de la scène, on les y oublie, pantins du patriotisme, on les pousse de côté quand d'autres VIP arrivent dans le carré des "honneurs", au dessus du stade. Ce sont des roulés dans la farine, auxquels il est laissé des miettes de pom-pom girls, à qui on montre le vrai côté de la fortune, des décideurs, qui n'est pas de leur côté. Les affairistes condescendants les congratulent, dieu en bandoulière, avec les mots de la victoire légitime des bons contre les méchants.

Le truc génial du bouquin, est le personnage de Billy dont on ne quitte l'esprit ni le regard. Mi dupe, mi consentant, mi naïf mi lucide, il ne sait qu'une chose, il doit y retourner. Ce qu'il sait de moins en moins, c'est pourquoi et pour qui.

Quelques moments d'anthologie : le nom des Bravos scandés sur les panneaux publicitaires entre une pub pour voiture et une autre pour une autre voiture, la mise en scène de la mi-temps du match, les Bravos coincés entre deux déhanchements de Beyoncé et consorts, la séance de dédicace des mastocs du football qui se prennent eux pour des guerriers, des vrais.

Pas seulement sur la guerre d'Irak, mais plutôt sur la manipulation patriotique, les vrais vainqueurs de toute façon, peu leur chaut des petits Billy.

 

Commentaires

Plus je repense à ce livre, plus je le trouve excellent, très intelligent dans sa façon de dénoncer. Et ce miroir tendu à l'Amérique, c'est désolant... misère, c'est ça les Américains, même la moitié... mais pourquoi on les aime tant ?

Écrit par : Sandrine | 27/10/2013

Ta présentation de ce titre était très positive et j'avais noté ce livre chez toi, comme souvent ! et vraiment, c'est un excellent bouquin. Sans gros sabots, leçons de morale, sans galamatias que c'est pas beau la guerre, il semble d'abord ne faire que montrer, refléter, mais le coup vraiment bon, je trouve c'est le rythme, on languit dans le stade avec les "Bravos", puis une scène condense tout, quelques coups de projecteurs et on repart sur Billy. On pourait les hair, ces "Bravos", c'est là où le roman est fort, car il tire sur une corde raide.

Écrit par : Athalie | 28/10/2013

On n'en a jamais fini avec tous les paradoxes de ce pays, de cette nation... Bien envie de le lire en tout cas!

Écrit par : Valérie | 27/10/2013

Je pense qu'il titillerai ton sens aigu de l'esprit de contradiction. Loin de tout manichéisme, il peut aussi mettre mal à l'aise. Je peux te le mettre de côté celui-là aussi, je serais curieuse d'avoir ton avis z'avisé ...

Écrit par : athalie | 28/10/2013

Excellent roman, tout ce que j'aime dans un roman, robuste et intelligent

Écrit par : keisha | 28/10/2013

Ton commentaire sur ce livre m'a échappé, pour une fois, pas étonné ni que tu l'ai déjà lu ni que tu ai aimé, c'est la littérature amerloque comme amer et loque ... Et j'aime bien ton adjectif "robuste", c'est vraiment cela, un roman qui tient au corps des hommes, sans trémolos.

Écrit par : Athalie | 28/10/2013

J'avais adoré ce roman. Si tu veux rester dans le même sujet mais avec un traitement tout à fait différent, il te faut lire Yellow Birds, lui aussi excellent.

Écrit par : jerome | 28/10/2013

JérOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOme ! Je vais finir par te bannir de mes commentaires si tu continues à me rajouter des titres ........... mon banquier te déteste, mon homme te jalouse : " C'est qui ce Jérôme qui t'envoie des bouquins que tu reçois au matin en petite tenue légère via le facteur qui du coup a droit a ta tenue de super Betty Boop au réveil ?", mes enfants trépignent, " Celui-là aussi, c'est Jérôme qui l'a dit que c'était bien ?". Merci Jérôme ^_^, à bientôt.

Écrit par : Athalie | 28/10/2013

Ah ben zut alors, je pensais pas que mon petit envoi et mes commentaires pourraient déclencher des dommages collatéraux. Et puis je suis pour la paix des ménages moi ! Bon du coup tu me bannis ? Ou alors je viens commenter mais je donne plus de titres comme ça plus de tentations. Bon ça m’embête parce que j’aime bien tenir le rôle du tentateur de temps en temps. D’ailleurs je persiste et signe : Yellow Birds c’est drôlement, drôlement bien^^

PS : tiens, pour info, le nouveau tome de la Rose écarlate sort jeudi. Et puis une série dérivée qui s'appelle "La Rose écarlate - Missions 1. Le spectre de la Bastille" va paraître fin novembre. Je dis ça je dis rien mais chez moi on va me les réclamer à corps et à cris...

Écrit par : jerome | 29/10/2013

Merci beaucoup Athalie, je ne voudrais pas déséquilibrer tes étagères... Je l'ai pris à la bibliothèque aujourd'hui et on en reparle, enfin comme d'habitude j'ai fait preuve de boulimie n'est-ce-pas donc je garde ta proposition sous le coude !

Écrit par : Valérie | 29/10/2013

Valérie, ne me parle pas de mes étagères ..... Je viens de finir mon dernier rangement-classement-tassement et j'ai libéré au moins une demi rangée, mais pour combien de temps ??? Les boulimiques livresques ont toute ma sympathie ...

Écrit par : Athalie | 30/10/2013

JérOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOOme, incorrigible, mais point banni, tu l'imagines bien !!! Je me rends, je note tout, "Yellow birds", "la rose écarlate", les dérivés, je rends mon tablier de super Betty Boop au facteur, je fume le calumet de la paix avec mon homme et me ruine avec mon banquier, je retourne chez la marque qui fait des étagères pour pas cher, je perce un trou dans le mur pour m'agrandir dans le garage des voisins ( ils n'y verront que du feu, c'est sûr). Voilà, tu peux rajouter toutes les tentations que tu veux !

Écrit par : Athalie | 30/10/2013

Voilà, lu ce week-end parce qu'une fois commencé, ben on peut plus le lâcher ! Des jeunes soldats dont l'histoire pourrait être adaptée au cinéma et qui sont donc sur le point de devenir "un produit de consommation comme un autre" .... Eprouvant, terrible, fascinant aussi!

Écrit par : Valérie | 03/11/2013

Les commentaires sont fermés.