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17/10/2014

D'autres vies que la mienne Emmanuel Carrère

Emmanuel Carrère a pris des vies et les a empilée dans la sienne, un peu à la manière de poupées gigognes, il a tiré les histoires les unes après les autres, et elles prennent forme entre elles, se rentrent les unes dans les autres à la fin, ces histoires de tristesses, de pertes et de vies.

Ski Lanka, quelques heures avant le tsunami de décembre 2004, dans un hôtel de luxe en hauteur, s'ennuient l'auteur, sa compagne et leurs deux fils. Ils s'ennuient comme on peut le faire dans un hôtel de luxe au Skri lanka, en culpabilisant d'être mous et sans envie ... mais c'est que le couple vacille et joue peut-être un dernier pas de deux avant de s'éloigner. La première histoire n'est pas la leur, mais celle d'un autre couple, Delphine et Jérôme, radieux, heureux, aperçus quelques jours plus tôt, avec le père de Delphine, amoureux de ce coin là, heureux de ce fille, de ce gendre, de ses amis, de sa petite fille, qui ce matin-là, va disparaître dans la vague. Elle s'appelait Juliette. Le petit groupe de hasard se forme le temps de quelques jours autour de la tragédie, celle-là et celle d'autres, qui errent et tanguent dans ce temps d'après, une bulle avant la vraie souffrance, qui fait tomber, ou pas.

Retour en France, autre histoire, celle de Juliette, la sœur de la compagne de l'écrivain, qui se meurt d'un cancer, récit de cette programmation du deuil et fin. Et c'est alors que tout commence, en réalité. Un peu comme dans "L'adversaire", Carrère enquête et remonte le cours de cette vie, de ce mystère qu'est finalement une vie ordinaire, pas ordinaire. Il passe par des biais, surtout celui d'Etienne, l'alter égo de Juliette, le juge dit rouge, qui clopin clopant, monte sa lutte souterraine contre les organismes de prêts à la consommation, joue et gagne. Rien de retentissant, une lutte ordinaire contre la justice des nantis tenue par d'autres nantis. Juliette et ses choix, son mari, ses filles, la première maladie, la rechute. Dès le départ, on savait tout, en résumé, mais Carrère se rapproche, reconstruit les fils, creuse : la douleur, c'est comment quand ce n'est pas la sienne, quand on en est à l'écart, mais qu'elle entoure les encore vivants que nous sommes ? L'auteur se met en scène en scène, mais juste ce qu'il faut pour que l'on reste de son côté à lui, celui de l'observation (terrifiée, à mon niveau) de ce qu'il allait oser dire, ou pas. 

Je n'ai pas versé des torrents de larmes sur ma liseuse ( ben oui, j'ai récidivé), mais, je dois l'avouer, j'ai parcouru du coin de l'oeil les pourcentages, en attendant la fin, qui réconcilie, quand même avec une certaine douceur de vivre. Je dois l'avouer encore, ce fut moins une.

Commentaires

Un très beau livre ! Je n'ai pas relu Carrère depuis, de crainte d'être déçue !

Écrit par : Kathel | 18/10/2014

Je ne pense pas m'avancer beaucoup en te disant que tu ne serais pas déçue par "L'adversaire", qui a des points communs avec celui-ci, ou par "La classe de neige", qui très différent mais secouant, d'une infinie tristesse ...

Écrit par : Athalie | 20/10/2014

Damned, nous sommes passées à côté d'une lecture commune, j'ai ce titre dans ma PAL depuis plusieurs semaines.
En tous cas, ton avis fait envie (je n'ai lu que la fin, pour garder intact le plaisir de la découverte), j'ai l'impression qu'il s'agit d'un roman très fort, même du point de vue de l'observateur ?

Écrit par : Ingannmic | 18/10/2014

Moi Carrère je ne sais pas, il m'attire un peu et en même temps je n'ai jamais eu la vraie envie, celle de franchir le pas et de le lire... J'ai beaucoup aimé le film "l'adversaire" par contre.

Écrit par : Carnets du sous-sol | 19/10/2014

Moi aussi, quand je compte lire un livre, je survole les notes .... Tu verras, mais on a quand même affaire à une lecture intense, j'avoue avoir survolé la fin, non pas par ennui, mais j'avais des boules dans la gorge ...

Écrit par : Athalie | 22/10/2014

J'ai détesté la premièe partie qui m'a semblé très mal venue et surtout mal traitée. La seconde, où l'auteur est davantage en retrait, m'a beaucoup plu parce qu'il a laissé la place à ses personnages (en gros, j'en ai strictement rien à faire des atermoiements de l'écrivain, sauf quand ils ne sont pas nombrilistes, et trouver cet équilibre-là est un vrai défi littéraire)

Écrit par : Philisine Cave | 20/10/2014

C'est vrai que l'auteur se met en scène, surtout dans la première partie, mais contrairement à toi, ses propos ne m'ont pas gênée, les personnages se forment petit à petit et finalement, dès le départ, tout est dit. C'est sa démarche dans la seconde partie qui m'a vraiment convaincue et l'équilibre entre l'intime et ce que l'on peut supposer être du romanesque, sans en être certain. ce trouble peut être dérangeant, je l'ai trouvé risqué et réussi.

Écrit par : Athalie | 22/10/2014

Ca reste l'un de mes gros coups de coeur. Je ne sais pas quel effet il me ferait maintenant.

Écrit par : Valérie | 21/10/2014

Je l'ai beaucoup apprécié, mais ce qui est certain, c'est que je ne le relirai pas, il fait trop d'effets !

Écrit par : Athalie | 22/10/2014

Je ne l'ai jamais lu. J'ai lu d'autres Carrère mais pas celui là, et il se trouve que c'est le livre préféré d'une blogueuse chère à mon coeur, je me suis promis de le lire cette année. Ton billet me fait néanmoins craindre de beaucoup souffrir de cette lecture.

Écrit par : sous les galets | 31/10/2014

Punaise, rien que la gamine qui disparaît dans la vague, tu vois, je ne suis pas sûre en fait.

Écrit par : sous les galets | 31/10/2014

Le plus balèze dans ce livre, est que l'auteur arrive à éviter le pathos, même pour la disparition de la petite fille, mais c'est une onde de choc qui a des contre coups sur le long terme. Pas facile, facile ... Il faut que j'aille voir ce qu'en dit Valérie ( je pense que c'est d'elle qu'il s'agit ?)

Écrit par : Athalie | 01/11/2014

Les commentaires sont fermés.