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28/01/2014

Just Kids Patti Smith

just kids,patti smith,autobiographieMoi, Patti et moi, c’est du sérieux et c’est for ever. Enfin, de mon côté évidemment. Par période, je peux écouter « Horses » trois fois par jour, à d’autres périodes seulement moins. Les autres que « Horses » aussi (j’ai tout) mais moins. Donc « Horses », sauf que le livre n’en parle pas beaucoup, il commence bien avant et se termine juste avant la gestation finale. Juste des petites choses sur « People have the power », en passant, et ce n'est même pas ma préférée ...

Tout cela pour dire que je vais manquer complètement d’objectivité, puisque là, c’est mon (une de mes) idole(s) qui se raconte, un peu, un bout de sa vie, celle avec Robert Michaël Mapplethrope, son alter ego, son double, son amour, son passé, sa douleur, son chemin à elle, sa mort à lui. Leurs souffrances et sa pas rédemption.

On passe rapidement sur l'enfance à Germantown en Pensylvanie, juste quelques traits de pinceaux en passant pour planter l’origine, la jeune débraillée, lectrice et garçon manqué, les pas de travers, pas bien méchants, le goût de l’époque qui lui fait prendre le bus, solitaire jeune fille habitée de sa certitude d’être une artiste, pour New York.

Patti se montre fille de ces années là, elle traîne dans les rues, côtoie les rassemblements «  flower power », les voit peu, se laisse porter, libre et sans un sous. Dort dans les parcs, cherche des petits boulots, fait les poubelles, se drape dans son long manteau noir et cherche son trou. Elle rencontre Robert, pas mieux qu’elle tout pareil et ils se frottent l’un à l’autre, d’abord sans qu’il se pique. Robert, dit-elle, c’est un gentil garçon qui voulait devenir méchant, un ex-enfant de chœur qui veut se faire drag queen, elle c’est l’inverse ( elle ne dit pas vraiment comme ça, je traduis l’idée). D’ateliers en ateliers, de fêtes en fêtes, elle finira par les connaître tous de vue, le Warhol,  le Ginsberg, la Joplin, le Lou Reed et d’autres encore, anonymes papillons de la Factory et qui pour certains laisseront leur peau et leur talent dans les brumes et les vapeurs de la célébrité fabriquée au LSD. Mais ce n’est pas cette histoire-là qui est racontée, c’est la toile de fond pour les deux personnages principaux, donc Patti Smith et Robert. Deux amoureux au départ, deux amoureux autant d’eux mêmes que de l’autre et surtout de leur dieu commun, l’art, la création. Mi peintre, mi plasticien, mi photographe, Robert s’est déjà un peu lancé, elle va le suivre, l’accompagner, le distancer. Elle est pétrie de Rimbaud, et Robert de ses démons.

Il plonge, il s’éloigne, il s’enfonce, elle le retrouve, le berce, le laisse partir. Elle cherche sa voie, il se perd dans sa volonté de jouer la star maudite. Finalement, elle part vers d’autres rives, comme on le sait, et lui tient la main, au bout du bout ...

En vrac, comme un fatras de bondieuseries et de tubes de peinture : les lumières de Brooklyn la nuit, les nuits fébriles collées au pick up, les silhouettes du Chelsea Hôtel, la débrouille, le sordide des tentures qui pendent aux murs croûteux, la dérive des magasines pornos, les expositions qui ne se font pas, les performances underground, les silences peu reluisants d’un artiste qui gâche un peu tout ce qu’il touche et finit sans lâcher prise. Pourtant, ni torturées, ni nostalgiques, les touches de mots s’ajustent. Bon soit, sûrement qu’elle se blanchit un peu, l’anguleuse Patti, ne raconte pas tout, mais bon soit, je doute de l’intérêt qu’aurait le récit d’une défonce, même c’est une défonce de Patti Smith ... Elle le reconstitue, cet amour, et ils restent jeunes et beaux comme des dieux éphémères de l’instant présent, comme sur la couverture.

Un beau texte, d’une bien belle dame et un coup d’ « Horse », parce "People have the power", c'est un bien beau rêve, quand même ...

25/01/2014

Gemma Bovary Posy Simmonds

756_file_flaubert2.jpgUne réécriture contemporaine de madame Bovary, évidemment, mais pas seulement. Il est quand même préférable de connaître le roman de Flaubert pour mieux apprécier les clins d’œil ; le rendez-vous à la cathédrale, le coche transformé en van mais qui, comme son ancêtre à chevaux, bouge et oscille,  achevant en soubresauts éloquents une course folle de désir dans les rues de la ville, en un parking souterrain qui vaut bien l’ombre de la nuit flaubertienne.

Gemma Bovary est bien sûr un jeu avec les must du roman, la platitude de Charles, le refuge de l’ennui dans les amants, les dépenses qui vont avec ... mais si ce roman graphique n’était qu’un calque, son intérêt serait bien mince. Les dessins, le texte se réapproprient l’éternelle insatisfaction du bovarysme. Et c’est plutôt bien vu même si c’est moins corrosif. Gemma s’y montre fascinée, comme Emma en son temps par les clichés de la réussite, le monde du clinquant, de l’esbroufe, incarné ici par son premier amant, Patrick Large ( qui mélange Rodolphe et un peu du Léon de la fin), un bellâtre quelconque. Sauf que Gemma a remplacé la lecture échevelée des romantiques et leur goût du prince charmant, par celle des magazines people du cabinet de son dentiste de père et que son bellâtre lui sied à merveille.

Le monde de Gemma est celui de la mode, des magazines déco. Elle y travaille d’ailleurs, lorsque évincée brutalement par le beau Patrick, elle tombe sur le dos de Charles. Moins plat que l’original, il est restaurateur de meubles anciens dans un quartier plutôt minable de Londres, Gemma trouve son appartement si authentique et « so charming », qu’elle s’y installe et en rafistole le décor en même tant que son cœur et son orgueil. Charles est-il aimé ? Rien n’est moins sûr, toléré, plutôt, utilisé, tant qu’il cadrera avec l’idée du cadre et du décor artificiel où Gemma imagine sa vie, la sienne plutôt que la leur. Poursuivi par la rancœur de son ex-femme qui leur colle dans les pattes les deux enfants de ce premier mariage, Charles cède toujours à ses récriminations mesquines (les lettres de la harpies sont un modèle d’hypocrisie assaisonnée de bassesses vengeresses, très drôles ...), ce qui évidemment exaspère Gemma. Elle rêve d’autre chose ... de France provinciale, d’authentique exotique ... Un peu poussé, Charles finit par accepter la transposition dans une chaumière, en Normandie, « so charming » elle aussi ... Evidemment, s’en suivra ce qui devait s’en suivre ...

On cherche Homais, mais on trouve Joubert, le gentil boulanger de Bailleville, un peu espion et amoureux de Gemma et qui va aider à sa chute, obsédé qu’il est de la femme romanesque et frustrée, et bien sûr un jeune châtelain, nouveau support des fantasmes décoratifs de la belle. Et à la place d’une peinture de la bêtise provinciale, celle de l’immigration des riches anglais vers l’odeur du bon pain, authentique lui aussi, forcément !

Beaucoup de textes pour ce qui ne peut être nommé bande dessinée, des dessins quasi minimalistes, illustratifs, c’est amusant, bien fichu, jusqu’à la fin quasi à la Agatha Christie, un pied de nez à la tradition du bon croissant au beurre : qui est coupable de la fin d’Emma ? Un peu tout le monde finalement ... Elle passera comme passe les images de celles qu'on aurait pu aimer mieux.

 

Je ne résiste pas à la tentation d'un lien vers une autre réécriture, bien différente et aussi plate que les conversations du vrai Charles, elle ne manque pas d'exotisme non plus, mais au second degré seulement ... Madame Bovary 73

21/01/2014

L'auberge de la Jamaïque Daphnée du Maurier

romans,romans anglais,l'auberge de la jamaïque,daphnée du maurier,cup of tea timeC’est Rébecca qui aurait bu un coup de trop des hauts de Hurlevent et qui du coup, se prendrait un peu pour Jane Eyre.

L’auberge de la Jamaïque se tient au bout des landes connues. Battue par les vents et gangrenée par le mal et la poussière boueuse qui s’y traînent en une lamentation damnation des esprits : bienséance et réalisme s’abstenir !

Mary y vient contrainte par son destin. Elle vivait à Helfort, de l’autre côté de la rivière, enfin, un peu plus loin quoi. Mais c’était un autre monde où même la pluie était douce, les coteaux juste vallonnés comme il faut. La vie de la ferme, la sienne, celle d’une jeune fille pauvre mais courageuse et vaillante à la tâche, lui convenait. Elle aurait pu y couler des vies paisibles, si le destin, donc, n’y avait pas mis son coup d’arrêt fatal. Sa mère est morte, la ferme est vendue. Et le coche l’amène rejoindre sa jeune tante, la sœur de sa mère, sa seule parente, dont elle garde un souvenir frais et gai. Mais première stupéfaction, après le vide de l’auberge délabrée, et l’accueil un tant soit peu brutal de son oncle par alliance, qu’elle découvre, c’est une tante demie folle qu’elle retrouve. Tremblante, une ombre soumise à son géant de mari. Déboussolée, ( on le serait à moins vue la tête du gars) Mary se fait un trou et s’endort. Mal.

Au fil des jours, la tyrannie se précise un peu. Joss Merlyn est alcoolique en de longues crises qui lui délient la langue et des horreurs en sortent. Imprévisible, malade, violent, sa présence a transformé l’auberge en désert. Les coches ne s’y arrêtent plus et les landes bruissent de rumeurs d’un autre âge. Des hommes, la nuit, s’y cachent, s’y cognent, les poutres s’ornent de corde, les portes claquent sur la nuit qui rôde toujours. Des charrettes dans la cour brinqueballent ... Les murs qui s’effritent enterrent de drôles de silences ...

Mais Mary ne va pas se laisser faire et la lande sera le terrain de ses aventures, dignes de la jeune fille courageuse qu’elle est, un peu aveuglée quand même et pas que par la pluie. Elle ira sa route, de cahots en cahots, de rencontres en fuites éperdues. Qui est le pire ? De Joss, de son frère Jem, séduisant voleur de chevaux à l’âme vagabonde, du mystérieux pasteur, albinos qui plus est, et dont le trait cruel révèle des abîmes ? où est le piège ? Mary, prisonnière de son devoir envers sa tante, tente d’éviter le pire et pas toujours pour le meilleur .... prise dans la tourmente des âmes torves qui veulent l’entraîner dans leur tourmente fatale ( AH, AH, AH !!!! "rire sardonique de la lectrice qui connait la fin" ....).

Bref, des échos romantiques anglais gothiques à souhait, bien ventés et pluvieux comme on les aime. Mettez vos capuchons et embarquez des kleenex, rien que pour le plaisir !

18/01/2014

Au revoir là-haut Pierre Lemaître

pierre lemaître,romans,romans français,romans historiques,dans le chaos du mondeQui pourrait croire qu’un roman sur la guerre 14-18 puisse être jubilatoire ? Pas moi en tout cas. Enfin, pas moi jusqu’à la lecture de ce roman là. Pas jubilatoire tout de suite, hein, avant de rigoler, il y a la guerre. Enfin, les derniers jours de la guerre. On n’y rigolait pas plus qu’au début. Sauf que là, les poilus survivants savent que c’est la fin. Sur le front, tous attendent en se faisant le plus petit possible l’armistice officiel. Tous, sauf un , le lieutenant Pardelle. Aucun poilu ne peut le blairer celui-là. Un officier dans le genre froid et hautain, il est là pour gagner des galons. C’est l’occasion de se redorer le blason. Il en a glané un peu, des honneurs et du grade, mais pas encore assez pour lui, et pas de bol, la guerre se termine ... l’occasion qui allait lui passer sous le nez, pas de problème, il va se la créer et envoyer les poilus conquérir la côte 113, dans un ultime coup de bluff, à leur perte et à son profit.

Dans les poilus à ses ordres, il y a Albert et Edouard. Ils se connaissaient peu mais ce jour-là, c’est l’un derrière l’autre qu’ils sortent de la tranchée pour leur dernière bouchée de boches. Ce jour-là scellera leur alliance pour le pire, et un peu de meilleur, surtout pour nous, lecteurs, parce qu’après c’est aussi décapant que drôle.

Imaginez deux pieds nickelés, mal assortis, lâchés dans l’après-guerre, l’après guerre qui voudrait bien les oublier, ou du moins les voir le moins possible, vu qu’ils ne sont, justement, pas beaux à voir ( enfin, surtout un ...)

Dans le rôle du petit un peu boursouflé, Albert, un brave gars un peu sensible et pas très adroit, un peu lent, comme sa mère ne se prive pas de le rappeler, un peu benêt, mais fort attachant, voire collant. Il était comptable et rêvait de la belle Cécile. Au retour, l’amour et la banque le fuit. A moins que ce ne soit lui, finalement, qui ne s’y retrouve plus vraiment.

Dans le rôle du grand échalas, Edouard, fils de très bonne famille, renié par son père parce que plus doué pour le dessin et les blagues potaches que décidé à se carrer dans la voix de son maître.

Un duo bancal, brisé, tout cassé qui va se lancer, un pied devant, un pied derrière, dans la plus mordante et iconoclaste entreprise de foutage de tronche du patriotisme obligatoire ambiant. Mais eux le font presque pour rire, alors que d’autres non ...

Une peinture de l’immédiate après-guerre comme on ne l’avait jamais vue ( enfin, pas moi). Sans pathos, ni pitié, ni argumentation surfaite, à coup de griffes bien placées, l’auteur, que j’imagine en Raminagrobis qui se marre, jette ses personnages dans l’eau sale du profit fait sur l’héroïsme de ceux qui n’avaient rien demandé et tout perdu. Les poilus, gênent, en de compte, il y en a trop, on ne sait qu’en faire. Les oublier ( les vrais, ceux qui restent), les glorifier (les vrais, ceux qui sont morts), mais il y a que les vraiment morts qui rapportent vraiment ... Dirait le beau Pradelle qui rôde toujours, on arrête pas un arriviste avec un monument aux morts ...

Du bien bel ouvrage, monsieur Lemaître, du grand art de mener son lecteur par le bout du nez. Lu en deux jours, je ricanais de plaisir en attendant de pouvoir tourner assez vite la page suivante. 

 

 

Et toc ! et de trois pour ma participation au non challenge des pépites organisé par Galéa 

15/01/2014

Sauver Mozart Raphaël Jérusalmy

sauver mozart,raphaêl jérusalmy,romans,romans français,dans le chaos du mondeUn homme survit dans un mouroir à Salzbourg. Il se nomme Otto J. Steiner. Il tient son journal et y consigne les menus de sa vie quotidienne, lui, oublié là. Dans sa vie quotidienne où il ne se passe pas grand-chose, le vendredi, c’est cabillaud bouilli avec des pommes de terre. C’est dire.

Otto aurait pu être juif, mais son père en a décidé autrement, ce qui fait que en 1939, il est juste un homme malade, en fin de vie, et solitaire. Son fils est parti, sans doute en Palestine, sa sœur, son mari, ses enfants ont disparu. Sa femme, on ne sait pas. Morte, sûrement.

L’armée nazie n’a pas encore envahi la Pologne, l’Anchluss, c’est fait. Mais son grand truc à Otto, ce n’est pas la politique, c’est la musique. Reclus, méprisant l’engeance des autres malades, il dispose d’un revenu modeste et suffisant pour se terrer dans sa chambre, individuelle, et écouter sa musique, du moins tant qu’il lui restera des disques. Otto ne semble n’avoir vécu que cela, avant la maladie aussi, les concerts, et surtout l’apothéose, le moment sacré, le Festspiele, qu’il conçoit comme l’ode à Mozart, le pur, l’unique, l’éthéré Mozart.

Il lui reste quand même un ami,à Otto : un certain Hans, dont on comprend qu’il exerce certaines responsabilités dans l’organisation du festival qui arrive et les célébrations mozartiennes doivent prendre un tour plus martial, vu le public qui va y assister, public un tant soit peu plus rigide que musicien. Le danger rôde de faire une gaffe définitive, alors Hans délègue une partie de ses responsabilités à Otto, qui ne demande pas mieux.

Evidemment, rien n’est à la hauteur de Mozart vu par Otto, et l’homme rumine de la dégradation idéologique qu’infligent les vainqueurs à son festival sacré et méprise hautement leurs coups de cymbales tonitruantes ( on pourrait penser que les coups de cymbales relèvent d’une certaine futilité dans le contexte, mais, pas de mauvaise foi, Athalie, le journal d’un homme malade n’est pas le lieu d’un roman historique ...)

Petit grain de l’Histoire impuissant à n’y rien changer, même pas une note de musique, Otto tentera quand même de s’élever dans la gamme, et puisqu’il ne peut tuer Hitler ( dans un pied de nez narratif assez amusant et bien fait), il tentera malgré tout de sauver Mozart, ou plutôt de sauver l’honneur des hommes qui aime Mozart et sont impuissants.

Un petit volume plaisant dont les deux pirouettes qui se jouent de l’histoire font sourire, un moment vite passé avec un petit bonhomme dont, je l’avoue, les bornes affectives quelque peu centrées sur lui-même, et les bornes romanesques du journal intime m’ont un peu gênée, des limites formelles soit, mais pas que, un petit bout de lorgnette, un zoom sur un grain de sable ...

Humaniste, lit-on partout, soit encore, je suis sur ce coup là d’assez bon aloi, mais pas vraiment convaincue.

11/01/2014

Invasion Fernando Marias

espagneaznarbush22022003crawfordtexasm.jpgQuand on a fait un comité de soutien virtuel pour un livre que l'on n'a pas encore lu, faut quand même pas pousser le jeu trop loin et se soutenir soi même ... Ce qui fait que je n'ai pas trop tardé à passer à la lecture et que je continue à adhérer à mon propre comité ( le contraire aurait été risible mais possible ...)

"Invasion" est un livre à claques, elles arrivent par vagues, plus ou moins régulières, comme les invasions ...

La première est celle de l'Irak par les troupes américaines. Par ricochet, l'Espagne s'engage à soutenir les forces du bien contre celle du mal sans visage, et par un plus petit ricochet, Pablo, paisible médecin militaire se retrouve sur le terrain. A contre-coeur, et avec beaucoup plus de peur que de conviction guerrière. Il n'en a aucune. Comme sa femme, sa tant aimée, Tina, il pense que cette invasion est injuste, inqualifiable, injustifiée. Mais voilà, il a signé, photo de Tina et Pilar ( sa petite fille) sur le coeur, il est embarqué dans l'invasion avec son meilleur ami. La base, l'ennui, la vacuité et très vite, une embuscade, un hasard, une nuit, une maison, plus tard, trois civils, trois innocents et deux coupables, de hasard, mais coupables quand même,  sans trop savoir de quoi, de qui.

La deuxième invasion sera celle de la peur sur l'esprit, l'engrenage des gestes, et les deux médecins se retrouvent meurtriers. Délire de l'un, folie de l'autre, demi vérité des deux. Leur retour en Espagne ne leur laissera aucun répit. Qu'il le veulent ou non, ils sont des héros. Des héros que l'on cache en attendant de les oublier. Mais l'oubli les oublie et la mort taraude Pablo. Il est envahi de son crime, ils sont deux là-dedans, et le pire est à venir.

Cloitré dans la grande maison des grands parents, le retour est de de feu et de sang pour Pablo. Bardé d'amour, celle de de sa femme, de sa fille, bardé aussi d'infirmières, de recommandations et de préocupations gouvrernementales (il ne s'agirait pas que le héros se mette à parler d'une voix discordante et devienne un simple coupable). L'étreinte sanglante se poursuit, entre délires d'innocence rêvée en culpabilité réelle, entre lui et sa victime, son bourreau, sa faute.

Marias n'épargne rien à Pablo, il triture sa folie, la construit de strates en strates. Le bourreau devient victime, ou est-ce l'inverse ? Le fantôme de la victime envahit, à son tour, le coupable, comme une revanche. Il lui prend sa vie, insère en lui les pires fantasmes et le garde en son enfer morbide. Qui va gagner ? Le retour n'est pas une délivrance mais juste le début de l'enfer. Femme, fille, ami, il ne reste rien. Balayé l'ancien Pablo, sauf que le nouveau, il fait peur. Même à lui même.

Un roman puissant qui fait transpirer sur son fauteuil, un thriller de la haine de soi, moi, je n'avais jamais lu un truc pareil. Entre fantastique onirique et hyper réalisme, comme Pablo, on se demande parfois où l'on est, si on va arriver à suivre sa course folle vers son innocence problématique, à pardonner encore les errances d'une culpabilité à laquelle on ne peut donner de nom, ni celle du hasard, ni celle de l'humanité.

 

 

PS : spéciale dédicace au traducteur, je me demande comment on dort quand on traduit un texte pareil ?

 

Comme je persiste dans mon comité de soutien : l'avis de Jérôme , un peu mitigé sur le dernier chapitre ( faut dire qu'il y a de quoi ...) et de Sandrine qui dit "à lire" et remet ce titre en perspective avec la réalité.

 

 

 

 

07/01/2014

La grâce des brigands Véronique Ovaldé

La grâce des brigands, Véronique Ovaldé, romans, romans français, famille je vous haisMais à quoi tient le goût de ce livre ? Un truc salé sucré, un goût acidulé de citron au vinaigre avec un zeste de Joël Dicker et d'autres amuse bouches de littérature de fille qui rêverait de voir sa jupe voler mais qui va se la prendre en pleine figure après un très bref envol.

Maria Christine Väätonen est l'héroïne que a ce goût de mélangé. Rien que le nom qui ne va pas avec le prénom. Elle est née d'un doublé exotique, un croisement entre le père (le nom), silencieux, analphabète et imprimeur ... la mère (le prénom), folle de religion et de principes hygiénistes et castrateurs. Mais cela on le saura après.

D'abord, on la découvre, auteure à succès encore jeune et belle mais si seule après un grand amour raté d'avec un grand écrivain raté, à Santa Monica. Il y fait chaud et plutôt bon vivre. C'est là que Maria Christina reçoit un appel de sa mère, après plus de dix ans d'un silence vengeur. Rien de moins qu'une demande urgente : sa soeur a un enfant et il faut qu'elle vienne le chercher, là maintenant tout de suite.

Retour donc vers les origines, à Laperouse, dans la maison rose-cul où personne ne parlait vraiment ; personne ne rentrait, personne ne s'aimait. A Laperouse, il n'y avait rien que la brume, le froid, que des obstacles, la mère en tête, rien de possible pour une fille qui veut écrire, rien que des péchés, selon la mère qui voit les péchés, comme les noirs, le chinois et les microbes pulluler grave. Maria Christina ne rêvait que d'en partir, ce qu'elle a fait, avec des déchirures quand même. C'est pour cela qu'elle ne meurt pas d'envie d'y retourner. C'est le moins que l'on puisse dire.

Elle pourrait se dire libérée. Libérée ? Elle l'a tenté depuis dix ans, y est presque arrivée. Elle est devenue ce qu'elle voulait être, une auteure à succès avec son roman autobiographique "La mauvaise soeur", en partie grâce-à-cause d'un mentor à double face, Claramont, dont le nom sonne comme Paramount, l'écrivain qu'elle admire et qui l'a embauchée comme bonne à tout faire, même un roman. Amoureuse du clinquant du talent, elle s'est donnée à lui, la jeunette, avant de s'en retourner vivre auprès de sa copine Jeanne, hippie de charmes plus aguerris (elle accouche seule d'un enfant sans père et revient à l'appartement avec des lunettes roses en forme de coeur sur le nez, j'adore ...).

C'est plein de trucs sordides et pas drôles du tout, voire de violences quelque peu inutiles ... et pourtant, une allégria du style truffé de clins d'oeil littéraires et d'attendus amusés de clichés de la maison bleue sur la colline m'a emporté dans les rêves de Maria. Presque primesautier, comme une ballade de Jimmy par Souchon, un Billy qui aurait fini par trouver son rêve d'infirmière avant de tomber dans la mer, tomber par terre ...

Philisine y a vu d'autres voix que la sienne.

Un petit régal, en passant.

Des vies d'oiseaux

La salle de bain du Titanic

04/01/2014

Marie Antoinette Stephan Zweig

biographie,marie antoinette,stephan sweigStephan Sweig secoue doucement dans cette biographie d'une reine, les fantômes. De sa plume sortent d'abord les fastes de Versailles, les charmes pétulants d'une jeune fille future reine, qu'il dit être l'incarnation même du rococco : une reine d'abord dauphine hautaine, préoccupée de son seul souci de s'amuser, puis d'une reine qui s'enferme dans ce seul désir. Sans rien vouloir voir autour d'elle qui la lie à ses devoirs ou la contraint à une autre volonté que la sienne. Avoir, prendre le plaisir de l'instant, du luxe de tous les possibles, immédiatement et sans limites. Egoïste, fière, consciente de son rang, mais pas de ses devoirs, légère, gracile, habile et trainant tous les coeurs après soi, on voit d'où Sofia Coppola a sorti son marie Antoisennette de son chapeau. Il y a bien le problème de sa défloraison par son mari ( sept ans quand même ...) qui inquiète sa mère, surtout que la pétillante reine et le placide Louis sont si à l'opposé l'un de l'autre dans leurs goûts et dans leurs horaires, que la chose paraît quasi incongrue. Et pourtant, finalement ...

L'auteur dresse un destin à cette reine si gaie, à cette "madame déficit", à celle à qui les libelles populaires guidées par des mains aristocratiques attribuent toutes les perversions et ainsi ses "alliés" creusent le lit de la faillite de la royauté par la volonté de lui nuire, d'abattre l'orgueil de celle qui sait s'amuser, mais pas régner.

Selon Zweig, Marie Antoinette se réveille d'abord comme mère, puis, surtout, trop tard, à coups de boutoirs de la révolution, elle devient enfin figure royale. L'auteur dresse des strates d'analyses psychologiques fines comme de la dentelle, fouille, trifouille, montre explique, réconstruit une évolution, voire, une révolution, intime et intérieure. Il finit par faire corps avec sa cause, et nous ( enfin, moi ...) avec aussi, parce que c'est drôlement bien écrit cette histoire d'une reine victime d'elle même, du sort, des rouages aventureux qu'elle ne semble jamais maitriser, faute de culture, de réflexion, de recul. Zweig n'en fait pas une innocente, même s'il l'innocente, il pointe ses insuffisances, ne masque pas la légèreté de sa conduite. Il l'appuie même,^pour mieux marquer la dignité finale.

Une biographie classique, qui se lit comme un roman, (c'est sûrement là sa limite pour un historien, mais comme je ne le suis pas, cela ne m'a pas gênée) et même un roman d'aventure (le seul hic de cette aventure là, c'est que l'on connait la fin ...). L'époque et les évenements s'y prêtent : de la rocambolesque affaire du collier, à la stupéfiante évasion des Tuileries vers la presque burlesque nuit de Varennes, d'autres tentatives de sorties du Temple sont aussi dignes de l'imagination d'un Dumas. Ce serait un roman que cette vie, que l'on n'y croirait pas, alors que dans une biographie, on est bien obligé de croire à ces sursauts d'une volonté de plus en solitaire, d'une reine qui ne pouvait mettre son rang en question, juqu'à la marche lente, veillie, souffrante, d'une femme qui n'est plus rien, et moins encore parce que venue de tout en haut, et tend le cou à l'échafaud.

Le parti-pris ne sonne pas comme une réhabilitation, il est nourri de connaissances, de reculs, finement tissé et sans démonstration ni à charge, ni à décharge : une reine qui disparaît dans le bain de sang que l'on sait, sans qu'elle comprenne vraiment ni pourquoi, ni comment et nous si.