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09/09/2014

Epépé Ferenc Karinthy

Un bien curieux roman, curieux et dépaysant à plus d'un titre. Pas déplaisant, non plus, mais atypique, cela est sûr ....

Imaginez un sérieux, très sérieux linguiste, très pragmatique, très spécialiste de l’étymologie pluri linguiste, Budaï, qui s'endort dans l'avion qui devait le poser à Helsinsky, il devait y donner une conférence et rentrer chez lui. Sauf que, à son réveil, tout gourd encore, il se retrouve dans un bus, dans un hôtel, dans une chambre d'hôtel, dans un univers inconnu et illisible dont tous les codes lui échappent. Un univers sombre, indéchiffrable, surpeuplé, bousculé, tous les repères sociaux, linguistiques, affectifs lui échappent à ce gars pragmatique et donc optimiste, optimiste, mais déboussolé.

Le roman se construit sur les tentatives du personnage, tentatives logiques, raisonnées, raisonnables, pour en sortir de ce piège inconnu, sauf que, là aussi, pour en sortir, il faut le comprendre, de monde, au moins un peu, communiquer, se repérer dans le temps, l'espace, les usages. Ce qui s'avère beaucoup, beaucoup plus complexe, que ce que l'intelligence de Dubaï, pourtant sans faille, ne peut anticiper. A chaque tentative, son, échec, à chaque échec, une nouvelle  tentative. Logique, mais sans faille.

Ce n'est pas un livre de science fiction, le monde où est enfermé le personnage n'est pas futuriste,c'est une sorte de calque du nôtre mais en plus frénétique : une masse d'hommes fourmille sans cesse, grouille en déplacements compacts et brutaux, sans empathie aucune pour le héros qui parcoure tous les différents sens possibles, qui arpente, note, analyse cet espace, ethnologue perdu d'un ordre qui l'ignore, où les repères sont à la fois identiques et totalement obscurs à sa raison.

 Les grattes-ciel poussent plus vite que de raison, les ascenseurs suivent le rythme et les métros aussi. Les hommes poussent, se poussent, ne semblent s'arrêter que pour faire la queue, la queue sans cesse, pour prendre le métro, l’ascenseur etc ... Le moral du pauvre Dubaï finit par vaciller dans cette immersion forcée. Selon ses pérégrinations, il oscille entre résignation, révolte, colère, rage, apathie et espoir.

S'il s'en sort ? On ne peut le dire, mais ce que je peux conseiller par contre, c'est de lire la préface d'Emmanuel Carrère après le roman. Ce que j'ai fait, mais par hasard, en fait, et, à posteriori, je pense que ce hasard-là est mieux que l'inverse. Non pas que le propos de Carrère soit superfétatoire, loin de là, mais il donne, je trouve, un peu de pistes de lecture et d'interprétation. Il vaut mieux tenter d'abord cette étrange expérience de marcher avec Dubaï, de se confronter avec lui à cette étrangeté cruelle, espérer et désespérer avec lui.

Une lecture découverte grâce à Katel, merci du conseil !

Commentaires

J'ai aussi fait cette expérience de lecture (c'est le mot, je pense) et suis d'accord, mieux vaut se lancer sans préface. Dans mon exemplaire (ancien) Carrère n'intervenait pas, mais il y avait une préface qui - je ne me souviens pas - donnait sans doute trop de pistes. D'ailleurs quand il s'agit de livres classiques - celui ci en est un, à mon avis, mieux vaut ne pas lire les préfaces, ou alors, en postface! Pour éviter le petit malin qui raconte toute l'histoire et donne toutes les pistes de lecture.

Écrit par : keisha | 10/09/2014

J'ai découvert que c'était un classique effectivement, et que les autres oeuvres de cet auteur étaient très différentes, et j'ai découvert cela en lisant ... la préface, en postface ... Ce qu'en dit Carrère est quand même plus intéressant que ces deux remarques : il explique notamment pourquoi, à son avis, on ne peut pas galvauder l'adjectif "kafkaïen" à chaque fois qu'un univers romanesque se rapproche d'univers concentrationnaire, et que ce livre n'est sans doute pas à lire comme une métaphore politique ... Bref, il permet d'éviter pas mal d'idées reçues. Contente quand même de ne l'avoir lu qu'après ... (j'étais coincée sous un parasol sans autre lecture dans mon sac ... comme quoi ....)

Écrit par : Athalie | 10/09/2014

Je suis contente que l'expérience se poursuive de lectrice en lectrice ! IL vaut mieux la faire dans le cadre d'un roman qu'en réalité, en tout cas... Pauvre Budaï, on n'aimerait pas être à sa place !

Écrit par : Kathel | 10/09/2014

Je te comprends, moi aussi j'aime bien quand un livre voyage ... Et il m'a quelque peu attendri ce personnage, on se dit à la fois, "quelle nouille" et "Pas mal trouvé" .... Mais brrrr, qu'il fait froid et sombre dans ce monde là !

Écrit par : Athalie | 10/09/2014

J'ai lu moi aussi la préface a posteriori, et c'est mieux en effet. J'ai trouvé le propos de ce roman intéressant, mais je m'y suis vite ennuyée. L'intrigue tourne en rond. Est-ce volontaire, une manière de démontrer que le monde décrit est vain, sans issue ?

Écrit par : Ingannmic | 10/09/2014

Je n'ai pas vu de note sur ce roman chez toi ... et pourtant ce n'est pas faute de te lire ! je vais aller rechercher ce que tu en dis. Ceci dit ici, Je comprends totalement ce sentiment de l'ennui qui guette sur ce roman, et, franchement, je n'aurais pas été en vacances, je ne sais pas si je m'y serais accrochée. ce n'est un roman facile, ni un roman plaisant. je ne sais pas quel en est le propos en fait. Drôle d'expérience, pourrait-on dire ? Mais cela ne suffit pas... Ces livres là, comme "la servante écarlate" ( que j'ai lu aussi cet été) ne sont pas là pour être des gros pavés dans la mare ? Comme "D'un extrême l'autre", que je ne peux m'empêcher de te recommander, connaissant tes goûts pour les lectures un extrêmes, disons ...
Je crois , effectivement que si l'intrigue tourne en rond (sortir ou ne pas sortir ?), ce ne peut pas être un hasard ...

Écrit par : Athalie | 10/09/2014

lecture que j'ai trouvé un peu trop étrange à mon goût

Écrit par : Dominique | 10/09/2014

C'est étrange de ne pas savoir à quoi on a vraiment affaire, ni dans le genre, ni dans la dimension historique donnée à l'histoire : fable ? Dystopie ? Et pourtant, pourtant, les pérégrinations de ce personnage qui tourne en rond, ne m'ont pas déplu, finalement !

Écrit par : Athalie | 11/09/2014

Sans doute trop expérimental pour moi tout ça...

Écrit par : jerome | 10/09/2014

Je ne sais pas si ce texte est expérimental en fait, il est même aussi classique en fait, dans le genre (mais lequel ?), l'écriture est très linéaire, très simple ... Tu as lu des textes plus glaçants dernièrement, me semble-t-il ?

Écrit par : Athalie | 11/09/2014

pas trop tentée , mais très curieuse!
Va-t-en savoir ce qui va l'emporter
Luocine

Écrit par : luocine | 11/09/2014

A feuilleter avant de consommer pour voir .... La curiosité pourrait l'emporter ( c'est le meilleur des défauts, non ?)

Écrit par : Athalie | 11/09/2014

C'est vrai que c'est étrange et qu'on tourne peut-être un peu vite en rond (le format nouvelle aurait peut-être mieux convenu), mais il y a aussi beaucoup d'humour. En tous cas moi je me suis bien amusée !

Écrit par : Vio | 11/09/2014

A vrai dire, je n'ai pas vraiment vu l'humour, au début si, ce drôle de petit bonhomme perdu dans une grande machine qui le broie a un côté Charlie Chaplin, celui des "Temps modernes", mais ensuite, le monde est si sombre et lourd, que le côté cauchemar éveillé l'a emporté, pour moi, en tout cas !

Écrit par : Athalie | 14/09/2014

Je l'avais bien aimé celui-là ! J'ai trouvé tout de même cela assez kafkaien pour l'absurdité de ces situations. J'aurais bien aimé avoir une post-préface à ce livre, le mien ne contenait que le roman.

Écrit par : Praline | 12/09/2014

Carrère parle de jubilation dans sa postface ... je n'irai pas jusque là .... Il éclaire la lecture du livre avec le récit d'une histoire vraie, celle d'Andras Toma, retrouvé en 2000, dans un hôpital psychiatrique où il était interné depuis la fin de la deuxième guerre mondiale. On peut peut-être retrouver cette anecdote ailleurs ...

Écrit par : Athalie | 14/09/2014

Les commentaires sont fermés.