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30/03/2014

Sorj Chalandon à "Rue des livres"

rue des livres,sorj chalandon,le quatrième murOn m'a bien expliqué Proust au temps lointain de mes études de lettres : Bergotte est un homme médiocre, mais son oeuvre est admirable, par conséquent, on différencie l'homme et l'auteur. L'homme est négligeable, seule compte sa production. OK, premier point. Deuxième point : l'auteur n'est pas le narrateur, rien à voir, passez votre chemin auteur, laissez la place au texte. Donc, troisième point : le texte, rien que le texte. OK. On dégraisse, on recentre, on conspue le biographisme.

Oui, on peut être une étudiante fanatisée par le structuralisme formaliste russe. J'en suis la preuve virtuelle et vivante. En effet, j'ai longtemps pris pour péché mortel anti-littéraire de rencontrer en auteur en vrai, voire de l'écouter. L'oeuvre, le texte, le texte, l'oeuvre. Evidemment, depuis longtemps aussi maintenant, tout snobisme engendrant son contraire, j'adore aller traîner mes oreilles autour des auteurs qui causent.

Ce qui fait que, à "Rue des livres", je suis allée entendre Sorj Chalandon. ce qui a étonné mon homme, et presque moi-même, d'ailleurs. De cet auteur, je n'ai lu que "Mon traître". Sans passion et même un certain agacement, j'avais suivi cette plume qui me semblait causer beaucoup d'elle même, sur le mode narcissique sans le dire : un jeune homme qui a tout des intérêts de l'auteur, a peine transposé, a été trahi par son modèle d'engagement politique lors de la guerre civile en Irlande, côté IRA. Une sorte de reportage intime où je n'ai retenu que des trémolos personnels. Une brève écoute lors d'un plateau à saint Malo me confirme ce que je voulais entendre, ce monsieur parle beaucoup de lui. Ecoute négative, qui me fait laisser passer les titres suivants, jusqu'au "Quatrième mur", d'abord parce que prix lycéen et ensuite parce que Valérie et AAAAAA me soulève un coin de paupières. Me serais-je fourvoyée ?

Je ne sais, mais je suis ressortie de cette "conférence", moins braquée contre le narcissisme de l'auteur, puisqu'il l'a expliqué, et expliqué aussi la différence qu'il faisait entre son écriture romanesque et son écriture journalistique ( d'ailleurs, souvent ses billets dans "Le canard" sont souvent pertinents, me souffle mon homme à l'oreille, moi, je ne sais pas, je ne lis pas "Le canard" pas assez romanesque, ce qui est contradictoire avec ce qui précède, je le concède). Sorj Chalandon prend l'exemple de son entrée dans le camp de Sabra et Chatila, après le massacre. Il dit que pour le journaliste qu'il était, ce fut l'horreur et la solitude, et que son rôle, alors, dans "Libération" fut d'écrire ce qu'il avait vu. Pas ce qu'il pensait. Il dit ensuite que les mêmes faits dans "Le quatrième mur" sont là pour qu'il retourne dans le camp, mais surtout pour que les lecteurs y entrent avec lui. Sa formule d'ailleurs est très belle, trente ans après, "les lecteurs font alors cohorte avec l'auteur", enfin, je ne sais pas si c'est une formule, mais je la trouve très belle, parce que très ambiguë.

Mais surtout, ce que j'ai trouvé passionnant dans cette première partie de la conférence de Sorj Chalandon, est ce qu'il a dit de son expérience de reporter de guerre, la difficulté (je reprends aussi sa formule) de "rentrer en paix", ou de "retour en paix", la fascination pour ce temps de la guerre où "l'on fait partie de la barbarie", où l'on se sent d'autant plus vivant que la mort est là, qu' il y a une empathie sincère avec les victimes, mais que cette guerre n'est pas votre guerre, que vous, vous pouvez en repartir avec le prochain avion, mais que revenir en paix, c'est aussi accepter qu'une petite fille pleure devant le frigidaire parce qu'il n'y a plus de Coca, alors que là d'où vous revenez, une mère meurt en traversant une place pour aller chercher de l'eau. Et puis, accepter que vos récits qui provoquent la fascination des autres, "Tu en reviens ..." deviennent inaudibles : "Au début, tu interesses, puis tu ennuies, à la fin, tu emmerdes". C'est cru, direct, sincère, ça fait voler le formalisme en éclat, mes préjugés aussi.

Je n'ai pas acheté "Le quatrième mur", d'abord parce qu'il avait la queue pour les dédicaces, et ensuite parce que dans la deuxième partie de sa conférence, Sorj Chalandon donnait, sans doute convaincu d'avoir à faire à un public l'ayant déjà lu, beaucoup d'éléments sur l'intrigue romanesque de son roman. Je vais attendre un peu de les avoir oubliés.

PS : pas de compte rendu de l'intervention de Vélibor Colic d'aujourd'hui, je me suis trompée de salle ... ( et pourtant il n'y en que deux ...) et suis arrivé dix minutes avant la fin ... Seul scoop, son prochain roman sort le 5 mai.

29/03/2014

En passant ...

En passant par "La rue des livres", petit festival du livre rennais sans grande consommation de champagne ni de petits fours, sans grands tambours et sans grandes trompettes, mais qui, d'année en année prend une tournure fort simple et sympathique, j'ai écouté Sorj Chaladon, tapé la causette avec Vélibor Colic, pour les oeuvres duquel les habitué(e)s de mes modestes pages connaissent mon espèce d'attachement indeffectible et irrationnel, je l'avoue, et je suis passée dans une librairie. Et non, je n'ai rien acheté sur le salon, ce sera sans doute pour demain,  et peut-être même,  "Le quatrième mur", et pourtant je viens de loin concernant cet auteur .... ( dans le genre préjugés que je vais même peut-être me fendre d'un méa culpa)

Les nouveaux arrivés sur mon étagère des pas encore lus où il n'y avait plus qu'une vingtaine de titres dont certains sont dessus depuis deux ans, mais que ce n'étaient pas cela que j'avais envie envie de lire en ce moment, sont :

"Des noeuds d'acier" de Sandrine Collette, parce que il en est dit trop de bien du deuxième pour que que je ne lise pas le premier.

"Lady Susan" de Jane Austen, parce que Jane Austen ne risque pas d'être sur un salon littéraire, et donc qu'on ne peut pas être de mauvaise foi. Et que "Orgueil et préjugés", c'est quand même du grand.

 "Enfants de poussière" de Craig Jonson, parce que depuis que je suis tombée amoureuse de Walt Longmire, quasiment en en même temps que d'Angustus, je frémis à l'idée qu'il pourrait lui arriver quelque chose, et que, comme pour le Zébulon de "Faillir être flingué", je me sens une âme maternelle pour ces grands bébés-héros pas finis.

"Mai en autommne" de Chantal Creusot, parce que ce que cela faisait un fichtre de temps que j'avais envie de lire ce titre.

"Les liens du sang" de Thomas H. Cook, parce que depuis que j'ai lu "Au lieu dit du noir étang" sur les conseils de Margotte, je veux absolument tout tout tout tout tout tout lire de cet auteur.

"Les sortilèges du cap Cod" de Richard Russo, parce que depuis que tout le monde me donne envie de lire cet auteur, il fallait bien que je me décide ( j'ai pris le plus mince)

"Epépé" de Ferenc Karinthy, parce que Kathel en dit du bien et que je croyais que comme d'hab, j'allais devoir attendre que ce titre sorte en poche, et que non, il était en poche. Et que Perec en caution et Carrère en préface, je ne peux que jubiler d'avance.

26/03/2014

La moustache Emmanuel Carrère

moustaches.jpgMais d’où ce fait-il que j’étais persuadé que « La moustache » était un livre destinée au public adolescent, voire même un classique du genre, moi ? Du genre même étudié en classe, type troisième ... Ce qui fait que un jour, bénéficiant d’une offre promotionnelle type trois gratuits pour quinze achetés, j’ai dit au fiston qui me tenait la pile des "achetés" pendant que je farfouillais dans les « offerts » sans rien trouver qui me dise, je prends « La moustache » : tiens fiston, il paraît que c’est très bien, tu verras, ça te changera ... Fiston, résigné, le mit sur la pile et oublia, et moi aussi.

Mais depuis « L’adversaire », Carrère m’intéresse. De guerre lasse devant ma pile des pas encore lus, où  il n’y avait que des gros, ou des écrits tout petit et que ce devait être un soir où les extraterrestres qui sévissent chez moi avaient piqué mes lunettes à fleurs, bref, d’une main curieuse, j’ai pioché dans les étagères du fiston qui a fait « bof, me dit rien c’uilà ».

Ouf, me dis-je maintenant, je l’ai échappé belle, j’ai des sueurs à rebondissements en pensant que la prof de français du fiston aurait pu lui demander une fiche de lecture sur « le dernier livre que votre mère, soucieuse de parfaire votre ouverture culturelle et votre connaissance de la littérature sérieuse pour la jeunesse, vous a fourré dans les mains, tout cela parce qu’elle ne trouvait rien à lui convenir dans les gratuits proposés ». Mon fils rendant la fiche sur « la moustache », la prof cherchant discrètement mon numéro, chez moi, le téléphone qui sonne, mon homme affolé, qu’est-ce t’as fait avec la moustache du fiston, y’a l’éducation nationale en émoi à l’autre bout du fil, une histoire de disparition de poils pas encore poussés ou alors déjà coupés, tu peux lui dire que fiston est imberbe ? et moi : « Tu n’as pas vu « Crimes exemplaires » le truc génial de Aub ( spéciale dédicace à C.), j’ai l’impression que fiston voulait le lire ? Et je ne trouve plus la glace dans la salle de bain ? Tu l’as changée de place ? Parce que mon dépilateur fait des hoquets étranges ... D’ailleurs, j’ai un doute sur l’existence de ma carte de fidélité chez la raseuse de jambes, tu ne veux pas appeler, j’ai comme le monde qui m’échappe. ... »

Tout cela pour dire que je n’ai pas vraiment compris ce livre, en fait. Un encore jeune personnage, bien sous tout rapport, parisien, cabinet d’architecture, jolie femme, un peu fantasque mais fort séduisante, un matin une glace, un rasoir et tout dérape. A-t-il coupé sa moustache ou tout simplement, n’avait-il pas de moustache avant de ne pas la couper ? Est-ce sa femme Agnès qui lui fait une blague, lui en veut, a monté un complot, veut le quitter, le tuer ??? est-elle folle ? est-ce lui ? Oui, c’est elle, il la soignera jusque la mort, oui c’est lui, il ne se soignera pas, il ne veut pas finir dans le village à côté de Perpignan où les fous font des rentes aux habitants qui les accueillent. Alors, il fuit, il tourne en rond et il fuit en même temps, ce qui est sûr, c’est que cet homme ne va pas bien ... Le périple de cet homme, ses délires paranoïaques m’ont laissée dubitative, je n’ai pas vu où Carrère voulait que j’aille ; ce qui fait que du coup, j’ai fait du surplace.

Quant à la fin, tranchante, c’est le moins que l’on puisse dire, elle m’a fait plus que frémir d’angoisse rétrospective.

Si fiston avait lu ce livre,  aurait-il fait le 15 avant que je puisse me justifier ? Non, je te jure, je n’ai pas vraiment voulu que tu fasses des moulinets avec le rasoir de ton père sur ta fiche de lecture, prend plutôt mon dépilateur !

Donc, non, ce n’est pas un livre jeunesse, j’aurais au moins appris cela, et bon, va falloir que je lise « la classe de mer » avant que la folie contagieuse ne me surprenne à le confondre avec un manuel d’organisation pour sorties scolaires ...

23/03/2014

Un repas en hiver Hubert Mingarelli

un repas en hiver, hubert Mingarelli, romans, romans français, dans le chaos du mondeUn livre très court et qui raconte un moment très court, une journée, à peine plus, et à quoi tient la vie d’un homme, à peu de choses, aussi.

Trois soldats allemands sont basés en Pologne, dans ce que l’on devine être un camp d’extermination d’avant d’industrialisation des meurtres, au moment où la Shoah se faisait « par balles », de visu donc, avec des regards possibles entre bourreaux et victimes, ce qui dérangeât les bourreaux, ce pourquoi, on sait l’horreur logique de la suite de cette histoire-là. Ces trois soldats étaient des hommes ordinaires, et dans un sens, ils le sont toujours, et c’est qui fait  la force de ce livre. Nulle explication, on reste dans la tête du narrateur, et le narrateur, il évite de trop penser, il s’arrête à lui-même et ses deux compagnons. A leur présent et ne cherche pas à voir plus loin que leur lendemain.

Donc, les trois soldais, Bauer, Emmerich et le narrateur vont partir à la chasse pour « en ramener un ». Leur commandant leur a donné l’autorisation de sortir du camp pour cette journée seulement et à cette seule condition. Ils lui ont expliqué, que là, vraiment, ils avaient trop le cafard. Un convoi est annoncé, on « va en ramener », il va leur falloir participer à la fusillade, et là, cette fois-ci, ils ne veulent pas. Ils expliquent qu’à force d’avoir le cafard, de tuer comme cela, ils n’allaient plus servir à rien et qu’il valait mieux leur laisser au moins une journée, pour faire autre chose. Et le commandant, pas en grande forme lui non plus, a accepté.

Les trois soldats s’enfoncent donc dans une Pologne aux paysages solitaires et glacés, avec chacun leur mots dans leur tête : pour un, c’est son fils qui le tracasse, et  comment le convaincre d’arrêter de fumer, pour le narrateur, c’est son rêve de tramway ordinaire, pour le dernier, la rage d’être là, à fumer dans le froid. Pour les trois, il s’agit juste de s’échapper une journée,  pour peut-être pouvoir avoir le droit de repartir faire de même le lendemain.

Et sans vraiment chercher, ils en trouvent un, de juif, un qui ne peut s’échapper, et ils l’emmènent avec eux, vers le camp. Mais avant, comme ils ont faim, et quelques provisions, ils s’arrêtent dans une masure abandonnée pour se cuire leur festin de semoule et de saucisson. Arrive alors un polonais, un qui pourrait être le bouc émissaire de leur mal être d’être là ....

Loin du jubilatoire « festin de Babette », auquel le titre pourrait faire penser, le huis-clos se construit sans aucune générosité. Le récit égraine les miettes du temps qui mène à un repas chaud en s’attachant aux petits riens de la longue attente, en attendant que les graines de la semoule gonflent : quelle quantité de neige pour avoir assez d’eau, quoi de la chaise ou de l’étagère brûler en premier pour avoir assez de feu.... Ne pas regarder le prisonnier, ne pas voir ce qui fait de lui un être humain qui a été aimé, et dont le flocon sur le bonnet a été brodé peut-être, par les mains de sa mère. Ne rien voir de ce que l’on est : un tueur, un bourreau. Même pas se mentir, non, ne pas se voir et ne pas voir l’autre comme un « comme nous ». Comment l’humain s’arrange de ses crimes ? Un récit qui peut bouleverser la bien pensance, sans humanisme et sans concession, glaçant.

Un auteur découvert chez Jérôme.

20/03/2014

Expo 58 Jonathan Coe

Jonatan Coe, expo 58, romans, romans angleterre, a cup of tea timeLa couverture du livre (qui n'est pas l'illustration que j'ai choisie, mais la vraie couverture, tout le monde peut la voir partout, et "les amants" de Magritte ça a quand même un rapport) dit tout, délicieusement acidulée, rétro et enjouée, couleurs vives de comédie en cinémascope, personnages aux dos tournés, qui vont s’animer dès que le bouton de la télé en noir et blanc va s’allumer, un scopitone plastique.

Comme dans certains films d’espionnage de cette guerre qui  se disait froide, l’auteur a fabriqué un anti héros, une caricature du petit fonctionnaire à la courte vue, et tiré, un peu aussi, à la courte paille, pour une mission inattendue. Thomas Foley, physiquement est un croisement entre Dirk Bogarde et Gary Cooper. Moralement, il est anglais, comme Coe sait faire les anglais, tout britannique et de retenue convenue et frais sorti de l’œuf, ou du moule.  Tout juste marié à une parfaite ménagère d’un fade pastel, et juste père, il est juste fabriqué aux petits oignons pour être mangé tout cru  dans cette comédie sentimentale qui se croise de roman d’espionnage en carton pâte.

Le décor choisi par l’auteur pour remonter la clef de son héros est dans la même tonalité du vrai faux, faux et vrai. Il ne s’agit de rien de moins que de la comédie que se jouent les nations à l’exposition universelle de Bruxelles en 1958. Officiellement,  l’expo a pour but de célébrer l’amitié entre les peuples, retrouvée après le chaos de haine de la deuxième guerre mondiale. En réalité,  la célébration est un brin surréaliste, comme il se doit au pays de Magritte. Et officieusement, il s’agit d’une autre histoire …

Notre héros, donc, se voit confier la mission de superviser la bonne marche du maillon fort du pavillon britannique, le Britannia, un faux vrai pub anglais, entre modernisme et respect de la tradition, comme il se doit. La bière est vraie, par contre, visiblement. Thomas doit donc quitter femme et enfant, mère et pas son père (il est mort mais a quand même avant donné un fort mauvais exemple), pavillon de banlieue et voisin qui a des cors aux pieds pour se retrouver immergé dans la comédie du bonheur et des illusions de la concorde, et pas seulement politique, mais aussi, à la Lubitsch, un poil sentimentale qui va le gratter aux entournures dès l’apparition de la fraîche Anneke, hôtesse sur l’exposition.  Le duo va devenir quatuor, une belle américaine et un autre missionné comme Thomas, mais estampillé séducteur patenté, puis un soviétique bellâtre, puis … rentrent à leur tour dans la danse des sentiments. Vrais ou faux ? Le bal des séductions joue la partition de la tentation dans le cadre du faux concert des nations … notre héros se laissera-t-il tourner la tête alors que Dupont et Dupond, déguisés en espions tout britanniques aussi, lui confieront une seconde mission, de charme patriotique vêtue ?

Entre comédie allègre, roman d’espionnage aux grosses ficelles qui se voient, le sérieux du propos va cependant en s’étoffant et des accents du superbe « La pluie avant qu’elle tombe » gagne Thomas, qui s’étoffe et s’affine. Le roman n’aurait pu être qu’un amusement de genres, et il aurait déjà été très bien, mais il gagne quelque chose en plus, une sourde mélancolie dans la valse des masques menée de main de maestro, britannique, évidemment.

Est-ce utile de dire que je me suis simplement délectée de cette comédie douce amère ?

 

Un roman que j'ai inscrit au "non challenge des pétites" de Galéa.

Du même auteur sur ce même blog :

"Testament à l'anglaise"

"La femme de hasard"

"La vie très privée de Mr Sim"

" Désacords imparfaits"

D'autres titres pas chroniqués ici mais juste excellents ( et chroniqués tellement par ailleurs ...) :

"Le cercle fermé"

"Bienvenu au club"

 

16/03/2014

Le duel Arnaldur Indridason

Arnaldur indridason, le duel, romans, romans policiers, série policière, roman islandeJe commence à me demander pourquoi, je persiste, moi … un brin de masochisme, un soupçon de nostalgie pour un auteur beaucoup apprécié ? mais de moins en moins convaincue. Le dernier paru, "Le livre du roi", m’avait déçue, l’avant dernier, bof, celui d’avant pas mieux. Bref, je crois que depuis "Betty", ma  foi, je manque d’enthousiasme pour Indridason.

Le duel ne m’a donc pas plus palpitée que cela. On sait que le rythme est peu trépidant chez Indridason, c’est le type polar du froid qui prend son temps, aime partir d’un rien, juste un meurtre genre fait divers, et construire autour un puzzle au goût d’inachevé parfois. On sait aussi, que depuis un moment, l’auteur s’amuse à faire apparaître-disparaître, son personnage récurent, l’inspecteur déprimé Erlendur. Après les descendants, ses adjoints, la fine cuisinière  Elinborg et Sigurdur Oli ( dans « La muraille de lave »), Elinbrog toute seule dans « La rivière noire », voici l’ascendante, sa mentore à lui, que l’on connaissait jusqu’ici, vieillissante, à la retraite, et bien malade (je me demande même si l’auteur ne l’a fait mourir quelque part …), Marion Brien. On passe de l’après Erlendur ( quoique, un retour s’esquisse dans « Etranges rivages ») à l’avant Erlendur  ( qui apparaît quand même dans les dernières lignes, un messager à la déjà triste figure)

La première pièce du puzzle est, cette fois encore,  une figure anonyme attachante, un jeune homme, Ragnar, un peu naïf et totalement inoffensif, un fondu de cinéma, si fondu qu’il enregistre les bandes son des films sur son magnétophone à cassette ( on est dans les années 70.) Ragnar est retrouvé poignardé dans une salle obscure, à la fin d’une séance. Le cartable a disparu avec le magnéto et personne n’a rien vu, lors de cette banale séance de 5.00 à la salle à moitié vide. Personne, enfin si, en fait, quasiment  chacun a vu un bout de quelque chose ; une belle femme et son amant, un clochard aviné, une bouteille de rhum … Marion va relier les bouts de mégots et les demi mensonges en se jouant des ragots médiatiques pour arriver à tout remettre à la bonne place.

Ce qui m’avait motivée pour ce dernier né de la série (même à l’envers, ça fait une série …) était l’arrière plan du duel, le championnat du monde d’échec entre les deux balèzes du jeu, venu chacun de son côté du rideau de fer, sur la terre d’Islande comme point stratégique de la géo-politique en pleine guerre froide et enjeux économique de la pêche aux harengs (ou à la morue, je ne sais plus …). J’aimais bien l’idée que l’histoire glaciaire fasse frotti-frotta  avec un polar du nord.  Ma curiosité a été émoussée. En réalité, le duel reste en arrière plan, on se demande même ce qu’il fait là, finalement (mis à part pour faire un quota d’étrangers présents en Islande, et donc autant de suspects potentiels …), comme un jeu de pions accessoire. Bon, c’est relié quand même, l’auteur sait y faire …

Autre fil de dessous, l’histoire de l’enfance de Marion, qui a eu la tuberculose et a été soignée, et, dans un sanatorium, elle a fait la rencontre de sa vie …  Liée à une grande famille qui ne voulait pas d’elle, c’est le chauffeur, Athanasius, qui l’a prise sous son aile, et voilà que, sans rapport aucun, la belle histoire d’amour connaît ici une fin … ça fait comme un cheveu dans une soupe au vermicelle. Une lecture bien tiède, donc.

14/03/2014

Max Sarah Cohen Scali

max,sarah cohen scali,romans,romans français,romans historiques,dans le chaos du monde,littérature jeunesseUn livre de littérature jeunesse ? pas si sûre … peu importe d’ailleurs le public visé.

C’est un nazillon qui nage encore dans son liquide amniotique qui prend la parole. Un fœtus parlant, ça permet  au  lecteur  de ne pas s’y attacher, et ça tombe bien, Max ( comme va le nommer sa mère) ou Konrad ( comme va le nommer le Herr Doktor Ebner ) n’a rien d’attachant. Il est plutôt glaçant. Dès le ventre de sa mère, Max sait tout : la réalité crue de sa conception programmée, qui nous semble odieuse et lui paraît sublime : les exigences attendues pour faire partie de la race supérieure, que l’on juge inhumaines et qu’il juge normales : et ainsi aussi que les noms  de code utilisés pour le « traitement » des bébés non conformes. Sa berceuse est la litanie des grades militaires nazis, son credo, les discours radiodiffusés du Führer, sa voie, l’accomplissement du Reich millénaire… Max pourrait faire peur, Max fait peur.

Il n’a qu’une envie, naître avant son voisin de salle d’accouchement, naître le premier, le jour de l’anniversaire d’Hitler pour honorer son dieu et maître, son seul père, et sa seule mère, l’Allemagne. Konrad, lui parle plus que Max parce que dans Konrad, il y a un K, comme dans Krupp,  l’acier, droit et fier, c’est ce qu’il veut être, ce pourquoi, dès la naissance, sa seule crainte est de ne pas être digne des critères de sélection. Or, Konrad est parfait, exactement du blond et des yeux bleus qu’il faut être.

Max devient le premier bébé du programme « Lebensborn » : un projet que l’on pourrait qualifier d’ahurissant ou de stupéfiant ou d’immoral ou de tous les mots que l’on veut et qui ne diront jamais que la folie de la toute puissance. Conçu par Himmler, il ne s’agissait de rien de moins que de repeupler l’Allemagne, dès le début de la guerre ( Konrad naît juste avant l’invasion de la Pologne), d’êtres considérés comme parfaits, répondant à tous les critères physiques de la race aryenne supposée, puis de les élever sous serre nazie, en les faisant adopter par des familles elles aussi sélectionnées, de les conditionner pour que les sur hommes qu’ils seront concrétisent les délires nazis.

Max ou Konrad est un prototype sans aucun défaut, dès le départ. Baptisé par Hitler en personne, ce seul titre de gloire le comble et donne sens à son existence. Loin de toutes autres  considérations, il néglige rapidement les repères humains, sa mère ne sera qu’une vague poitrine, juste un peu plus chaude que les autres, et ma foi, mis à part quelques maux de ventre, il ne met jamais en doute la validité de l’idéologie qu’il a faite sienne et les pires trahisons finissent par trouver le sens qui l’arrange. Même quand une amitié irrationnelle le lie à Lukas, un être parfait mais juif, même lorsque la réalité le dérange, il intègre, reformule, recadre. Il traverse la guerre, toujours droit comme le K de Krupp de Heim ( pour les nourrissons nazillons) en Napola ( pour les plus âgés en cours de formation), il met la main à la pâte des sélections, part en mission la tête haute quand il s’agit de participer au programme d’enlèvement des enfants polonais pouvant répondre aux critères ; blonds aux yeux bleus. Jamais il ne doute, jamais il ne veut ouvrir les yeux, persuadé de naître d’un accouplement programmé, même si cela fait de sa mère l’équivalent des putains qui se font soulever par des nazis ivres morts, est un titre de gloire si le Führer le veut, persuadé que les livres sont faits pour être brûlés et les juifs éliminés.

Evidemment, on pourrait penser aux « Bienveillantes », mais est-ce que parce que le narrateur est un enfant « sain  d’esprit » ? Est-ce parce que le livre ne recherche pas l’effet choc, mais linéaire, maintient la distance,  je ne sais, mais alors que la version pour adulte de « vie et mort d’un nazi dans la tête d’un nazi » m’avait écœurée, ici, point. On attend quand même la prise de conscience, le revirement, tentés, humains que nous sommes, de croire à l’innocence de l’enfance, à la naïveté qui excuse … Mais point non point. La force du roman est de maintenir le cap donné, jusqu’au bout : Konrad n’est pas dénué de sentiments, il a les sentiments d’un nazi, nous, on les trouve tordus,  lui, il les trouve droits, comme K dans Krupp.

 

Pour ados ? Pas seulement.

Voir aussi la note de Sandrine qui m'a donné envie de lire ce livre et merci à C. qui me l'a prêté fort à propos

10/03/2014

Tokyo Mo Hayden

Tokyo, Mo Hayden, romans, romans américainsVoilà, c’était le titre de mon titre mystère. Me voilà soulagée ... D’abord parce que j’ai drôlement bien résisté à toute tentation de tricher, je suis assez fière de moi. Ensuite, j’ai détaché soigneusement et tranquillement la couverture après avoir terminé ma lecture (j’ai même lu la postface avant, c’est dire ...). Et en plus j’avais raison, ce n’est pas un auteur japonais, ni même Amélie Nothomb déguisée en Borgès. Ouf. !

Mo Hayden est une auteure que je n’avais jamais lue, j’en avais entendu parler, notamment par mon homme, mais sagement, il n’a rien deviné non plus....  Mo Hayden, je croyais que c’était du polar, en fait. Je n’avais pas tout fait vu juste, mais par contre, c’est du noir, du noir qui tâche et qui décoiffe sa bonne femme !!!

Deux histoires s’entrecroisent ; celle de Grey, la jeune fille anglaise, vingt ans et du passif derrière, une valise pleine, voire deux, à la recherche de sa pierre philosophale : un film, tourné à Nankin en 1937, un film qui montre son cauchemar, sa torture, son secret ... du moins quelque chose qui y ressemble d’assez prêt pour lui prouver qu’elle n’est pas une folle perverse, comme on le lui a répété, à cause d’un truc qu’elle a fait, qu’on ne sait pas mais que l’on devine ignoble ( et qui l’est ...). Grey est d’abord éconduite dans sa recherche auprès du vieux professeur chinois, Shi Chongming, détenteur du fameux film et reconverti en spécialiste de la médecine chinoise, soit-disant ( ben oui, ce sont des personnages à plusieurs couches, et comme il faut garder le secret, je peine à trouver un fil dans cette note, moi ...)

Elle part donc à la découverte de Tokyo, enfin si l’on veut, parce qu’elle en voit surtout les nuits de building et les monstres cachés en leur sein. Sans compter l’étrange demeure où elle échoue, un autre monstre à elle toute seule, avec des trucs tout pourris à l’intérieur, un jardin étouffant d’un passé dont on ne souhaiterait pas voir surgir la queue d’un mollusque. Et pourtant, il va en surgir pas mal des monstres des profondeurs.

Le première semble si beau et si charmant que Grey en a son cœur et son corps qui palpitent. Jason ( j’ai cherché les argonautes et je ne les ai pas trouvé, par contre, il y a du Médée, dans l’air, c’est sûr !) va permettre à Grey de devenir hôtesse de charme dans un club chic, tenu par une monstre plutôt drôle, une japonaise toute petite et aux dents cariées qui se prend pour le double de Marilyn Monroe, et s’habille comme la star tous les soirs ( Vous pensez « freaks », vous n’avez pas tord ...), il y a aussi les deux blondes russes à talons aiguilles, mais elles, elles ne font pas peur, ça va.

Par contre, le club est fréquenté par un certain nombre de mafieux surgis, eux, des profondeurs humides, dont un, en fauteuil et malade, mais pas à plaindre du tout, et sa « Nurse », une sorte d’androgyne avec des antennes de killeuse. Les deux histoires alors se croisent à nouveau, le professeur lance Grey à coup de chantage à la recherche du secret poisseux du mafieux ...

Pour ne pas allécher la chose ( y’a pas de raisons ...), on lit aussi le journal du professeur, alors qu’il était encore jeune, plein d’illusion sur la victoire de la Chine et des forces de progrès, mais que les Japonais se rapprochaient de plus en plus de Nankin, précédés de rumeurs d’atrocités commises qu’il ne voulait pas croire. Et pourtant, quand ses yeux devront s’ouvrir, il ne verra que l’innommable et le film, le fameux film, on comprendra pourquoi il ne pouvait pas être montré.

Un livre dérangeant donc, difficilement classable, pas vraiment historique, pas vraiment polar mais on peut difficilement plus noir ! On plonge dans des abysses obscurs et reptiliens, serpentins, le genre qu’on se dit que si la porte s’ouvre, il y a un « ça » tout visqueux qui vous vous sucer le sang et que ça va faire mal ...

Rajoutez à ce ça, le fait que je ne savais pas ce que j’étais en train de lire, que je ne savais pas qui m’avait proposé cette lecture, et bien, je peux dire maintenant que je ne suis pas prête d’oublier cette expérience ( amusante, mais si ...), le genre à vous faire vous ratatiner les doigts de pieds dans le lit en hurlant quand le chat laisse traîner sa moustache sur votre gros orteil qui dépassait de la couette.

Un grand merci à mon anonyme qui a si bien allié « le fond et la forme » ....

08/03/2014

Grosse surprise (2)

lecture_aveugle.jpgGrosse surprise (2) donc il y aura un (3), voire un (4) qui sait la drôle d’aventure que voilà ... ?

Début de la lecture de mon livre « mystère » (toujours couvert de sa seconde peau, et plus question de me laisser tenter par un arrachage ( je l’ai même sauvé des griffes du chat et si ma tasse de thé lui fait des ronds sur les points d’interrogation, ce n’est pas assez mouillé pour atteindre la transparence, j’y veille  ...))

«  Nankin 21 décembre 1937 » : donc c’est un auteur chinois. Mouais, pas sûre. Il y a des écrivains non Chinois qui peuvent écrire sur Nankin 1937. Rien n’interdit, par exemple, à un Chinois d’écrire sur la guerre de Sécession, ni à un australien de se fendre d’un roman sur la prise de la Bastille. Je n’en connais pas, hein, mais à-priori, c’est possible.

1937, la guerre entre la Chine et le Japon. (Ben, oui, j’ai vu « Le dernier Empereur » ...) Sauf que, c’est à peu prêt tout ce que je connais sur la question, d’ailleurs, c’est le Japon qui a gagné ??? Je ne vais même pas me renseigner sur G**gle, trop peur de tomber sur une piste, pis le livre va peut-être me le dire.... j’ajoute que pour l’instant, peu me chaut l’issue historique, de toute façon, c’est trop tard, hein  ...

En tout cas non, ce n’est pas un auteur japonais. Sûre. Le japonais, je le flaire, couverture masquée ou pas, je sens sa lenteur reptilienne s’incruster dans mes neurones pour en ralentir le fonctionnement ... Je n’ai rien contre la littérature japonaise, c’est juste que je n’y comprends rien. Ce qui fait que si c’est un auteur japonais, je n’ai plus qu’à manger mes sushis encore surgelés.

Un auteur français qui écrit sur le Japon ... Pas Amélie Nothomb quand même .... J’aurais reconnu ( je n’ai lu que deux livres d’elle, ceci dit, peu pour m’ériger en spécialiste ...) Non, pas assez narcissique. Le personnage est une étudiante anglaise un peu étrange qui débarque à Tokyo pour rencontrer un vieux professeur  Chinois, elle est obsédée par le massacre de Nankin, et lui, il y était. Il aurait même un film. Il ne veut rien savoir, elle insiste, le traque, nous dit qu’elle est considérée comme folle, à cause de cette obsession, entre autre, par l’université, les médecins, sa famille. Elle est venue exprès, elle veut le film.

Pour l’instant, elle a bu cinq cafés glacés et mangé cinq desserts au melon ... Je traque d’autres indices, je la suis à la trace. Et elle, elle cherche son film, qu’elle n’a donc jamais vu, à cause d’un livre qu’elle a lu mais jamais retrouvé, dont on lui a dit et répété qu’il n’existait pas, et qu’elle est une perverse qui invente des tortures encore plus perverses que les connues, ce qui est bien une preuve qu’elle est folle ...

Je sens la mise en abyme qui me guette et un léger vertige m’envahit ... Et si ce livre, celui que je suis en train de lire, n’existait non plus et que dans un espace-temps autre Amélie Nothomb se serait acoquinée avec Borgès ...

Et si vous avez le titre, je ne veux pas le savoir ... D’ailleurs, je ne lirai plus aucun commentaire d’ici la fin de cette expérience ( enfin si, quand même ... personne n'aura le coeur de me briser mon jouet !!!)

07/03/2014

Grosse surprise (1)

lecture_aveugle.jpg(J’ai mis (1) parce qu’il y aura forcément un  (2), vu la surprise ...)

Ce midi, mon homme revient de la boite aux lettres, ce qui est un exploit minime, vu qu’il ne pleuvait pas et  qu’il va ouvrir la boite aux lettres tous les jours. Moi, jamais, même quand il pleut. Il y avait un petit paquet avec mon nom dessus, format bouquin. C’est R., je reconnais l’écriture. Je pose le paquet et retourne tenter de passer le niveau 30 de Candy Crush. J’aime bien les envois de R. Il est donc hors de question que j’ouvre avant d’avoir liquidé toutes mes vies. J’ai des principes comme cela qui guident ma vie et mes journées.

Sauf que ce n’est pas R. De mes yeux hallucinés, j’ai sorti du paquet un livre anonymé, tout entouré de papier avec une bombe et des points d’interrogations. J’ai même pris une photo, après, quand je me suis remise de mon erreur stupéfaite. Avec une lettre anonyme aussi, et le logo de l’opération lancée par Jérôme "lire à l'aveugle" c'est-à dire lire un livre sans en savoir le titre, ni rien du tout . Même pas qui me l’envoie ... j’en suis restée coite ...

J’ai relu dix fois la lettre (tapée à la machine), complément morte de rire et d’incrédulité Ben, me voilà embarquée, pas question de ne pas jouer le jeu.

J’ai donc laissé tomber mes projets pour le reste de ma journée (que mon anonyme se rassure, ce changement a permis d’économiser l’équivalent d’une dévastation des nouveaux rayonnages de vivaces et autres arbrisseaux chez le vendeur de plantations où j’irai demain. Mon homme lui dit merci, il croit peut-être qu’il ne restera plus une bulbe à acheter demain, ce en quoi, il se gourre). Et à la place, je me suis plantée avec le bouquin.

Premières pages : impossible de me concentrer sur ce que je lis. Je retourne l’enveloppe dans tous les sens. Pas une trace de l’origine géographique de l’envoi. Première hypothèse, mon anonyme travaille à la poste, c’est un super espion qui dispose d’un circuit spécial de distribution, sans le tampon indicateur ...

Je triture la couverture dans quasi tous les sens. Aucun indice ne dépasse, le livre est entouré d’une seconde peau, et l’intérieur couvert pareil, très joliment en plus. Deuxième hypothèse : mon anonyme a deux mains droites. Pas comme moi, qui en possède deux aussi, mais gauches. Ce pourquoi, je ne ferai jamais un camouflage de livres aussi distingué.

Troisième indice : mon anonyme est tombé en panne de colle en cours de réalisation de son camouflage seconde peau !!! Les points d’interrogation sont collés avec du scotch !!!! Donc mon anonyme a oublié que sa patafixe était rangée dans le troisième tiroir en partant de sa gauche !!! Là encore, pas de panique, chèr (e) anomyme, je comprends et compatis, moi aussi, j’ai un problème avec la patafixe ... Mais j’en causerai une prochaine fois.
Tout cela pour dire à mon anonyme, que son envoi est bien arrivé et que je n’ai même pas déchiré la couverture, même sans le faire pas exprès, que je n’ai pas lu ce livre, c’est sûr, je m’en souviendrais quand même, que je suis complètement ravie et complètement amusée que mon anonyme ait pensé à Athalie ...

Et merci à Jérôme, qui a oeuvré dans l’ombre, pour un piège à lire bien sympathique (mais déstabilisée, je suis)

Les saisons et les jours Caroline Miller

les saisons et les jours, romans, romans américainsEn sous-titre, il est indiqué « roman vintage », ce qui fait que c’est ma première lecture d’un roman vintage. Je ne sais d’ailleurs pas toujours trop de quoi il s’agit, un roman vieux fait avec du neuf ? Je veux dire Madame Bovary, ça compte comme roman vintage ? parce que du neuf avec du vieux, on n’a pas fini d’en lire à cette définition là ... Me disais-je à moi-même en commençant ce roman, vieux et neuf à la fois, donc ...

C’est en lisant la postface qu’un éclair est venu joindre ma lanterne. En fait, Les saisons et les jours a été un best-seller en son temps, le best seller des pauvres fermiers du sud des Etats-Unis, ceux qui triment dur sur la terre, sans même un esclave pour les aider, avant que l’autre roman du Sud, celui des riches qui s’amusent et profitent de la terre sans même s’y courber, ne vienne complètement l’éclipser ( ce dont l’auteure semble avoir garder une certaine rancune à Autant en emporte le vent, donc) Ce qui n’a aucune importance pour savourer cet autre chant de la terre du sud qu’est ce roman de C. Miller ...

Ne pas chercher le glamour en ces pages, point de Scarlett, de Ruth Butler, pas de garden party, ni de sieste pour garder le teint pâle. Le visage ici est tanné, le corps ployant et souffrant, mais la nature est  belle et parfois généreuse aux hommes et aux femmes qui la creusent. Et oui, comment se régaler d’un roman qui avance à la vitesse d’une famille qui laboure et labeure, à la vitesse des saisons qui passent et des jours qui se suivent, tout cela sous fond de bœufs qui peinent ...

Seen ( prononcez Se-en) et de Vince, la mère et le père sont venus de Caroline, pour, comme leurs ancêtres, faire leur propre trou ailleurs. Loin de la côte, de la grande ville et de ses tentations, ils ont bâti, sur des terres ingrates, maison et famille, quatre enfants vivants, une certaine aisance, à force d’acharnement et de renoncements, sous le regard du dieu qui puni et récompense, parfois ( pas souvent, c’est un dieu plutôt radin, en fait)

Le roman commence le jour du mariage de leur fille Cean ( prononcer Cé-an) avec Lonzo. Ne cherchez pas les crinolines, c’est en char à bœuf qu’ils convolent, modestement. Cean a 19 ans , Lonzo lui fait un peu peur, mais elle est prête à être ce qu’elle est destinée à être : une femme qui travaille pour aider son mari, qui a des enfants pour les nourrir, à son tour, comme cela doit être fait. Comme une qui ira son sillon jusqu’au bout, un sillon qu’elle attend, aime, va creuser et accepter. Ses frères suivent aussi leur route, parfois en déviant, comme Lias, qui ramène de la ville une femme trop belle pour qu’il arrive à vraiment l’aimer, Jasper, celui qui aurait peut-être fait mieux que son frère aîné, mais renoncera à se battre, et Jack, un peu lunaire, qui échappe aux rancoeurs. Parce que même si l’on suit les saisons et les jours qui passent à la vitesse des bœufs qui creusent les sillons, le sort et les tourments de l’âme n’épargnent pas les ruraux qui triment sous le soleil qui les crament. Coup de sécheresse, coups de gueule, coup de canifs dans les contrats d’amour-toujours,  pas Ruth Butler à l’horizon. Cean aligne les grossesses, un autre enfant, toujours trop tôt venu après le précédent, elles marquent son corps, ralentissent les gestes, la courbent vers la terre, toujours ... La marche du temps est lente pour gagner quelques pièces d’or, on fait profit de tout, d’une peau de serpent, d’une graine, on ne rêve même pas d’un ailleurs ou d’un mieux .... ( sans parler d’aller se faire une robe de bal dans les rideaux de la salle à manger, comme une certaine peste sans moralité ...)

Sur le quatrième, il est dit aussi que c’est un roman « naturaliste », ma foi, je ne sais pas si Zola est vintage à son tour, mais paradoxalement, le charme de ce roman est justement dans sa désuétude, rude, sec, descriptif plus que démonstratif. La démonstration, ce n’est pas dans ce monde-là où les sensations dominent toute expression d’un certain bonheur : le bas beurre baraté, la sueur qui tombe sur le maïs, un champ de violette, des magnolias, la laine qui trempe dans la teinture, les chutes qui font des contrepointes, des matelas de feuilles crissantes, des branches de houx comme balais, une pudeur, une retenue dans les riens qui finit par charmer.
Un grand merci à Jérôme pour cette gentille surprise venue par la poste ...

04/03/2014

Robe de marié Pierre Lemaitre

Robe de marié, Pierre Lemaitre, romans, romans français, polarsEnchantée par la lecture de « Au revoir là-haut », où, comme le dit Céline dans un des commentaires sur cette note , on en arrive à aimer le cynisme et et la mauvaise foi crapule, je résiste peu à enchaîner les  titres du même auteur ( quand j’étais petite, et que je finissais un livre que j’avais particulièrement aimé, je lisais et relisais la liste « Du même auteur », souvent située à la fin, comme autant de sucettes à l’anis à venir, là c’est un peu pareil ...). Donc, du polar, ce qui tombe bien, j’avais envie de polars bien polars, de ceux qui ne révolutionnent pas le genre et laissent mes neurones peinards dans leurs charentaises, mais suffisamment polar pour vous plomber délicieusement une après-midi pluvieuse, ou une soirée pluvieuse, voire, une matinée ... « Robe de marié » est juste ce qu’il me fallait.

Face A : Sophie est baby sitter, une drôle de baby sitter quand même, toujours disponible, sans affect, mais avec une béance à l’intérieur. Sophie est folle, à lier, c’est ce qu’elle dit. Elle ne maîtrise pas ses pulsions, se laisse submerger, sans savoir par quoi, ni comment, ni quand ... Et Léo commence à exaspérer Sophie. On comprend qu’avant d’être gardienne d’enfant, Sophie a été autre chose, quoi que ce fût, cette vie là lui a échappé, elle est happée par ses oublis. Sophie oublie tout, même le pire de ses actes. Elle est hantée de fantômes qui passent et trépassent.

De baby sitter, Sophie devient rapidement tueuse en série et s’embarque dans une cavale où il vaut mieux ne pas la croiser, même du regard, et pas non plus la contrarier. On est uniquement dans sa tête lors de cette course folle et tendue d’une folle qui cogite, par contre, très lucidement sa cavale et ses conditions de survie. On ne peut être si raisonnablement taré, ce qui fait que rapidement, le lecteur, en bon lecteur de polar bien ficelé, comprend qu’il y a une face B, le revers joué autrement.

Face A et face B jouent donc la même chanson, on retourne en arrière, avec un autre angle de vue, où les clefs sont données. Les deux faces s’imbriquent évidemment parfaitement, et même si les rouages sont trop bien huilés pour être crédibles, je m’en suis moquée totalement, embringuée dans le jeu de Lemaître, un jeu avec les codes, on sait qu’il sait, il sait qu’on sait ( j’aime bien les cache cache ...).

Bon, la face C perd un peu en force, soit, le jeu perd en mystère ce qu’il gagne en construction. On dirait un rubiks cube. Pas grave. Normalement, je ne finis jamais un rubicks cube. Mais, là, j’en redemande un autre.

01/03/2014

Chute de vélo Etienne Davodeau

Chute de vélo, Etienne Davodeau, bandes dessinéesUn village immobile dans une torpeur de chaleur, quelque part dans une campagne dépeuplée, des champs, de légères montées, de légères descentes. Une rue immobile, deux maisons face à face ; l’une est vide, l’autre en travaux. La maison vide est de ces maisons un peu tristes qui ont été peuplées de cris d’enfants et de courses dans l’escalier et où le silence est devenu le seul propriétaire de la poussière. Les vieux planchers et les matelas sont en friche, le jardin est devenu ronces et broussailles.

Arrivent la lumineuse Jeanne, son tendre mari en short, leurs deux enfants presque sages et le cousin, un peu plus grand, fils d’un frère qui ne viendra pas, parce qu’il ne veut plus venir là depuis longtemps. Arrive ensuite l’oncle Simon, celui qui vend des voitures, sans vraiment aimer cela, mais surtout survivant d’un accident qu’il mime jusqu’à plus soif.

Il s’agit de leur dernier été dans cette maison. La mère de Jeanne et Simon est à l’hôpital où elle se croit chez elle. Elle a des trous dans la tête et il faut vendre, et pour vendre, il faut vider et nettoyer. C’est ce qu’ils sont venus faire, tous les trois. Trier, enlever meubles et poussières, débrouiller, pendant que les trois enfants lorgnent sur la maison d’en face où se joue une autre histoire entre le patron maçon un peu con, et son arpèt. Une histoire simple d’enfants qui jouent à se faire peur, d’une parole de trop et un mini drame à la hauteur de ces jours qui coulent, entre famille et mélancolie. Et puis, il y a aussi Toussaint, l’ami de toujours de Jeanne et de Simon. Toussaint qui aide et rôde pourtant autour d’eux comme autour d’une faute inavouable. Evidemment, à la fin, on saura ... même avant, pourquoi Toussaint a un souci avec le repentir ...

Mais, jusque là , le temps de cet été, la mère revient passer quelques temps avec eux, dans ce lieu qui n’est plus le sien, comme les siens ne le sont plus non plus. Les jours s’écoulent, plein du quotidien, on secoue, on dit trois mots, deux de tendresse et deux pour chambrer. Une blague, un geste anodin, on se connaît si bien ... On mange le soir sur des chaises en plastique, sous l’arbre, dans la cour où le jour, il fait trop chaud. On boit une bière. On cherche l’arpet, qui a disparu, puis la grand-mère qui a fait une fugue et qui regardait de trop près la rivière. Simon tombe de vélo, le petit arrive à en faire.

Un peu de la vie des autres, d’un moment qui soude et sépare, des secrets presque minuscules qui s’effritent, des dessins justes plein de trop de trucs qui touchent et font rire, des répliques d’une simplicité qui fait mouche. Je l’ai lu, je l’ai fini, et j’ai recommencé du début. Je l’ai refini. Et j’arrête là pour le moment, vu que c’est un prêt, qu’il falloir que je le rendre. Je n’ai plus qu’à aller l’acheter  ...