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24/05/2014

Gaza 1956 "En marge de l'histoire" Sacco

gaza 56,en marge de l'histoire,sacco,bandes dessinées,dans le chaos du mondeAutant le dire tout de go, c'est de la B.D pas drôle, mais pas drôle du tout, même, voire, lourde. Dans les deux sens du termes, c'est gros, c'est long à lire (ben oui, j'ai mis trois jours, et encore, je suis dès fois revenue en arrière, je croyais avoir compris mais non. Mais bon, je n'ai pas fait que cela pendant trois jours non plus, faut pas exagérer, c'est du lourd, mais c'est bien fait, et si je n'avais pas compris, c'est que moi, je suis néophyte, et fans la B.D. lourde, et dans l'histoire de Gaza)

Autant le dire aussi tout de go, si le sujet politique ne vous passionne pas, pas la peine, ça ne cause que de cela, pas la moindre amourette ni respiration ludique en vue. Je veux dire, on n'est pas dans "Les chroniques de Jérusalem" (même si j'ai adoré "Les chroniques de Jérusalem", ce pourquoi j'en suis arrivée à Sacco ; je suis un fil, en fait). On est de l'autre côté du mur, celui des Palestiniens, le mur n'est pas encore construit, mais c'est tout comme, c'est juste que les pierres et le béton, ils sont déjà partout.

Sacco se montre enquêtant à Gaza d'abord, puis à Rafah.  Il y a des cartes pour expliquer, parce que les territoires semblent minuscules, mais c'est super important de comprendre où les choses se passent, parce que cela explique aussi pourquoi. Son enquête n'est pas simple. Il veut retrouver ce qu'il s'est passé un certain 12 novembre 1964, mais avant, pour que l'on comprenne, il doit remonter aux origines de cette journées de meurtres des Palestiniens par l'armée israélienne, et ce n'est pas évident, évident, tellement il y a de fils qui se croisent. Il y a le rôle de l'Egypte, de Nasser, de ses liens avec l'URSS, l'arrivée des réfugiés palestiniens sur leurs propres territoires devenu israélien, leur installation dans la précarité, les hommes qui s'engagent dans la lutte et puis, maintenant, les mêmes, fatigués, floués. C'est un monde de témoignages qui défilent, tentent de reconstruire de dire et moi j'aime bien ce mode là ( pas ce monde-là, c'est autre chose ...). Sacco cherche donc les derniers témoins de ce jour oublié, le jour où les hommes de Rafah sont rentrés dans une école, certains pour ne plus jamais en sortir, humiliés des heures durant par des soldats, sans doute aussi perdus qu'eux mais plus armés et plus soutenus par une légitimité de mensonges.

L'intérêt du truc, ce n'est pas, j'ai trouvé, le récit du jour dit "de l’école" mais la retranscription imagée des difficultés du Sacco pour retrouver cette mémoire. Parce diluée dans les autres extasions, distorsions, entre les balles traçantes et les morts du quotidien, pour eux, c'est tous les jours, alors,finalement, qu'importe ce jour de plus. C'est juste un jour de plus, un jour passé, les témoins le confondent avec les autres, celui où le père est mort, celui où le fils a été porté par un vent de l'histoire qui passait par là, une rafale, une erreur.... Il y en a tellement, les vieux mélangent, les jeunes s'en fichent, ils provoquent sur les ruines les restes d'une fierté de combattre qui n'a presque plus de sens.

L'intérêt, c'est de  montrer que, finalement, ce jour de 56, terrible et meurtrier s'est noyé dans la succession des jours terribles et meurtriers, qu'il y en a eu tellement et qu'il y en encore, tous les jours. Alors quel intérêt le passé quand le présent se dilate, ne donne pas le temps de revenir scruter les événements arrières puis que c'est là, en ce moment, que les maisons sont détruites, rasées par des bulldozers qui semblent juste errants ? les attentats à Tel Aviv font grincer des dents et divisent les hommes qui accompagnent Sacco. En sont-ils heureux des enfants juifs qui meurent ? Certains oui. Pas tous. 

L'intérêt aussi, est de montrer que, finalement, le seul dépositaire de cette histoire, est cet auteur, Sacco, et nous, à travers lui, et donc qu'elle leur est volée, aux victimes, transférée à ceux qui ne l'ont pas vécue et qui sont partant les seuls à qui comprendre quelque chose. Constat plus qu'amer.

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