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30/09/2014

Le phare P.D James

Ma première lecture sur liseuse !!! ( celle de mon fiston, en réalité,  lui, il est re-passé au papier), et je dois le dire, une première tentative mitigée.
Tout d'abord, l'objet fut apprivoisé assez rapidement, je dois le dire fièrement, il s’avère notamment très pratique pour manger en continuant à lire. Manger autre chose que des fraises tagada, je veux dire. J'ai ainsi pu, sans dommage, assouvir une fringale express et irrépressible de tartines de "rillettes Hénaff sur pain italien", alors que l'inspecteur principal (le roman est un policier, de facture classique) se faisait réchauffer un osso bucco. Le pain, c'est ce que j'avais de plus italien chez moi sous la main, et, je peux l'affirmer, la liseuse permet un parfait tartinage de rillettes bretonnes en boite en kit mains libres.

Un truc gênant, mais ce n'est pas la faute de la liseuse, l’affichage des pourcentages. 75% de lu, j'imagine que cela veut dire que c'est bientôt fini ... mais bientôt fini, c'est combien de pages à lire encore ? Bon 25 %, je suppose, mais 25 % de pages sur combien ? Parce que cela fait combien de pages 100 % ? Le livre, vous allez me dire. Mais les pourcentages, moi, ils ne me causent que pendant les soldes : à partir de 50 %, je sais que c'est moitié moins. Fastoche. Mais; là moitié moins de quoi ? Une liseuse, c'est plat et n'affiche pas les prix de départ.

Le principal obstacle, quand même, fut le texte en lui même, d'où mon intérêt croissant pour les pourcentages. Mais qu'il est long, qu'il est long, mais vraiment long ( et je vois la longueur de ma note s'allonger, pas de pourcentages à l'horizon, Hautetfort ne comptabilise pas le nombre d’arrêt en route de la lecture des notes, heureusement pour moi ...). A 47 %, l'inspecteur principal interroge son premier suspect. Dans les 20 % du début, on a eu la présentation de l'inspecteur, de l'inspectrice et du sous inspecteur ( il faudrait que je rouvre la liseuse pour retrouver les noms et les caractéristiques de chacun, et comme je ne sais plus à quels %, ils apparaissent, j'ai la flemme. Disons, un poète, une complexée sociale et un arriviste bel homme mais qui se tient à sa place (pourquoi en dire qu'il est arriviste bel homme, alors ? je ne sais pas, Y'a pas la fonction explication sur la liseuse)

Sur une île au large de l'Angleterre, une mort suspecte nécessite que les trois s'y rendent dare dare, vu que le mort est un écrivain très célèbre. En chemin, on apprend qu'ils font leur sac ( chacun leur tour), ce qu'ils y mettent et pourquoi, qu'ils prennent l’hélicoptère et que l'inspectrice, elle lit pendant le voyage parce qu'elle a un peu peur. On ne sait pas si elle lit sur liseuse, elle. Mais moi en hélico, j'aurais peur aussi, liseuse ou pas ... Surtout qu'elle vient de quitter un amant super top.

L'île a un statut très particulier ; n'y sont reçus que des invités de marque et de marque prestigieuse pour y retrouver calme et sérénité : comprendre, ils sont hébergés dans des cottages en pierre d'où l'on voit la mer, il n'y a pas un seul magasin, ni même une piscine. Les falaises sont battues par les vents, les cheminées fonctionnent, pas de soucis, et le phare est rouge. Normal. 

La paix, le silence, les repas, les bons vins, le bois de chauffage et tout le reste sont fournis par les résidents de l'île, chargés de son administration discrète : le commandant, le médecin, l'infirmière ( sa femme), le marin, la cuisinière, l'intendante, une jeune fille recueillie sur l'île par le marin. Il y a  aussi une invitée à demeure permanente, une intello irascible et son ex-chauffeur (vu que sur l'île, il n'y a pas de voitures, normal) ....On a droit à un portrait pour chacun pareil que les trois autres, sauf qu'ils ne font pas leur sac, mais que certains ont un passé trouble ... Ha, oui, il y a aussi la fille de l'écrivain, et son fiancé, les deux furent exploités par l'écrivain. L'écrivain étant très méchant, personne ne le regrette vraiment. Sauf moi, parce qu'il aurait pu rendre toute cette histoire un plus plus coriace. (on  est a 40%, là)

Voilà, je m'y copieusement ennuyée dans ce texte, comme on l'aura compris, et même, je pense qu'à des moments, mon handicap des pourcentages a contaminé ma logique des phrases. Ainsi, lorsque je lis qu'un homme, retrouvé mort le crâne fracassé sur le sol d'une église, a dû mourir sur place parce que les draps de son lit ne sont pas défaits, je secoue la liseuse pour voir si l'engin n'a pas une fonction boule de neige, ou boule de cristal qui s'est mise sur le mode off, sans prévenir. 

Bref, dernier handicap de la liseuse, elle ne veut pas tourner les pages plus vite, enfin, pas la mienne, elle s'embrouille ...

 

27/09/2014

En finir avec Eddy Bellegueule Edouard Louis

"En finir", le titre l'annonce, est le récit d'un combat (pas d'une revanche, du moins, je ne l'ai pas lu comme cela), le combat d'Eddy contre lui même, contre son corps, plus précisément,  corps qui se déhanche quand il marche, quand il court, mains qui s'agitent trop quand il parle, voix qui s'élève dans les aigus et semble trembler de larmes, souvent. Eddy se sent dans un corps de fille et ce désordre se voit dans ce quart-monde du nord qui est son monde à lui. Eddy se sent une fille et voudrait être un dur, comme les autres garçons du village, comme le voudrait son père, sa mère, comme unique modèle à atteindre pour lui, alors que les autres n'ont pas d'efforts à faire. La connerie n'est pas génétique dans ce livre, mais c'est un atavisme social.

Un dur rote fort, parle fort, en picard, ne se lave pas les dents, joue au foot, regarde la télévision sans dégoût avant d'aller à l'école, un dur n'aime pas l'école, il y échoue, il passe son permis avant d'engrosser la première venue ou presque de son village, voire du village voisin, un dur ne quitte jamais son village, il travaille à l'usine, il trime, boit trop, fume trop, se bat à la sortie du bar avec ses copains, et recommence, un dur est raciste et pauvre. Un dur ne sort pas de là, ce sont les pères, les frères, les cousins, les copains. Eddy est le contraire d'un dur, il est attiré par tout ce qu'il faut mépriser pour l'être et le corps des hommes.

C'est dire si le combat va être difficile, contre lui-même, contre les mots qu'on lui lance, contre les coups qu'on lui porte, victime parfois consentante de l'engrenage qu'il s'impose, devenir un autre et que personne ne sache, même plus lui, se renier et faire taire son corps.

Le combat est social et intime, un combat qui n'est pas sans tendresse, malgré quelques scènes "coups de poing". Comme il voudrait bien les aimer, ces parents qu'il méprise, comme il voudrait leur plaire alors qu'ils l'humilient et le nient. Il en dresse un portrait terrible de désamour, ressasse leur bêtise crasse, leur inculture fière de l'être, leurs paroles de clichés nourries de la haine de ceux qui ont plus qu'eux et nourries, mais, aussi, de la honte d'être ce qu'ils sont. Honte que la mère transforme en fierté, parfois, pour sauver la face, parce qu'elle n'a pas le choix. Le narrateur la fait parler dans ses contradictions, de sa fierté : elle aurait pu faire des études, de ce qu'elle nomme ses erreurs, l'enfant trop vite arrivé, ses chances gâchées.

Ce roman m'a fait penser à La place d'Annie Ernaux, malgré la différence dans la violence des propos, c'est l'histoire de celui qui va renier ceux qu'il aurait dû aimer. Mais ici, l'acuité du regard est dérangeante car il a peu de place en littérature ce quart monde, surtout jugé de l'intérieur, par un des leur, c'est un regard d'exilé, volontaire, soit, mais souffrant du vide qu'à laissé une forme de reniement.

Un récit plus complexe que la seule confession nombriliste à laquelle je pensais avoir affaire ...

24/09/2014

Le chien qui louche Etienne Davodeau

"Le chien qui louche" est une croûte, une vraie croûte, dans les grandes largeurs, elle représente, de manière fort logique, un chien qui louche, un portrait de chien, et rien d'autre ; portrait qui va être accroché dans une des salles les plus prestigieuses du Louvre et cette bande dessinée raconte cette odyssée obscure et inconnue.

Sa porte d'entrée est Fabien, lui aussi obscur et ordinaire personnage, qui est, la plupart du temps, gardien de salle au musée, il change de salles, ne s'y ennuie pas. Il a rencontré une dulcinée et vient de faire connaissance avec sa tribu d'hommes, frères, père, grand-père, ce sont les Benion. Un peu étranges avait-elle prévenu, ce qui s'avère fort juste. Les Benion font depuis des siècles dans le siège provincial, dans le meuble de qualité et se tiennent les coudes. Pour démontrer leur puissante ascendance, ils retrouvent pour Fabien l'oeuvre de l'artiste ancestral, "Le chien qui louche", donc, et à leur manière quelque peu bourrue et autoritaire, ils vont entraîner le pauvre gardien amoureux dans une entreprise de reconnaissance du génie familial.

Un mystérieux habitué du Louvre plus tard, monsieur Balouchi, membre d'une aussi mystérieuse "République du Louvre, et voilà qu'entre en ces lieux majestueux, Gustave Benion, avec " son misérable cortège des peintres du dimanche" ...

Bon, l'intrigue manque de ressorts, c'est certain, mais c'est aussi drôle et surtout, le rendu du Louvre par les traits de plume de Davodeau arrête vraiment le regard. De ce lieu, il montre les salles surpeuplées et les coins déserts : de "La victoire de Samothrace" et sa foule d'admirateurs photographiant ( où la beauté de la statue éclaire plus que les flashs et semble alors si solitaire ...), au vide plein d'échos de la cour Puget, les statues de pierre y semblent résonner des mots des visiteurs qu'ils n'ont pas. Le Louvre vu comme une sorte de sanctuaire à double face, une publique, pour les stars, et une intime.

Pour moi, le sujet de la bande dessinée, c'est ce Louvre là, où les statues se dressent solitaires où les œuvres et les gardiens du temple contemplent d'un regard indulgent, les agités qui passent dans leur présent, de la hauteur que donnent les siècles de présence silencieuse.

21/09/2014

Travail soigné Pierre Lemaitre

Je me suis dit : "Sors des lectures glauques Athalie, t'as eu ton compte." Je me suis dit, "un bon polar, ça va faire la transition, faut sortir du glauque en douceur". Mais, rien sous la main, sauf le deuxième tome de la trilogie de Lemaitre, "Alex". Or, il se trouve que je n'aime pas commencer une trilogie par le milieu. (ce n'est pas comme les chaussons aux pommes). Puis, un déclic. Une de mes complices de lectures estivales a le sésame, le roman que je sens que je veux lire. Le dernier Peter May, le premier de sa seconde trilogie. Mon homme ayant zappé le bon nom, et me voilà avec le premier de la trilogie de Lemaitre. Là, je me dis, c'est un signe. ( de quoi? mystère  ... ) 

Donc, je ne sais donc toujours pas si le dernier Peter May est glauque ou pas, mais "Travail soigné", je vous le dis, c'est du lourd.

Pierre Lemaître plante son commissaire et sa brigade. Tiens, je me suis encore dit (je me cause beaucoup en ce moment), il fait dans le genre Ed Mac Bain et Fred Vargas, la concurrence va être rude, me suis-je encore gaussée, faisant la difficile qui sait tout et qui a tout vu.

Camille Verhoeven est d'abord caractérisé à grands traits caractéristiques, vu que c'est le commissaire. Camille est donc petit, mais vraiment petit, petit, Camille a une faille d'enfance, une mère adorée, peintre et distante, une mère qui fumait trop et qui n'est plus là pour le regretter, elle lui a laissé comme un goût d'artiste. Mais Camille est aussi un meneur d'homme, d'une équipe d'hommes éclectiques à souhait ; Armand est le tatillon, radin à l'excès, mais qui ne lâche jamais sa proie d'un quart de poil, Maleval, le bien nommé est le vers dans le fruit, fêtard, amateur de jeux d'argent et de femmes, il est le gros bras maillon faible, et Louis est le décalé, l'esthète, le raffiné, le fidèle second au cœur tendre, droit et sensible, tout en intuitions délicates. Et pour finir, la femme de Camille, Irène, la belle Irène, son cadeau de sa vie à lui, rien qu'à lui, fidèle et enceinte jusqu'aux yeux de leur premier fruit de l'amour.

On rentre dans le livre en plein meurtre, du genre sanguinaire délirant : deux corps, deux femmes, une mise en scène élaborée et cinglée, aucun indice, aucun suspect. L’enquête commence, un peu dans tous les sens, normal, vu la scène de crime, puis le savoir-faire de l'auteur aidant, elle prend son rythme de croisière, ainsi que la série des meurtres suivants, dont on découvre qu'ils ont des précédents, et qu'ils auront aussi des suivants, si le commissaire et son équipe ne se torturent pas rapidement les méninges. Rien de bien nouveau dans l'horizon du polar, soit.

Mais l'auteur est un roublard qui connait son polar et petit à petit, chaque scène de crime se révèle avoir un double littéraire et du coup, je me suis prise au jeu, la charpente classique tient le rythme et j'ai fini par ne plus même faire trop attention aux redondances (ben oui, Camille est petit, vraiment petit, Camille rentre tard, trop tard, Louis est gentil, vraiment gentil ...) pour foncer vers la fin, juste terrifiante. Du coup, je vais aller voir la suite, parce que j'aime bien quand les gyrophares sont en retard et que le commissaire reste planté dans son remords. Mais, bon, c'est glauque quand même ...

16/09/2014

La servante écarlate Margaret Atwwod

Que celle ou celui qui n'a jamais laissé traîner un titre noté sur un blog sur son étagère en se disant : "Ce doit être bien, mais, là, je prends celui d'à côté", me jette la pierre. Moi, cela doit faire deux ans que j'avais "La servante écarlate" en réserve, et maintenant que je viens de le finir, je me demande bien pourquoi, vu que ce livre est juste magistral, ou génial, ou indispensable, ou autres  synonymes de : "Il faut le lire maintenant là, tout de suite".

Delfred est la narratrice et le personnage principal du roman, elle est aussi la servante écarlate. Dans ce monde où les femmes sont rangées par ordre d'utilité, une servante écarlate est une femme qui a été choisie, parce qu'elle a déjà produit un enfant, pour assurer la reproduction auprès de hauts dignitaires du régime qui n'ont pu concevoir encore ( à cause de leur femme au foyer, évidemment). Ainsi, on accorde à ces hommes la possibilité d'avoir une sorte de service de reproduction obligatoire à demeure. De reproduction, pas de sexe, ni de désir, ni de plaisir. Le désir n'existe plus dans la nouvelle république de Gilead. Il fut un temps, et Delfred s'en souvient, où les hommes et les femmes formaient un couple avec de l'amour dedans et se tenaient la main et se touchaient les corps avec sueur et plaisir. Les enfants, alors, ne manquaient pas. Et comme on pouvait les choisir et changer d'hommes et même aimer les femmes, ce temps là n'est plus et les relations humaines ont été reprises en main et reconstruites par la religion de la vertu (aucune religion n'étant nommée dans le livre, je la nomme ainsi, c'est une vertu déviée, évidemment, par le rigorisme de la dictature).

Une servante écarlate se signale à l'extérieur car elle doit être toute de rouge vêtue, gantée, encornetée, dissimulée. Ses jupes ne doivent être soulevées que par le maître de maison, lors de cérémonies ritualisées et sous le regard de l'épouse inféconde. La la dictature manque d'enfants et la situation de guerre en demande.

Les différentes strates de cet univers sont à l'avenant, le fanatisme religieux du régime nourrit les peurs et tue les âmes. Ainsi Defred sait qu'une autre servante l'a précédée dans la chambre aseptisée où elle est reléguée solitaire, lorsqu'elle n'est pas de courses ou de service commandé..Mais que sont les autres devenues, les amies d'avant, les mères et les filles d'avant,? Il y a des exécutions, des camps, des rumeurs et des cérémonies expiatoires ....

Le roman met en place un univers dystopique, à la fois violent et feutré et vu de l'intérieur, voilà, je crois, la singularité romanesque de ce texte. Defred n'est pas une révoltée, ni même vraiment ne se sent victime, elle regarde, subit et attend, tente de survivre sans dignité et pourtant aux aguets d'un frémissement, d'une porte, d'un regard ... Le livre commence par planter son décor, la grande maison du maître, l'épouse, le mépris, et ses frémissements d'âmes à elle, puis l'intime lève le voile sur les rouages cyniques que la dictature de la vertu a mis en place, semble-t-il pour toujours.

Que les femmes soient souvent, dans l'histoire, la vraie, la première cible des fanatismes religieux, voilà ce dont on ne peut douter, et le regard de cette femme de fiction, dans son doute, son trouble, montre aussi ce que la frustration fait à l'homme.

Je me répète, juste magistral.

Merci Ingammnic !

 

14/09/2014

Contrée indienne Dorothy Mac Johnson

Bienvenu au pays des cow-boy et des ranchs, des tipis et des indiens, des convois, de la cavalerie, des têtes recherchées par le Marshall, des Crow et de leurs rêves, des pionniers et les leurs .... L'univers du far-west est le seul exploré par ces onze histoires, chacune centrée sur un personnage, soit indien, soit blanc, soit homme soit femme ; c'est une vue panoramique par petites touches humaines, sans qu'il y ait de blanc ou de noir, sans jugement moral, sans jugement de valeur. On est ballotté de chaque côté de la frontière de l'est, au rythme de son recul vers l'océan ; on passe des débuts de la conquête, du temps où les tribus indiennes avaient encore leur culture intouchée, à la fin, où elles sont parquées par les blancs et que les rites sont oubliés des jeunes qui portent lunettes de soleil et chemises cintrées pour partir faire la guerre en Europe ...

L'éditeur dit "chef d'oeuvre" et ma foi, je surenchéris. Et pourtant, ce sont des nouvelles et moi, normalement, les nouvelles, je n'aime pas trop car le genre me laisse sur ma faim. C'est aussi le cas ici, parce que j'aurais pu en avaler plein d'autres des pépites de nouvelles comme cela, des petits cailloux de vies .... J'y ai retrouvé l'imaginaire de "Little big man", avec du "Duel au soleil" mais sans les couleurs en cinémascope, il y a du western spaguetti, mais sans les violons ( ou l'harmonica), les personnages de cet univers devenu mythique y sont, mais ce sont de simples personnes, ni grandes, ni cruelles, de simples aventures vécues dans un quotidien rude et poussiéreux : la perte d'une petite fille, une femme devenue indienne, un ranch détruit, un homme qui cherche son frère, un guerrier indien qui cherche son rêve .... 

Le tour de force est aussi dans l'écriture, quasi aussi sèche que l'herbe des prairies, et sans fioritures, sans temps à perdre dans l'analyse du bien et du mal. Pas de méchants ni de gentils, juste les embûches, les deux mondes qui se frôlent, ne se regardent pas, sec comme un coup de trique, un kaléïdoscope de petits riens aussi efficace qu'un pavé.

Une mention spéciale pour l'éditeur, un homme qui a eu assez d'humour pour dédicacer mon exemplaire en forme de promesse ... Monsieur Gallmester, merci pour tout ! (on ne sait jamais, si il passe par ici ....)

09/09/2014

Epépé Ferenc Karinthy

Un bien curieux roman, curieux et dépaysant à plus d'un titre. Pas déplaisant, non plus, mais atypique, cela est sûr ....

Imaginez un sérieux, très sérieux linguiste, très pragmatique, très spécialiste de l’étymologie pluri linguiste, Budaï, qui s'endort dans l'avion qui devait le poser à Helsinsky, il devait y donner une conférence et rentrer chez lui. Sauf que, à son réveil, tout gourd encore, il se retrouve dans un bus, dans un hôtel, dans une chambre d'hôtel, dans un univers inconnu et illisible dont tous les codes lui échappent. Un univers sombre, indéchiffrable, surpeuplé, bousculé, tous les repères sociaux, linguistiques, affectifs lui échappent à ce gars pragmatique et donc optimiste, optimiste, mais déboussolé.

Le roman se construit sur les tentatives du personnage, tentatives logiques, raisonnées, raisonnables, pour en sortir de ce piège inconnu, sauf que, là aussi, pour en sortir, il faut le comprendre, de monde, au moins un peu, communiquer, se repérer dans le temps, l'espace, les usages. Ce qui s'avère beaucoup, beaucoup plus complexe, que ce que l'intelligence de Dubaï, pourtant sans faille, ne peut anticiper. A chaque tentative, son, échec, à chaque échec, une nouvelle  tentative. Logique, mais sans faille.

Ce n'est pas un livre de science fiction, le monde où est enfermé le personnage n'est pas futuriste,c'est une sorte de calque du nôtre mais en plus frénétique : une masse d'hommes fourmille sans cesse, grouille en déplacements compacts et brutaux, sans empathie aucune pour le héros qui parcoure tous les différents sens possibles, qui arpente, note, analyse cet espace, ethnologue perdu d'un ordre qui l'ignore, où les repères sont à la fois identiques et totalement obscurs à sa raison.

 Les grattes-ciel poussent plus vite que de raison, les ascenseurs suivent le rythme et les métros aussi. Les hommes poussent, se poussent, ne semblent s'arrêter que pour faire la queue, la queue sans cesse, pour prendre le métro, l’ascenseur etc ... Le moral du pauvre Dubaï finit par vaciller dans cette immersion forcée. Selon ses pérégrinations, il oscille entre résignation, révolte, colère, rage, apathie et espoir.

S'il s'en sort ? On ne peut le dire, mais ce que je peux conseiller par contre, c'est de lire la préface d'Emmanuel Carrère après le roman. Ce que j'ai fait, mais par hasard, en fait, et, à posteriori, je pense que ce hasard-là est mieux que l'inverse. Non pas que le propos de Carrère soit superfétatoire, loin de là, mais il donne, je trouve, un peu de pistes de lecture et d'interprétation. Il vaut mieux tenter d'abord cette étrange expérience de marcher avec Dubaï, de se confronter avec lui à cette étrangeté cruelle, espérer et désespérer avec lui.

Une lecture découverte grâce à Katel, merci du conseil !

04/09/2014

Les new-yorkaises Edith Wharton

les new-yorkaises,edith wharton,romans,romans américains,a cup of tea timeLes new-yorkaises de ce début du siècle sont surtout une, Pauline Manford, qui se noie volontairement dans un tourbillon d'obligations préfabriquées par elle-même : elles multiplient les œuvres de bienfaisance, tout lui est bon pour conformer le monde à sa conformité bien pensante dîners à organiser, invités à placer, discours à réviser pour éviter de les confondre, programme de maintien des rides à distance, manucure, coiffeur et, surtout, surtout, gourous spirituels à payer pour l'aider à gérer le stress intime créé par ces monceaux d’obligations artificielles.

Ses journées sont chronométrées et sa vie personnelle lissée pour tenir dans la vitrine d'exposition au monde qui est le sien, celui de la grande bourgeoisie américaine. Pauline n'a que ce moteur pour avancer et aucune, mais alors aucune culpabilité de cette vacuité qu'est sa vie, que ce ressort pour tourner en rond dans son petit bocal. Même son ex-mari, l'aristocrate fané elle l'a réglé comme son mari, l'avocat en vue, et Nona, sa fille la regarde s'agiter, un sourire moqueur au coin de l'esprit. Argentée, dilettante, vacante en amour, la jeune fille pourrait être à la fois frivole et idiote. En réalité, elle est la seule à ne pas être dupe des apparences futiles qui constituent la seule réalité de sa mère. Elle voit ce que Pauline ne peut même concevoir : la si jolie belle-fille, Lila, petite poupée glissant son mignon minois dans les fourrures, est en train de jeter un coup d'oeil vers où elle ne devrait pas regarder. Et l'objet de la convoitise pourrait bien flancher, et alors, le bocal new-yorkais pourrait pencher du côté de l'inconvenance.  Or, comment empêcher ce que l'on ne veut pas voir quand on est la perfection faite femme ? Pauvre Pauline ...

L'histoire est peut-être moins cruelle que dans "Le temps de l'innocence" ou "Chez les heureux du monde ", mais plus caustique, le personnage de Pauline en agitée permanentée permanente est drôle à regarder et le rythme rapide qu'elle impose au récit se lit à la même vitesse que Pauline fait des chèques pour éviter que son ciel ne lui tombe sur la tête !