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28/11/2013

Cité de la poussière rouge Qui Xianlong

variete-de-tofu.jpgDans la cité de la poussière rouge, l'histoire, la grande et tragique histoire de la Chine d'après la révolution communiste se coule en de petites historiettes de ses habitants minuscules. C'est une cité de petites gens ordinaires, dans le grand Shangaï, des petites gens qui habitent dans des petites maisons, découpées comme du tofu en tranche. De la cité, les petites gens ne partent pas, ou alors, pour aller en prison, au début, puis devenir riches, à la fin, on revient quand on été libéré, ou que l'on est, justement, devenus riche. Mais la plupart restent là, dans leur petit monde avec le grand qui tourne autour.

Dans ce petit monde, les habitants vivent dehors, sur le pas de leur porte, dans les allées, dont une où se tiennent les conversations du soir, un chapitre, une histoire. Le côté amusant du livre vient du fait que chaque chapitre commence par "le dernier bulletin (en date) d'information de la cité de la poussière rouge", c'est à-dire en fait d'un récapitulatif des annonces et volontés, projet et relectures des faits, de la droite ligne du parti communiste. On y lit une Chine indomptable, pure et glorieuse, qui va de l'avant, du grand bond à la révolution culturelle. Tout y est parfaitement maitrisé, les usines produisent de la révolution, l'ouvrier est maître et Mao est le bienfaiteur. Suit alors une historiette d'un habitant de la Cité de la poussière rouge. Evidemment, cette juxtaposition décalée fait sourire, plus d'une fois, car si elles ne sont pas vraiment drôles, les histoires, elles ne sont pas non plus tragiques, enfin, pas racontées comme tragiques. Elles ne font pas de grand bond, elles, elles se casent où elles peuvent couler : l'intellectuel libéré qui retrouvent ses livres où ils ne devraient pas vraiment être, la jeune combattante déclarée morte et qui finalement avait survécu, le poéte ouvrier qui connut la gloire et prit femme grâce à une métaphore de tofu ...

Gens de peu qui se glissent dans des espoirs à la mesure de leur quotidien, trouver un logement, garder son grillon de combat en bonne santé, gagner un combat d'échec, vivre pour manger, trouver un emploi à sa mesure. De petits bouts qui retracent un bout de quotidien de la Révolution culturelle à l'ouverture au capitalisme et aux inquiétudes nouvelles des salons de karaoké. Les costumes Mao finissent par se friper et les "bols en fer" (les ouvriers qui avaient l'assurance de couler des vieux jours à l'abri grâce à leur statut protégé de vainqueur de la révolution) se retrouvent sur le carreau.
Une lecture agréable, comme une promenade à la Charlot dans des allées bruissantes de vie.

Merci Jérôme !!!!

PS : personnel à Jérôme, fine limière, je n'ai pas noté de page cornée, pas gratté de grains de sable entre les pages, pas décollé de pages collées par de la confiture, la pliure à la tranche est très légèrement marquée. J'en conclus que : tu ne lis pas à la plage, tu utilises un marque page, tu ne lis pas en mangeant ton goûter, tu ne retourne pas complétement ton livre sur le bras du fauteuil quand tu le poses rageusement pour aller chercher tes lunettes que le chat a planqué ailleurs (ou alors tu n'as pas de chat ?). J'ai bon ?

24/11/2013

L'échange des princesses Chantal Thomas

l'échange des princesses,romans,romans français,romans historiques,pépitesEst- ce à cause de l'homonymie d'avec la fameuse créatrice de dessous si chics que ce roman me faisait froufrouter d'avance ? Point nenni, pas besoin, je suis tombée dans les crinolines kithchissimes de Sissi quand j'avais encore l'âge de jouer aux Barbies. Les histoires de gentilles princesses qui ont les ailes rognées par les méchantes cours des Grands, j'adore. Il n'a pas longtemps, j'ai même tenté Saint Simon ( en extraits, hein, pas maso quand même, mais, il n'y avait pas assez de marquise des anges pour moi)

D'ailleurs, Saint Simon, il est aussi dans ce livre-là, en un peu moins glorieux qu'il ne veut bien le dire quand c'est lui qui cause. Le bonhomme voulant être grand d'Espagne, il se fait ambassadeur du Régent en cours de Madrid. En profite pour découvrir l'huile d'olive, mais ce n'est pas là le sujet, évidemment (même si le Saint Simon en proie aux doutes dans les couloirs odorants mais obscurs du palais madrilène, en grand costume d'apparat à la française, je suis assez fan). Revenons à sa mission de départ, l'organisation de l'échange marital diplomatique entre les deux grandes puissances européennes de ce début du XVIIIème siècle, qui se faisaient la guerre depuis un certain temps, la France du décadent régent, Philippe d'Orléans, l'Espagne du mystique chaud de la cuisse, Philippe V. Il s'agit d'échanger deux princesses de la plus haute importance, que l'une aille se faire française au nord et l'autre espagnole au sud. La toute toute petite infante de quatre ans, Anna Maria Victoria pour le futur Louis XV ( haut de onze ans), et mademoiselle de Montpensier, douze ans d'abandon familial sur les épaules à coller avec le futur roi d'Espagne, prince des Asturies pour l'instant et pas vraiment fini non plus. Un poil obsédé par l'idée de prendre femme (sans trop savoir ce que cela veut dire d'ailleurs, ce qui ne l'aidera pas par la suite quand l'idée devra prendre corps).

La plume est allègre pour retracer ses deux longs itinéraires  de poupées marionettes du pouvoir, pas seulement du nord vers le sud, mais de la gloire au désespoir, de l'intérêt à l'abandon. L'une, la plus petite, se conforme, fait la joie de tous, fait les gestes qu'il faut, et même des bons mots, séduit tout le monde ( même la vieille Palatine), sauf son beau prince. Elle combat ses peurs à coups de poupées, classées, rangées, rejetées, comme le futur roi avec ses courtisans, et plus tard avec elle. L'autre Louise Elisabeth se heurte à ses murs et à ceux de l'Escurial. Elle déçoit, ne joue pas le jeu des espoirs du couple régnant en attente de la princesse conforme. Mais la poupée française ne peut pas, elle est déjà toute cassée.

Aucun suspens, l'histoire est écrite depuis bien longtemps pour ces deux là, juste le suspens du comment, comment elles vont disparaître de la scène du théâtre. L'une sauvera les meubles, malgré tout, l'autre sera poussée encore un peu plus loin. Un coup de balai et un coup de pelle, le tour est joué, la poussière est sous le tapis.

L'auteure ne cherche pas à nous faire pleurer sur leur sort, cela ne marcherait pas, je pense, du misérabilisme dans les chaumières royales. Moi, j'ai sautillé de malheurs en malheurs, mais je pense qu'un historien aurait à redire, pas tant sur les faits (on sent bien que c'est du fiable et vérifié) mais sur la psychologie supposée, même si elle n'est pas developpée outre mesure (pour ne pas laisser trop de place aux critiques, je suppose), il est clair que pour faire du romanesque, il faut faire du lien avec nous, femmes modernes, à la condition libérées et qui, au grand jamais, ne tomberait dans ces histoires de labyrinthes du paratre.

C'est une vision proposée, un peu de notre temps qui se drape dans les rideaux véridiques de l'histoire pour en écarter les rideaux et montrer des dessous, pas si chics !

20/11/2013

Kinderzimmer Valentine Goby

Ce livre n'est pas un livre de plus sur la déportation, sur les camps de concentration et sur l'horreur, toujours là, toujours indicible, toujours dite. En même si, d'ailleurs, un livre de plus ne peut ici être un livre de trop, je crois, je crois aussi que ce qu'il aurait de toute façon le plus à craindre, c'est qu'il n'y ait plus assez de lecteurs pour ce sujet ...

Comme "Le rapport de Brodeck" ( un Claudel qui fleure l'excellente littérature sur la pourriture de l'âme humaine, et elle fleure sévère), "Kinderzimmer" raconte les faits, en sortant du témoignage "brut", pour s'interroger dessus, ou plutôt sur le comment dire le brut maintenant qu'il s'éloigne, que les témoignages directs, se feront, pour cause naturelle, de plus en plus rares. Et sans pathétique. Pour moi, je trouve que c'est important le non-pathétique. C'est une de mes amies qui me l'a appris, elle dit que si tu cherches à faire pleurer dans les chaumières avec ta crasse et ton malheur, ce n'est pas la compréhension que tu obtiendras, ni même des larmes. Elle ne dit pas "crasse", vu qu'elle l'a assez vécue ( c'est une ancienne déportée, juive hongroise, elle est passée par la tente de Ravensbrück, pour ceux qui ont lu le livre, cela en dira assez, je pense.)

Il y a un récit dans "Kinderzimmer", l'histoire de Suzanne à Ravensbrück et des fragments qu'elle a pu connaître de celle des femmes du même coin de son block, des françaises, déportées politiques, comme elle. Suzanne est jeune, très jeune. Dans la résistance, elle codait des messages avec des notes de musique. Un soir, elle est restée coincée avec un messager inconnu dans un réduit du magasin. De cette nuit là, elle est enceinte. Trois mois plus tard, elle est arrêtée, quelques jours plus tard, elle est à Ravensbrück. Rien ne peut laisser présager ce lieu ni ce qu'il peut y arriver, une grossesse y est une anomalie dans un monde inconnu.

L'histoire de Suzanne est peut être vraie, et sans doute pas, pas vraiment, sûrement inspirée du témoignage de Marie Josée Chambart de Lauw ( résistante déportée et affectée à la zindezimmer, elle est remerciée à la fin du livre par l'auteure). Elle sonne juste. De l'horreur de tomber pendant les appels, de la terreur de se lever, de celle de ne plus y arriver, de la terreur et de l'envie de survivre, de la tentation de se laisser glisser, de s'en remettre à la fatigue et à la saleté, de s'en remettre au chien pour arrêter, de s'en remettre au hasard, finalement, de croire en la survie possible d'un bébé ; dans la Kinderzimmer, elle est de trois pour des bébés vieillards.

Avant, pendant et autour de la naissance de James, il y a d'autres femmes, des soutiens ou des ombres dangereuses, plus de soutiens quand même, même si, Suzanne le comprend, l'amour dans les camps peut faire mourir. Elle aime, soutient dans la mesure où c'est juste possible. Un récit en grande retenue.

Cependant, ce qui m'a aussi vraiment touchée, ce sont les reflexions initiales sur les mots et le dire. Suzanne devenue témoin de l'horreur, devant une classe, achoppe sur une phrase, qu'elle a pourtant si souvent prononcée : "Nous marchions jusqu'à Ravensbruck", parce qu'elle réalise que ce n'est pas possible à dire ça, que dans l'ignorance du lieu et de ses "règles", de ses mots singuliers, les mots d'après n'ont pas de sens. Ils reconstruisent ce qui n'était qu'inconnu. Ils ne peuvent être partagés, pas même au retour. Les mots de Ravensbrück désignent une réalité à jamais étrangère.

Oui, vraiment touchée, parce que moi, face aux mots que disent ceux qui sont revenus, j'en finis par comprendre que le poids de leur véracité, l'écho qu'ils me renvoient, je le comprends, oui, je le comprends, et je ne comprends rien à ce que sont réllément ces mots là, cette réalité là.

 

Un livre que je joins à la proposition de non challenge de Galéa.

 

16/11/2013

Rêves oubliés Léonor de Récondo

rêves oubliés,léonor de récondo,romans,romans français,les tombés à côtéAu centre  de ce petit roman, les exilés de la guerre d'Espagne.

Aïta aime Anna, sa femme ,mais sa femme n'est pas là pour le moment. Elle est à Irun chez les granps parents et les oncles, en vacances, avec les enfants, les trois garçons. Deux énervés dans un bar voit en ce tranquille patron d'une fabrique de céramiques en patron à abattre et Aïta se retrouve à fuir avec pour seule protection un oiseau en cage et un costume ridicule. Se faire voir pour ne pas se faire tuer et rejoindre sa famille. Tenter de sauver au moins ça.

Du côté d'Anna, ce n'est pas mieux. Le temps n'est plus des anniversaires doux et tendres fêtés en famille autour du gâteau de riz onctueux. Le temps est à la fuite aussi précipitée mais sans oiseau en cage, quelques bijoux cachés à la place, et la frontière à passer, comme pour aller finir une promenade, savourer un pique-nique. Mais cette frontière, c'est la dernière fois que la famille la franchit, sans qu'aucun d'entre eux ne le sachent encore.

On comprend que les oncles ont une acivité politique du côté des rouges, mais c'est tout. La reconstition historique n'est pas le coeur du livre, mais la douleur de l'exil, puis son acceptation, quitter l'attente du retour. Les vies ont basculé et c'est pas le tout, il faut l'accepter, le coeur resté de l'autre côté. Le côté d'avant, le pays à côté fermé, le leur pourtant. Le "chez nous" laissé en plan, laisser les odeurs d'avant, les musiques d'avant, la vie d'avant, les mains d'Anna avant, si lisses, avant les mains qui s'abiment dans les travaux de la ferme, lorsque la préocupation principale d'Anna était de choisir, le matin, les bijoux du jour.

Les matins en France sont tout froids de l'absence des autres, une petite solitude s'installe, ensemble, ils sont ensemble mais entre eux. Ils s'occupent alors que les coeurs tremblent et Anna l'écrit dans un petit cahier où l'expression de sa solitude à elle vient compléter l'évocation de celles des autres : un jardin à bêcher en échange de l'hospitalité, des montres à réparer qui font passer l'ennui, des tricots à tricoter pour les mains fatiguées d'attendre de faire autre chose. Les enfants aussi font le deuil des enfants d'avant, les livres, la musique.

C'est très joliment écrit, cet adieu à l'espoir d'un retour de l'exilé (bon, la fin, on aurait pu penser à autre chose, mais bon, c'est l'auteur qui a toujours raison, de toute façon, nous, lecteurs, on n'a pas le choix des armes), mais il faut le dire, je n'y ai pas vraiment trouver mon compte, c'est très joli, poétique même ( non, je n'ai pas dit "trop" joli, mauvais esprit sarcastique, sors de ce corps avec Rantanplan et Zébulon). C'est joli comme une chanson triste, une petite mélodie des flamencos perdus. C'est juste mon côté basique, moi, j'aime bien qu'on m'explique clairement les choses. ( enfin, dès fois, ça dépend) mais un peu quand même. Bref, c'est joli. ( Arrête de ricaner sous la cape Athalie, on t'a vu lire bien plus sirupeux) Oui, (comme c'est moi qui fait ce faux dialogue, je suis forcément en accord avec ma fausse voix intérieure qui dit la vérité) soit, mais le sirupeux qui s'assume, voire qui colle aux doigts. Là, ça ne m'a pas collé.

 

11/11/2013

Faillir être flingué, Céline Minard

18685914.jpgUn simili western complétement réjouissant, il vous ballade (A.B. les deux "l", c'est une faute exprès, pour faire musical) vous amène, de violoncelle de bastringue en voleurs de chevaux, de baignoires en fumoir. C'est le monde de Lucky Luke, sans Rantanplan, et un roman ficelé pour vous attraper, sans les plumes ni le goudron, en douceur drôlatique.

Au départ, on commence doucement : un chariot est en route vers l'ouest, dedans, la grand mère mourante, autour, deux frères, un neveu, une petite fille qui les suit, attachée à leur pas en cours de la route. L'un rêve de ferme et de terre, l'autre ne sait pas encore de quoi, le neveu s'égare parfois, et la petite les protège. Une tribu et quelques d'indiens plus tard, le désert commence à grouiller sérieusement de solitudes qui se croisent et se contournent, parfois dans l'obscurité des nuits orageuses. Certains se pourchassent un peu au hasard, semble-t-il, d'un cheval volé, perdu, regagné, revolé, d'un archet de violoncelle, d'une paire de bottes ... Des objets passent de mains en mains qui s'ignorent encore, sous l'oeil des Indiens placides qui attendent leur tour de rentrer en scène. Plutôt goguenards, d'ailleurs.

Dans cette première partie du roman, les personnages sont de plus en plus nombreux, au risque de s'y perdre, on suit leur trace, ils sortent de derrière les broussailles et les ornières du désert de l'Ouest mythique comme autant de lapins à dépiauter. Et finalement, tous convergent vers une ville de poussière, quelques tentes à louer pour cow-boys soulards autour de l'inévitable bordel (je vous conseille particulièrement la tenancière, elle est à croquer .... ), un barbier, un armurier, un éleveur de moutons élitiste, en complètent l'horizon culturel. On ne le sait pas encore mais ici gît l'Eldorado où les errances solitaires vont venir prendre une sorte de sens temporaire.

C'est le coup du roman puzzle ( j'allais dire giratoire) qui se fait en douce, doucement le petit ruisseau de chaque personnage va venir nourrir la grande flaque, le coup de l'utopie à la mesure d'un trot de cheval, d'une partie de cartes truquée, évidemment, d'un pari d'une nuit d'amour contre un lot de baignoires. Le microcosme de la cité idéale de bric et de broc. Juste génial comme une BD en vrai roman. Les personnages sont à la fois des stéréotypes du genre, des clins d'oeil, et des rêves de braves types et de femmes gaillardes. Et les dons de certaines nourrissent aussi des amours tendres, avec un goût de "Coeur cousu" ... Et je ne vous parle pas de Zébulon ...  Pour le rejoindre, moi, je veux bien être le blanchisseur chinois qui fume le calumet de la paix avec le grand sachem ( je vous conseille aussi le grand sachem, il est à croquer avec les plumes, mais moins que Zébulon, quand même ...)

Je vous rassure, il y a aussi fusillades, chasseur de prime, crimes et châtiments, mais à la mesure de l'univers de cette fraternité illusoire qui fait un bien fou à son lecteur. Au point qu'on en arriverait à rêver d'une suite. Moi, j'ai eu du mal à les laisser en plan, surtout Zébulon (je ne vous dit pas la fin, j'étais en sueur de peur d'être en larmes, veuve virtuelle d'un superbe truqueur ...).

Bref, j'adore ma copine qui m'a offert ce bouquin, j'adore ce bouquin, j'adore toutes les notes qui en disent du bien, les autres, je ne les lis pas, pas touche à Zébulon, sinon, je mords. ("Rantanplan, sors de mon corps, s'il-te-plait")

Une lecture pour qui s'y colle au non challenge des pétites de Sous les galets, la première pour moi.

09/11/2013

Le dernier lapon Olivier Truc

le dernier lapon,olivier truc,romans,romans policiers,romans français,les tombés à plat.Un polar ethno, ethno du bout du monde, froid, le bout du monde, je n'ai rien contre, le côté, découverte d'une civilisation minoritaire et en danger de disparation pour cause de politique identitaire limite fasciste et de gros méchants loups économiques qui veulent manger la dite civilisation, à priori, je suis pour. Surtout si on me promet tout cela sur rythme trépidant d'une enquête policière menée par un homme et une femme, lui moins jeune et un peu usé par la vie, mais pas trop et surtout pas alcoolique (ouf, ça nous change ...), et elle, jeune émoulue de l'école. Il pourrait y avoir du frottis-frotta sous une tente laponne ....

Sauf que, je ne sais pas ce qui m'est arrivé, j'ai dépassé ma limite de neige autorisée, je me suis vautrée dans les congères de l'intrigue, je me suis gourée d'aurore boréale, j'ai planté le scooter des neiges dans une hutte à lapon, bref, je ne sais pas, mais je me suis bloquée sur un détail à la noix .... la répétition du temps d'ensoleillement, enfin, du temps de jour, au début de chaque chapitre. Bon, faut dire que je m'ennuyais un peu aussi ... A chaque début de chapitre, du coup, je me disais "Bon, ça fait un peu plus, mais c'est pas beaucoup quand même". Reflexion idiote dans un polar, où normalement on recherche le nom de l'assassin. Ben, pas moi. Bloquée sur mon truc idiot. En plus, cela n'a aucune incidence sur le déroulement de l'enquête, à croire que rechercher la vérité avec ou sans jour, c'est pareil. Ce que je veux bien croire, mais alors, pour quoi le temps de jour, il est indiqué ? (j'ai prévenu, c'est complétement idiot comme fixette ...)

Je me suis donc égarée dans le grand nord et attendu que l'expédition, les rennes, les lapons, les explorateurs sans scrupules, les éléveurs à l'ancienne, à la moderne, les tambours, les grands sachem, le méchant enquêteur et le gentil, tout le monde se calme et descendent de scooter pour faire pareil. Par contre ( et c'est toujours aussi idiot), mais si quelqu'un peut me dire à quoi correspond le premier chapitre, je suis preneuse. Pas réussi à resituer cette histoire de lapon poursuivi et de bucher dans l'histoire du tambour, moi ... Ce ne peut pas être Mattis ( il n'a pas été brulé, ou alors je n'ai rien compris), ni le père de Klemmet (? si ? mais pourquoi il n'en dirait rien alors ?) celui d' Aslak, là, je suis sûre de moi. Celui de Mattis alors ... J'ai sûrement loupé un truc, parce que ce n'est pas la faute du bouquin, il se lit même plutôt bien, c'est de l'honnête polar ethno.

Ce n'est pas très grave comme problème ceci dit, le livre peut commencer au deuxième chapitre, finalement, mais alors pourquoi Olivier truc a écrit le premier, l'est pas idiot l'auteur, c'est donc moi ! Je n'aime pas me sentir comme un renne égaré. Même si moi, j'ai gardé mes deux oreilles de chaque côté de ma tête, ce qui est déjà pas mal vu les moeurs locales.

06/11/2013

Les bosniaques Vélibor Colic

Les bosniaques, romans, romans serbo croates, dans le chaos du mondeDe ce livre-là, je me suis approchée avec circonspection, avec des petits pas de côté, parce que c'est un de ceux de Vélibor Colic en colère, voire en rage. Le premier publié en français, me semble-t-il, écrit en serbo crate, à partir de notes prises par l'auteur alors qu'il étatit soldat, pendant la guerre dite en " ex Yougoslavie". La préface est datée de juillet 1992, du camp de Slavonsky Brod. J'ai commencé par regarder les dates, les lieux, ce qui était écrit en petit, les abords quoi.

Après, j'ai vu qu'il s'agit de textes très courts, divisés en trois parties : les Hommes, divisés en musulmans, serbes, croates. Chaque texte a pour titre un prénom. Après, il y a la partie Villes, quatorze villes détruites ou martyres, et enfin la partie Camps, six, dont celui de Slavonski Brod, ce qui m'a ramenée au début. Pour chaque camp, il y a un commentaire. Slavonski Brod, par exemple, " le camp de la défaite et de la honte". Et enfin, il y a un "Post scriptum ou post mortem ?". Du coup, j'ai commencé par lire ce texte là. Je me suis dit que si il y avait une montée en puissance dans l'horreur, tant qu'à faire autant prendre la plus grande claque au début ( à la fin, donc) et que comme cela, je saurai où j'allais.
Le problème est que cela ne marche pas. La claque elle est au début, l'histoire d'Adan, elle suffit à vous mettre la saloperie sous les ongles direct.

Ce sont donc des petites histoires d'hommes, des humbles, des riens, un mendiant, un simple d'esprit, un marchand ambulant, un voisin, un artisan, un homme dans son jardin, de ce qu'ils faisaient quand les serbes sont arrivés et de ce qu'ils n'ont plus jamais fait après. Pour certains, c'est vivre, pour d'autres marcher. Les flashs se succèdent sans morale ni jugement, ce n'est vraiment pas la peine. Entre ces hommes devenus ombres tanguent la silhouette de celui qui a vu, et recherche les mots pour dire. Parfois, un clin d'oeil à la vie, un clin d'oeil à ces scènes qui font le soleil de Jésus et Tito. Par exemple celle d' Asim : " Un des premiers jours de la guerre, Asim, dit "le plongeur", alcoolique notoire, parcourut à vélo la ville en flammes ; il alla même jusqu'aux positions serbes, d'où il revint sain et sauf. le lendemain matin, lorsqu'il eut cuvé son vin, on lui raconta ce qu'il avait fait. Asim, dit "le plongeur", eut si peur qu'il en perdit connaissance."

De "Jésus et Tito", de "Sarajevo Omnibus" est ici la vraie face sombre, celle des voisins qui se sont tués entre eux, des mêmes qui ont supprimé leur ombre, des hommes devenus fous de la mort :" Lorsqu'on fouilla le prisonnier Dragon, un tehetnik ( un serbe) qui avant la guerre travaillait comme serveur au "Café de la ville", on découvrit, glissé dans sa ceinture, un crochet à trois branches - appareil qui sert à arracher les yeux".

"La honte nous survivra" dit l'auteur. Après, il a des femmes aussi, dans les villes et dans les camps. A chaque note, petit récit, se dessinent un pion, coupable ou victime, puis un autre, comme un jeu de quille sans figures à rester debout. De ces troués d'actes guerriers (peut-on parler de guerre ? de celle-là, on ne sait pas grand chose, de celle des pouvoirs et des institutions internationales, je veux dire), vus à hauteur des yeux d'un homme, on sort rompu et l'esprit un peu vide, un peu sonné.

J'ai voulu en savoir un peu plus, j'ai cherché le nom des villes, les traces des lieux, je me suis perdue dans ces orthographes étranges pour moi, ces photos de monuments staliniens, ce stade ? un camp ? ces chiffres de recensements de population déplacées, de combien de musulmans vivaient dans un quartier, de combien de croates, de combien .... Tout parait si lisse vu de mon écran, presque rationnel et si loin. Je n'ai pas compris, sauf un peu la colère impuissante des mots que je venais de lire. C'est tout.

02/11/2013

Un été sans les hommes Siri Hustredt

un été sans les hommes,siri hustredt,romans,romans américains,pépitesUn roman jubilatoire, lu en à peine deux jours, ou plutôt deux soirs, dont le dernier failli me coûter mon sommeil, je ne voulais pas lâcher avant la fin, j'ai fini par m'endormir avec, le sourire aux lèvres sans doute, tournant encore dans mon rêve les pages avec délectation .... (sauf qu'évidemment, au matin, il fallu relire les quelques pages lues en rêve ...) 

Délectation de l'écriture, un peu barrée, gentillement foutraque exprès. Que c'est bien imité, le foutraque de la vie quand c'est dans un roman bien écrit ...

La narratrice vous cause d'un coup, vous prend à partie en vous félicitant d'être encore là, puis repart dans son histoire, fait des petits dessins dans la marge, fourrage dans son souvenir, voulant tenir des archives sexuelles, puis les adandonne ... Délectation de cette liberté de ton, c'est tout mélangé, le grave et l'intime, la mort et l'amour, la vieillesse et l'espoir ... délectation des personnages, presque que des femmes, des un peu barrées aussi, de tous les âges, et la narratrice au milieu d'orchestrer la farandole.

La narratrice Mia, semble laisser courir sa plume le long d'un été : la petite cinquantaine ménauposée, mais encore belle, selon sa mère, elle vient d'exploser en plein vol, elle sort d'un épisode de folie passagère. Son mari, Boris, jusque là plutôt placide neurophysicien, un peu ventripotent, obsédé par les rats de son laboratoire, lui a annoncé qu'il faisait une pause d'avec elle, pour une pause plus blonde, plus jeune. Mia, rousse, poétesse incomprise, peu incline au partage, continue à l'aimer, comme on peut aimer son homme de sa vie pour toujours, même quand il vous a enfoncé le malheur dans le coeur.

Mia s'écarte pour mieux se voir, ne plus le voir aussi, le temps d'une pause, elle aussi, loin de son cadre habituel. Elle s'installe dans un lieu d'emprunt, près de la maison de repos où séjourne sa mère, et où s'est constitué un club de lectrices aussi âgées que leurs artères à mi-temps, avant l'arrêt final. Elle donne des cours à des jeunes filles, un club de sorcière en puissance, et fait connaissance avec sa voisine, Lola : jeune mère de famille débordée, et qui a une passion pour les boucles d'oreilles architecturales et un mari absent. Ou en colère.

Un livre qui met en jeu principalement des femmes donc, des femmes entre elles, par force, le plus souvent, plus que par choix, ce n'est pas un livre de femmes qui n'ont pas besoin d'hommes, de femmes fortes, à l'arc en amazone, non, c'est un livre de femmes oignons. Elles ont plusieurs peaux. La première peut faire pleurer et on se retrouve dans la cuisine à sangloter comme une vache au-dessus de l'évier, en rigolant quand même, parce que ce n'est pas vraiment de chagrin pour de vrai ( ou alors si, mais les oignons sont de très bonnes excuses ...)

Les femmes de ce livre ont plusieurs couches, une énergie attendrissante, pas mièvre, et certaines dévoilent des dessous très chics, comme Abigaïl, du clud de lecture des vieilles, cassée en deux par la maladie mais qui portent toujours des broderies à double face, une pour être jolie, l'autre pour être soi.

Mia promène sur son petit monde et elle-même, une parole moqueuse, ironique et complétement dans la compassion, l'attention à ces têtes rousses, blondes, blanchies, à perruque ... et surtout sur la figure maternelle, toujours debout et toujours fragile, qui sent la laine tiède et Shalimar. A la jeune pause de Boris, elle oppose l'ignorance, l'opacité, à Boris, la constance de sa folie douce pour lui seul partagée.

Un bien joli livre, plein de sourires qui pourraient tout aussi bien couler comme des larmes. Mais finalement non.

J'avais bien aimé aussi "Tout ce que j'aimais", de la même auteure, mais qui n'est pas jubilatoire du tout, je ne sais pas lequel des deux est le plus caractéristique de cette oeuvre, en tout cas, il me reste encore pas mal de titres pour le découvrir.