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26/02/2014

Le tag au nom imprononçable qui aurait un effet dévastateur ...

logo-remanic3a9-du-truc-machin-chose-award.jpgJe copie sur Philissine Cave .... le tag au nom imprononçable sous forme de vraies-fausses affirmations ...

Ce n’est pas dans le règlement, mais c’est plus marrant !

 

  1. Dans la vraie vie, mon vrai prénom est Bérénice. Mes parents étaient des admirateurs forcenés d’Aragon et « La première fois où j’ai vu Bérénice ... » a bercé mon enfance.
  2. Dans la vraie vie, mes amies me surnomment Natacha, comme l’hôtesse de l’air des bandes dessinées pour enfants d’il y a longtemps, parce que j’ai l’esprit souvent de « bas en haut » ...
  3. Je suis bloquée depuis quinze jours au niveau 23 de Candy Crush. Je n’assume pas cette honte existentielle mais je résiste quand même encore à aller chercher de l’aide sur les forums de discussion. J’ai trop peur de mélanger avec ceux de « Super ferme »
  4. J’ai de super belles lunettes à fleurs. Ce sont celles que je ne retrouve jamais. Par contre, je retrouve toujours très facilement les toutes cassées à une seule branche. Je pense qu’il y a des extra terrestres dans ma maison qui font tout pour me pourrir la vie.
  5. Cet après-midi, je vais rencontrer pour la cinquième fois Léonora Miano. J’ai bien peur qu’elle ne finisse par me confondre avec un espion de Mabanckou. Comme arme de protection anti missile, j’amène mon parapluie à fleurs. Celui qui est assorti avec mes lunettes. Normalement.
  6. Je voue une passion inconditionnelle au tableau « La raie » de Chardin. Cette fascination reste pour moi-même un mystère.
  7. Ce blog avait pour vocation au départ, d’être collectif, les Aleslire s’étant toutes brutalement converties sans me prévenir à la pratique intensive des mots fléchés et au tricot de chaussettes pour unijambistes illettrés, Athalie est restée la seule chroniqueuse des A. Parfois, on en trouve trace des autres dans les commentaires ...

 

PS : pour Candy Crush si vous avez un truc pour passer au 24, je prends ...

22/02/2014

Banquises Valentine Goby

banquise.jpgJe vais faire dans le facile. Disons que ces « Banquises » m’ont laissée quelque peu de glace ... Malgré de bien belles fulgurances de temps en temps, j’ai eu un trop plein de chiens ...

Lisa est la narratrice par intermittences de son histoire et de celle de sa sœur, Sarah qui, il y a 27 ans, est partie pour le Groenland, sans trop de raisons, et n’en est jamais revenue, sans aucune raison. Elle a disparu. Elle avait 22 ans et, mélomane avertie et passionnée, parcourait jusque là plutôt le monde des salles de concert. Elle en analysait les particularités acoustiques, les sons chauds et froids, cherchait les salles qui sonnaient juste. 27 ans après, c’est toujours le silence et le vide. Les parents sont restés dans le deuil et n’ont jamais déclaré officiellement Sarah morte. La mère surtout, se débat encore avec cette absence si pesante qu’elle a tout absorbé dans l’ombre de Sarah, même Lisa. Surtout Lisa, celle des deux qui était là, et pour sa mère, celle qui n’était plus présente.

La maladie du père force le deuil à enfin se clore. 27 ans après, Sarah est enfin morte. Et c’est alors que Lisa peut partir sur ses traces. Elle veut retrouver le même endroit, l’ombre faite sur une photo rescapée, une montagne, elle veut en retrouver l’angle de vue. Et c’est loin.

Le récit alterne les deux moments, la plongée dans la disparition, la recherche des traces de l’ombre. C’est dans le premier récit, celui qui revient sur le passé que j’ai trouvé les fulgurances : la mère qui attend, la lente attente, la bataille contre le souffle du répondeur, ces amis qui appellent sans laisser de message, comment savoir si ce n’est pas elle ? ne plus sortir, ne plus vivre pour attendre celle qui n’est plus, ne plus pouvoir redresser une dernière fois l’écharpe qui pendouille au cou de sa fille. Le père lui, petit à petit va s’autoriser quelques moments de joies, furtives, et Lisa, qui va fuir Sarah pour pouvoir exister.

C’est dans sa quête de l’ombre que je n’ai pas suivi Lisa. Au Groenland, elle a vu beaucoup trop de chiens pour moi. Elle a vu la banquise aussi, mais moins, d’abord parce qu’elle est en train de fondre et ensuite parce qu’il a plein de chiens dessus. Enfin, je trouve ... Ils sont partout dans le village, ils aboient, mangent salement le poisson, se sont abattre quand ils ne sont plus nécessaires (la pêche n’est plus possible à cause de la neige qui fond, donc plus de traîneaux et plus de chien de traîneaux). Bêtement, je me suis focalisée sur les chiens : pourquoi en parler autant ? Y’a peut-être une symbolique qui m’a complètement échappée, j’avoue ( bon, je dois avouer encore, je ne suis pas forte en symbolique de chiens, à vrai dire, les chiens m’indiffèrent, mais ce n’est pas le propos, le propos est que Sarah en avait la phobie, donc pourquoi la photo avec des traces de chien...) Là aussi j’avoue, la question m’a laissée de marbre, bêtement toujours, j’ai laissé Lisa se débrouiller avec la réponse et suis partie voir ailleurs ... J’ai quand même fini le bouquin, hein., histoire de voir ...

Donc bien moins emballée que par Kinderzimmer de la même auteure.

19/02/2014

Le roi n'a pas sommeil Cécile Coulon

Le roi n'a pas sommeil, Cécile Coulon, famille je vous hais, romans, romans françaisUne histoire dont le format est juste ce qu’il faut pour ne rien lâcher du fil tordu qui est celui qui conduit l’histoire de Thomas. Tordu mais tendu.

On commence par la fin : Puppa voit Mary hurler, en déchirant l’air d’une petite ville de sa douleur. Alors, c’est sûr Thomas est mort. Sauf que l’on ne sait qui est Puppa, Thomas, ni même Mary. Mais on sait la fin comme dans une tragédie, le temps est resserré aussi, le lieu quasi unique, celui d’une petite ville, et surtout le domaine de l’enfant roi, où tout mène et ramène, une véranda où l’on attend que le soleil se couche, il pourrait même y avoir des odeurs de confitures maison, mais c’est un faux paradis, avec un serpent dedans ; à côté, une scierie, un bar sordide, une école, un ami qui trahit, un père qui est parti avant même d’en être un, un médecin qui aime les enfants innocents, et l’enfant roi, Thomas et sa façade d’enfant sage, et sa courte histoire qui est déjà en marche.

L’histoire du fils de Mary commence avec celle de son père, dont le fils bouclera la boucle, comme une corde avec laquelle on se pend. Simple tâcheron, le père, William Hogan, n’a vraiment voulu qu’une chose, sa maison et ce qu’il appelle le domaine, une étendue boisée, la maison avec la véranda, rien de bien précis n’est dit. C’est le domaine qu’il défriche, la femme qu’il épouse, l’enfant qui naît. William suinte la violence, il frappe parfois Mary, boit comme en passant, serré sur sa peur. Il a peur des fiches vertes et des photos qu’il y voit. Ce sont celles des criminels recherchés par la police et qu’il doit classer. C’est son boulot subsidiaire.

Naît Thomas, un enfant qui ne lui parait pas à la hauteur. Thomas va à l’école, enfant docile et solitaire, mange les tartes de Mary, dort dans les draps qu’elle a tiré à quatre épingles ... Et Thomas a dérivé ... Des images le lézardes et les lézardes creusent une béance. C’est quoi sa peur ? Thomas en vit le flux, ne sait quoi en faire, elle prend le pas de l’intérieur, creuse sa haine, celle de soi, celle de l’autre, de l’ami, qui lui se relève pendant que l’enfant roi chute et se dilue.

Aucun discours clinique, aucun mot de trop, un texte aux ciseaux.

Un titre qui m'a beaucoup plus convaincue que le premier de cette auteure que j'ai lu "Méfiez- vous des enfants sages"

15/02/2014

Tableau de chasse Rafaël Chirbes

tableau de chasse,raphaël chirbes,romans,romans espagneComment peut-on aimer un livre qui met en avant la seule parole d’un salaud ? (et pourtant j'ai aimé, voire plus).  Qui plus est d’un salaud de la pire espèce, de ceux qui ne se repentent ni ne se considèrent comme tel. Au contraire, juste un homme de devoir, devoir s’enrichir et gravir l’échelle sociale, s’entend ...

Cet homme dont ne sait le nom raconte par grandes lignes et dans le désordre le flou de ses souvenirs. Fils d’un instituteur rouge, il a tiré un premier gros lot en pénétrant dans une famille aristocratique, mais ruinée, par le biais du frère handicapé, pour épouser la fille, Eva. L’a-t-il manipulé, ce premier échelon de l’échelon de l’échelle, cogité ? Orchestré ? On ne le sait. Lui dit que non. Mais la sincérité de sa parole est si souvent mise à mal ...

Ainsi, sans doute a-t-il juré fidélité à Eva, ce chasseur, ce prédateur de femmes, ce soiffard de sexe ( n’attendez pas non plus des scènes torrides, hein, c’est par brides ...). Comme sa réussite financière, ces semi aveux ne sont qu’hypocrisie. Il met la famille respectable d’un côté, les parties fines de l’autre. Un monde cloisonné qu’il légitime. Sa réussite sous le franquisme triomphant a été fait dans les magouilles et les passe-droit, même si le narrateur se garde bien de le dire comme cela. Là aussi, il cloisonne, laisse le couvercle, à vous d’imaginer les marmites des scandales qui couvent en dessous de sa parole.

Eva, la femme qu’il a épousé, la belle Eva qu’il dit avoir tant aimée, si fine, si délicate, si diaphane, l’accompagne dans les étapes vers la, puis les, nouvelles maisons. Elle sera sa caution à la famille et la beauté. Elle reçoit dans son salon madrilène les franquistes respectables, même quelques artistes, se fend de goûts modernistes. Elle aussi fait dans la veulerie, mais en sourdine. Ses trahisons ne sont que les fêlures discrètes d’une bourgeoise qui s’ennuie.

La face cachée de la réussite, c’est Ort, le gros Ort, Ort, le vulgaire, qui manque de classe, celui qui fournit les jeunes filles qu’on s’envoie comme des caramels mous, pour se boucher une dent creuse, entre deux « affaires », sûrement à la fois louches et juteuses. Ort, le complice, l’ami du narrateur, qui lui a mis le pied dans la casserole sera évincé quand il fera trop tâche dans le salon d’Eva. Le narrateur s’en souvient parfois ...

De ce passé divisé, le personnage vieillissant ne garde que peu de choses, ses enfants sont des ombres dans son tableau et Eva aussi a fini accrochée au mur.

Dans la grande maison vide, reste Ramon, le domestique à demeure, et dans la grande villa du bord de mer, la revanche du fils de pauvre sur son passé, ne résonne plus aucun bruit.

L’écriture est, comme la parole du personnage, toute en subtiles nuances d’apparences. On cherche la faille, le secret, la révélation, la punition. On ne fait qu’entrevoir l’opacité de l’aveuglement volontaire ( y a-t-il aveuglement d’ailleurs ?). La punition ? Elle n’est que dans la solitude de l’absolue certitude d’avoir eu malgré tout, raison ... ce qui fait que l’on peut ne pas aimer laisser le dernier mot du livre à ce salaud là.

Une lecture commune avec Ingamnnic dont je ne sais ce qu'elle va en dire tant on peut être mitigée sur cette lecture ...

11/02/2014

Au lieu dit du Noir Etang H. Cook

au lieu dit du noir etang,henry cook,romans,romans policiers,pépitesLa petite ville de Chatham en Nouvelle Angleterre a été secouée il y a des années par un sombre drame, un procès, celui d’une trop belle jeune femme venue d’ailleurs et sans doute mal taillée pour la vie restreinte qui lui a été offerte là. Melle Channing a été jugée sous les cris de haine, coupable, mais de quoi ? On ne sait trop ce qui est vraiment arrivé, ce qu’il leur est arrivé à elle, à monsieur Reed, à sa femme, sa fille. Qui a tué qui ? Qui est mort ? Ce que l’on sait, c’est que le narrateur, Henry, alors adolescent au début des années cinquante, rêvant d’ailleurs, et maintenant retraité solitaire installé là, dans les mêmes rues quasi immobiles, n’y est pas pour rien. Mais pour quelque chose jusqu’où ?

Le roman est tout entier construit et tendu sur cette incertitude balancée tristement entre deux temps. Il nous mène en bateau jusqu’au bout. Qui était vraiment Melle Channing ? une tueuse au sang froid, une amoureuse passionnée, une artiste de l’âme torturée, une victime d’un mensonge, d’un songe ? Et puis comment elle, si solaire, si attirante, pour l’Henry adolescent a-t-elle pu si follement aimer le triste monsieur Need ? Deux solitudes se sont croisées, deux âmes pantelantes se sont reconnues et ont croisé leur bras sans qu’on ne le voit.

Melle Channig vient d’Afrique. Elle a bourlingué dans l’Europe des hauts lieux culturels, elle connaît des choses que Chatham ne soupçonne même pas. Libre penseur, son père l’a élevée dans ses principes, très, trop ? libres. Sans argent après sa mort, une vague connaissance l’envoie dans la petite ville, mal taillée pour la recevoir. Elle tente de s’y fondre en acceptant le poste, spécialement créé pour elle à l’école de Milton, de professeur d’arts plastiques. Une innovation révolutionnaire pour cette école de garçon où les principes vertueux sont l’œuvre du père d’Henry, sa création, sa raison de vivre. Un homme tranquille qui avait un rêve à sa mesure. L’objet amoureux, monsieur Need est le professeur de littérature de cette même école, des mêmes garçons. A l’étroit comme elle dans cette peau de chagrin de la vie. Sauf qu’avant elle, il ne semblait pas le savoir, pas vraiment. Quelle révélation de lui a-t-elle faite ? peut-être dans l’entre deux rives de l’étang qui sépare leur deux maisons, lui d’un côté avec femme et enfant, et elle de l’autre, avec ses dessins d’ailleurs.

Henry doit sa connaissance des faits à son intimité avec elle. D’abord forcé par son si respectable père que l’ado l’en méprise, puis comme par une étoile noire attiré.

Ce que l’on sait, aussi, c’est que le procès fut la fin du rêve de Henry père et peut-être de Henry fils. Pour le reste, on ne peut rien en dire, il faut lire ce va-et-vient entre le temps qui fut et celui qui a fui. Petit à petit, se soulève une partie du mystère, et pourtant tout dit est depuis le début, l’opacité est au cœur de ce roman, pas policier, vraiment, et où le « noir du crime » prend des accents romantiques et sensuels quasi à la Jane Eyre ( j’en rajoute un peu quand même ...).

Une vraie bonne lecture, une découverte pour moi d’un auteur à suivre, rencontré chez Margotte

08/02/2014

Kaboul disco tome 1, Nicolas Wild

Dont le sous titre est : "Comment je ne me suis kaboul disco,nicolas wild,romans graphiquespas fait kidnapper en Afghanistan"

Nicolas est un dessinateur de BD en perte de vitesse. Une petite annonce et une situation personnelle flageolante le poussent dans un avion à destination de Kaboul, embauché par une société de communication, la « Zendagui média et cie ». Une étape prolongée en Azerbaïdjan , lui vaudra avant même toute intégration, une image collante de looser, qu’il cultivera, plus ou moins d’ailleurs, involontairement.

A Kaboul, il découvre le projet qui lui vaut son contrat. Il doit réaliser les dessins pour une bande dessinée qui explique la nouvelle constitution afghane aux enfants. Il y a d’ailleurs quelques exemples du projet fini à la fin de la B.D, et c’est assez amusant de voir le décalage entre la naïveté voulue de la commande et le cynisme que montre Nicolas. Pas le sien mais celui du milieu dans lequel il doit graviter, celui des expats de la com ‘. Frime, bringues, cynisme à tous les étages de la Guest House où ce petit monde se confine. Ils sont payés pour pondre des projets culturels tous azimuts et qui semblent peu en phase avec la réalité politique du pays, dont ils n’ont guère cure. Le principal souci est de trouver de la bière et des contrats. C’est leur patron qui donne le la. Le boss, le sexy monsieur Spidault a une arrogante mèche blonde, le portable collé à l’oreille, ildébite sa success story devant la glace : «  Comment j’ai réussi les plus beaux coups en Afghanistan ».... Autre souci de taille : que le restaurant, « La joie de vivre » continue à servir du civet de biche aux airelles ... C’est dire la portée culturelle et humanitaire de ces gens-là ....

Nicolas est flanqué pour réaliser son projet de Tristan, le triste sire de la bande, vu que lui, il bosse. Vraiment. Du coup, il passe pour le rabat-joie, le missionnaire fanatique. Nicolas, lui, navigue entre ces deux extrêmes, il prend un peu de civet aux airelles, mais du bout des doigts, il tente des sorties vers l’autochtone, et même si il y roule mal sa bosse, il reste le sympathique éléphanteau qui tente de ne pas casser trop de porcelaine et de marcher droit, voire de continuer à se regarder dans la glace sans trop de honte.

Le tableau est cynique, l’humanitaire de la com’, c’est tout pourri et compagnie, et la réalité du pays, elle est encore plus pourrie. Et quand cette réalité rattrape le cynisme et bien, les expats, ils font moins les malins du portable ...

Ce roman graphique a quand même un défaut majeur ... Je l’ai lu après « Chroniques de Jérusalem » et « Chroniques birmanes » et comme le principe est un peu le même (un dessinateur de BD qui raconte son quotidien dans un pays tout pourri), forcément, il y a comparaison, et même si j’ai bien aimé « Kaboul disco », j’ai quand même une préférence pour les dessins de Delisle, plus poétiques, si dépouillés qu’il n’en reste presque rien, que l’humour de l’infra ordinaire.

N’empêche que je lirai la suite des aventures de Nicolas "Comment je ne suis pas devenu opiomane en Afghanistan".

 

05/02/2014

La claire fontaine David Bosc

romans, romans français, la claire fontaine, david Bosc, pépitesJe n’aurais qu’une critique sur ce titre, son titre, justement. Pour moi « La claire fontaine », ça fait Ingres, ça fait pas Courbet. Mais je ne suis pas, loin de là, une connaisseuse de l’œuvre de Courbet. Je dirai même que « L’enterrement à Ornans », je ne trouve pas ça beau. Je sais que c’est fait exprès, mais quand même ... C’est une révolution picturale. Il fallait le faire, soit, mais bon, je regarde, je lève mon chapeau et passe, l’œil sec. Donc, quand j’ai lu la note de Jérôme conseillant ce livre, je n’ai pas lu Courbet, j’ai lu Ingres. Du coup, l’esprit embrumé par mon inculture et mon attention flottante, je me suis dis « Tiens un livre sur Ingres en Suisse qui peint des fontaines », voilà qui est pour moi, je ne connais pas. Et pour cause, Ingres n’a jamais fichu les pieds en Suisse. Courbet oui, mais il n’a pas peint de fontaine ( du moins pas dans ce livre). Ce qui fait que je reste avec ma question : pourquoi « La claire fontaine » ?

Courbet en Suisse, c’est le Courbet fini, celui d’après la fulgurance de la Commune, celui d’après ses morceaux de bravoure, le Courbet poursuivi par le pouvoir réactionnaire, celui qui doit payer la colonne de Vendôme. De cette période d’exil, brève de quatre ans et finale pour le peintre, il semblerait que l’on ne sache pas grand-chose, ce qui fait sans doute que l’auteur l’a choisie, il a devant lui un vide qu’il remplit de mots et il y brosse des traits fins comme le peintre balayait les toiles de ses natures mortes de sa taloche. Le narrateur observe son sujet puis lui dresse un hommage bien senti.

Pas amer, juste revenu de toutes ambitions, on y trouve un Courbet montré comme un rustaud du couteau à peindre, grand buveur, hâbleur, fêtard jusqu’à plus soif, se levant tard, il peint à tour de bras les paysages, sans théories, projets et sans vergogne, toujours un peu les mêmes ; il se finit en beauté. Rien de suicidaire, on reste sur les bords, on le regarde. Le récit tient en peu de choses : Courbet peint, mange, boit, le tout en grande quantité, en désordre et en même temps. Courbet baigne, parfois à pas d’heures, un corps adipeux, amplifié par ses excès, dans les eaux froides. Parfois une scène, son père en visite, la lumière qui dessine son profil en un dernier tableau, ses amis, ses aides qui le quitte, le temps présent qui l’ignore. Il lui en reste peu, il le gaspille. Quelques souvenirs des œuvres maîtresses, le portrait de Baudelaire, « L’enterrement, « L’origine du monde ». Tout est derrière lui, sans nostalgie, une liaison avec une servante, à peine esquissé à pleine mains, des gueuletons à pleine gueule, les derniers fidèles qui le lâchent et la mort, pitoyable, une fin de baudruche qui enfle, pas pitoyable, pourtant.

C’est un hommage qui ne le dit pas comme un « c’est beau », l’auteur les décrit seulement, ces natures mortes animalières que Courbet a aligné du temps de sa splendeur de bouffeur de pots de peinture. Les corps des cerfs et des chiens sont disséqués, exposés comme le peintre le faisait, et l’on comprend la technique, le pas beau voulu. Ces descriptions sont elles mêmes comme des natures mortes, saisies au vif, sans recours à l’âme, ce sont des touches bien encadrées pour une peinture comme attachée au rendu de la matière. Le texte passe par le toucher, l’odorat, joue des sens gras et fins des mots et tournures, pas si familières qu’il ne le semble au premier coup d’œil, pour faire voir l’épaisseur que le peintre cherchait.

Jusqu’au dernier tableau de mots, un tableau jamais peint par Courbet mais si juste, qu’on souhaiterait qu’il existe : «  un homme dans l’eau jusqu’à la taille, immergeant un poupon rieur en le tenant sous les bras. Une belle gosse, douze ou treize ans, avec une bouche de je-vous-aime-, plongea sans perdre d’élan. Sa chemise et ses cheveux firent sous l’eau comme une bouche qui s’ouvre. Des fillettes et leur mère achevaient de goûter. Les petites avaient posé sur un plancher mouillé les noyaux de pêche qu’elles avaient sucés. On y voyait quelques filaments jaunes réunis en pointe »

Des passages comme celui, je les ai lus et relus, le livre est court, on peut prendre son temps et y revenir, j’ai savouré les mots sur la peinture de Courbet, vu que moi, la peinture de Courbet, c’est pas mon truc. Les cerfs morts tout foncés et verdâtres, ça ne me parle pas. Les poissons posés sur la table, la truite bouche ouverte, le peu que j’en connais ... C’est juste personnel, quoi. J’ai dû voir trop de reproductions bas de gamme sur les boîtes de chocolat de Noël, un peu comme « La balançoire », « Le déjeuner sur l’herbe » et autres chefs d’œuvre qu’il faudrait voir avec l’oeil neuf du naïf. En tout cas, maintenant, j’y regarderai quand même à deux fois sous les écailles des poissons (en peinture, je veux dire).

01/02/2014

Les seigneurs du thé Hella S.Haasse

Moi, j’aime bien les romans historiques, un peu exotiques, sur des trucs que je ne conromans,romans historiques,cup of tea time,java,thénais pas, même avec des princesses dedans, je ne suis pas contre. Et puis moi, j’adore le thé et je n’y connais rien, le vert, le noir, le gris ( non, ça c’est le tabac). Et puis Java, le XIXème siècle, tout cela l’ambiance terriblement veule et tiède des colonies décadentes. Je m’y voyais déjà. Alors j’ai pris ma tasse de thé (mon nouveau mug de chez PiP, évidemment, parce qu’en plus, je suis terriblement snob, sans vous parler de mon nouveau pyjama-tenue-d-intérieur so sweet ....) et je me suis plongée dedans.  Plusieurs tasses de thé plus tard, vu qu’il est un peu long quand même, et plusieurs tenues plus tard aussi (je ne peux pas rester en pyjama, même super sweet et chic tout le temps. Des fois, je sors de mon canapé, mon chat peut en témoigner. Il râle. Il a moins chaud, quoi.)

Ceci dit, je ne suis pas certaine que cela puisse avoir une influence, même légère sur le héros du roman, Rudolf ( je veux dire, mon pyjama super sweet, le thé sûrement, même la vague du thé Khusmi , qui sévit par chez moi, il aurait peut-être aimé. Du coup, je lui aurais bien demandé ce que l’on peut faire des boites, une fois vides, parce qu’elles sont si jolies que je ne peux pas les jeter, mais du coup, elles s’entassent. Le raz de marée guette d'un côté, et de l’autre, j’ai une PAB ou PAG qui s’allonge). Mais bon, il est un peu rigide comme héros. Le genre à se fiche éperdument de mon avis et mes soucis de boites vides.

Quand il débarque à Java de sa Néerlande natale, sa famille au sens strict s’est déjà vue attribuer un domaine d’exploitation dans les montagnes reculées, Ardjasari, à côté de celui de son oncle Eduard, le plus jeune frère de son père, qui lui est à Sinagar. (Que l’on ne sache pas où c’est n’est pas très important, c’est juste parce les personnages sont parfois désignés par le nom de leur exploitation, donc il faut retenir les deux. Sinon, on se perd.)  Rudolf a hâte, très hâte de revoir ses parents, hâte de connaître le thé, très hâte de se mettre au travail, de faire ses preuves, à son tour, d’égaler voire de surpasser les autres domaines qui tous appartiennent plus ou moins à sa famille. ça grouille d’oncles et tantes, de sœurs et d’autres racines, alliées toutes par leur puissance et leur intérêt. Tout le monde contrôle ( espionne ?) tout le monde et ils règnent sur les terres du haut de leurs principes et de leurs vastes demeures. Et ils sont envahissants. Ils envahissent d’ailleurs tout le début du roman, ce qui fait qu’au début, je les ai trouvé lourds, même le Karel, un colon philanthrope qui veut rationaliser les techniques de plantations et adapter les exploitations aux couleurs des indigènes. Il va même jusqu’à créer des écoles. On l’écoute, mais on se méfie malgré tout, où cette originalité pourrait-elle bien mener, hein ?

Rudolf est assez peu philanthrope, il est peu thrope tout court. Après s’être initié de tout son sérieux sur les cultures, la langue, les indigènes, il prend, pour un court moment la direction de la plantation de son père, puis de son oncle (ils sont retournés aux Pays-Bas). Pendant leur absence, Rudolf fait ses preuves, mais on l’apprécie peu. Trop froid, trop directif, pas assez paternaliste, rigide, quoi. Peu lui chaut (ou plutôt si), il acquiert un domaine encore vierge, encore plus perdu, avec rien dessus, juste des vieux plants de café improductifs, et il y va, défriche, construit, plante à tour de sueur. Et vous croyez qu’il va réussir, que nenni ! convaincre, que nenni aussi ...

On patine un peu, jusqu’à son mariage où l’histoire prend un  envol moins travail-travail, avec une certaine peinture des relations hommes femmes, à Java, de la vie dans les plantations, la sauvagerie côtoyée, domestiquée, admirée. Parce que Rudolph lui donne tout à son domaine, tellement tout, qu’il ne reste plus grand monde autour de lui pour le comprendre. Du coup, il y a moins de monde qu’au début et l’on s’y retrouve mieux. Lui aussi d’ailleurs, quant à elle, sa femme, c’est une autre histoire ...

Bref, un roman de fort honnête facture. Il n’y a que deux choses qui m’ont manqué : je ne sais toujours pas la différence entre un thé noir et un thé vert. Et les indigènes ; juste en toile de fond, ils manquent d’épaisseur, les colons prennent toute la place, ils bouchent la vue. Mais sans doute est-ce la réalité des mœurs coloniales ? Ils sont vus d’en haut. Du coup, on les aperçoit juste. 

 

Sur le conseil d'eeguab