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11/05/2014

Les mauvaises gens Etienne Davodeau

les mauvaises gens,étienne davodeau,bandes dessinées,romans graphiquesLe titre m'a induit en erreur, j'ai pensé qu'on allait me raconter une histoire de beaux salauds, or en fait, c'est l'inverse, c'est une histoire de bels gens. On comprend vite que Marie Jo et Maurice, ce sont des profondément gentils, profondément croyants et en dieu et en un syndicalisme quasi révolutionnaire, une gauche catholique en pays de Mauges.

Marie Jo et Maurice, ce sont les parents de Davodeau dessinateur, il les biographie en leur remettant dans leur contexte, les années cinquante, le pays des Mauges, dit celui des "usines à la campagne" : un territoire étriqué, dans tous les sens du terme, le paradis de l'usine à chaussures, côté patrons, s'entend. Je ne sais pas en vrai, mais sous la plume de Davodeau, les Mauges, on n'a pas vraiment envie d'y aller voir pousser les palmiers ...

Au fil de l'histoire reconstituée de ses parents, l'enfance, les petites études, toutes petites parce qu'il faut aller travailler, l'apprentissage, Davodeau montre les particularités de cette époque en ce lieu : un avenir borné, alors que la France est encore celle du plein emploi, des piliers en ferment l'horizon, les saints patrons de l'usine qui vont dans la main d'un clergé pontifiant les bonnes morales, surtout celle de l'obéissance, de la soumission aux lois du profit sur le dos d'une ruralité qui s'engouffre dans les portes des usines. Maurice et Mari Jo font parti de ceux qui aspirent à un peu plus d'air.

Mari Jo commence sa carrière en collant des semelles de chaussures à longueur de longues journées. Maurice a un plus de chance, il est apprenti mécano dans l'atelier du coin, et au moins, lui, il apprécie ce qu'il y fait. Leur ouverture au monde se fera avec la JOC, ils deviendront des militants à leur pointure, luttant simplement pour un peu plus de droits et de respect, sans grand discours, mais au jour le jour. C'est un bel hommage, c'est peut-être aussi, pour moi, en tout cas, la limite de ce Davodeau là. Maurice et Mari Jo, ils vont tout droit, toujours fidèles humanistes, jamais montrés doutant. Mais c'est sûrement le contrat que l'auteur a passé avec leur vérité. D'ailleurs, l'histoire s'arrête à leur bonheur ressenti le soir de l'élection de Mitterrand, on se doute qu'après, ce sera plus dur pour ces purs ordinaires.

Ce que j'ai préféré en réalité, c'est le regard de l'auteur d'aujourd'hui sur cette période qu'il explique en restant à une juste distance, revenant en arrière pour livrer les traces d'une véracité qu'il touche du doigt et remet à jour, les vestiges de la guerre d'Algérie, le parcours d'un prêtre ouvrier ... et ses parents, lisant et commentant ses planches, celles que l'on vient de lire nous aussi. Le procédé est un peu le même que dans "Mauss", sauf que là, les trois, ils sont liés par la tendresse.

Commentaires

Un Davodeau que je ne connaissais pas, merci pour la découverte.

Écrit par : manU | 12/05/2014

Je me suis lire à lire cet auteur il y a peu de temps, ce qui fait que je ne connais pas tout de lui non plus, loin de là ! ce n'est pas mon album préféré pour l'instant, mais il est très bien quand même. (J'ai comme l'impression que tout Davodeau est bien, d'ailleurs ....)

Écrit par : Athalie | 12/05/2014

Bien évidemment je l'ai lu (et relu). J'ai découvert au fil de la lecture qu'il s'agissait de ses parents (je n'avais pas vu la quatrième de couverture)

Écrit par : keisha | 12/05/2014

Il faisait partie des trois que tu as présentés il n'y a pas longtemps, du coup, je n'avais pas besoin du sous titre pour comprendre qui étaient Marie Jo et Maurice : les dialogues parents-enfants-auteurs sont d'ailleurs savoureux, tu l'avais souligné aussi.

Écrit par : Athalie | 12/05/2014

Un excellent Davodeau que je relirais bien, tiens :-)

Écrit par : cathe | 12/05/2014

Oui, le genre de BD qui se relit, pour moi, il n'y en a pas tant que cela ... mais il faut dire que je n'y connais pas grand chose ! Il y a Larcenet aussi, "Le retour à la terre", je ne m'en lasse pas !

Écrit par : Athalie | 12/05/2014

un auteur de BD que je lis
il y a en a si peu..
j'aimerais lire celui-là , il doit être dans ma médiathèque
Luocine

Écrit par : luocine | 12/05/2014

Sûrement, Davodeau est une sorte de classique moderne et ta médiathèque a l'air bien fournie. Il est très intéressant, c'est un peu sociologique (et il n'y a pas de guerre ...), il devrait te plaire !

Écrit par : Athalie | 12/05/2014

Du très bon Davodeau, humaniste et social comme j'aime !

Écrit par : jerome | 13/05/2014

As-tu lu les Ignorants du même auteur ? J'ai beaucoup aimé. Peut être plus que les mauvaises gens.
Mais je ne pourrai pas te le passer : on me l'avait prêté...

Écrit par : Anne M. | 20/05/2014

Les commentaires sont fermés.