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22/05/2014

Northanguer Abbey Jane Austen

th.jpgOh !!! la belle gourmandise que voilà : un chou à la crème avec plusieurs couches de crèmes : la caustique, la quasi flaubertienne sur les mœurs de province, la caustique, encore, sur l’héroïsme romanesque, la caustique, sur les jeunes filles à l'imagination gothique, et la caustique, sur sa propre écriture. Caustique, donc mais tellement léger que vous plongez les doigts délicieusement nacrés rose bonbon dedans, avec les ongles un petit peu pointus, pointus ... et Jane Austen s'amuse à nous taper sur les ongles, lectrices prises en flagrants délits de gourmandise les ongles pointus dans le pot.

Son héroïne, Catherine, est tarte à n'en plus pouvoir. Elle n'a rien d'une héroïne, et peu d'une héroïne austéienne (ça existe comme mot ? Pas grave) , ce qui fait que l'auteure nous prévient tout de suite, avant d'en faire quelque chose, elle a du boulot. Elle nous explique sa fadeur, peu prometteuse, sa normalité décourageante, avant de la plonger dans des situations romanesques convenues dans ce monde qui est le sien (en gros comment trouver un mari sans en avoir l'air). Sauf que Catherine, elle ne sait vraiment pas se débrouiller toute seule, et sans cesse l'auteure lui donne-t-elle une petite claque sur la crinoline, et c'est drôle ...

La jeune fille n'est pas d'une grande beauté, pas d'une grande richesse, pas d'une grande famille ( enfin, si, mais uniquement par le nombre), pas d'une grande intelligence, ni d'elle même, ni des rapports sociaux dans lequel elle se trouve plongée par le miracle d'un séjour à Bath, ville d'eau snobissisme et anglaise avec toutes les vieilles dentelles qui froufroutent et les jeunes dentelles qui tentent leur chance dans la valse aux maris. A peine parrainée par sa marraine dont le seul souci est la couleur des chapeaux, et qui passe son temps à déplorer leur absence de connaissances mondaines, Catherine paraît bien mal lotie pour trouver un cavalier pour le bal rituel.

La Catherine, naïve, cruche et gauche comme une potiche chinoise posée sur un buffet post-modernisme, ne tarde pourtant pas se faire une grande amie pour la vie, la Isabelle Thorpe, aussi sincère qu'un thé à la crème aromatisée ciguë. Il faut dire que la Isabelle a un oeil sur le frère de Catherine, James, qu'elle tiendrait bien à mettre dans ses filet à provision au cas où elle ne trouverait rien de mieux. Sans compter qu'elle a aussi un frère à caser, le Thorpe, animal aussi sympathique qu'un sabot de cheval, n'imbu que de lui-même et que de parvenir à ses fins, vaniteux, bavard, un repoussoir que Catherine peine à repousser dans sa bonne volonté de bien faire. En effet, pour être convenable, il faut que le duo ( James et Isabelle) devienne quatuor, ( Catherine et le Thorpe), une amie pour la vie servant surtout à mettre la main dans la sienne lors de promenades en formes de préliminaires. Une jeune fille convenable ne pouvant pas la mettre dans la culotte du convoité, enfin, pas directement.

Cependant, la Catherine devient petit à petit héroïne et dans sa nunucherie tente de résister à la poussée collective des trois autres. Il faut dire qu'elle a croisé le regard du bel Henry Tilney, qui ne demande pas mieux que de se faire attraper, encore faudrait-il que Catherine s'en rende compte ...

Le manège des jeunes gens qui jouent à chat dans la limite des places disponibles est juste délicieusement méchant, orchestré comme une valse où Catherine joue, toujours, innocemment, le contre temps. Sans cesse, elle se trompe, de sentiers, de promenades, de regards, de tactiques pour changer de cavalier. Avec comme seul manuel de survie, les romans gothiques, remplis de soupirs énamourés qui bruissent de tiroirs secrets, et de secrétaires enflammés oubliés aux manuscrits décevants, de secrets de famille tapis dans l'ombre.

 C'est dire que lorsqu'elle arrive à bon port, la Catherine, on est content pour elle et grandement épris du tournoiement ironique que la Jane Austen lui a infligée.

 

 

 

Commentaires

Hum, tiens, oui, j'ai commencé à regarder le DVD, faudrait que je termine (vite, un après midi de pluie!)
J'ai bien sûr lu (relu re relu etc...) ce roman et j'adore ton billet. On dit héroïne austénienne?

Écrit par : keisha | 23/05/2014

Comment ça, "vite, un après-midi de pluie" ???? Il ne pleut plus par chez toi ? Et pour l'adjectif, je crois qu'il n'existe pas. Mais nous devrions avoir l'avis de Valérie, grande lectrice de Jane Austen elle aussi, et éminente spécialiste en adjectif et autres précisions linguistiques ....

Écrit par : Athalie | 23/05/2014

Hein ? Quoi ? Ah mais moi je suis la spécialiste de rien du tout.... C'est bien que tu aies inventé cet adjectif en tout cas! Elle le mérite bien, non ? Jane Austen, c'est quand même ce qu'on fait de mieux en littérature anglaise, non ?

Écrit par : Valérie | 23/05/2014

Valérie ! moi qui comptais sur toi pour une verte remontrance linguistique ! Genre : "Mais ma pauvre Athalie !On dit austéliennissime, voyons !" Pour ce que l'on fait de mieux en littérature anglaise, je suis bien d'accord mais n'oublions pas Coe et Mac Ewan ...

Écrit par : Athalie | 23/05/2014

Et dire que je ne connais TOUJOURS PAS Jane Austen... cela fait partie de mes nombreuses lacunes. Bon we :-)

Écrit par : Margotte | 23/05/2014

Margotte, tu dois t'y mettre ! après tu ne pourras plus t'arrêter ... (voix de Colette réincarnée en Athalie !)

Écrit par : Athalie | 23/05/2014

Rien à voir : J. Boyden sera aux champs libres le mercredi 18 (?) juin !!!!! j 'ai une place (VIP oblige) demander à Z. s'il en reste ... Bon week end !

Écrit par : AAAAAAAAAAAAAAA | 23/05/2014

Quoi, et tu ne me dis rien avant maintenant !!! Si cela se trouve, c'est trop tard ... ( et ce sera ta faute si je le loupe !)

Écrit par : Athalie | 25/05/2014

J'avoue, j'ai un a priori vis-à-vis de Jane Austen, que du coup, je n'ai jamais lue...
A tort, visiblement.

Écrit par : Ingannmic | 24/05/2014

Les priori sur les auteurs, je connais bien .... Daphné du Maurier, par exemple, Carrère, aussi ... Tente Austen à l'occasion, sa plume a un côté trempé dans le vitriol qui pourrait te plaire (surtout dans celui-là, je trouve, où elle s'égratigne elle-même .... mais je suis loin d'avoir tout lu ...)

Écrit par : Athalie | 25/05/2014

je ne connais pas ce roman, mais c'est vrai que Jane Austen fait partie des romancières qui m'enchantent et parfois m'agacent , l'agacement de ce côté "so british" .
Je ne sais pas si je lirai celui-là mais pourquoi pas sur mon kindell dans le train !
c'est comme ça que j'ai relu Jane Austen
Luocine

Écrit par : luocine | 24/05/2014

Pour l'instant, cette auteure ne m'a pas encore agacée, le côté "so british m'amuse beaucoup, elle s'en amuse aussi d'ailleurs ici en se moquant des moeurs so pudibondes des jeunes filles convenables prêtes à toutes les "horreurs" pour se marier comme il faut ... L'avantage des liseuses, semble-t-il, c'est que tu peux stocker (heureusement que je n'en aie pas, elle exploserait !)

Écrit par : Athalie | 25/05/2014

Je l'ai appris vendredi au TNB ( il faut sortir un peu... ) où j'assistais à une représentation des fausses confidences de Marivaux (pièce sans intérêt !) avec Huppert et Garel
( leur jeu qui ne m'ont pas beaucoup touchée ....) mis en scène par Bondy (qu'on m'explique son choix de mettre en scène une pièce aussi creuse)

Écrit par : AAAAAAAAAAAAAAA | 25/05/2014

Moi aussi j'étais an TNB, mais samedi, (une délicieuse chose poétique japonisante " J'efface et j'oublie") et on ne m'a rien dit pour Boyden.... Je n'ai pas dû tomber sur les bonnes voisines ... Tu m’étonnes pour Les fausses confidences, il paraîtrait qu'Huppert est grandiose (selon ma voisine du TNB). La pièce de Marivaux, je ne la connais pas.

Écrit par : Athalie | 27/05/2014

J'adore ce roman!!! Bon, je les aime tous les romans de Jane Austen, c'est vrai, mais celui-ci est sûrement le plus drôle!

Écrit par : Alice | 27/08/2014

Une romancière qui se moque d'elle même et du romanesque avec tant de talent et d'humour, c'est juste excellent ! Je suis passée sur ton blog, tu es une fine spécialiste de l'auteure, impressionnant !

Écrit par : Athalie | 27/08/2014

Une fine spécialiste je ne sais pas mais une grande passionnée en tous cas :)

Écrit par : Alice | 29/08/2014

Je viens de finir "les new-yorkaises" ... Un régal, une fois de plus, mais je ne vais pas prêcher à une déjà convaincue !

Écrit par : Athalie | 31/08/2014

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