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24/10/2014

Là-haut vers le nord Joseph Boyden

Un recueil de nouvelles qui m'avait marquée, il y a quelques années, je découvrais alors tout juste Louise Erdrich, et Boyden venait du même coin de littérature, celle des amérindiens d'après les cow-boy, loin des regards des blancs compatissants, deux voix qui se rejoignaient pour une incursion en des territoires laissés en friches et en misère : les réserves d'aujourd'hui, les amérindiens sans les plumes, les Cree, en réalité, plus précisément pour Boyden.

Toutes les histoires racontées ici prennent racine dans l'un de ces territoires-là , "là haut vers le nord", un vague géographique qui en dit déjà la méconnaissance et le mépris. Et en fait, peu de paysages en sont décrits ; juste qu' il y fait froid en hiver et qu'en été, les mouches noires infestent les yeux et les oreilles. Il y coule encore une rivière où murmurent encore quelques brochet et encore des souvenirs,  et encore quelques esprits rodent dans les bois, quelques tentes de sudation peuvent retenir les fantômes, mais les quatre points cardinaux cernent le malheur des personnages habitant en ce territoire qui a perdu toute identité : "Est : peine, Sud : ruine, Ouest : course, Nord : retour".  Un tour d'horizon fermé en cercle car on ne s'évade pas de la réserve. "Vous savez ce que Jésus nous a dit, à nous Cree ?" blague Salvina  qui a tenté un envol cauchemardesque :"Surtout ne faites rien avant que je revienne". Rien, alors on y survit, on s'y cantonne, on y crève d'alcool, de sucres, de sniffs d'essence volée, de mépris, de misère sexuelle, de misère culturelle, de misère organisée à coups d'allocations gouvernementales. La scolarité forcée dans les pensionnats a coupé les enfants des parents, de leurs savoirs et de de leur langue pour les laisser vides, en errance entre un passé qu'ils ne connaissent plus et un futur qui n'a pas de formes. Des savoirs ancestraux, il reste des brides, des guenilles flottantes dans les têtes d'ivrognes de Langue peinte ou de Joe cul de jatte, ou dans celle du vieux aux chiens, ou encore dans celle de Dink, qui ne sait qu'en faire l'usage de la violence. Il leur reste quelques noms, prénoms, surnoms, quelques windigos, un tambour et un chant funèbre. Mais les visions ont été remplacées par le jeu, le Bingo, qui remplit les salles et vident les têtes d'autres rêves, le pénitencier du sud et la prochaine beuverie.

Pourtant, c'est un panorama humain, trop humain, et chaque personnage porte misère et malgré tout, dignité, même si les traces en sont fugitives, se dresser contre le barrage, le rêve d'un catcheur papillon, revenir là et broder des mocassins, redire la colère en un ultime concert, ne pas sombrer, tout simplement.

Des nouvelles partagées avec Jérôme, pour moi une relecture sans aucun bémol. (et pour lui aussi, j'en suis quasiment certaine)

 

Commentaires

C'est une lecture qui m'a marquée aussi. Quelle humanité dans ces portraits !

Écrit par : Kathel | 24/10/2014

Un recueil qui font pour moi une sorte d'initiation à cette littérature amérindienne, depuis, je continue avec les livres de Boyden, mais aussi ceux de Erdrich, tu dois connaître, je pense.

Écrit par : Athalie | 24/10/2014

Je ne connais pas encore J. Boyden mais vous savez donner envie tous les deux !

Écrit par : Noukette | 24/10/2014

Tant mieux si nous donnons envie, et c'est vraiment un auteur à découvrir. Je crois avoir vu chez toi et dans tes commentaires chez Jérôme, que, comme lui, tu es une adepte du genre "court". Alors, tu peux foncer tête baissée, il y a peut-être une nouvelle ou deux un peu moins fortes, mais vraiment deux, c'est le maximum ! Et tout un auteur à lire après ...

Écrit par : Athalie | 24/10/2014

je viens de dire à Jérôme que je notais ce recueil si toi aussi tu t'y mets ...ok c'est fait!

Écrit par : luocine | 24/10/2014

Ben oui, on s'est mis à deux sur ce coup là, et on ne regrette pas ! Tu devrais aimer ce titre, il est plein d'hommes et de femmes ... de belles âmes ...

Écrit par : Athalie | 24/10/2014

Aucun bémol, non, il y a tout ce que j'aime dans ce recueil de nouvelles. Maintenant, si tu veux poursuivre dans la même veine (et si tu ne connais pas cet auteur), on peut enchaîner avec les nouvelles de Sherman Alexie (Phoenix Arizona par exemple). Ce sera une relecture pour moi, mais c'est vraiment top !

Écrit par : jerome | 25/10/2014

Sherman Alexis, le nom me dit quelque chose, j'ai du lire un truc de lui, il y a longtemps ... J'ai beau chercher dans mes étagères, je ne vois rien, ce qui n'est pas bon signe, en général. Mais si tu le recommandes, je te suis, va pour "Phoenix Arizona". Pour la date, on se dit vers décembre ?

Écrit par : Athalie | 25/10/2014

On se dit un vendredi de décembre alors, c'est plus facile de m'en rappeler le vendredi, ne me demande pas pourquoi...
Si tu as du mal à le trouver (il est épuisé, même en poche) je peux te fournir un exemplaire, n'hésite pas.

Écrit par : jerome | 28/10/2014

Je n'aime pas les nouvelles donc je passe mais j'ai beaucoup aimé son dernier roman.

Écrit par : Valérie | 26/10/2014

Si tu as aimé son dernier romans, tu pourrais quand même apprécier ces textes, je crois, c'est un peu d'inverse des "Douze tribus d'Hatty" qui est présenté comme un roman et structuré comme des nouvelles, comme tu l'as écrit. Ici, ce sont des nouvelles, mais comme le lieu et l'époque sont les mêmes et que les personnages ( certains du moins), se croisent, ben, c'est presque un roman ...

Écrit par : Athalie | 26/10/2014

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