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14/03/2014

Max Sarah Cohen Scali

max,sarah cohen scali,romans,romans français,romans historiques,dans le chaos du monde,littérature jeunesseUn livre de littérature jeunesse ? pas si sûre … peu importe d’ailleurs le public visé.

C’est un nazillon qui nage encore dans son liquide amniotique qui prend la parole. Un fœtus parlant, ça permet  au  lecteur  de ne pas s’y attacher, et ça tombe bien, Max ( comme va le nommer sa mère) ou Konrad ( comme va le nommer le Herr Doktor Ebner ) n’a rien d’attachant. Il est plutôt glaçant. Dès le ventre de sa mère, Max sait tout : la réalité crue de sa conception programmée, qui nous semble odieuse et lui paraît sublime : les exigences attendues pour faire partie de la race supérieure, que l’on juge inhumaines et qu’il juge normales : et ainsi aussi que les noms  de code utilisés pour le « traitement » des bébés non conformes. Sa berceuse est la litanie des grades militaires nazis, son credo, les discours radiodiffusés du Führer, sa voie, l’accomplissement du Reich millénaire… Max pourrait faire peur, Max fait peur.

Il n’a qu’une envie, naître avant son voisin de salle d’accouchement, naître le premier, le jour de l’anniversaire d’Hitler pour honorer son dieu et maître, son seul père, et sa seule mère, l’Allemagne. Konrad, lui parle plus que Max parce que dans Konrad, il y a un K, comme dans Krupp,  l’acier, droit et fier, c’est ce qu’il veut être, ce pourquoi, dès la naissance, sa seule crainte est de ne pas être digne des critères de sélection. Or, Konrad est parfait, exactement du blond et des yeux bleus qu’il faut être.

Max devient le premier bébé du programme « Lebensborn » : un projet que l’on pourrait qualifier d’ahurissant ou de stupéfiant ou d’immoral ou de tous les mots que l’on veut et qui ne diront jamais que la folie de la toute puissance. Conçu par Himmler, il ne s’agissait de rien de moins que de repeupler l’Allemagne, dès le début de la guerre ( Konrad naît juste avant l’invasion de la Pologne), d’êtres considérés comme parfaits, répondant à tous les critères physiques de la race aryenne supposée, puis de les élever sous serre nazie, en les faisant adopter par des familles elles aussi sélectionnées, de les conditionner pour que les sur hommes qu’ils seront concrétisent les délires nazis.

Max ou Konrad est un prototype sans aucun défaut, dès le départ. Baptisé par Hitler en personne, ce seul titre de gloire le comble et donne sens à son existence. Loin de toutes autres  considérations, il néglige rapidement les repères humains, sa mère ne sera qu’une vague poitrine, juste un peu plus chaude que les autres, et ma foi, mis à part quelques maux de ventre, il ne met jamais en doute la validité de l’idéologie qu’il a faite sienne et les pires trahisons finissent par trouver le sens qui l’arrange. Même quand une amitié irrationnelle le lie à Lukas, un être parfait mais juif, même lorsque la réalité le dérange, il intègre, reformule, recadre. Il traverse la guerre, toujours droit comme le K de Krupp de Heim ( pour les nourrissons nazillons) en Napola ( pour les plus âgés en cours de formation), il met la main à la pâte des sélections, part en mission la tête haute quand il s’agit de participer au programme d’enlèvement des enfants polonais pouvant répondre aux critères ; blonds aux yeux bleus. Jamais il ne doute, jamais il ne veut ouvrir les yeux, persuadé de naître d’un accouplement programmé, même si cela fait de sa mère l’équivalent des putains qui se font soulever par des nazis ivres morts, est un titre de gloire si le Führer le veut, persuadé que les livres sont faits pour être brûlés et les juifs éliminés.

Evidemment, on pourrait penser aux « Bienveillantes », mais est-ce que parce que le narrateur est un enfant « sain  d’esprit » ? Est-ce parce que le livre ne recherche pas l’effet choc, mais linéaire, maintient la distance,  je ne sais, mais alors que la version pour adulte de « vie et mort d’un nazi dans la tête d’un nazi » m’avait écœurée, ici, point. On attend quand même la prise de conscience, le revirement, tentés, humains que nous sommes, de croire à l’innocence de l’enfance, à la naïveté qui excuse … Mais point non point. La force du roman est de maintenir le cap donné, jusqu’au bout : Konrad n’est pas dénué de sentiments, il a les sentiments d’un nazi, nous, on les trouve tordus,  lui, il les trouve droits, comme K dans Krupp.

 

Pour ados ? Pas seulement.

Voir aussi la note de Sandrine qui m'a donné envie de lire ce livre et merci à C. qui me l'a prêté fort à propos

Commentaires

Ravie qu'il t'ait plu aussi. C'est vraiment un livre à faire lire à tous, et en effet pourquoi pas à ceux qui ont eu du mal avec "Les Bienveillantes".

Écrit par : Sandrine | 14/03/2014

La comparaison m'est venue à l'esprit entre les deux à cause du choix narratif fait par les deux auteurs, nous mettre dans la tête d'un nazi convaincu. Mais pour autant, la comparaison s'arrête là, je trouve, autant le Little est glauque et dérangeant car complaisant dans la noirceur des détails crus et malsains, autant ici, l'horreur n'est qu'entrevue, par flashs, et c'est bien suffisant .... En tout cas, merci du conseil !

Écrit par : Athalie | 14/03/2014

Un sujet qui n'avait pas encore été traité à ma connaissance. Je l'ai trouvé un peu académique mais j'ai bcp aimé.

Écrit par : Theoma | 15/03/2014

Je ne connais pas moi non plus d'autres romans ayant le projet "lebesborn" pour sujet. Il doit y avoir beaucoup de sources historiques utlisées ici, par contre, on le sent, sans que ce soit gênant au contraire ! Il vaut mieux ne pas dire n'importe quoi sur cette période, délicate à traiter, surtout à destination d'un public ado, ce pourquoi, je me posais la question du public visé au départ de la note. Pour le côté un peu académique, c'est juste, c'est un roman de facture classique, mais bien fait. Dans le genre, je me souviens aussi d'un autre classique "La mort est mon métier" de Robert Merle, à conseiller aussi, je pense. Le type de narration est le même.

Écrit par : Athalie | 15/03/2014

MAX déjà lu, déjà apprécié . je ne vois pas trop le rapport avec les Bienveillantes néanmoins...Je ne crois pas qu'un quelconque roman traitant du nazisme puisse se permettre un happy end . il s'agit ici de dénoncer l'impensable: s'approprier des foetus et leur coller une croix gammée sur le cordon ombilical, déposséder les femmes de leur entrailles, toucher à l'intouchable, commettre encore et encore l'indicible ! et Sarah Cohen Scali (déjà remarquée par sa très belle biographie de Rimbaud: Arthur Rimbaud, voleur de feu) touche ces cibles qu'elles aient 15 ou 55 ans !

Écrit par : AAAAAAAAAAAAAAA | 17/03/2014

Le rapport, c'est dans le mode de narration, j'avais eu horreur de la complaisance avec laquelle l'auteur des "Bienveillantes" m'avait fichu dans la tête d'un nazi, un nazi fou en plus, c'est-à-dire en partie "excusable". Ici, Max est rationnel, il ne délire pas, il fait rentrer les choses dans ses cases, et d'accord avec toi, ce qui est appréciable encore dans ce roman, "Max", c'est justement que le héros ne fasse pas de méa culpa, l'auteure aurait pu céder à la tentation de rendre l'enfant "touchant". Ce qui n'est jamais le cas.

Écrit par : Athalie | 18/03/2014

Max incarne moins un personnage qu'un concept le lebensborn ! On ne peut s'attacher à ce type d'organisation pour le moins abjecte !

Écrit par : AAAAAAAAAAAAAAA | 18/03/2014

Quitte à ergoter, mais je suis ergoteuse, je dirais plutôt que Max est un personnage qui incarne le concept du " Lebenborne", un concept qui n'aurait même pas dû être imaginable, mais évidemment, ce qui n'aurait pas dû être imaginable, a été réalisé. Pour ce livre, ce que je voulais dire, c'est que pas mal de livres que tu connais aussi, de littérature jeunesse, sur ce sujet succombe à la tentation de la bien pensance (l'enfant innocent, forcément, se rachète), ce qui n'est pas le cas ici. Et c'est pour cela que c'est bien. Le "héros" des "Bienveillantes" finit dominé par ses pulsions ( l'inceste entre autre), et est un nazi délirant, or on le sait, les nazis étaient des gens non-délirants, sinon, ce serait trop facile.

Écrit par : Athalie | 19/03/2014

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