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30/10/2013

La saison de l'ombre Léonora Miano

55.pngLe parti pris est risqué, passionnant dans l'idée, justifié par la démarche, la marche même de l'histoire, si tant est que celle-ci marche sur deux pieds. En ce qui concerne l'histoire de la traite négrière, elle n'a qu'un pied, celui des blancs ; journaux de bord, témoignages, registres, fourmillent. Du côté des déportés, le silence. Forcément, sans écrits, pas de paroles.

L'auteure prend dans "La saison de l'ombre" le parti pris d'en reconstruire une, de parole. Elle part d'un clan, celui des Mulongo, en Afrique subsaharienne, qui vit loin des "côtiers" qui eux connaissent "les pieds de poule" depuis longtemps et avec lesquels le traffic des hommes est en train de se mettre en place. Ce dont les Mulongo ignorent tout. Une nuit, celle du grand incendie, va bouleverser l'équilibre du clan : cette nuit-là, sans que l'on sache pourquoi, des maisons ont flambé, les villageois se sont enfuis, éparpillés dans la forêt. Au matin , manquent douze hommes, dix jeunes, juste initiés, et deux adultes dont le "médecin" du village. Le clan n'a pas de repères pour comprendre. Le clan cherche des solutions, des clefs.

Dix femmes sont mises à part dans une case commune : ce sont "les mères des fils qui n'ont pas été retrouvés". Une tentative pour maitriser la situation suggérée par l'Ancienne, l'accoucheuse du village. Ainsi, le malheur pourra se dire entre elles, et le village se recontruire, sans être contaminé par leurs pleurs. Après, elle reviendront. Et eux, ben, on ne sait pas, c'est cela le problème, que faire avec une situation grave, et surtout, inconnue ...

L'imaginaire du clan est un imaginaire collectif et lié à une lecture magique du monde, un imaginaire taillé à la mesure de ce qui est connu du clan, nourri de ce qui a été fait avant et conduit par les règles connues. Le clan vivant en quasi autarcie, toute chose nouvelle ne peut être conçue que par l'étrangeté. Un des défis de ce livre, est de reconstituer ce qui n'a jamais été constitué par ceux qui vivaient là, comme une culture, une façon de vivre, confrontable à des choix, des comparaisons. Les Malongos ne connaissent que leur coutumes ... Il y a bien les Bewle, avec lesquels ils ont commerce parfois, et qui ont d'autres façons de faire, mais peu le savent.

Dans la case commune, pendant que le chef du clan tourne en rond et que son frère tente une récupération du pouvoir à son profit, toutes les femmes ne pleurent pas pareil : elles rêvent, entendent leurs fils aînés, et presque toutes se soumettent, jusqu'à ce que l'une d'elles ne s'écarte du rang et aille chercher un bout de connaissance.

 Evidemment, il faut bien que le roman se fasse et pour cela qu'à l'ignorance du clan succède la connaissance même incomplète et lacunaire de la traite négrière, il faut que le lecteur s'avance lui aussi dans l'histoire non dite, vue par ceux qui ont disparu, c'est là où le parti pris est risqué. Il fonctionne parce que rien n'est trop dit, trop appuyé et que l'écriture est limpide, se limite dans ses effets, se cantonne à des personnages à la parole possible.

Le paradoxe de cette posture est d'ailleurs souligné par l'auteure dans sa postface. Entre autres documentations ( que l'on devine abondante, mais qui ne sent pas du tout dans le roman), Léonora Miano cite un rapport " La mémoire de la capture", sans lequel, dit-elle, "La saison de l'ombre" n'aurait pas vu le jour sous cette forme" mais dont le titre pose l'ambiguité de cette "mémoire", puisque justement, elle n'existe pas ; "Quelle mémoire avons-nous, en effet, de la capture ?" d'un clan d'hommes oubliés, dispersés, déportés, disparus, silencieux ....

27/10/2013

Fin de mi-temps pour le soldat Billy Lynn Ben Foutain

panneaux.jpgBilly a dix neuf ans, deux sœurs, un père infirme ex-raté super star, une mère qui tient à peu près le tout dans les formes. Billy vient du Texas, une petite ville. Billy aurait pu aller au lycée, mais c'est trop tard. Billy est un ignorant du monde, même pas un péquenot attardé, un petit branleur normal. Mais parce que le petit copain de sa jeune soeur a agi comme un naze, lui aussi,  voilà Billy simple soldat engagé dans la guerre d'Irak. Petit pion, il appartient à la compagnie des "Bravos", pas mieux que lui tous des pions, jeunes et ignorants, des à qui il manque souvent une patte, et un sergent, Dime, un peu plus vieux et peut-être plus lucide, allez savoir, les tempêtes sous ces crânes restent silencieuses.

Ils sont en tournée, la "tournée de la victoire". ( celle de qui, ce n'est pas dit ...) parce que la compagnie, Billy en tête, est devenue héroïque lors d'un raid apocalyptique. Il s'en est sorti vivant et a tué plein d'ennemis, du moins, il le pense, puisqu'on le lui a dit. Les autres aussi sont vivants, sauf Storm, mémoire qui hante Billy, images qui le dérangent mais se superposent à celles des USA tout propres qu'ils redécouvrent. Effectivement, suite à leur action, on leur a offert en récompense quinze jours hors de la guerre pour profiter de leur gloire éphémère. D'abord, il y a eu l'enterrement de Storm, avec les honneurs dus au héros par une patrie reconnaissante, aveugle et d'une hypocrisie qui lui tient au cœur comme une couche de crasse. Puis, des villes et des réceptions.Puis, un jour et une nuit dans leur famille.

Et puis, là, c'est le dernier jour, dans la dernière ville. Ils sont conviés au match des "Cow boys", dans un stade où on leur dit de se tenir comme des héros. Billy ne se sent pas vraiment un héros, un peu paumé, potiche au garde à vous sous les projecteurs patriotiques. Il a fait ce que l'armée lui demandait de faire, il joue la comédie demandée, avec les autres. Il est question de transposer leur épopée victorieuse en chef d'oeuvre cinématographique. C'est quasi vendu d' avance, quasi déjà ... Billy et les autres suivent ce bout de rêve qui leur est laissé comme un trognon pendant que la journée au stade s'étire. On les exhibe comme des dindons de la farce, on les félicite, les remercie. Les Bravos acquiescent : que faire d'autre ? Dire qu'il est un tueur d'enfant ? Billy s'étonne, personne ne le voit ainsi, sauf lui même et il préfère ne pas s'y attarder.

Conférences de presse, séances photos, fausses interviews téléguidées, on les utilise à toutes les sauces, piétailles, on les piétine, poussés sur le devant de la scène, on les y oublie, pantins du patriotisme, on les pousse de côté quand d'autres VIP arrivent dans le carré des "honneurs", au dessus du stade. Ce sont des roulés dans la farine, auxquels il est laissé des miettes de pom-pom girls, à qui on montre le vrai côté de la fortune, des décideurs, qui n'est pas de leur côté. Les affairistes condescendants les congratulent, dieu en bandoulière, avec les mots de la victoire légitime des bons contre les méchants.

Le truc génial du bouquin, est le personnage de Billy dont on ne quitte l'esprit ni le regard. Mi dupe, mi consentant, mi naïf mi lucide, il ne sait qu'une chose, il doit y retourner. Ce qu'il sait de moins en moins, c'est pourquoi et pour qui.

Quelques moments d'anthologie : le nom des Bravos scandés sur les panneaux publicitaires entre une pub pour voiture et une autre pour une autre voiture, la mise en scène de la mi-temps du match, les Bravos coincés entre deux déhanchements de Beyoncé et consorts, la séance de dédicace des mastocs du football qui se prennent eux pour des guerriers, des vrais.

Pas seulement sur la guerre d'Irak, mais plutôt sur la manipulation patriotique, les vrais vainqueurs de toute façon, peu leur chaut des petits Billy.

 

25/10/2013

Rencontre avec Léonora Miano

Une rencontre proposée pas loin de chez moi avec léonora Miano, j'y vais, évidemment. C'est l'occasion de l'entendre, entre autre à propos de son nouveau roman "La saison de l'ombre", ( acheté juste avant, achat qui me fit arriver dans la salle non pas en retard mais quelque peu énervée, voir ici pour ceux et celles qui aurait un intérêt quelconque pour un énervement idéologico-littéraire inutile), mais aussi de découvrir, oh surprise, une bande dessinée que je ne me suis pas encore procurée, mais que cela ne saurait tarder. Il s'agit de "Kongo" de Tom Tirabosco (pour les illustrations) et Christian Perrissin (pour le scénario) et c'est Christian Perrissin qui s'y collait.

La parole est donnée d'abord à Léonora Miano. Cela n'a rien à voir avec la qualité de ses romans, mais rien que la voix de la dame donne des frissons. Grave, grave et feutrée, feutrée, une vraie voix de jazz comme on en rêverait (enfin moi) : ce qu'elle sait puisqu'elle chante depuis quelques temps. Et puis, c'est surtout que quand elle l'ouvre, ce n'est pas vraiment pour rien dire ou caresser les clichés dans le sens du bon poil. A contre courant d'une littérature moderne non-engagée, elle dit que de toute façon, écrire, c'est s'engager, pas le choix, pas facile, ce n'est pas rien. Ce que l'on veut bien croire tant elle semble rendre autant d'uppercuts qu'elle en a reçus ( en douceur et avec un côté feutré toujours, mais on n'irait pas trop la taquiner sous le menton ...)

Quelques traces, incomplètes forcément, juste quelques remarques que j'ai retenues : sur le concept d'Afrique, qu'elle réfute, "l'Afrique avant la colonisation n'existait pas, c'était des peuples qui vivaient sur une terre qui était la leur", "l'Afrique est une construction européenne", puis sur celui d'africains (terme utilisé par le questionneur pour désigner les personnages de son dernier livre) : "Je ne voudrais pas insulter mes ancêtres. Ils n'étaient pas africains car ils n'étaient ni opprimés, ni aliénés. Ils ne se définissaient pas comme noirs, ce qui est notre cas." Simple rappel que c'est bien l'homme blanc qui a fait l'homme noir. Avant c'était un homme, juste, sans le noir, un voisin, un ami, un ennemi.

Le monde de l'Afrique "Terra incognita" sur les cartes des européens, était juste le sien, en plus petit, en ce qu'il en connaissait, et selon Léonora Miano, cette connaissance était limitée, forcément. Pas d'idéalisation, de terre promise de l'Afrique d'avant les blancs méchants, avec des noirs gentils (là j'extrapole, je pense surtout à Mabanckou, ce qu'il dit là dessus dans "Le sanglot de l'homme noir" me faisant écho à ce moment de la rencontre).

A une intervention venant du public lui reprochant (plus ou moins) de négliger la dimension orale de la "culture africaine" ( expression qui semble peu lui plaire, ce qui est logique, vu ce qu'elle avait dit avant), elle acquièse, oui, elle s'en est peu inspirée, et s'explique : cette mémoire est fragmentée. Sur quatre siècles de traite négrière, quelle "culture orale" aurait pu être conservée ? et celle des déportés a forcément disparu. Elle tord le cou à des évidences et pose le sujet autrement : quelle oralité peut-être complète et fiable ? car quelle oralité prendrait en charge la transmission des humiliations des communautés ?

L'intervention de Christian Perrissin est plus didactique, plus historiquement cernée, moins sensible ( et encore ... c'est vraiment pour trouver des différences) mais tout aussi engagée, dans son sujet, sa connaissance des oublis, distorsions, de ce pan d'histoire coloniale qui est celle du Cogo belge. Passionant. Je n'en dis pas plus comptant bien lire la Bande dessinée et avant de dire trop de bêtises vu ma méconnaissance du sujet.

Bref, la culture africaine n'est pas gardée par de vieux sages assis sous des baobabs, pas plus que l'image du tirailleur sénégalais sur les boites de Banania.

22/10/2013

Le monde à l'endroit Ron Rash

le monde à l'endroit,ron rash,romans,romans américains,famille je vous haisTravis Shelton a dix sept ans et sûrement une chemise à carreaux. Ce n'est pas dit dans le roman, mais c'est le genre de jeune américain rural et sans grand avenir à en porter une, genre rouge, jaune et bleue. Sans trop de goût, quoi. Il aide son père sur la plantation de tabac qui ne rapporte plus grand chose. Il glande. Il aurait pu bien réussir au lycée et envisager autre chose, mais non, par ennui, désintérêt pour la chose scolaire, il glande. Il traine sa rancoeur, surtout contre son père, peu enclin aux rapprochements père-fils et si avare de compliments qu'il semblerait qu'il préferait avaler sa glotte plutôt que de parler à son fiston.

Entre deux bières, un parking et quelques potes pas mieux lotis que lui, il va à la pêche aux truites, son truc à lui. Pour payer l'assurance de son pick-up, d'abord, mais aussi parce qu'il aime ça, l'eau, les trous de la rivière, les poissons qui mordent à ses hameçons. Au détour de sa pêche, Travis va tomber sur une plantation de cannabis, ne pas résister à la tentation de s'en servir, ce qui évidemment, non seulement n'est pas bien du tout du tout, mais en plus va l'enchainer dans une série de rencontres pour son mal et un peu de bien quand même ; d'abord des ploucs mastocs, du genre qui ne rigolent pas, puis Léonard, l'ex prof en berne, un peu dealer, un peu cassé, qui héberge dans son mobil home étouffant qui prend l'eau, une compagne de fortune qui a bien roulé sa bosse elle aussi, Dana, à la peau de serpent qui mue au soleil et à l'âme aussi écorchée qu'une truite cuiellie en plein vol. Confronté à de vrais échecs, en plus du sien possible, Travis va grandir un peu des épaules, s'étoffer un peu de l'âme, et peut-être devenir autre chose qu'un looser, il mettra quand même du temps à sortir de sa peau de petit merdeux, l'anticipation n'étant pas vraiment son fort, au p'tit gars ...

Un roman peut-être moins surprenant que "Un pied au paradis", moins épique que "Séréna", qui sonne pourtant juste, j'ai trouvé, à cause des personnages, surtout, de jolis états d'âme pour Travis et son mentor, Léonard, une intrigue classique qui file sa tragédie peinarde, comme elle se doit d'être, inévitable et alambiquée ( avec un détour par un épisode sanglant de la guerre de Sécession, et un autre par les extraits du journal d'un médecin, qui se rejoignent finalement). Pour parodier un titre célèbre : "une tragédie chez les ploucs", ou "Les ploucs flingueurs", sauf que ce n'est pas drôle.

19/10/2013

Quand j'étais Jane Eyre Sheila Kohler

quand j'étais jane eyre,sheila kohler,romans,romans angleterre,a cup of tea time,déceptionsEncore une lecture en demi teinte ...

L'auteure se donne l'ambition de faire revivre Charlotte, Emily et Anne Bronté, enfin, revivre est un bien grand mot, disons qu'elles sont un peu animées sur terrain plat. De la folie mystérieuse de cette famille ( du moins ce que l'on peut en supposer), ne reste ici que des considérations que j'ai trouvées bien trop atones.

On trouve Charlotte en pleine écriture de "Jane Eyre" auprès de son père qui vient de se faire opérer pour retrouver la vue qu'il a en partie perdue. Le père si féru de morale de dieu et si aveugle du coeur qu'il ne voit pas ses filles, même avec le vue retrouvée, il ne voit que son fils perdu ... De cet abandon, de cette solitude, Charlotte fait son roman, de l'abandon affectif de son maître en littérature, de son coeur brisé, de la folie de son frère, de son humiliation sociale, de sa quête éperdue d'amour, de liberté, de l'architecture d'un chateau de son souvenir, Charlotte puise Jane. A croire qu'elle travaille par calque, en transparence, comme un puits d'inspiration. Pendant ce temps là, ou un peu avant ou après, de la solitude oppressante de la lande, Emily fait "Les hauts de Hurlevent", de la quasi même façon. Pendant ce temps là toujours, Anne fait ce qu'elle peut, et le frère boit.

De cette drôle de famille, ce livre dit les drames, l'isolement, les pertes successives, le manque qui les ronge, ces filles, le trop plein qui les brûle, en ce siècle si victorien et si prudes, ces filles, et si passionnées en même temps ( du moins leurs livres le sont, si leurs vies ne le sont guère). Le livre le dit mais reste plan-plan quand même. Je veux dire que là où l'on imagine souffles et temblements, murmures contraints et violences intimes, ben, on n'a pas grand chose pour vibrer vraiment.

Même quand Jane ( Charlotte, pardon) est publiée avant les deux autres et connait le succès que l'on sait, entre les soeurs, c'est juste un peu tendu, un moment, et on passe à autre chose. Evidemment, c'était peut-être comme cela en vrai chez les Brontë, on ne s'étripait peut-être pas plus qu'à deux coups de regards un peu griffus, soit. Mais comme ici, c'est un roman, j'aurais aimé plus de sang et de larmes ( comme disait un autre anglais à propos de tout autre chose), que ça saigne quoi ! que ça s'éborgne, que ça se chiffonne un peu plus les veilles robes défraîchies des soeurs vieilles filles.

Pour le sang, la fureur, la folie, la passion, le roman quoi, vaut donc mieux lire ou relire les originaux. Finalement, les soeurs Brontë, elles sont sûrement aussi dedans. En mieux.

15/10/2013

Guide du loser amoureux Junot Diaz

Guide du loser amoureux, Junot Diaz, nouvelles, nouvelles Saint DomingueComme le titre l'indique plus ou moins, ce sont des nouvelles. J'aurais franchement préféré un nouveau roman de ce même auteur, mais bon, j'ai pris quand même, parce que c'était ce qui venait de paraître de Junot Diaz et que "La brève et merveilleuse vie d'Oscar Wao", c'est tout simplement génial. "La prose de Diaz électrise tout sur son passage" dit l'éditeur sur la quatrième de couverture. Soit. Sûrement, y a du volt là dedans, mais quand même, çà électrise moins, j'ai trouvé. Peut-être parce que ce sont des nouvelles et que j'aime moins les nouvelles que les romans, ou peut-être parce que je piaiffais devant, du coup, j'ai moins sauté en l'air.

Presque toutes les nouvelles tournent autour de Yunior (celui qui sévissait déjà autour du pauvre Oscar ...), un sorte de pivot à contre courant, un exemple à ne pas suivre, un loser d'amour qui le mérite bien, (et ne cherche point la repentance ni l'abstinence, sauf forcée évidemment ...), un Dominicain qui garde les yeux sur là-bas, l'île d'origine, et aussi sur les bas des reins qui passent à sa portée, un queutard qui saute sur tout ce qui porte nichons hauts (voire bas d'ailleurs, peu lui chaut si nichons et culs il y a ), parfois le regrette, quand il se fait larguer, reconnaît ses fautes, se fait larguer quand même, toujours infidèle et repentant. Il jubile et déchante en même temps, comme un destin de macho (presque) malheureux.

Mais ce n'est pas ce Yunior là, qui est touchant, bien sûr celui-là, il est drôle, poursuivant sa malédiction des stéréotypes des hommes "chauds" de là-bas, fumeurs, branleurs, glandeurs, braguetteurs ... A côté de ce dragueur, se voile l'autre, celui touché par l'exil, le pays pointé dans le coeur, comme un mythe déceptif et pourtant caressé, même oublié, caressant de quelques rayons certaines nouvelles. "Le soleil, la lune, les étoiles" en gardent trace, comme les deux femmes de "Otravida otravez" ( rien que le titre est une samba triste). Quelques passages, quelques phrases en sont les gardiennes, en espagnol dans le texte, plantées dans leur solitude comme les deux enfants dans l'appartement de l'arrivée à Boston, sous la neige de "Invierno". Puis, plus tard, plus grand, Yunior raconte un peu de son frère qui se meurt d'un cancer, de la mère qui d'un inconditionel amour l'étreint. Le père a disparu, reste cette ombre de l'aîné qui le double parfois, avant lui entre les cuisses des mêmes filles, puis disparaît. Reste le macho qui prend le sexe des filles comme d'autres mangent des mangues.

Un recueil un peu déceptif, donc mais que, en toute subjectivité, j'ai décidé de bien aimer. Même sans Oscar, qui m'a manqué ...

12/10/2013

Les filles de l'ouragan Joyce Maynard

les filles de l'oragan, Joyce maynard, romans, romans américains, déceptionJe ne sais pas ce qu'il y a en ce moment entre mes livres et moi ... Une sorte de flottement ... Ils ne me tombent pas vraiment des mains mais ils ne font pas beaucoup des pieds non plus pour que je m'acroche à eux. Ils m'annoncent des ouragans et je tombe dans la flaque !

Donc, pas d'emballement dithyranbique pour ces deux filles de l'ouragan qui ne m'ont guère emportée bien loin. Les deux héroïnes ont en commun d'être nées le même jour, dans la même petite bourgade du fin fond des USA, le même jour, soit neuf mois après une nuit d'éléments déchainés (mais pas que), affrontés par le père (mais je ne dirais pas de laquelle des deux. D'ailleurs, je ne suis pas certaine de me souvenir vraiment du mystère des deux conceptions, j'ai dû piquer un petit roupillon neurologique à la fin du truc, moi ...).

De cet ouragan un peu confus, nait d'un côté Dana, dans une famille où seul le père lui lui prête attention et affection, c'est à dire au moins autant qu'à ses fraises. Elle a quatre soeurs, mais berniques pour la communication, à croire qu'elles n'existent pas, et une mère, sèche et revêche, confite en religion et préceptes normatifs. Les deux, la mère et la fille,consentantes, se maintiennent à distance l'une de l'autre. Dana vit dans une ferme, qu'elle adore, grande, belle, blonde, artiste, seule de son espèce dans la famille. Ce qui n'est pas normal. Sauf qu'elle le répète tellement de fois qu'on finit par se dire qu'elle nous prend pour des sourds.

L'autre, Ruth, n'est pas belle, pas grande, pas artiste. Elle aime la ferme de Dana et de son gentil papa et Dana aime son frère, si beau, si mystérieux. Cette deuxième famille n'est pas folichonne non plus, mais un peu comme un miroir quasi inversé, mais pareil. Ruth se sent la seule de son espèce, elle n'aime pas les poupées Barbie, par exemple, alors que Dana en rêverait, mais c'est sa mère à elle qui ne les aime pas. (Vous voyez le truc ...). De projets troubles en rêves grandioses qui finissent pathétiques, le papa, George, n'est jamais là. La si originale maman, Véra, est artiste, si peu mère que les deux enfants ne l'appellent même pas maman ... Toujours fourrée dans ses pinceaux et lui sur les routes, les deux irresponsables brinqueballent leurs enfants d'un foyer précaire à l'autre, sans plus d'affection qu'un bol de céréales pour le diner. Alors que la famille de Dana reste toujours à sa place, ce qui fait que c'est facile de se retrouver, enfin, presque ...

Voilà. Comme dans la ferme du papa, les mauvaises mères produisent les mauvaises filles, comme les fraises produisent les meilleures fraises si elles sont bien greffées avec les bonnes pousses. Sans accuser ce roman, qui aurait pu être agréable par ailleurs, d'eugénisme (mais peut-être quand même d'un certain angélisme ...), l'idée que les enfants soient à ce point déterminés par leur héritage génétique m'a un peu gêné.

J'ai la courte vue, et je sais bien que l'homme descend du singe, puisqu'on ne l'a dit, mais j'aime à me dire aussi que ce n'est peut-être pas besoin de le faire en ligne droite (dans un roman, en tout cas, on a le choix), je veux dire comme une noix de coco tombe d'un arbre à noix de coco ... ( mes connaissances en génétique en général et en noix de coco en particulier, restant particulièrement embryonnaires, si un spécialiste passe par ici, qu'il ne me conspue point) ...

08/10/2013

La mort s'invite à Pemberley P.D. James

la mort s'invite à pemberley,p.d james,romans,romans angleterre,a cup of tea timeCe livre est une erreur de lecture. Non pas qu'il ne soit pas bien ( quoique ...) mais surtout que je l'ai pris pour un autre. L'été dernier, mon homme lisait en anglais ( ce qui m'énerve parce que je suis incapable de le faire) un titre de P.D. James en exclamant à longueur de pages sa délectation ( ce qui m'énervait encore plus). J'attendais donc avec impatience la parution de ce titre en poche de la P.D James, auteure que j'ai laissé de côté depuis un certain temps, par saturation. Au cours donc ma ma lecture à moi de ce titre, je me disais que l'enthousiasme qui avait été manifesté par mon homme, me paraissait quand même quelque peu excessif. Renseignement pris auprès de l'intéressé et tout s'explique, ce n'était donc pas le bon. Le bon, c'est "Le phare". J'avais bon pour l'auteure.

Celui que je viens de lire donc, autant le dire après ce préambule inutile, est moyen, voire moyen moins, en fait il a surtout de l'intérêt en tant que jeu littérair et relecture d' "Orgueil et préjugés" de Jane Austen (livre qui serait dans mon top ten si j'arrivais à faire un top ten qui s'arrêterait à dix). Vous me direz, autant relire "Orgueil et préjugés", mais comme c'est déjà fait, et qu'il faut bien passer à autre chose ...

P.D. James donc s'amuse à reprendre les personnages là où Jane Austen les avait laissés, un peu plus tard. Elizabeth et Darcy sont établis à Pemberley, ont deux enfants déjà ( comme le temps passe vite quand on s'aime ...), et se prépare le revival du bal annuel, selon la tradition instaurée par Lady Anne. Tout doit être prêt pour le lendemain soir. Les fleurs coupées attendent les vases dans les grands pots, la domesticité s'affaire, l'argenterie se frotte, la fameuse soupe blanche se prépare et la cuisine s'encaustique ... les maitres de maison reçoivent leurs familiers, Jane, la toujours fidèle soeur et fidèle confidente, son mari, le débonnaire Mr Bingley, qui n'a pas changé non plus d'un poil depuis sa dernière visite, la fragile soeur de Darcy, Georgia, et ses deux prétendants, point encore trop déclarés, mais déjà sur les dents.

Au dîner entre intimes, pourtant, l'atmosphère se tend, la tempête gronde à l'intérieur, le coeur de Georgia (et les arrangements qui vont avec ...) sont courtisés de près et le vent souffle à l'extérieur, alors que cavalent en direction du délicat monde du château, l'affreux Wickham, l'hypocrite coureur de jupons, le traitre, et son insupportable Lydia, mégère en puissance, dont on se demande comment il fait pour la supporter encore, la bougresse. Avec eux, il y a un ami, un qui n'arrivera jamais à Pemberley ...

Pemberley est emporté dans la bourrasque d'un polar bien classique par ailleurs, sans véritable intrigue novatrice. Mais bon, ce n'est pas forcément ce qu'on lui demande et pour les fans de Darcy et Elizabeth, quel régal de retrouver les méandres de leurs rencontres et atermoiements sociaux. Revisités par ses personnages, la relecture des moment si savoureux concoctés par Jane Austen ne sent point du tout la naphtaline mais la nostalgie des circonvolutions victoriennes à crinoline comme on les aime. Il manque juste (mais là est peut-être l'essentiel), la causticité de la plume.

04/10/2013

Le livre du roi Arnaldur Indridason

Odin.jpgLe dernier livre (paru) de celui qui fait plutôt d'habitude dans le polar venu direct du froid, le roi de l'export de l'enquêteur dépressif, (modèle qui fait flores mais s'en tenir à l'original, c'est le mieux), enquêteur récurrent mais disparu, parfois, un auteur que j'aime toujours suivre; même quand c'est Betty qui s'en mêle.

Là, aucune Betty, aucune tempête de neige, une seule disparition, celle d'un livre, et l'enquête est à la Indiana Jones sauce Jason à la toison d'or, même pas un flocon de dépression ( enfin, juste un peu), à ne pas y reconnaître son saint Graal.

Un duo bancal se jette à la poursuite d'un livre perdu, "Le livre des rois", le saint du saint de la littérature islandaise, un professeur passionné et son étudiant pris sous le coude parce qu'il est imbattable en lecture de manuscrits illisibles avec des tâches dessus, voire des lettres manquantes. Le super man de la traduction simultanée pour amateurs d'énigmes linguistiques (je ne recopie aucun noms d'auteurs de ces fameux manuscrits, pour cause de clavier en grève, il se refuse à écrire un nouveau nom islandais de plus sur ce blog. Il dit qu'il en a assez comme cela.), et le viel érudit se lancent à corps perdu dans une quête au-dessus de leurs moyens. Il faut retrouver le trésor manuscrit donc, disparu de son côté, plus son fascicule, disparu aussi, d'un autre côté : le fascicule ayant quand même la facheuse habitude de se retrouver enterré avec son dernier propriétaire en date. Contre eux, les gentils, il y a les méchants : les wagnéristes, une sorte de gropuscule infâme, matiné nazis. Ils veulent le livre (et le fascicule qui va avec) aussi furieusement que les gentils, sauf qu'ils sont furieusement méchants et ne veulent ce fameux livre que pour refonder les théories aryennes du culte de l'origine glorieuse et slave du peuple allemand. Le vieux professeur jette donc ses dernières forces dans sa bataille intime et culturelle. Il faut dire qu'il a à se faire pardonner bien des erreurs, en plus devenu ( suite à ses erreurs) quelque peu alcoolique, quand il ne se bourre pas le nez aux amphétamines et à la poudre à priser.

L'étudiant toujours sous le bras, il va ainsi reprendre du poil de la bête, de l'Islande au Danemark, du Danemark en Islande, de l'Allemagne de l'Est à Berlin en pleine reconstruction ... toujours à la poursuite de la prunelle des yeux de la littérature islandaise.

On pourrait s'y amuser, si ce n'était si répétitif : les mêmes informations reviennent plusieurs fois, quasiment avec les mêmes formules. Alors que les personnages se déplacent à vol d'oiseaux qui ne connaissent pas les obstacles, moi, j'avais l'impression de faire du sur place ou de revenir à la même place, les quasiment mêmes morts produisant quasiment les mêmes effets. Invraisemblable est la quête, oui, mais ce ne serait pas si frustant si elle emportait en ces pages. Par moments, je me suis envolée, mais le plus souvent, je suis retombée. Sur mes pattes quand même ...

J'ai lu après sur la couverture, que ce livre date en fait de 2006, il a été écrit entre deux polars. Disons que l'auteur s'est offert une récréation, et faisons de même ...

01/10/2013

Les sélectionnés des vacances étaient ...

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpg Je sais, c'est un peu décalé, alors que l'automne s'installe, doucement, et que l'on est en pleine rentrée littéraire, mais peu me chaud (chaut ?) de chaloir.

Des nouveautés, peu ont chu dans mon panier, cette rentrée ne me chaleure que peu, alors que cet été, oui, j'en ai sué dans mes bretelles d'autoroute pour conduire mon beau monde à bon port ( à savoir près d'un transat, quitte à faire cliché, il y faisait chaud aussi, mais mes livres étaient à l'ombre ....) Tout cela pour ça, ben oui, pour lire à l'ombre d'un figuier. Ou deux.

Les lus sont lus et les autres attendront, un peu, beaucoup, passionnément.

Avalone Silvia : D'acier  (un roman où perle la sueur adolescente, les HLM des plages, les chats, un peu perdus, eux aussi)

Banks Russel : Américain Darling ( parce que for ever j'aimerais "De beaux lendemains", aussi triste que juste beau)

Brotherson Moetai : Le roi absent (pardon A.M, cela fait deux ans qu'il attend, celui-là ...)

Carrère Emmanuel : L'adversaire (qui me vaut de lire certains livres du même auteur)

Chirbes Rafael : La belle écriture (dans le genre pur bonheur. Merci A.M.)

Ciriez Frédéric : Mélo ( merci Manou, mais je trouve pas ta note sur cette lecture chez toi ...)

Colic Vélibor : Sarajevo omnibus ( A.M. tu es encore dans ce coup là, non ?)

Cook Kenneth : Le koala tueur et autres histoires du bush ( ... )

Dewitt : Les frères sisters ( ou quand Tarantino se fait blond aux yeux bleus, ce qui n'est pas sans intérêt, mais j'avais mal aux fesses ... )

Dexter Pete : Spooner ( je le regrette celui-là, pourquoi, je l'ai laissé de côté, de quel amour blessé vous fûtes laissé aux bords de mes lectures d'été ...) 

Donoghue Emma : Room (Ingannmick, encore !!! un fait divers à l'envers, à lire à l'endroit)

Duff Alan : Un père pour mes rêves ( à cause du premier lu, "L'âme des guerriers")

Du Maurier Daphné : Ma cousine Rachel ( que dire ...)

Fletcher Susan : Avis de tempête

Gorode Déwé : "Tâdo, Tâdo, wéé ! ou "No more baby" (trois ans qu'il attend celui-là, j'ai comme un doute ... serais-je faite pour lui ?)

Horan Nancy : Loving Frank ( là sûre, pas pour moi ...)

Kasischke Laura :  La vie devant ses yeux (ni pour lui, non plus)

Kerangal ( de) Maylis : Ni fleurs ni couronnes (deux petites nouvelles, juste justes)

Khadra Yasmina : L'attentat

Korman Cloé : les hommes couleurs

Marais Sandor : La soeur

Maynard J. : Les filles de l'ouragan

Morrison Toni : Home (merci Valérie, encore, je sais, je me répète, mais tant qu'à le faire, je le fais, merci)

Noort Saskia : D'excellents voisins (mon homme m'a dit : "T'es sûre ?" pour une fis, il l'avait lu avant moi. "Je suis sûre de quoi ? ai-je dis. "De vouloir le lire ?" a-t-il-dit. Ben vu comme cela, non, pas sûre, finalement.

O'Dell : Le temps de la colère

O' Connor Joseph : Inishowen ( un O'Connor pas lu, méa culpa)

Ormesson d' Jean : Au plaisir de dieu (où comment une lectrice change son fusil d'aspostrophes)

Schoeman Karel : Cette vie ( une découverte un peu exigeante mais d'une beauté pure)

Swarthout Glendon : Le tireur  (ou quand un trou du cul se trouve une raison d'être)

Van Reybrouck : Congo

Wasmoo H. : Cent ans ( de solitude, merci Kathel, j'en rêve de celui-là) 

Weller L. : Wilderness ( Jérôme !!!)

Wesley Mary : La resquilleuse ( une anglaise qui m'a laissé à côté de mes pourtant vieilles dentelles adorées mais je compte bien me rattraper avec la Trolloppe)

 Willocks Tim : Green River

 

J'aurais pu ajouter "la poupée" de la Daphné du Maurier, lecture commune avec Ingannmic, mais en fait, elle a voyagé en solitaire, la belle ...

Ce fut un bel été ...