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28/04/2014

Le sillage de l'oubli Bruce Machart

le sillage de l'oubli,bruce machart,romans,romans américains,western et compagnieDans la communauté tchèque, au coeur des terres noires de Lavaca County ( comprendre des fermiers frustres qui triment dans le trou du cul du Texas), un père, Vaclav Skala, enterre sa femme, sa Klara, la seule qui le fit sourire, ce qui fait qu'il ne sourira plus.

Ce père, quatre fils, un peu plus tard. Quatre fils aux cous tordus par le joug de la charrue qu'ils tirent sur les terres de plus en plus vastes de Vaclav, les chevaux, eux, restent à l'écurie, car ce sont des chevaux de prix, de beaux chevaux de course avec lesquels le père gagne ses terres. Karel est le plus jeune, celui dont la naissance a coûté la vie de la mère bien aimée. Il a un statut particulier dans la fratrie, il est le plus détesté, sûrement, mais aussi celui qui monte le cheval lors des nuits de paris sous la lune, les paris qui augmentent les terres du père au détriment de celles de son voisin, pas toujours très honnêtement gagnées, d"ailleurs.

Un autre père débarque, riche et mexicain, mais seulement trois filles, belles, sensuelles, provocantes, offertes comme monnaie d'échange contre les terres du père, mais aussi pour les fils comme une promesse d'un avenir hors du joug haineux du père, comme une promesse de douceur et de savon propre .... Une, surtout, retient le regard de Karel, mais il n'y a que trois à distribuer et il est le dernier à pouvoir être servi.

Une autre nuit de pari, une nuit folle de course, de pluie, de désirs, d'éclairs, d'éclairs de désirs d'une ombre de poitrine naissante, d'une cambrure d'amazone, une nuit hallucinée et irrémédiable. Ce que l'on en sait avant le superbe récit au ralenti de ce moment où le drame bascule dans la tragédie, c'est que Karel est resté avec le père et que depuis les frères ne le sont plus vraiment. Seules leurs exploitations, plutôt florissantes, se touchent, et se croise leur trafic d’alcool, chacun sur son territoire, enfin, plutôt Karel sur le sien.

Avant le récit de cette nuit d'orages, Karel, propriétaire de la ferme du père disparu, conduit sa bonne et sage femme, Sophie, et ses filles, à la fête du village voisin. Une deuxième nuit où une femme accouche d'un fils. Mais Karel, lui, ne l'est pas, sage, et va vivre sa nuit de son côté, au lieu d'être là où il devrait être. Il boit trop, et embauche pour le seconder pendant son absence forcée  de sa ferme, les jumeaux Knedlick. Jumeaux et peut-être parricides, il y en a un qui parle, et l'autre non. L'autre, il lit. Et ces deux jumeaux-là, ils vont commencer à tricoter la perte de Karel, presque sans le faire vraiment exprès en mêlant les fils du trafic et du passé qui tord toujours Karel. De faux-pas en erreurs, cahotant entre passé et présent, le récit conduit son lecteur haletant vers, peut-être, un apaisement du désir et du regret ....

 Un roman drôlement bien construit, entre passé et présent, chaque chapitre ouvre et ferme une porte, certaines claquent, d'autres restent entrebâillées et le personnage de Karel s'intensifie, se brouille, se dépouille aussi de ses pelures, de celles qui lui restaient sous les ongles. Une bonne machine narrative, à l'écriture dense et droite, de cette droiture qui va au but en vous baladant ailleurs, le verbe est haut, d'action, les descriptions fouillées, entre réalisme quasi magique par moment et solide roman social et psychologique.

Une bien belle lecture commune avec Ingannmic.

Commentaires

Ha oui, chouette lecture! On n'oubliera pas les chevauchées et l'écriture âpre...

Écrit par : keisha | 28/04/2014

Tu l'as lu aussi ? Décidément, j'ai toujours un western ( ou plutôt une petite dizaine de chevauchées) de retard, moi ... C'est une lecture que j'ai beaucoup aimée : l'écriture est âpre, oui mais lyrique en même temps, c'est assez original comme ton pour le genre, j'ai trouvé, au point d'en perdre un peu mes repères au départ, mais je suis vite remise en selle !

Écrit par : Athalie | 28/04/2014

Encore une lecture commune réussie, donc !!
Moi aussi, j'ai aimé l'écriture, à la fois poétique et ... et ... âpre, oui, c'est le mot !

Peut-être, comme je l'écris dans mon billet, aurait-il fallu un tantinet plus de maîtrise sur l'aspect lyrique, justement, mais n'oublions pas qu'il s'agit d'un premier roman, tout de même, et pour une première, c'est déjà excellent !!

Écrit par : Ingannmic | 28/04/2014

Encore une oui, c'est assez amusant et réjouissant (j'avoue me prendre au jeu de plus en plus ...) Ma connexion de vacances étant assez instable, je crois avoir fait beaucoup rire mon entourage avec ma tête catastrophée "mais comment je vais faire ? je dois publier ma note demain, moi !" -Ta note de quoi ?" - "Ben ma note de lecture commune avec Ingannmic" - "T'as qu'a l’appeler" - "ben non, j'ai pas son numéro" .... Je passe la suite de la discussion sur les blogs de lecture ...
En ce qui concerne le lyrisme tout mélangé avec le côté western, il ne m'a pas gênée, peut-être parce que c'est ce que je préfère en ce genre qui n'en est pas vraiment un, il y a des canons attendus, et des auteurs qui en font autre chose ... j'en profite pour te conseiller "faillir être flingué" de Céline Minard, même si c'est une française, il y a un parfum de "Lonesome dove" ... Je sais que toi aussi, tu y es sensible ...

Écrit par : Athalie | 29/04/2014

Il me tente celui-ci.

Écrit par : manU | 28/04/2014

Au hasard de tes trouvailles, il vaut la peine de fouiller un peu .... Moi, j'ai attendu la sortie en poche, mais je n'ai pas résisté longtemps après pour le lire !

Écrit par : Athalie | 29/04/2014

Bien écrit et très intelligent sur les relations fraternels et familiales. Une saga qu'on garde longtemps en tête.

Écrit par : Philisine Cave | 30/04/2014

relations fraternelles !!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!!

Écrit par : Philisine Cave | 30/04/2014

Il y a des scènes qui entêtent vraiment, épiques ou intimes, et sans insistance pathétique sur les pertes d'amour ou leur absence, rude, comme un western pas spaghetti ...

Écrit par : Athalie | 01/05/2014

Je savais que tu aimerais ! Et il faut absolument que tu lises son recueil de nouvelles (Des hommes en devenir), j'en suis sorti ko debout, c'est un bijou !

Écrit par : jerome | 04/05/2014

Je ne suis pas très surprenante sur ce coup-là, j'avoue .... Le western sombre et pluvieux, les âmes tourmentées, les courses de chevaux dans un champ tout pourri et les flammes du désir qui brillent comme celles de l'enfer en cinémascope ... J'adore ! je compte bien lire ses nouvelles aussi, tu m'avais attirée l'oeil dessus, avec un petit d'arrière goût de Pollock en plus ! juré craché dans la bouillasse !

Écrit par : Athalie | 04/05/2014

Il a l'ait très sombre, très complexe et assez désespéré. J'avais lu la critique de Jérôme sur des nouvelles écrites par le même auteur...je vais creuser cette affaire.

Écrit par : sous les galets | 04/05/2014

Sombre, oui, mais je ne dirais pas désespéré, il y a des trouées de lumières et plus de tendresses que ce que j' ai raconté, Ingannmic le mentionne davantage que moi, mais le rapport à la femme et surtout à la mère absente est assez présent, et apporte un contre poids de taille au cous tordus par le père. Le personnage de Karel est complexe, ce qui en fait l'intérêt, mais pas la construction des aller retour entre passé et présent, les choses s'éclairent les unes les autres, c'est rude, et beau.

Écrit par : Athalie | 04/05/2014

Les commentaires sont fermés.