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27/12/2013

Le dernier arbre Tim Gautreaux

4197197286.jpgUn livre qui avait tout pour me plaire ; un sud américain profond de vase et de sang, un huis clos dans une plantation de cyprès géants, étouffante de ma sueur des pauv' blancs, et des encore plus pauv' noirs, dans un temps d'après la Sécession, juste après.

Dans cette plantation, le seul garant de la loi est Byron Aldridge, ce qui fait que la pauv' loi s'incarne dans un homme brisé à la folie prégnante. Sa façon de maintenir l'ordre en ce domaine fermé sur lui même, lui est tout à fait personnelle, et ses crises de rage sont aussi constantes que sa passion pour les chansons à l'eau de rose ou les airs d'opéra sirupeux qu'il fait cracher sans relâche à son gramophone. Son Victrola a des airs du fin du bout du monde. Ecrasé par les horreurs de la guerre 14-18, c'est cela qu'il rejoue sans cesse ...

On est en pleine Nouvelle Orléans. L'Amérique du nord commence à se la jouer victorienne et industrielle, mais sur le domaine du constable Byron, rien n'en transpire encore ; les bruits de la scierie et les serpents d'eau tuent les hommes, aussi vite que son révolver, et presque sans distinction de couleur de peau. Les hommes qui travaillent là sont des oubliés qui se saoulent, à mort, aussi.

 Hasard qui démarre la fiction, c'est justement le père de Byron, le vieux propriétaire de scieries du nord qui rachète l'exploitation où le mauvais fils se terre, loin du modèle que le vieux aurait voulu qu'il soit, loin de toute parole, ni sur la guerre, ni sur rien. Et c'est le frère de Byron, le cadet, bien plus propre et plus méritant qui vient redresser les comptes et tenter de ramener son frère, si ce n'est à la raison, du moins à la raison du père.

Ce n'est pas tant cet hasard arrangé qui m'a gêné (on a avalé des couleuvres bien plus grosses que celle-là !) que le non emballement de la fiction. Une fois posée la situation explosive, on pourrait penser qu'elle explose. Et oui, elle explose, elle explose même tout le temps, en des explosions qui se répètent, de jours en jours, d'années en années, jusqu'à ce que le dernier arbre soit abattu. J'avoue m'être lassée de la lutte à peine fratricide des deux frères contre le méchant mafioso ( qui n'aime pas les airs d'opéra de Byron, mais c'est un détail), italien, proprétaire du saloon de l'explotation et qui ne veut pas fermer le dimanche ...

Et même quand les femmes et les enfants se sont pris les dégâts collatéraux, je n'ai pas frémi à cette montée en puissance, pourtant. Je ne sais pas ... des personnages un rien trop campés dans leurs bottes, et même lorsqu'ils tuent voire massacrent, je n'ai pas senti l'odeur de la poudre.

Tant pis et un toujours merci à A.M. ( après tout, il ne m'était pas destiné à moi, ce livre ...) et vive "Faillir être flingué"

21/12/2013

Naissance d'un comité de soutien perso mais sincère

images.jpgSi vous avez un cadeau à faire et aucune bonne idée, sachez que derrière ce blog se cache un redoutable comité de soutien à Fernando Marias, écrivain espagnol dont vient de sortir le dernier opus "Invasion", écrivain nécessaire à tout pied de sapins de Noël. Ce comité comprend, pour l'instant : moi, mon homme, le traducteur de Fernando Marias qui fait de super dédicaces ( si il accepte), une super copine de mon homme, spécialiste des soutiens à toutes causes faisant lire des écrivains espagnols, et spécialiste aussi pour dégoter des chateaux en Espagne et Sandrine (si elle accepte ...). Vous pouvez vous joindre à ce super comité en laissant un commentaire ci-dessus.

Sachez aussi qu'il n'est point nécessaire d'avoir lu "Invasion" pour vous joindre à cette opération de soutien, d'ailleurs moi-même je ne ne l'ai pas encore lu. Je l'ai juste sous la main, prêt à être lu. Mais déjà ouvert, pour lire la super dédicace du traducteur. Cependant, je suis certaine qu'un livre racontant le retour d'un soldat halluciné par son retour de la guerre d'Irak ne pourra que séduire les âmes tendres qui passent par ici. Surtout qu'avec la plume trempée dans l'acide de Fernando Marias, on ne risque pas de confondre son livre avec un macaron, ce qui par les temps qui courent peut être d'une certaine utilité.

Pourquoi une note sur un livre pas encore lu pour moi :

1 - Parce que j'ai lu tous les autres et qu'à chaque fois, je me suis pris une pépite de lecture sur les pieds (parce que attention, c'est du lourd ! c'est du bon, mais c'est du lourd). Je signale particulièrement "Je vais mourir cette nuit", un bijou noir intense. "La lumière prodigieuse" donne un autre destin à mon poète espagnol préféré en une romance de la lune triste juste poétique aussi.

2 - J'ai fait une exception pour "L'enfant des colonels" pas encore lu non plus, mais mon homme fait parti du comité de soutien et lui, il dit que c'est juste un chef d'oeuvre.

3 - Parce que Marias semble, pour l'instant, méconnu et qu'un grand écrivain méconnu, c'est bête. ( Et évidemment, là, si je n'ai aucun commentaire pour adhérer à mon comité de soutien, je ne vais pas avoir l'air fine, comme comité de soutien pour grand auteur méconnu). Par méconnu, je ne veux pas dire inconnu, mais que la qualité de cette oeuvre devrait faire crouler les rayonnages ( à mon humble avis)

4 - Parce que je n'ai pas encore fait ma liste de mes tops de l'année, que je voulais la faire et qu'elle m'a pris la tête, alors je me suis dit que j'allais prendre de l'avance pour la liste des pépites de l'année prochaine.

19/12/2013

Dora Minaverry

dora-minaverry-L-AUanaY.jpgUne note sur un blog souvent fréquenté peut être piègeuse ... A bonne blogeuse saluts entendus ... Je trouve chez Keisha deux présentations de "romans graphiques" qui m'allèchent les babines.  Je note sur mon carnet à pièges et je me rue vers la bibliothèque de mon quartier. Pauvre de moi ... Rien dans les présentoirs. Et pourtant, j'avais durement négocié deux places sur la carte de mon fils, vu que je n'en ai pas. Fin du premier round, mais l'envie me taraudait et quand l'envie nous tient ...

Deuxième ruée de saison, la tournée des cadeaux de Noël. La mienne passe forcément par une librairie, tiens donc, spécialisée en B.D, tiens donc, les deux titres y sont, tiens donc, pour une fois que j'avais mon carnet sur moi, alors que j'étais partie faire des achats pour les nombreux autres, donc pas d'achats hors de la sacro sainte liste de Noël, non, non, Athalie, sors de ce corps ... C'est alors que, mais oui, "l'héritage", ce serait bien pour mon neveu amateur de Sacco ( comment cela, cela n'a rien à voir, Sacco, c'est en couleur aussi des fois ... et il parle des Palestiens non ?). Donc, "L'héritage" dans la besace. Mais "Dora" ? à qui caser "Dora", parce les romans graphiques en noir et blanc sur la chasse aux nazis par une fille de déporté, chez moi, on va commencer à trouver que je fais dans le lourd. Dans le doute, je ne demande pas de paquet cadeau.

De retour dans mon canapé, les pieds au sec et l'esprit aussi vidé que ma carte bleue, je fais le point. Pas le choix ( ben non, hein ...),"Dora" sera pour moi. Et comme là, je n'ai plus rien à lire ( comment ça "Le dernier arbre" de Tim Gautreau était à côté du canapé ? Je ne l'avais pas vu ...) et que ce n'est pas la peine d'attendre Noël puisque des cadeaux, je m'en suis fait d'autres, je me cale en me disant que cette petite supercherie avec mes scrupules financiers ne va servir qu'à me boucher une demi heure de dent creuse de lecture.

Que nenni ! Y' a pas que la note qui est piègeuse. Il m'a fallu une heure et demi et pas mal de neurones à secouer hors des flocons de Noël pour arriver au bout de cette superbe tentation. (les pieds, ça allait, ils se réchauffaient sous le plaid).

D'abord le dessin, je ne suis jamais restée regarder les dessins d'une B.D. aussi longtemps, un par un, je regardais tout. Le pire, c'est qu'il y a peu de détails, alors, je ne sais pas trop ce que je regardais. Le tout, l'ensemble, le noir et et blanc, ben oui, ça fait drôle de rester regarder des dessins en boir aussi longtemps et avec si peu de textes à lire et de détails à regarder ... Des fois, il n'y a pas un mot dans la vignette, juste une bouche et un rouge à lèvre et on comprend la séduction, des fois juste un gros plan sur le joli minois de Dora, et on comprend la solitude, parfois juste un plan large sur un immeuble à Berlin et on comprend la boite, le Berlin juste après la guerre, une affiche de film suffit. Même le grain du papier, je l'ai trouvé beau.

L'histoire est complexe et mêle des fils historiques qui demandent une bonne assise dans un bon canapé. L'auteur n'y va pas avec le dos du pinceau (comment ça une B.D ne se fait pas aux pinceaux ? ben celle là, on dirait que si, et avec les pinceaux de l'histoire, en plus). Au début, Dora à 16 ans, elle vit avec une amie, Lotte, à Berlin. On est en 1956. Des ombres planent encore des années noires d'autant plus que les deux jeunes filles travaillent aux archives, elles y classent les documents que la RDA détient sur les nazis. Dora y commence ses archives personnelles en croisant le nom de son père sur une liste de déportés, celui de son patron du côté des bourreaux. La dézanification est loin d'être rigoureuse et bien des sympathisants sont encore dans les murs. Pour un Eichman retrouvé, combien se terrent encore ... Dora photographie. Lotte vit sa drôle de vie d'amoureuse. La deuxième partie de l'itinéraire de Dora se vit à Paris. Le FLN, l'OAS, la banlieue rouge et un mystérieux commanditaire à moustache qui va la lancer dans la troisième partie, en Argentine péroniste, sur les traces improbables de Menguele.

Dit comme cela, on pourrait croire qu'il se passe plein de choses, mais en fait pas vraiment, ce sont des actions immobiles (je tente le concept ...), figées, cette recherche, des petits riens mis bout à bout, et encore. On suit la jolie bouille de Dora qui grandit, toujours un peu seule, dans cette espace autour d'elle que lui donne son trop grand passé.

En plus, il y a une suite, mais, il me faudrait un autre neveu ...

PS : à l'heure qu'il est, je n'ai pas encore été ouvrir le paquet de mon neveu avec "L'héritage" dedans. J'ai un peu peur que mes enfants me voient. En plus après, il faudrait que je refasse le paquet ... A moins que ... Je lui refile "Dora" à la place ????

15/12/2013

Affliction Russell Banks

Un homme affligé, à l'histoire affligeante, et  un récit qui ne l'est pas, un roman qui porte rudement bien son titre, comme une bande annonce qui aurait le mérite de la sincérité et de la simplicité : chronique d'une chute déjà pas mal avancée ...

L'homme affligé, c'est Wade Whitehouse. Il a tout raté depuis le début, il a quarante ans, et c'est le bout de son rouleur compresseur. Mariage raté, père raté, fils et frère de peu de poids, bungalow et boulots peu reluisants, au fin fond d'un coin perdu et très enneigé. Il veut tout rattraper.

Il a tout raté conscienceusement renfermé sur son exigence d'être parfait, un père parfait pour se rattraper d'être le plus souvent nul, toujours en retard d'un costume d'hallowenn, d'une distribution de bonbons. C'est le récit de ce premier échec avec sa fille (premier raconté mais pas le premier vécu) qui ouvre la série des ratages programmés. Parce que dès le premier chapitre, on sait que Wade est fichu, qu'il a commis des violences irréparables, sans savoir lesquelles, que personne ne veut plus entendre son nom, se souvenir de sa silhouette de brute dans l'encadrement d'une porte, ni son ex-femme, ni son ex-maitresse, ni ses ex-amis, pas même sa fille. Reste le narrateur, le plus jeune de ses frères, celui a qui Wade téléphonait encore, avant ce que l'on ne sait pas. Le narrateur croit tout savoir, se justifie aussi par ce récit, mais reste aussi creux d'émotions que son frère est en bourré, contradictoires et en guerre, ravageantes.

Wade est le policier de la petite ville où il a toujours vécu. C'est une petite ville dont presque tout le monde part et où peu viennent, mis à part quelques chasseurs de cerfs. C'est un petit policier qui doit faire attention surtout à la circulation des bus devant l'école. Il est aussi employé à forer des trous, l'été, et à déneiger, l'hiver, pour le compte du même patron pour lequel il travaille depuis toujours. Dans la petite ville, tout le monde connait Wide, et beaucoup s'en méfient, violent, imprévisible, il boit sec et peut frapper... Même pour assurer la circulation devant l'école, il peut avoir des ratés plein de rancoeurs contre "les autres", ceux qui ont mieux réussi.

Wade est un raté qui ne veut plus l'être et se trompe de combats. Il combat son ex-femme, veut faire revoir le jugement qui lui a enlevé sa fille, il veut la regagner, gagner efnin quelque chose. Il combat son ami, va jusque l'accuser de meutre, jusqu'à l'abberation d'un complot des "puissants" dans l'ombre de la montagne, passe à côté de la vérité,juste à côté. Il combat son patron qui le tient en laisse et le condamne à conduire la glaciale niveleuse comme d'autres s'enchainent tout seuls à leur propre laisse. Il combat dans le vide.

 Wade ne s'attaque jamais aux vraies causes de son propre naufrage, comme il ne va pas chez le dentiste, il garde sa dent pourrie pour mieux avoir la rage. Il s'acharne sur la niveleuse à neige plutôt que de déblayer devant sa porte. Il pousse les tas devant les portes des autres : son ex-femme, son nouveau mari, le chapeau du nouveau mari ... même l'enseigne du restaurant du coin, il lui en veut ...

L'histoire de Wade est un livre épais et rude, où l'on avance sur ses traces à la vitesse d'une déneigeuse, lentement, mais avec une puissance qui ne s'écarte pas de la route, elle, pas comme le personnage. Une puissance de mots où petit à petit on aperçoit les non-dit se soulever. Mais que c'est dur de se relever des coups de son père, du silence, de la honte de l'amour quand même ... de la haine. Un beau roman qu'il faut prendre le temps de suivre à pas lents et lourds, un engrenage qui vous prend de l'intérieur, car si raté qu'il soit, affligé, Wade traine aussi avec lui, une poignante empathie.

Une lecture à retenir, en lecture commune avec Ingannmic, ce qu'elle en pense est ici.

 

13/12/2013

Pobby et Dingan Ben Rice

pobby et dingan,ben rice,romans,romans américains,pépitesIl y a environ huit mille cinquante trois habitants à Lightning Ridge. Avec Poggy et Dingan, cela fait huit mille cinquante cinq. Sauf que Poggy et Dingan, même si tout le monde les connait, ils n'existent pas et ils ont disparu. Ce qui n'est pas sans poser problème.

Je pourrais lancer un avis de recherche mais en fait Ashmol s'en est déjà chargé. Parce que  depuis que Pobby et Dingan ont disparu, Kellyanne, leur meilleure amie est très malade. Ashmol est le frère de Kerryanne et même si il n'a jamais cru en l'existence de Pobby et Dingan, ce n'est pas une raison pour ne pas les rechercher, en tout cas, pas une raison suffisante. Mais retrouver deux invisibles quand on ne croit pas en leur existence, ce n'est pas sans poser problème. Alors, il faudra bien qu'il y croit un peu.

Si vous voyez Pobby et Dingan errer dans les mines d'opale, sachez que Dingan est calme et pacifiste et que Pobby boite un peu. C'est à cause de cela que Kerryanne arrivait un peu en retard en classe, parfois. Elle devait l'attendre. Tous les jours, ils prennaient le bus de ramassage tous les trois ensemble. En classe, Kerryanne prennait soin d'eux, et après, ils rentraient. Ils jouaient au rigaragoo et dansaient sous les éclairs. Enfin, quand il y en avait. Ou alors ils se couchaient. Toujours tous les trois.

Ah oui, j'allais oublier , Pobby et Dingan mangent exclusivement des Violet Crumble.

Ils ont disparu parce qu'un jour, le papa de Kerryanne, Rex Williamson, un mineur fou des opales qu'il n'a jamais trouvé et grand buveur de bière, les a oublié dans sa mine. Même Kerryanne ne sait pas si ils sont vivants ou morts. C'est pour cela qu'elle est malade, et c'est parce qu'elle est malade que Ashmol les cherche. De toutes ses forces.

Un roman tout petit et si plein de sensibilité pleine de si plein d'amour et si rempli de larmes qu'il ne faut surtout pas le laisser lire aux enfants qui s'inventent des amis imaginaires pour s'endormir le soir. Ils en pleureraient.Une histoire aussi triste que belle, celle d'une petite princesse un peu trop fragile et d'un frère qui l'aimait si fort qu'il en a cueilli une opale au fond de la mine.

Et que ceux qui ne croient pas en Pobby et Dingan sachent qu'ils "sont juste des cinglés qui ne savent pas ce que c'est de croire en quelque chose qu'on a du mal à voir, ou de continuer à chercher quelque chose qu'on a vraiment du mal à trouver"

 

 

09/12/2013

Comment j'ai vu 1900 Pauline de Pange

IMG_2445.jpgComme son nom ne l'indique pas, Pauline de Panges est l'arrière petite fille de Madame de Staël, petite fille d'Albert de Broglie ( ex président du conseil d'une troisème république scandaleuse, un truc autour des Orléanistes, pas tout compris), petite fille aussi d'un autre de Broglie illustre ( inconnu de mon inculture en Troisième République, moi, mon truc, c'est Versailles, après ça se brouille ...), soeur de Louis de Broglie ( celui-là, son prix Nobel me disait vaguement plus. Une branche de ce conséquent arbre généalogique penche aussi du côté de la comtesse de Ségur. Pas du côté de la méchante Sophie, mais plutôt de celui des petites filles modèles.

Et même si je me suis un peu perdue dans les ramifications ascendantes illustres, ( superbes frondaisons auraient pu dire le José Maria de Hérédia qui fut le premier amour littéraire de la Pauline, lors de la cérémonie d'hommage au grand père dans l'enceinte de l'Académie française, ben, ouais, on est dans la haute ...), cela n'a aucune importance pour apprécier ce petit livre, ce qui fut mon cas.

Petit dans beaucoup de sens de ce terme : lecteur, lectrice, n'attendez point ici de grandiloquence, ni d'exploits autobiographiques, ni de fresques historiques. La modestie est revendiquée par l'auteure et bien lui en sied. De sa naissance à 1900, elle semble vaquer à elle même dans cette grande famille qui est la sienne, au gré des déménagements liés aux occupations sociales et politiques de son père et de sa mère. Elle promène, sans ressentiment aucun, ses jupons en laine, tricotés par la nurse de son frère dans les couloirs de ses demeures successives. On l'habille mieux pour sortir, mais elle sort bien peu et toujours dans son monde, dans les deux sens du terme cette fois.

D'éducation, elle aura un vernis, d'occupations point non plus, regarder la mer à Deauville, la nature dans la demeure angevine, la bibliothèque et les tableaux de ses ancêtres dans le château familial, celui de Normandie, le fief. A Paris, c'est le parc de Bagatelle, les conversations avec sa grand-mère, son moment préféré, une heure, le soir. Celle qui lui apprend à lire dans un évangile en lui parlant comme à une jeune fille de vingt ans quand elle en a six ou sept, ne sait pas poster une lettre ( ce dont elle se contrefiche évidemment). Antédéluvienne, elle passe dans la famille pour la plus libérale, elle aurait même émis un léger doute quant à l'évidente culpabilité de Dreyfus, c'est dire la modernité de l'aïeule. Les parents sont pires.

C'est un drôle de monde richissime, et complétement clos sur lui même, fermé à ce qu'il ne connait pas, et ce qu'il ne connait pas est "moderne", comme le téléphone , installé finalement quand même, mais auquel personne ne répond, il a les domestiques pour cela.  D'ailleurs des domestiques, il y en a partout, tout le temps. Ils grouillent. Comme les ancêtres dans le Bottin Mondain, au passage j'ai appris que dans cette famille de Broglie, Duc est au-dessus de Prince, ce qui m'a laissé perplexe. Doucement perplexe quand même, il ne faut point trop se gaver de sucreries de ce genre ...

Donc, un délicieux objet de curiosités, comme un cabinet de, mais dont il faut pas hésiter à secouer la poussière ou à souffler dessus, pour que se révèle un bibelot délicieusement surrané.

Un grand merci à Luocine qui m'a fait découvrir cette petite chose à croquer !

 

04/12/2013

Les apparences Gillian Flynn

les apparences,gillian flynn,romans,romans policiers,romans américains,pépitesJe ne sais pas si vous avez vu, mais la robe, sur la couverture, révèle à la lumière d'une lampe de chevet, la nuit, un reflet argenté du plus bel effet, en apparence ...

En apparence aussi, Nick est très méchant et Amy est très gentille. Ammy est parfaite dans sa quête du mari parfait, indulgente et magnanime, alors que Nick s'emmêle les pattes dans ses petits mensonges qui deviendront grand et pouraient l'avaler tout cru si ... Il faut dire qu'ils ne sont pas dans le même espace temps. Les chapitres alternent le journal d'Amy, qui commence le 8 janvier 2005. Transportée d'amour, elle y annonce : "J'ai rencontré un garçon !" Amy est riche, née unique de parents prents qui s'aiment toujours d'amour tendre, des parents qui ont écrit pour elle ( contre elle ?) une série à succès mettant en scène une petite fille modèle qui résout tous les problèmes de sa vie parfaite avec un parfait bon sens moral. Bre, son double, en mieux. Ammy "la vraie" est une new-yorkaise pourrie gâtée mais qui le sait, et cela ne gêne pas. Tout le monde connait la Amy de papier, mais celle de chair est évidemment, plus, complexe, disons.

 Nick vient de la middle-middle classe, voire sous middle, ses parents ne sont pas parfait, mais il a un double lui aussi, sa soeur. Qui ne résout pas tous les problèmes avec un solide bon sens, lui non plus d'ailleurs. Nick semble être un brave petit gars, qui est tombé dans les bras de la parfaite Amy "en vrai" et tout roule.

Mais de mois en mois, Nick devient trouble, Nick ment, Nick s'échappe, Nick reproche, Nick par çi, Nick par là. Là commence le récit de Nick, le jour de leur cinquième anniversaire de mariage et le jour où Amy a disparu de la nouvelle maison, pas celle le nid d'amour de New-York, non, l'autre, la moche, celle de leur nouvelle vie d'anciens tourtereaux. En cinq ans, la façade de la perfection s'est sacrément lézardée. Nick a perdu son travail, Amy aussi, et une grande partie de sa richesse. Les parents de Nick mal en point et les voilà se coinçant dans le Misssouri, dans la ville natale de Nick, en fin de vie économique, la ville, et en pleine décomposition, comme ce couple. Tout est laid et sordide, tout couve dans la marmitte. Mais qui dit vrai ? Qui est la vraie Amy, celle d'Amy ou celle de Nick ? Qui est le vrai Nick ? La brave gars un peu paumé ou le salaud qui ne veut pas faire mususe avec sa gentille femme ? ( qu'est-ce qu'elle m'a énervée la Amy avec sa chasse au trésor rituelle pour chaque anniversaire de mariage et homard à la clef. Heureusement, mon homme est comme moi, il ne les compte pas, ça fait vieillir, ceci dit, je n'aurais rien contre un homard, à bon lecteur de mes notes par dessus mon épaule, salut ...)

Pas moyen donc de ne pas dévorer à toute vitesse ces vraies-fausses et fausses vraies confidences, ces sous entendu de demi vérités qui peuvent se retourner dans l'autre sens comme toute bonne claque qui ne se perd pas. Car ceci n'est qu'un aperçu de la première partie ... Et il y en a deux. Evidemment. A chacun sa chance : Nick ou Amy ?  La petite fille modèle ou la méchante Sophie ?

A lire aussi de la même auteure : "Les lieux sombres", j'ai aussi lu ( mais un peu moins apprécié) : "Sur ma peau"