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20/04/2014

Opération Sweet Tooth Ian Mac Ewan

Ian Mac Ewan, , romans, romans angleterre, Séréna a été élevée à l’ombre d’une cathédrale protestante, dans une petite ville anglaise. Elle et sa sœur appelaient leur père "l’évêque". Il a toujours semblé de ne pas les voir. La mère est une sorte de dame des bonnes œuvres. Séréna grandit là, elle est belle et bonne en maths. Sauf que sa passion depuis  toujours, est de lire, le tout venant si possible de la littérature sentimentale à l’eau de rose (donc, pas Jane Austen, la pauvre, mais elle y viendra, quand même ... ). Séréna veut s’identifier. Curieusement, elle ne cherche pas vraiment, dans la vraie vie, le prince charmant. Alors qu’elle pensait faire des études classiques de littérature, sa mère, dans un élan de féminisme, lui imposera les maths. Et si elle s’émancipe peu des principes de son éducation rigoriste ( c’est sa sœur qui prendra en charge les dérives « peace and love », pas elle, pas tentée), elle collectionne quand même les amants.  De l’étudiant au professeur, la voilà embauchée au M12, une branche bureaucratique du contre espionnage anglais. Séréna est au bas de l’échelle mais, elle y croit, elle est une patriote, véritablement convaincue de la justesse de la guerre froide et de la lutte à mener contre le communisme. Sauf que, Séréna n’a pas que des lectures de cœur d’artichaut, elle est un cœur d’artichaut.

Il faut dire aussi qu’elle est sexy, le genre de beauté qui attire les hommes et les ennuis, assez sexy pour qu’il soit confié à cette lectrice une opération d’infiltrage assez hallucinante, dans l’intimité des auteurs dont le romanesque pourrait servir la bonne cause. On ne peut guère en dire plus sous peine de ruiner l’édifice construit par Mac Ewan et qui se met en place, doucement, tout doucement, voire très doucement ...

Doucement n’est pas ennuyeux, le lisse personnage de Séréna permet de camper les traits d’un monde nébuleux, comme scotché dans la poussière idéologique, dans une autre logique que celle du réel qui va vers la chute du mur, sans que ces ombres qui manipulent Séréna ne voient que leur combat est d’arrière garde, que les forces du mauvais côté sont déjà bien ravinées, et que celles du bon côté ne vont pas tellement mieux. Séréna, se croit du côté de la liberté, sans en remarquer la déliquescence aussi,  plongée dans le double mensonge de l’espionnage et de l’écriture.

D’ailleurs, les rapports entre l’écriture et la lecture sont plus le sujet du livre que la lutte contre la guerre froide, en fait, le rapport entre la lectrice, le livre, le livre et l’écrivain en chair et os, voire plus si affinités. Et il y a de l’affinité ... Mac Ewan marque à la culotte les limites et les déformations de la lecture empathique, biographiste, lire n’est pas dans la recherche pointilliste du vécu, écrire non plus. Mais où alors ? pas de réponse, évidemment. Le livre se joue des pirouettes et des enchâssements, des histoires dans l’histoire, des strates possibles de la lecture du sens sur le sens, justement de la création littéraire, tout en ayant pas l'air d'en causer ...

Si Séréna est la lectrice qui s’identifie, on ne peut justement s’identifier à elle, conservatrice, voire réactionnaire, admiratrice et muse à la courte vue. On a envie de lui gratter le poil, et que la couche de vernis s’écaille. Ce qui finit par arriver, mais un peu en pied de nez fabriqué, j’ai trouvé. Bref, pas un grand Mac Ewan pour moi, il manque un peu du rouleau compresseur de « Délire d’amour », ou de la dissection au scalpel de ces mouvements de l’âme qui sont si troublants dans « Samedi » ou « Expiation », et surtout dans "Sur la plage de Chesnil", mais juste un bon bouquin.

Commentaires

Un bon bouquin, et c'est déjà bien, non? Je l'ai dévoré, et ça c'est bien rare...

Écrit par : keisha | 21/04/2014

Un bon bouquin, c'est déjà très bien ! Sans l'avoir dévoré, je n'ai pas mis longtemps à le lire. Mon bémol vient juste de la comparaison d'avec d'autres romans de cet auteur où il y a une montée en puissance vers la fin, souvent prenante comme un étau. Ici, la fin s'écoule plus doucement. N'empêche que Mac Ewan, c'est un aussi balèse que Coe !
Je ne pense pas que j'aurais loupé ta note chez toi (j'ai quand même regardé dans "espionnage", au cas où ...), une bonne note à venir, alors ....

Écrit par : Athalie | 21/04/2014

Pas le meilleur (Ah, Expiation !!!), mais tout de même très prenant...

Écrit par : Kathel | 21/04/2014

Je viens de voir chez toi que nous étions admiratrices des mêmes titres, même si "Solaire" m'avait moins emballée que certains autres, comme "Sur la plage de Chesil", que je mettrai presque au-dessus d'"Expiation" ... J'ai pourtant détesté "Un jardin de ciment" (mais vraiment détesté !!!). Il faut avouer que l'univers de l'auteur est un peu particulier, les premières pages de "Samdi" sur la neurochirurgie par exemple m'ont fait craindre le pire : c'est quand qu'elle commence l'histoire ?

Écrit par : Athalie | 21/04/2014

Je suis d'accord avec toi : ce n'est pas son meilleur roman !

Écrit par : claraclara | 21/04/2014

Pas le meilleur, non, mais j'ai lu chez toi que tu l'avais bien aimé aussi. Comme quoi, un bon Mac Ewan, cela peut suffire à une bonne lecture ! Et c'est déjà pas mal ... Cette écriture et ces thèmes me touchent, me dérangent et j'en attends toujours plus, plus de vitriol, plus de profondeur, plus de romanesque ... ce qui fait beaucoup pour un seul homme !

Écrit par : Athalie | 21/04/2014

Déjà que je n'ai pas aimé Samedi, ni la plage de Chesil (malgré la superbe écriture) et pas non plus Expiation. Donc, je passe.

Écrit par : Valérie | 21/04/2014

Ah, là c'est sûr, pas la peine de continuer, tu cites les trois meilleurs titres pour moi ( et beaucoup d'autres ...). C'est quoi qui fait que l'on aime ou pas ? C'est justement ce dont parle ce roman : aimer l'auteur suffit-il à aimer ce qu'il écrit ? aimer les livres dits "bas de gamme" veut-il dire être une lectrice "bas de gamme" ? évidemment, non, si on est logique, vu que peu de lectrices vivent les âââfffffres de la création avec un auteur....C'est vraiment la partie du livre que j'ai apprécié, l'espionnage rajoute le mensonge au mensonge, et c'est juste fort bien fait !

Écrit par : Athalie | 21/04/2014

Aaaah... dommage... Je veux quand même le lire hein... j'aime Mc Ewan d'amour!

Écrit par : Karine:) | 21/04/2014

C'est un bon roman, et puis, je suis comme toi, Mac Ewan, je lis d'office !

Écrit par : Athalie | 22/04/2014

Jamais lu Mc Ewan mais "Sur la plage de Chesnil" traîne sur mes étagères depuis fort longtemps. Je me contenterai de celui-là pour commencer.

Écrit par : jerome | 22/04/2014

Comment cela "La plage de Chesnil" traîne sur tes étagères ? mais c'est un crime de lèse Mac Ewan, ça monsieur !!!! En plus, il est court et excellent !

Écrit par : Athalie | 22/04/2014

J'aime beaucoup McEwan mais ce titre-là ne me tente ps vraiment.

Écrit par : Sandrine | 25/04/2014

Je me souviens de ta note sur "Délire d'amour" ... n'attends pas le même vertige, mais il y a du bien bon dans ce livre et une "grande" lectrice peut y trouver son compte !

Écrit par : Athalie | 25/04/2014

arhhh, toi aussi tu le trouves en dessous des autres, zut, moi qui me fais une joie de bientôt le commencer. Ce n'est pas grave, un bon livre est agréable, même si ce n'est pas un chef-d'oeuvre....

Écrit par : sous les galets | 04/05/2014

J'ai beaucoup été déçue par les romans de Mac Ewan, avant de me laisser embarquer : "Expiation" m'a coûté, "Le jardin de ciment" m'a exaspérée, mais depuis "La plage de Chesnil", je lis tout. Et j'attends le suivant. Et même si celui-ci n'est pas un grand, tu verras, il y a de quoi se régaler, et un grand, ce sera pour le prochain !

Écrit par : Athalie | 04/05/2014

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