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25/01/2014

Gemma Bovary Posy Simmonds

756_file_flaubert2.jpgUne réécriture contemporaine de madame Bovary, évidemment, mais pas seulement. Il est quand même préférable de connaître le roman de Flaubert pour mieux apprécier les clins d’œil ; le rendez-vous à la cathédrale, le coche transformé en van mais qui, comme son ancêtre à chevaux, bouge et oscille,  achevant en soubresauts éloquents une course folle de désir dans les rues de la ville, en un parking souterrain qui vaut bien l’ombre de la nuit flaubertienne.

Gemma Bovary est bien sûr un jeu avec les must du roman, la platitude de Charles, le refuge de l’ennui dans les amants, les dépenses qui vont avec ... mais si ce roman graphique n’était qu’un calque, son intérêt serait bien mince. Les dessins, le texte se réapproprient l’éternelle insatisfaction du bovarysme. Et c’est plutôt bien vu même si c’est moins corrosif. Gemma s’y montre fascinée, comme Emma en son temps par les clichés de la réussite, le monde du clinquant, de l’esbroufe, incarné ici par son premier amant, Patrick Large ( qui mélange Rodolphe et un peu du Léon de la fin), un bellâtre quelconque. Sauf que Gemma a remplacé la lecture échevelée des romantiques et leur goût du prince charmant, par celle des magazines people du cabinet de son dentiste de père et que son bellâtre lui sied à merveille.

Le monde de Gemma est celui de la mode, des magazines déco. Elle y travaille d’ailleurs, lorsque évincée brutalement par le beau Patrick, elle tombe sur le dos de Charles. Moins plat que l’original, il est restaurateur de meubles anciens dans un quartier plutôt minable de Londres, Gemma trouve son appartement si authentique et « so charming », qu’elle s’y installe et en rafistole le décor en même tant que son cœur et son orgueil. Charles est-il aimé ? Rien n’est moins sûr, toléré, plutôt, utilisé, tant qu’il cadrera avec l’idée du cadre et du décor artificiel où Gemma imagine sa vie, la sienne plutôt que la leur. Poursuivi par la rancœur de son ex-femme qui leur colle dans les pattes les deux enfants de ce premier mariage, Charles cède toujours à ses récriminations mesquines (les lettres de la harpies sont un modèle d’hypocrisie assaisonnée de bassesses vengeresses, très drôles ...), ce qui évidemment exaspère Gemma. Elle rêve d’autre chose ... de France provinciale, d’authentique exotique ... Un peu poussé, Charles finit par accepter la transposition dans une chaumière, en Normandie, « so charming » elle aussi ... Evidemment, s’en suivra ce qui devait s’en suivre ...

On cherche Homais, mais on trouve Joubert, le gentil boulanger de Bailleville, un peu espion et amoureux de Gemma et qui va aider à sa chute, obsédé qu’il est de la femme romanesque et frustrée, et bien sûr un jeune châtelain, nouveau support des fantasmes décoratifs de la belle. Et à la place d’une peinture de la bêtise provinciale, celle de l’immigration des riches anglais vers l’odeur du bon pain, authentique lui aussi, forcément !

Beaucoup de textes pour ce qui ne peut être nommé bande dessinée, des dessins quasi minimalistes, illustratifs, c’est amusant, bien fichu, jusqu’à la fin quasi à la Agatha Christie, un pied de nez à la tradition du bon croissant au beurre : qui est coupable de la fin d’Emma ? Un peu tout le monde finalement ... Elle passera comme passe les images de celles qu'on aurait pu aimer mieux.

 

Je ne résiste pas à la tentation d'un lien vers une autre réécriture, bien différente et aussi plate que les conversations du vrai Charles, elle ne manque pas d'exotisme non plus, mais au second degré seulement ... Madame Bovary 73

Commentaires

Relu le roman de Flaubert, lu deux fois cette BD, lu Qui a tué madame Bovary (de P Doumenc), je suis donc parée, mais cette version Nous Deux me plonge dans l'abîme, j'adore, merci!

Écrit par : keisha | 26/01/2014

J'ai bien aimé aussi " Qui a tué madame Bovary" de Doumenc, et en général, tout ce qui réécrit Emma, mais je crois qu'avec cette version de Notre deux, on touche un sommet de rigolade ! Contente que tu aimes bien aussi !

Écrit par : athalie | 26/01/2014

J'ai adoré ce roman graphique, pour les allusions, surtout... Surtout que je venais de relire Madame Bovary. C'est vraiment bien trouvé.

Écrit par : Karine:) | 15/02/2014

Il est vrai qu'il vaut mieux connaître sa Bovary pour apprécier, sinon, les allusions doivent tomber à plat et ce roman graphique perdre beaucoup de son intérêt !

Écrit par : Athalie | 17/02/2014

Les commentaires sont fermés.