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31/05/2014

Un Yankee à Gambora Marius Nguié

un yankee à gambora,marius nguié,romans,romans français,romans congo brazzavillePour bien commencer ce petit livre et en savourer la voix, je conseillerais de commencer par la fin, par le court "Précis sur le Congo dans les années 80", voire par se documenter un peu avant sur la guerre civile au Congo Brazzaville. Pas le Congo tout court, le grand, celui de l'autre côté du fleuve, l'ancienne colonie belge, celui des massacres dans la région du Kivu pour la possession et le trafic du Coltan, vous savez le minerai indispensable à nos téléphones mobiles, le Congo ex-Zaïre, celui du dictateur Moboutou ... Non, l'autre, le petit, le Congo aussi, l'ex colonie française, celui du dictateur Sassou N'guesso, celui des massacres des milices des différents opposants au dictateur, le côté du fleuve un peu beaucoup mouillé de sang et d'une certaine affaire de pétrole ELF ...)

De cette guerre obscure pour bien des raisons ( je ne suis pas spécialiste, je ne vais pas me lancer ...), l'auteur, qui semble bien l'avoir vécue, ne retient qu'une ville, une petite ville avec des marchés, une garnison ... Gambona, donc. Il retient un moment, quelques semaines ou mois où des soldats ont fondu sur la ville, un moment où les massacres ne sont qu'en toile de fond, un moment un peu calme en attendant que l'engrenage des rivalités ne jette à nouveau les hommes contre les hommes. De ces hommes perdus, il n'en retient qu'un aussi, Benjamin Ngoubili, le Yankee. Yankee au sens du français de coin de Congo, c'est à dire celui qui commis plus de crimes qu'il ne peut en dire, qui les dit d'ailleurs, et ne les regrette pas. Il appartient aux miliciens de Lissouba, président élu et à ce moment là encore au pouvoir, dans le bref intervalle où Sassou N'guesso a dû le laisser, avant de le reprendre. Benjamin, qui aime à se faire apeller "Sous-off" est un coyote (Les coyotes était le nom donné aux miliciens de Lissouba, ceux de Sassou N'guesso, étaient les Cobras, les Ninjas, ceux d'un autre prétendant à la dictature. Cela pourrait faire sourire, sauf qu'ils faisaient rire jaune, ou rouge ...).

A Gambora, la vie continue, dans les magouilles de la misère. Benjamin s'est pris d'amitié pour le narrateur, un petit garçon débrouillard, qui devait être l'auteur. Il le fait bénéficier de ses largesses à la mesure de son pouvoir dont il abuse, largesses à la mesure de la misère ; boîtes de conserve de sardines, protection de sa mère lors des contrôles, quelques favoritismes de peu de choses mais qui comptent beaucoup à Gambora et qui le font mal voir de ses amis.

Benjamin est, dans cette ville, comme une bombe à retardement. Tout puissant, aussi ridicule soit-il, jouissant de l'impunité des guerriers, incontrôlable, il fanfaronne, boit, plastronne, se promène d'une fille à l'autre, aussi. Le narrateur s'attache à ses pas, même si est incertain de sa place. Il raconte son enfance esquissée, sa mère, les samedis soirs au café où lui et ses amis boivent une grenadine, presque tranquille à côté de l'horreur qui boit d'impatience de recommencer. Là, j'ai trouvé, est l'intérêt de ce presque trop court récit; il ne s'y passe que de l'anormal, raconté comme normal. Ce qui qui peut faire peur, en fait.

 

Merci à Jérôme d'avoir signalé ce texte.

26/05/2014

Caprice de la reine Jean Echenoz

caprice de la reine,échenoz,romans,romans françaisLe titre est beau (je sais pas pourquoi, un truc avec les princesses ?) et les sept textes sont sept petits bijoux, dans un écrin d'écriture ciselé, comme on taille les ifs pour qu'ils fassent joli dans un jardin à la française. J'ai horreur des des ifs et des jardins à la française, ceci dit. Mais Echenoz, j'adore. de sa patune à peine tristounette, il vous joue un air d'adjectif qui n'a l'air de rien , du genre en fin de phrase, inattendu, il vous retourne le sourire narquois de l'écrivain matois. "T'as vu que je sais faire" - "oui, j'ai vu" - "Tu as vu que tout est grave quand c'est léger ?"- "Oui j'ai vu".

Je suis toujours d'accord avec Echenoz, surtout quand c'est moi qui fait les questions et les réponses.

Sept joyaux inégaux pour une couronne à réserver quand même aux inconditionnelles (ls), mais je suis une inconditionnelle.( j'ai décidé que le masculin passerait après le féminin, ce n'est pas une faute de frappe. )

Le premier teste a pour titre "Nelson" . L' amiral est invité à un dîner anglais, dans un manoir anglais. Normalement, ça donne un truc genre historique. Ben non, pas avec Echenoz, ça donne un texte de biais, une sorte de biographie des blessures du grand homme, dévoilées par paliers de batailles, et par paliers de difficultés pour ... manger. Comme quoi, la grandeur n'a cure de la grandeur. On le croit en morceaux, le grand homme révéré, lorsqu'il s'échappe, raisonnablement, planter son rêve de grandeur patriotique maritime à coup de glands enfoncés dans la terre des ancêtres. Solitaire solidaire d'un rêve patriotique, Echenoz le campe, et puis s'en va.

Dans le second texte, "Caprice de la reine",  l'écrivain va nous faire faire un exercice de style stérile et jubilatoire, dans une sorte de "tentative d'épuisement d'une campagne mayennaise".Juste un tour sur nous même, de la main droite à la main droite, d'un point de départ à l'autre, le même. Somme toute, inutile de bouger, il suffit de tenir le crayon. Et Echenoz le lâche.

Après, on part à Babylone, l'antique citée splendide. Sauf que, là, j'avoue, j'ai ri. Enfin, j'ai souri en grand. Chez Echenoz, on ne rit pas, on surligne une courbe des lèvres vers le haut. On distance. On dérisoire. On prend de la hauteur, on se demande pourquoi le Hérodote a embelli sa description de Babylone. Ben oui, il y a des sujets essentiels chez Echenoz. A quelle fin le fin lettré aurait menti ? Qui en a cure ? Ce n'est pas le propos. Le propos est de le dire, et encore. ..Vacuité des mots? Vacuité des souvenirs ? vacuité du temps passé? Vacuité des des regards sur le monde ?Et Echenoz ne dit rien et Echenoz s'en va.

 "Génie civil" m'a régalé comme une esquisse de ces romans à la Echenoz sur les destins détournés par le hasard, d'un brouillard, d'un moment, un destin raté sans grandeur tragique. Un hasard précipite l'amour possible dans les eaux brumeuses ? Pas grave, que l'on se rassure, le monde tourne encore et reprend son sens, il suffit de quelques kilos de peinture.

Ironie douce amère, textes gigognes où surgit de l'infra ordinaire, l'extraordinaire, ou l'inverse. Echenoz parle d'un temps de l'écriture se fait, s'écoute presque, s’immobilise, se regarde en train de se faire. Il nous cisèle une vue imprenable sur pas grand chose, un vieux cinéma sur une grande avenue de la ville du Bourget, un projet de vie qui tient, dans la possibilité, ou pas, d'un sandwich au saucisson sec. Avec ou sans cornichon. Telle est la vraie question, ou pas.

24/05/2014

Gaza 1956 "En marge de l'histoire" Sacco

gaza 56,en marge de l'histoire,sacco,bandes dessinées,dans le chaos du mondeAutant le dire tout de go, c'est de la B.D pas drôle, mais pas drôle du tout, même, voire, lourde. Dans les deux sens du termes, c'est gros, c'est long à lire (ben oui, j'ai mis trois jours, et encore, je suis dès fois revenue en arrière, je croyais avoir compris mais non. Mais bon, je n'ai pas fait que cela pendant trois jours non plus, faut pas exagérer, c'est du lourd, mais c'est bien fait, et si je n'avais pas compris, c'est que moi, je suis néophyte, et fans la B.D. lourde, et dans l'histoire de Gaza)

Autant le dire aussi tout de go, si le sujet politique ne vous passionne pas, pas la peine, ça ne cause que de cela, pas la moindre amourette ni respiration ludique en vue. Je veux dire, on n'est pas dans "Les chroniques de Jérusalem" (même si j'ai adoré "Les chroniques de Jérusalem", ce pourquoi j'en suis arrivée à Sacco ; je suis un fil, en fait). On est de l'autre côté du mur, celui des Palestiniens, le mur n'est pas encore construit, mais c'est tout comme, c'est juste que les pierres et le béton, ils sont déjà partout.

Sacco se montre enquêtant à Gaza d'abord, puis à Rafah.  Il y a des cartes pour expliquer, parce que les territoires semblent minuscules, mais c'est super important de comprendre où les choses se passent, parce que cela explique aussi pourquoi. Son enquête n'est pas simple. Il veut retrouver ce qu'il s'est passé un certain 12 novembre 1964, mais avant, pour que l'on comprenne, il doit remonter aux origines de cette journées de meurtres des Palestiniens par l'armée israélienne, et ce n'est pas évident, évident, tellement il y a de fils qui se croisent. Il y a le rôle de l'Egypte, de Nasser, de ses liens avec l'URSS, l'arrivée des réfugiés palestiniens sur leurs propres territoires devenu israélien, leur installation dans la précarité, les hommes qui s'engagent dans la lutte et puis, maintenant, les mêmes, fatigués, floués. C'est un monde de témoignages qui défilent, tentent de reconstruire de dire et moi j'aime bien ce mode là ( pas ce monde-là, c'est autre chose ...). Sacco cherche donc les derniers témoins de ce jour oublié, le jour où les hommes de Rafah sont rentrés dans une école, certains pour ne plus jamais en sortir, humiliés des heures durant par des soldats, sans doute aussi perdus qu'eux mais plus armés et plus soutenus par une légitimité de mensonges.

L'intérêt du truc, ce n'est pas, j'ai trouvé, le récit du jour dit "de l’école" mais la retranscription imagée des difficultés du Sacco pour retrouver cette mémoire. Parce diluée dans les autres extasions, distorsions, entre les balles traçantes et les morts du quotidien, pour eux, c'est tous les jours, alors,finalement, qu'importe ce jour de plus. C'est juste un jour de plus, un jour passé, les témoins le confondent avec les autres, celui où le père est mort, celui où le fils a été porté par un vent de l'histoire qui passait par là, une rafale, une erreur.... Il y en a tellement, les vieux mélangent, les jeunes s'en fichent, ils provoquent sur les ruines les restes d'une fierté de combattre qui n'a presque plus de sens.

L'intérêt, c'est de  montrer que, finalement, ce jour de 56, terrible et meurtrier s'est noyé dans la succession des jours terribles et meurtriers, qu'il y en a eu tellement et qu'il y en encore, tous les jours. Alors quel intérêt le passé quand le présent se dilate, ne donne pas le temps de revenir scruter les événements arrières puis que c'est là, en ce moment, que les maisons sont détruites, rasées par des bulldozers qui semblent juste errants ? les attentats à Tel Aviv font grincer des dents et divisent les hommes qui accompagnent Sacco. En sont-ils heureux des enfants juifs qui meurent ? Certains oui. Pas tous. 

L'intérêt aussi, est de montrer que, finalement, le seul dépositaire de cette histoire, est cet auteur, Sacco, et nous, à travers lui, et donc qu'elle leur est volée, aux victimes, transférée à ceux qui ne l'ont pas vécue et qui sont partant les seuls à qui comprendre quelque chose. Constat plus qu'amer.

22/05/2014

Northanguer Abbey Jane Austen

th.jpgOh !!! la belle gourmandise que voilà : un chou à la crème avec plusieurs couches de crèmes : la caustique, la quasi flaubertienne sur les mœurs de province, la caustique, encore, sur l’héroïsme romanesque, la caustique, sur les jeunes filles à l'imagination gothique, et la caustique, sur sa propre écriture. Caustique, donc mais tellement léger que vous plongez les doigts délicieusement nacrés rose bonbon dedans, avec les ongles un petit peu pointus, pointus ... et Jane Austen s'amuse à nous taper sur les ongles, lectrices prises en flagrants délits de gourmandise les ongles pointus dans le pot.

Son héroïne, Catherine, est tarte à n'en plus pouvoir. Elle n'a rien d'une héroïne, et peu d'une héroïne austéienne (ça existe comme mot ? Pas grave) , ce qui fait que l'auteure nous prévient tout de suite, avant d'en faire quelque chose, elle a du boulot. Elle nous explique sa fadeur, peu prometteuse, sa normalité décourageante, avant de la plonger dans des situations romanesques convenues dans ce monde qui est le sien (en gros comment trouver un mari sans en avoir l'air). Sauf que Catherine, elle ne sait vraiment pas se débrouiller toute seule, et sans cesse l'auteure lui donne-t-elle une petite claque sur la crinoline, et c'est drôle ...

La jeune fille n'est pas d'une grande beauté, pas d'une grande richesse, pas d'une grande famille ( enfin, si, mais uniquement par le nombre), pas d'une grande intelligence, ni d'elle même, ni des rapports sociaux dans lequel elle se trouve plongée par le miracle d'un séjour à Bath, ville d'eau snobissisme et anglaise avec toutes les vieilles dentelles qui froufroutent et les jeunes dentelles qui tentent leur chance dans la valse aux maris. A peine parrainée par sa marraine dont le seul souci est la couleur des chapeaux, et qui passe son temps à déplorer leur absence de connaissances mondaines, Catherine paraît bien mal lotie pour trouver un cavalier pour le bal rituel.

La Catherine, naïve, cruche et gauche comme une potiche chinoise posée sur un buffet post-modernisme, ne tarde pourtant pas se faire une grande amie pour la vie, la Isabelle Thorpe, aussi sincère qu'un thé à la crème aromatisée ciguë. Il faut dire que la Isabelle a un oeil sur le frère de Catherine, James, qu'elle tiendrait bien à mettre dans ses filet à provision au cas où elle ne trouverait rien de mieux. Sans compter qu'elle a aussi un frère à caser, le Thorpe, animal aussi sympathique qu'un sabot de cheval, n'imbu que de lui-même et que de parvenir à ses fins, vaniteux, bavard, un repoussoir que Catherine peine à repousser dans sa bonne volonté de bien faire. En effet, pour être convenable, il faut que le duo ( James et Isabelle) devienne quatuor, ( Catherine et le Thorpe), une amie pour la vie servant surtout à mettre la main dans la sienne lors de promenades en formes de préliminaires. Une jeune fille convenable ne pouvant pas la mettre dans la culotte du convoité, enfin, pas directement.

Cependant, la Catherine devient petit à petit héroïne et dans sa nunucherie tente de résister à la poussée collective des trois autres. Il faut dire qu'elle a croisé le regard du bel Henry Tilney, qui ne demande pas mieux que de se faire attraper, encore faudrait-il que Catherine s'en rende compte ...

Le manège des jeunes gens qui jouent à chat dans la limite des places disponibles est juste délicieusement méchant, orchestré comme une valse où Catherine joue, toujours, innocemment, le contre temps. Sans cesse, elle se trompe, de sentiers, de promenades, de regards, de tactiques pour changer de cavalier. Avec comme seul manuel de survie, les romans gothiques, remplis de soupirs énamourés qui bruissent de tiroirs secrets, et de secrétaires enflammés oubliés aux manuscrits décevants, de secrets de famille tapis dans l'ombre.

 C'est dire que lorsqu'elle arrive à bon port, la Catherine, on est content pour elle et grandement épris du tournoiement ironique que la Jane Austen lui a infligée.

 

 

 

17/05/2014

Étonnants voyageurs 2O14 et et les A.

arton1939-fd40a-7d1ee.jpgVa falloir fourbir les stylos billes pour cocher le programme (qui n'est pas encore sorti, à ma connaissance ...), moi, je vous le dis, en habituée des allées du palais du grand large et autres salles frémissantes et bruissantes de cris de l'attente et des paroles écrivaines ... "Poussez-vous de là, j'entends rien", "Ben, c'est complet, déjà, mais cela fait une heure que j'attends", "Je peux m'assoir, là ?" "Non, c'est pris, j'attends depuis dix heures ce matin pour voir le dernier plateau du café littéraire et mon mari" - véridique - "Vous pouvez me garder mon sac, j'ai la vessie qui éclater" - véridique aussi, mais là, c'est moi qui cause à ma pauvre voisine inconnue qui m'a regardée d'un drôle d'oeil après, mais c'était la faute à Roblès, il m'avait mis la tête à l'envers. Avec Carrère qui n'arrêtait pas de dire des trucs à la fois drôles et intelligents, que ça paraît évident quand c'est lui qui le lui, alors que franchement, toute seule, je n'aurais pas vu la moitié du truc du machin dans les rapports au monde de la littérature politique et tout. Je dis cela parce que je ne me souviens plus de ce que j'ai appris ce jour-là, juste que c'était brillant. Juré, cet année, je prends des notes, ou mon dictaphone. Le sonotone, non, pas encore.

Va falloir faire tourner le tire-bouchon des bouteilles de blanc, c'est moi qui vous le dis, en habituée de l'éternelle terrasse venteuse voir pluvieuse et chichiteuse en caouèttes (mais pas en écrivains qui se mettent deux trois breuvages bien mérités derrière l'accréditation). Il va falloir partager les rencontres et les émotions, les sentences et les verres vidés aussi vite que remplis "On prend une bouteille ou deux, là ?" "Trois, il manque encore A. et A. et A.", "Mince, t'as pas vu ma carte bleue ?" "Non, c'est Tim Willocks qui passe." "Où ?" "Trop tard, il s'est barré avec Boyden" "Et Amanda ?" "Ben ouais mince, Amanda" ...."Non mais, il est trop beau !" "Qui ? Dugain ? je ne sais pas, je dois le voir demain", "T'es sûre qu'il aura de la place, parce qu'avec Lemaître, en plus, ça va être chaud", "C'est pas grave, tu squattes la place du mari, tu attends que ta vessie explose, et puis tu vas consoler Amanda"

Simple.

 

 

 

 

13/05/2014

Le grand coeur Jean Christophe Rufin

le grand coueur,jean christophe rufin,romans,romans français,romans historiqueDès fois, j'aime bien lire local, et j'aime bien l'historique, en roman. Comme j'ai fait un séjour près des pieds nus et mignons de la Agnès Sorel en tombeau, je me suis laissée tenter par cette histoire de cet homme qui la croisa, et selon le roman, l'aima.

Je ne me suis pas ennuyée en cette reconstitution de la fin de la guerre de cent ans, mais me suis souvent agacée des limites du parti pris narratif qui est celui de la reconstruction autobiographique. En effet, c'est l'histoire (passionnante, par ailleurs) de Jacques Cœur racontée par Jacques Cœur, et en plus, il commence par la fin, ce qui fait qu'il connaît forcément (pas bête, le narrateur) quand il la recommence par le début, ce qui est plus simple pour le lecteur, quand même. Du coup, je me dis, forcément, il reconstruit tout d'où il est, pour en arriver là où il est. L'auteur est logique, à défaut d'être d'une folle originalité, mais voilà, ça m’a agacée de savoir où j'allais arriver en commençant. (de Bourges à Chio, il y a une trotte, en plus, mais point n'est le sujet ...)

L’ascension sociale de Jacques Coeur est incroyable, folle, extraordinaire et parfaitement racontée car ce serait une invention, on n'y croirait pas. Or, c'est vrai, j'ai regardé sur la fameuse encyclopédie en ligne vu que je n'avais pas d'autres sources sous la main et que ma foi, la fin de la guerre de cent ans, moi ... En résumé, Jacques Cœur, d'un fils de simple artisan fourreur, travaillant à Bourges sous la coupe des commandes des grands aristocrates arrogants et capricieux, va devenir leur maître en s'arrogeant les faveurs (soit, temporaires, et à charge de revanche) d'un roi qui ne devait pas l'être, le Charles VII. Non seulement, le tout petit bourgeois va devenir grand, mais il va même devenir le plus grand, le plus riche, le plus influent des argentiers du royaume (une sorte de ministre des finances, si j'ai bien compris le système mais qui se fait de l'argent au passage en fournissant à la cour les objets du luxe nécessaires à leur paraître). Il ouvre les portes de l'Orient, il ouvre ses coffres à l'exotisme, il aide le roi à enrichir (aussi) le royaume qui est encore bien bringuebalant, consolide sa toile d'araignée commerciale, mais pour des raisons purement philanthropiques ... Bien sûr, bien sûr ... Faut dire que pour lui, le commerce n'est une façon de devenir richissime, mais non, c'est une activité humaniste permettant l'échange culturel. Soit.

D'ailleurs, le luxe, Jacques Cœur dit ne pas l'aimer au début, c'est un travailleur, un curieux, un avant gardiste éclairé qui voit le monde de la chevalerie héroïque s'écrouler et continuer à valoriser les valeurs guerrières et épiques, alors que les tenants de l'épique sont déjà ruinés et se fourvoient dans la continuité de la gloire (Jacques Cœur se délecte d'ailleurs à racheter les châteaux médiévaux qu'on lui laisse pour une bouchée de nouveaux harnais en cuir de Cordoue)

Dans ce roman, on croise les belles femmes de jadis, dont la première favorite royale, donc, Agnès Sorel, les mœurs du temps, les rouages d'un pouvoir qui se consolide par la guerre, mais aussi par la trahison et la satisfaction des rancœurs personnelles. Celui que j'ai préféré, je l'avoue, c'est le vilain Charles VII. (Que je confondais bêtement avec le Charles VIII, celui d'Anne de Bretagne, vérification faite, Charles VIII est un peu moins laid). Pour un roi qui ne devait pas l'être, vu que renié par son père et trahi par sa mère, il s'en sort plutôt pas mal. Jacques le voit comme un fort qui joue les faibles pour mieux s'attacher les hommes par la pitié, qui joue de sa position fragile pour se permettre toutes les entourloupes. J'aime bien l'idée, romanesque évidemment, de le monter en sadique pervers mimant l’indécision et l'effarement. Évidemment, les coulisses du pouvoir étant malpropres, les richesses que le Jacques Cœur pourvoit très largement à ce roi bancal, seront bien mal récompensées, et la déchéance suivra la gloire ....

Un roman historique bien fait, bien charpenté, sûrement bien documenté, appréciable, parfaitement recommandable, tout à fait louable, mais moi, il m'a manqué d'un tant soit peu de poil à gratter ...

 

Noté suite à un commentaire d'un blog de lectrice que j'apprécie, mais impossible de retrouver la référence ( je pense que mon homme a planqué mon carnet mon carnet à référence, persuadé que ce geste ignoble va m'empêcher de noter de nouveaux titres, mais que nenni, j'ai juste trouvé un nouveau carnet ...)

 

11/05/2014

Les mauvaises gens Etienne Davodeau

les mauvaises gens,étienne davodeau,bandes dessinées,romans graphiquesLe titre m'a induit en erreur, j'ai pensé qu'on allait me raconter une histoire de beaux salauds, or en fait, c'est l'inverse, c'est une histoire de bels gens. On comprend vite que Marie Jo et Maurice, ce sont des profondément gentils, profondément croyants et en dieu et en un syndicalisme quasi révolutionnaire, une gauche catholique en pays de Mauges.

Marie Jo et Maurice, ce sont les parents de Davodeau dessinateur, il les biographie en leur remettant dans leur contexte, les années cinquante, le pays des Mauges, dit celui des "usines à la campagne" : un territoire étriqué, dans tous les sens du terme, le paradis de l'usine à chaussures, côté patrons, s'entend. Je ne sais pas en vrai, mais sous la plume de Davodeau, les Mauges, on n'a pas vraiment envie d'y aller voir pousser les palmiers ...

Au fil de l'histoire reconstituée de ses parents, l'enfance, les petites études, toutes petites parce qu'il faut aller travailler, l'apprentissage, Davodeau montre les particularités de cette époque en ce lieu : un avenir borné, alors que la France est encore celle du plein emploi, des piliers en ferment l'horizon, les saints patrons de l'usine qui vont dans la main d'un clergé pontifiant les bonnes morales, surtout celle de l'obéissance, de la soumission aux lois du profit sur le dos d'une ruralité qui s'engouffre dans les portes des usines. Maurice et Mari Jo font parti de ceux qui aspirent à un peu plus d'air.

Mari Jo commence sa carrière en collant des semelles de chaussures à longueur de longues journées. Maurice a un plus de chance, il est apprenti mécano dans l'atelier du coin, et au moins, lui, il apprécie ce qu'il y fait. Leur ouverture au monde se fera avec la JOC, ils deviendront des militants à leur pointure, luttant simplement pour un peu plus de droits et de respect, sans grand discours, mais au jour le jour. C'est un bel hommage, c'est peut-être aussi, pour moi, en tout cas, la limite de ce Davodeau là. Maurice et Mari Jo, ils vont tout droit, toujours fidèles humanistes, jamais montrés doutant. Mais c'est sûrement le contrat que l'auteur a passé avec leur vérité. D'ailleurs, l'histoire s'arrête à leur bonheur ressenti le soir de l'élection de Mitterrand, on se doute qu'après, ce sera plus dur pour ces purs ordinaires.

Ce que j'ai préféré en réalité, c'est le regard de l'auteur d'aujourd'hui sur cette période qu'il explique en restant à une juste distance, revenant en arrière pour livrer les traces d'une véracité qu'il touche du doigt et remet à jour, les vestiges de la guerre d'Algérie, le parcours d'un prêtre ouvrier ... et ses parents, lisant et commentant ses planches, celles que l'on vient de lire nous aussi. Le procédé est un peu le même que dans "Mauss", sauf que là, les trois, ils sont liés par la tendresse.

08/05/2014

Des noeuds d'acier Sandrine Collette

des noeuds d'acier,sandrine collette,romans,romans français,romans policiersLe noir dans les livres, (seulement, hein ...) J'aime bien, peu me chaut le chaos du monde, je ne déteste point m'y plonger du fin fond de mon canapé.

Et bien là, dubitative et refroidie, je suis, les pieds dans le plaid, je me demande de quoi ça cause, ce que je viens de lire ... Ce que je sais, c'est que je n'y ai point cru à cette histoire qui s'annonçait des plus barbares. 

Un préambule parle de "l'affaire Théo Béranger" en précisant que ce que l'on va ensuite lire est le journal de Théo, écrit après "L'affaire" qui aurait fait la une des journaux, une affaire suante d'horrible. Du coup, j'ai cru que c'était Théo, le tueur, faut dire qu'il en a l'air ... Il s'annonce comme un gros, gros, gros méchant sans remords aucun et encore plein de hargne après 18 mois de prison. Il en sort sans repentir, 18 mois enfermé avec des gros, gros durs, bien pires que lui, qui lui ont cherché des noises, et surtout un qui l'a attaqué à coups de tronçonneuse. Ben oui, Théo faisait partie d'une équipe chargée d'entretenir des espaces verts (je passe ma dubitative moue face à la possibilité que l'administration carcérale confie des tronçonneuses à des condamnés pour leur réhabilitation, d'ailleurs, il le dit lui-même, que c'est une drôle d'idée, (passons, c'est un roman, pas un traité de formation des matons dans les prisons françaises ...). Théo sort de l'enfer.

Il y a survécu, et il est bien décidé à ne rien lâcher. Sa première envie est d'aller rendre visite à sa victime qui s'avère être son propre frère qu'il a balancé par jalousie, par accident, et qui n'est plus qu'un légume bavant que Théo va lorgner et terroriser avec plaisir. Mais la vengeance tourne court et l'ex-taulard doit s'enfuir dans une cavale qui le mène à une fermette qui fait chambre d'hôte et une hôtesse à bigoudis et potager qui lui fait des grosses tartines pour ses casse croûtes de randonneur. Marcher pour tenter de retrouver un nouveau souffle. Soit. J'attends toujours le drame .... qui arrive sous la forme inattendue d'un pépé tout cassé et de son frère pas mieux, qui vont réussir à séquestrer le Théo dans leur cave pour en faire leur chien, leur esclave à tout faire dans la ferme, par ailleurs fort délabrée.

Le chien d'avant, Luc, est toujours enfermé dans la cave, dans un sale état faut dire, il a l'os du tibia qui lui sort du tibia.Huit ans qu'il est réduit à satisfaire les vieux pour survivre et il donne le mode d'emploi à Théo ; il faut obéir, travailler, sans espoir, plaire aux tortionnaires. Soit. Cela aurait pu être un huis clos fébrile et tendu, mais, voilà, je n'y ai pas cru. C'est bête cette rengaine prosaïque qui nuisait à mon adhésion : comment deux vieux pas en forme peuvent arriver à tenir en laisse un homme depuis huit ans sans que rien ne se voit, puis un autre, arrivé là dans la pleine force de l'âge ( sans compter la métamorphose de l’hôtesse en bigoudis en Messaline incestueuse ...)? Bon, d'accord, Luc et Théo ont des chaines aux pieds et les vieux pointent un fusil ... Mais c'est quoi le but ? d'enchaîner les sévices et les explications de l'impuissance ? A force répéter que la situation est incroyable, le récit pointe le mal du doigt, si même le narrateur peine à croire à la crédibilité de sa situation fictive, comment moi, pauvre lectrice, puis je y adhérer ?

Un nouveau genre annonce le quatrième de couverture, le "captivity thriller", pas convaincue par ce cauchemar  ...

04/05/2014

Le miroir brisé Jonathan Coe

lemiroirbriseinterieur2.jpgEn temps ordinaire, fifille ne lit pas du Jonathan Coe, en temps ordinaire, je ne lis pas les mêmes livres que fifille, fifille et moi, on n'a pas le même âge, et ce qui la fait rêver rejoint souvent ce qui me fait sourire, bêtement, je l'avoue, de la voir rêver. Sauf que là, c'est l'exception, j'ai rêvé autant qu'elle ...

Fifille a l'âge de croire à un monde qui serait meilleur, plus coloré, plus plein, plus rond, plus doux que ses propres rêves, et moi, ben, j'aimerais bien qu'elle y croit encore un peu. Ce livre est là pour cela. je soupçonne Coe d'avoir des fifilles, lui aussi.

L'histoire est belle, vous l'aurez compris, et ce n'est pas celle d'une princesse, mais celle de Claire, petite fille ordinaire d'un monde ordinaire, pas très beau et pas très coloré. Ses parents sont tristes et mornes, pas méchants, juste mornes, comme on peut être mornes quand on a une vie ordinaire avec un peu plus d'ennuis qu'on ne le voudrait. Elle habite une maison triste et morne, dans une ville triste et morne. Claire ne l'est pas, triste et morne, elle voit juste que c'est comme cela autour d'elle. Dans une décharge, elle découvre un morceau de miroir brisé, pas beau, terne, grisâtre, mais elle regarde malgré tout dedans. Y surgit alors le château de sable qu'elle a bâti avec une amie, le dernier jour des vacances sur la plage du pays de Galles où elles allaient se quitter. Mais le château de sable, c'est le même mais en mieux, en plus grand, en pierres, en vitraux, portes et fenêtres à ogives, balcon et ciel turquoise. Les coquillages y sont restés accrochés. Tout est transformé, ses parents sont le roi à fourchette-trident et la reine à bigoudis en couronne, les murs de sa chambre se recouvrent de dauphins et de sirènes et sa veille peluche lui cligne de l’œil comme un félin de compagnie, à poils doux et longs, mais où elle ne peut pas plonger les mains. La métamorphose s'arrête au miroir, la réalité reste triste et morne.

Claire grandit et le miroir ne perd pas son pouvoir pour autant, juste il s'adapte, les licornes imaginaires s'éteignent et laissent la place à un univers moins enfantin, au temps des boutons, des kilos en trop, des injustices et des parents qui ne s'aiment plus ....

Le miroir est-il une mémoire de ce qui aurait pu être ou une vision de ce qui pourrait être ? Ni vraiment l'un et ni vraiment l'autre, se voile, se rétrécit, des reflets d'un espoir pour petite fille qui voit des reflets de contes de fées dans notre monde d'en bas ...

Les illustrations de Chira Coccorese sont juste dans le même ton, (je n'en déplore que la rareté), elles sont elles aussi entre deux mondes, entre dessins et photos, flouté et précision du rêve.

(J'ai mis ma préférée en illustration, elle a un air de Magasin Zinzin)

L'avis de Jérôme qui a commenté ce petit bijou en avant première

01/05/2014

Mai en automne Chantal Creusot

mai en automne,chantal creusot,romans,romans français,pépitesLa maison de Marie est un peu à part du village, Marie est à part tout court. L'histoire de cette ronde de femmes commence par elle, dans cette maison où surgit Solange, une nuit de bombardements dans un petit village de Normandie, plus rural que maritime, même si la mer n'est pas loin et qu'on l'entrevoit des fois. Marie est servante dans une grosse ferme, dirigée par la veuve Laloy, toute en générosité, le fils, Camille, y nourrit son âme inquiète de rêves de livres et d'un amour inabouti pour la belle servante égarée dans son ailleurs.

Dans le village, deux familles de notables, les Vuillard, leur fille Marianne. Marianne est l'excessive fille, rebelle, provocante, fille de Pierre et de Lucille. Pierre, enfant d'une veuve méritante,  a gravi les échelons de la médecine et a, au passage, comme un faux pas de côté, épousé la bourgeoise Lucille, au détour de l'amitié pour un frère défunt. Ils habitent la grande maison aux tilleuls défraîchis. Lucille s'y noie l'âme de rancœur. Pierre se noie dans son travail, et prend quelques maîtresses au passage.

Les autres notables, les Laribière ne sont pas mieux mariés, lui, avocat de province, elle, niaise à faire honte, heureuse de tout. Eux ont un fils, Simon, un peu égaré entre eux deux.

Une micro société provinciale et aisée, prospère mais agitée des âmes, le sujet n'a rien d'original mais son traitement est d'un charme puissant. L'écriture en fait une architecture complexe mais riche de surprises, de phrases en phrases, on va creusant. Car, pour cette histoire qui se tient en deux générations, dans l'entre deux guerres, on fait d'abord la ronde des filles de : Marie, donc, fille de personne, adoptée par la veuve Laloy, dont les sabots sont bien campés dans l'amour pour cette simplette, si ailleurs qu'un soldat allemand la cueillera par hasard au coin d'un bois. Ensuite, il y a Solange, la coquette ingénue, et sa soeur, Michelle, l'austère engagée, ce sont les deux filles de la libraire. Et c'est Simon qui cueillera Solange, à la place de Michelle, par le détour d'une photographie, autant dire d'un leurre .... Et Madeleine, l'amie de Solange, qui fait des grimaces par derrière les dos et se désespère, perdue de n'aimer que son médecin de père.

Il y a aussi la belle femme du procureur, plus libre, comme un papillon qui accroche une lumière éphémère.

Des hasards qui font que l'amour naît et disparaît, la fugacité des sentiments qui lient irrémédiablement pourtant ces hommes, ces femmes, ces filles, pour toujours, alors que les fils sont cassés. La grande histoire traversent les uns et les autres ; la grande guerre, l'occupation, la résistance ... et ils continuent à marcher artificiellement, la tête haute pour les uns, puisqu'ils ne savent faire autrement, la tête dans les murs pour d'autres, les événements extérieurs font des trous dans leur trame, ouvrent des fosses. Mais voilà, si rien du propos n'est vraiment nouveau, le style de l'auteur tient serré, très serré, le tricotage, les mots tiennent ici la dragée haute, serrent les destins. S'ils sont précaires et flous, humains ... juste, quoi ... Leur restitution leur donne une allure de marbre aussi mouvant que du sable. Magistral pour moi.