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25/10/2013

Rencontre avec Léonora Miano

Une rencontre proposée pas loin de chez moi avec léonora Miano, j'y vais, évidemment. C'est l'occasion de l'entendre, entre autre à propos de son nouveau roman "La saison de l'ombre", ( acheté juste avant, achat qui me fit arriver dans la salle non pas en retard mais quelque peu énervée, voir ici pour ceux et celles qui aurait un intérêt quelconque pour un énervement idéologico-littéraire inutile), mais aussi de découvrir, oh surprise, une bande dessinée que je ne me suis pas encore procurée, mais que cela ne saurait tarder. Il s'agit de "Kongo" de Tom Tirabosco (pour les illustrations) et Christian Perrissin (pour le scénario) et c'est Christian Perrissin qui s'y collait.

La parole est donnée d'abord à Léonora Miano. Cela n'a rien à voir avec la qualité de ses romans, mais rien que la voix de la dame donne des frissons. Grave, grave et feutrée, feutrée, une vraie voix de jazz comme on en rêverait (enfin moi) : ce qu'elle sait puisqu'elle chante depuis quelques temps. Et puis, c'est surtout que quand elle l'ouvre, ce n'est pas vraiment pour rien dire ou caresser les clichés dans le sens du bon poil. A contre courant d'une littérature moderne non-engagée, elle dit que de toute façon, écrire, c'est s'engager, pas le choix, pas facile, ce n'est pas rien. Ce que l'on veut bien croire tant elle semble rendre autant d'uppercuts qu'elle en a reçus ( en douceur et avec un côté feutré toujours, mais on n'irait pas trop la taquiner sous le menton ...)

Quelques traces, incomplètes forcément, juste quelques remarques que j'ai retenues : sur le concept d'Afrique, qu'elle réfute, "l'Afrique avant la colonisation n'existait pas, c'était des peuples qui vivaient sur une terre qui était la leur", "l'Afrique est une construction européenne", puis sur celui d'africains (terme utilisé par le questionneur pour désigner les personnages de son dernier livre) : "Je ne voudrais pas insulter mes ancêtres. Ils n'étaient pas africains car ils n'étaient ni opprimés, ni aliénés. Ils ne se définissaient pas comme noirs, ce qui est notre cas." Simple rappel que c'est bien l'homme blanc qui a fait l'homme noir. Avant c'était un homme, juste, sans le noir, un voisin, un ami, un ennemi.

Le monde de l'Afrique "Terra incognita" sur les cartes des européens, était juste le sien, en plus petit, en ce qu'il en connaissait, et selon Léonora Miano, cette connaissance était limitée, forcément. Pas d'idéalisation, de terre promise de l'Afrique d'avant les blancs méchants, avec des noirs gentils (là j'extrapole, je pense surtout à Mabanckou, ce qu'il dit là dessus dans "Le sanglot de l'homme noir" me faisant écho à ce moment de la rencontre).

A une intervention venant du public lui reprochant (plus ou moins) de négliger la dimension orale de la "culture africaine" ( expression qui semble peu lui plaire, ce qui est logique, vu ce qu'elle avait dit avant), elle acquièse, oui, elle s'en est peu inspirée, et s'explique : cette mémoire est fragmentée. Sur quatre siècles de traite négrière, quelle "culture orale" aurait pu être conservée ? et celle des déportés a forcément disparu. Elle tord le cou à des évidences et pose le sujet autrement : quelle oralité peut-être complète et fiable ? car quelle oralité prendrait en charge la transmission des humiliations des communautés ?

L'intervention de Christian Perrissin est plus didactique, plus historiquement cernée, moins sensible ( et encore ... c'est vraiment pour trouver des différences) mais tout aussi engagée, dans son sujet, sa connaissance des oublis, distorsions, de ce pan d'histoire coloniale qui est celle du Cogo belge. Passionant. Je n'en dis pas plus comptant bien lire la Bande dessinée et avant de dire trop de bêtises vu ma méconnaissance du sujet.

Bref, la culture africaine n'est pas gardée par de vieux sages assis sous des baobabs, pas plus que l'image du tirailleur sénégalais sur les boites de Banania.

Commentaires

j 'aurais aimé entendre tout cela!
merci de ton compte rendu
Luocine

Écrit par : luocine | 25/10/2013

Je l'avais déjà entendue à Saint Malo. Elle est presque tous les ans invitée au festival, et toujours aussi passionnante à écouter, chaleureuse dans les apartés, mais très mordante lorsque qu'on touche à ses thèmes d'engagements. Peut-être la rencontreras-tu cette année ? En tout cas, si tu en as l'occasion, c'est une parole édifiante.

Écrit par : Athalie | 27/10/2013

Merci pour ton billet, je me suis laissée dire que la dame ne mâchait pas ses mots et tu confirmes (elle est venue dans ma librairie, mais je n'avais pas pu y aller). C'est le genre d'écrivain qu'il faut pour rétablir la vision du passé (et du présent)

Écrit par : Aifelle | 25/10/2013

Elle ne les mâche pas, non, elle est claire et met des points sur des "i", elle a une conviction, elle fait passer une vision de l'histoire, elle a bossé son sujet, s'embarrasse peu de tourner autour des fioritures. Du moins dans sa parole, dans son écriture, on est dans le ciselé ... Vraiment, si tu as à nouveau l'occasion de l'entendre, c'est une parole qui marque et fait cogiter (moi, en tout cas ...), un truc que l'on pourrait dire "necessaire" (c'est un peu cliché comme expression, mais tant pis !)

Écrit par : Athalie | 27/10/2013

Ah je vois que toi aussi, les voix t'influencent et peuvent t'impressionner...
En tout cas, Leonora Miano a l'air passionnante.

Écrit par : Valérie | 25/10/2013

Salut Valérie ! Il faut dire que cette voix là ... En plus de ce qu'elle dit ... J'ai dû oublier de te signaler que normalement, Léonora Miano viendra chanter pas loin de chez nous, en février. On en saura plus bientôt. Si tu veux, je te mets de côté "La saison de l'ombre" en attendant ?

Écrit par : Athalie | 27/10/2013

Oui, je veux bien.... Cela fait très longtemps que je n'ai rien lu d'elle!

Écrit par : Valérie | 27/10/2013

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