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30/07/2014

C'est parti ...

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgLes bagages se font tout doucement, et j'ai commencé par ... ma valise de livres ... Seront du voyage cet été :

"Enclave " de Philippe Carrese, à cause de Margotte

"Contrée indienne" de Dorothy M. Johnson, à cause que c'est sûrement bien!, vu la maison d' édition. Et c'est du western américain, même si ce sont des nouvelles, et que moi, les nouvelles, je résiste d'habitude ... Et que j'ai une super dédicace avec une super promesse.

"Dans l'ombre des Tudors" d'Hillary Mantel, à cause que j'adore les pavés gros romans historiques.

"So long Luise" de Céline Minard, parce que j'ai adoré "Faillir être flingué".

"Karitas" de Kristin Marja Baldursdotti, à cause d'un jeune libraire qui y croyait, et que moi, un jeune libraire qui croit en ce qu'il vend, j'y crois, bêtement .

"Enfants de poussière" de Craig Jonson, à cause de l'enquêteur, il a un charme fou ....

" Spooner" de Pete Dexter, à cause que cela fait quand même trop longtemps que je le trimbale, celui-là ... Cet été, il y passe !

"D'un extrême l'autre" de Hakan Gunday, parce que ma copine A. m'a convaincue (comme souvent ...)

" Les douze tribus d'Hattie" d'Ayana Mathis, à cause de plein de raisons.

"Ederlezi" de Vélibor Colic, parce que c'est le dernier titre paru de Vélibor Colic, un incontournable, pour moi.

"Dans le jardin de la bête" de Erik Larson, parce que je l'ai trouvé en bouquinerie d'occasion, et que ce fut l'occasion.

"Les New-Yorkaises" de Edith Wharton, parce que je fais une pause Jane Austen (enfin, peut-être ...)

"Avec vue sur l'Arno" de E.M. Forster, parce que faire une pause Jane Austen demande une compensation.

" Dans les rapides" de Maylis de Kérangal, parce que je croyais avoir tout lu de cette auteure (sauf le dernier, "Réparer les vivants" et comme ce titre me fait peur, j'ai pris celui-là à la place ...)

"La servante écarlate" de Margaret Atwood, à cause d'Ingannmic (c'est loin d'être le seul titre que j'ai noté chez elle, mais celui-là, je crois que c'est le plus ancien ...)

"Inyenzi ou les cafards" de Scholastique Mukasonga, à cause de "Notre-dame du Nil".

"La femme aux pieds nus" de Sholastique Mukasonga, parce que selon l'auteure, il faut les lire dans cet ordre là.

"Epépé" de French Karinthy à cause de Kathel, de Keisha ...

 

Normalement, la valise est bouclée et la boucle serrée ... Mais bon, il y a quelques retardataires qui me regardent de travers, et comme fifille n'a plus rien à lire, on se fait une librairie cet après-midi .... Va falloir jouer serré pour ne pas craquer, genre fermer les yeux dans les rayons ou mettre un cadenas à la carte bleue !

 

 

 

 

 

29/07/2014

L'amour à Versailles Alain Baraton


l'amour à versailles,alain baraton,essais,libertinage,angélique marquise des angesLibertinage et pouvoir, architecture et jardins d'amour, je sais bien que les historiens conspuent cette approche anecdotique, mais moi, un rien me réveille le côté Sissi ( et Angélique Marquise des anges ...) qui somnole jamais très loin. Versailles, c'est mon truc en plumes ... Evidemment, si l'on a pas la fibre qui frétille devant les falbalas royaux, inutile d'aller faire un tour en ces pages (il faut aussi mettre de côté toute conscience politique, ce que j'arrive très bien à faire en ces lectures alléchées)

Erudit sans le montrer, Baraton nous balade dans les alcôves (également dans les jardins, mais moins, seulement quand ils servent aussi d’alcôves, ce qui semble être fréquent, voire fait pour ...), pas si secrètes que cela en fait, parfois vides (Louis XIII ou la vertu ennuyeuse ...), parfois avec un goût de trop plein (Louis XV ou la quantité triomphante, jusqu'à l’écœurement). Il s'agit d'une promenade avec quelques arrêts un peu plus prolongés dans le Versailles qui se construit, puis perd de son lustre sulfureux pour devenir la belle coquille un peu vide que l'on connait aujourd'hui.

Baraton ne cache pas ses parti pris, ni sa volonté d'être un conteur d'une petite histoire, la grande n'est pas la sienne. ce n'est pas un reproche, c'est juste son fil conducteur. La reconstruction se veut plaisante, et elle l'est (même si j'ai du mal à lui pardonner son faible pour la Montespan, vu que cette favorite est la rivale d'Angélique, dans Angélique et le roi, et que du coup, la Montespan, je lui garde un peu rancune quand même ...). Au passage, on glâne des tas de renseignements, tous plus inutiles les uns que les autres : saviez-vous, par exemple que les dessous de la Pompadour était du dernier bourgeois ? Qu'elle innova avec une garniture de chaise percée en "piqûre de Marseille" ? L'inventaire des malles de la favorite de Louis XV est tout simplement jubilatoire, on y fouille comme dans un grenier de grand-mère pour faire resurgir ces petits riens, qui mis bout à bout, donne un peu l'esprit d'un temps fort lointain. Ainsi, la mouche, portée sur le front, elle se nommait "la majestueuse", les pénis postiches prenaient l'éloquent sobriquet de "bijoux de religieuses" ... Resurgissent alors "Les bijoux indiscret" de Diderot ou "Le sopha" de Crébillon fils, deux petits bijoux justement, de cette littérature libertine qui ne se lisait pas du tout sous le manteau ...

Des savoirs inutiles, soit, je veux dire que dans la vie pratique et courante, c'est le genre de connaissances qui ne sert à rien (et allez caser l'histoire des dessous de la Pompadour dans une conversation normale, vous, à moins de travailler chez Chantal Thomas ou dans un magasin de lingeries ... "Tiens, tu savais, en fait, que les dessous de la Pompadour était en gros coton ?" risque de vous faire passer pour une bien étrange personne. (Du coup, je me dis, tiens je vais l'envoyer en texto à mes copines A.... pour voir ...))

L'inutile, c'est un peu l'essentiel, sinon, on s'arrêterait à se communiquer les règles du calcul des pourcentages en temps de soldes ...

 

PS : expérience réalisée en  textos, les trois A. m'ont répondu parfaitement normalement .... Qu'en conclure ? Suite de mes cogitations sur les communications d'informations inutiles, un peu plus tard ...

27/07/2014

Signalé par Ingannmic ....

Il faut prendre juste le temps de tout bien écouter jusqu'au bout .... 

25/07/2014

les heures silencieuses Gaëlle Josse

les heures silencieuses,gaëlle josse,romans,romans français,pépitesUn texte tout en douceur et en frimas de l'âme ... Une encore jeune femme de trente six ans tient sur deux petits mois son journal. La narratrice, fille, épouse et mère, tient dans un cadre ; Delft, en cette fin de XVII ème siècle qui voit la richesse de la ville s'établir et naître la lumière des tableaux de Vermeer. Elle aurait pu être peinte par lui, envisage d'ailleurs de lui commander un portrait de ses deux filles. Mais pour l'instant, elle nous cause de ces riens qui font sa vie.

Née dans le monde du commerce des épices et des laques venus de pays lointains, elle connait l'exotisme des voyages par le métier d'armateur qui est celui de son père. de son enfance, elle esquisse quelques images, les bateaux rentrés à bon port, le poids complice du bras de son père sur son épaule, et un remords qui ronge encore ses crépuscules.

Elle passe, ne s'attarde guère, point de détails historiques, point d'exhaustivité chronologique, revient au tableau qui inspire le livre : ce serait elle, la femme de dos qui joue de l'épinette dans cet intérieur si hollandais dont une servante nettoie le sol, en arrière plan. petit à petit, elle explique l'épinette, le dos, la servante, en évitant les mouvements trop puissants des sentiments. C'est de l'intérieur d'elle même qu'elle bruisse et crisse, de ses enfants perdus, de ses peurs pour les vivants, de son corps que son mari ne veut plus toucher. Elle regarde ses deux filles, pèse leurs jalousies et leurs amours, caresse du crayon ses trois fils, brode un destin, dresse quelques miniatures, esquisse de la plume une lumière à la Vermeer, évidemment, et s'arrête, le crayon en l'air, lorsque frappe à la porte le jeune maître de musique qui lui fait palpiter un coeur qui se voudrait éteint.

Un bien beau portrait, un ton qui pèse et qui pose, l'air de rien, un quotidien sans romantisme ni grandeur, quoique, si la grandeur se murmure, se mesure, à l'aune d'un regard aimant, alors ce murmure est celui de la narratrice.

 

21/07/2014

Rebecca Daphné du Maurier

rebecca,daphné du maurier,romans,romans angleterre,pépites,a cup of tea timeUne relecture délectable ... Dès la première phrase, tout le suc romanesque vous remonte aux effluves de la mémoire : "J'ai rêvé l'autre nuit que je retournais à Manderley" suffit à pour remonter l'allée sombre et hantée vers le château du prince charmant renfrogné et de la vampire à double visage. Puis, quelques lignes après, (je transforme juste un peu) : "Je me sentis soudain douée de la puissance merveilleuse des (lectrices) et je glissais à travers les (pages) comme un fantôme."

Que dire de cette relecture délicieuse si ce n'est le plaisir de retrouver tout à la même place : l'affreuse snob de Mrs Van Hopper, fort judicieusement clouée au lit dans son angine, les premières promenades de la fébrile narratrice et de l'ombrageux Max, la naïveté maladroite de la jeune épousée qui croit marcher sur les bonheurs intouchables d'une première union idyllique, et se leurre dans les filets du silence. Le petit ange de porcelaine se casse toujours à la même page, le R de Rebecca se dresse toujours comme une griffe pour hanter l'amour éperdu de la narratrice, le vieux chien dresse toujours l'oreille à l'écoute d'un pas qui ne vient plus, le brouillard tombe toujours sur la baie, d'où surgit, encore une fois, la cabane des plaisirs de la morte, et un naufrage, toujours, fait remonter le cadavre de celle qui fut l'infâme ensorceleuse ...

Quel plaisir de retrouver là, l'affreuse madame Danvers, toujours aussi perverse, elle aussi, malgré le temps qui a passé depuis que je ne l'avais revue, silhouette noire qui savoure sa vengeance dans l'ombre du grand escalier, jubilant de voir sa trop docile proie descendre en robe blanche vers les regards horrifiés des invités du bal. 

Le cousin maître-chanteur est toujours là, lui aussi. Il n'a pas pris une ride et campe toujours ses fesses dans le canapé du petit salon, croyant tenir en même temps que son verre de whisky, Max, dans sa main. Et se déroule alors le canevas des peurs et des soulagements attendus.

Tout est là, immuable. Le charme se déroule jusqu'aux dernières phrases aussi pleines que les premières de ce goût nostalgique et sucré de ces phrases si souvent lues et relues : "Il n'y avait pas de lune. Le ciel au-dessus de nos têtes était d'un noir d'encre. mais le ciel à l'horizon n'était pas noir du tout. Il était éclaboussé de pourpre, comme tâché de sang. Et des cendres volaient à notre rencontre avec le vent salé de la mer."

13/07/2014

Cadres noirs Pierre Lemaitre

th.jpgUne lecture peut être phagocytée par la pratique de Candy Crush. La preuve. Comme j'étais bloquée de puis un certain temps au niveau 113, je m'agaçais  .... Et comme il faisait beau dans le fond du jardin, je m'échinais à lire ce livre et à jouer ( pas en même temps, quand même, mais réciproquement, j'ai encore des bonbons qui passent devant les yeux en écrivant cette note ...). Un niveau avec des bombes qui explosent sans prévenir, un peu comme dans ce thriller, d'ailleurs. Ce qui fait que je risque de mélanger. Pas sûre d'avoir passé le niveau pour ce livre-là ... Un thriller psycho ( un peu), socio, beaucoup.

Le héros est un homme ordinaire, ou presque, c'est un courageux, un valeureux du chômage. Un homme bien honnête, aimant sa femme et ses filles. Il aimait son travail, sa vie pépère, il était cadre, stratège du mercating et de ses rouages. Il n'est plus rien. depuis quatre ans, il pointe. Le moins que l'on puisse dire, c'est qu'il y a mis du sien pour rester dans dans la course à l'emploi. Trop vieux, c'est tout. Il a accepté tous les petits boulots, le sourire compatissant du jeune de Pôle emploi, il est un pro du C.V. refusé. Presque sa dignité à lui, rester dans la course. De dignité, il lui en reste peu, mais encore un petit bout de quelque chose qui va lui faire refuser de se faire botter les fesses (au sens propre ...) par un petit chef dans l'entreprise où il emboîte des boîtes de médicaments dans les fins de nuits glauques que partagent avec lui un clochard céleste et un futur traître acquis au patronat. Un salaire de misère, mais un semblant d'être encore, un peu embauché. Ce sera le coup de fesses de trop.

Et puis l'annonce, une annonce inespérée, un poste à sa valeur, à ses compétences, presque promis. Alain se conditionne, Alain en est capable, il peut y arriver, l'avoir, il se prend à rêver, prêt à tout pour revenir à sa vraie place, celle de celui qui gagne, juste, gagne sa vie. Sauf que pour l'avoir ce poste, il va devoir renier tous ses principes, d'abord parce qu'il n'en a plus, et ensuite, parce que le principes moraux ce n'est pas ce qui arrête les meneurs, les vrais. Ceux qui  ont les cartes en mains, alors qu'il n'a que son désespoir. 

Un thriller de l'emploi qui brûle ses arrières, se moque de la cohérence et pointe avec autant d'exagérations que de justesse, ce que cela fait le mépris de soi. Alain marchera sur tout, sa femme ses filles, ses amis, au nom du saint emploi à retrouver. 

Sauf que moi, j'avais un niveau à passer dans la course aux bonbons ; du coup à force de courir deux lièvres, j'en ai loupé un. Il faut donc lire ce livre sans jouer à Candy Crush. Morale du soir.

 

PS ; j'ai passé le niveau, avec moins de dégâts que le héros, pas même un boster d'utiliser, alors que lui, il en sème partout !!!

 

REPS : quelqu'un saurait pourquoi on ne gagne jamais le jack pot sur la roue du jour ? j'ai un stock de rouleaux cocos à échanger ...

05/07/2014

La petite communiste qui ne souriait jamais Lola Lafon

nadia co.jpgUn livre qui fait le "buzz", en général, je m'en méfie. Pourtant, celui-là, je lui tournais autour, lira, lira pas ??? Ben oui, parce que, comme beaucoup de ma génération, j'ai failli (je dis bien, failli ....) sortir de mon adolescence renfrognée pour devenir star de la gymnastique par procuration (surtout aux barres asymétriques, en fait, la poutre, je me doutais que ça n'allait pas être possible de marcher sur un truc aussi étroit, alors que voler d'une barre à l'autre, ma foi ...). Sauf que les efforts pour y arriver, fallait quand même pas être complètement idiote pour bien se douter qu'ils devaient être balèzes. Ce qui fait que, valait mieux ne pas commencer ...

Lola Lafon, je l'ai entendue à Etonnants voyageurs, et comme je n'attendais que cela pour être convaincue, j'ai foncé acheté son bouquin, et je l'ai dévoré. Lecture, quand même, entrecoupée de visionnages des vidéos des performances de la vraie Nadia, les deux époques : celle de la "fée" Nadia, la mignonne petite fille parfaite adorable, qui a fait rêver l'occident d'une pureté originelle, tendue, souple, le phénomène de Montréal. Et l'autre, celle de la méchante Nadia qui a grandit, la chute annoncée; la femme qui se pointe, et comme le dit l'auteure en conférence, le procès du corps disparu.

 Ce livre est à peine une biographie de la gymnaste, il est un livre d'empathie pour un corps exigé, un corps devenu un corps politique en même temps qu'un corps de fantasme politique. Politique car, corps de jeune fille enfant, politique car de l'est, un corps d'enjeux qui ne sont pas ceux de la gymnaste.

En entrecoupant le récit des performances les plus connues de Nadia Comaneci, d'interventions fictives d'une narratrice dialoguant avec la vraie-fausse ex-lutin devenue objet de non-désir, Lola Lafon crée un contre point constant et sème d'interrogations le parcours d'une étoile qui file sur une poutre comme une mécanique remontée. Ce qui a été vu comme un asservissement d'une jeune athlète innocente face à un manageur tyrannique, ne peut-il pas être revu comme un choix sportif, même un choix de vie, tout court ? Le gris terne de la Roumanie ne peut-il avoir un coin de ciel bleu pour une enfant ? Le bon côté de l'Occident ne peut-il accepter que sa bonne conscience soit teintée de clinquants et de faux semblants ? Les méthodes de Bela ( l’entraîneur de Nadia), si singulières et même brutales, si critiquées par les médias du bon côté de la guerre froide, Lola Lafon les montre aussi pour ce qu'elles ont créé, les corps vivaces et conquérants de ces filles, lancées comme des torpilles, cuisses fines, couettes à renouer sans cesse, à l'assaut de l'occident.

Une relecture passionnante ( et très finement écrite) d'un parcours mythique, sans réponse, sans version définitive, sans autre parti pris que celui du doute.

02/07/2014

Les sortilèges du Cap Cod Richard Russo

les sortilèges du cap cod,richard musso,romans,romans américains,famille je vous haisC'est l'histoire d'un homme de la petite soixantaine, pas trop rabougri, Jack Grifin, qui transbahute l'urne contenant les cendres de son père dans le coffre de sa voiture depuis neuf mois, parce qu'il veut les jeter dans un lieu symbolique, mais qu'en fait, il n'y arrive pas. Ancien scénariste à Los Angeles, il est depuis un certain temps devenu prof de cinéma dans une université ; sans remords (ou presque ...), il est passé de la côte Ouest à la côte Est, de la vie de bohème à une routine plus respectable, en accord ( ou presque ...) avec lui même et le "contrat" passé avec sa femme, Joy, lors de leur lune de miel (il y a mis le temps ...). 

Quand le récit commence, sa fille, Laura, grande, sage et belle, va se fiancer, après avoir marié sa meilleure amie et amie d'enfance. Sa femme, Joy, est toujours belle et à ses côtés, ou presque ... Parce Jack a le malheur chevillé au corps et l'enfance encore saignante, elle sature. Il dit que non. Dit que c'est sa famille à elle, Joy, qui les étouffe depuis le début, veut les modéliser ... Incultes, bornés, sécuritaires, le père amateur de golf à la courte vue, les jumeaux, militaires obtus, les sœurs, femmes au foyer pas mieux, comment la belle et pertinente Joy peut-elle les aimer, alors qu'il les déteste, les méprise, et depuis toutes ses années, passe beaucoup d'énergie à les éviter ou à les supporter ?

Elle dit sa fatigue de porter depuis si longtemps le malheur de son âme chevillée, depuis trop longtemps, en fait ... Elle dit qu'il vit avec des fantômes ( ce qui se révélera fort juste). Pour lutter contre, se justifier à ses propres yeux, Jack se  coltine à ses souvenirs, ceux du drôle de couple que formèrent son père et sa mère, et à une nouvelle rédigée au temps des scénarios, et laissée aller ensuite. Il raconte ce qui focalisait toutes les aspirations de ses parents, le cap Cod, et ses étés au cap, surtout un, pour lui fondateur, celui raconté dans la nouvelle. Le cap Coq est l'endroit de la cristallisation des désirs des deux universitaires aigris qu'étaient ses parents. Chaque été, ils y retournaient pour y vivre un moment selon leur envie, enfin rendus à aux-mêmes, pensaient-ils, loin du Kansas pourri où ils se sentaient enchaînés. Chaque année, la location changeait, chaque année, elle ne satisfaisait pas leurs désirs. Ils épluchaient, chaque année, les catalogues pour un achat, une sorte de Nirvana à l'envers, rien n'était possible, entre les maisons "pas les moyens" et les "On me la donnerait que je n'en voudrais pas" . La rancœur se cultive, cet homme et cette femme, intellectuels de seconde zone, ont élevé la frustration et le mépris en art de vivre.

Jack a cru les anéantir en les tenant à distance. mais ils l'ont façonné, d'une certaine façon, et Joy voudrait bien passer à autre chose ... Sauf que l'urne est toujours dans le coffre et que le portable de Jack, résonne de la voix de sa harpie de mère qui se déchaîne, l'année universitaire se terminant.

Le récit est donc entre ces deux mondes, le présent, l'agonie d'un couple, ( avec douceur et amour quand même, et peut-être espoir ...) et l'agonie préméditée et construite du bonheur, toujours remis à plus tard. Ce pourrait être triste et lent, mais au contraire, le récit est rythmé et drôle, surtout vers la fin, où l'auteur se lance dans un contre pied burlesque, risqué et vraiment réussi, une sorte de déconfiture décapante d'un mariage annoncé.... Couper le cordon, se lancer dans la non transmission génétique, lâcher les urnes .... Pas si facile !

Bref, confondant le nom de cet auteur avec Musso, Mussi ou Levy, je passais à côté d'une chouette découverte, me voilà partie pour continuer, car j'ai beaucoup aimé ce personnage, juste plein d'âmes ( et de fantômes torves, aussi !)