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30/10/2014

Jeune fille en Dior Annie Goetzinger

jeune fille en dior,annie goetzinger,bande dessinnéesL'immédiate après-guerre, 1947, alors que le rationnement sévit encore, quelques privilégiés se ruent au premier défilé de haute couture de l'inconnu qu'est alors Christian Dior, une débauche de luxe dans des salons bondés et c'est l'immédiate explosion du New Look. L'euphorie touche à peine le timide créateur. Traînent bien quelques mauvaises langues illustres pour évoquer les débuts obscurs du normand dont la faillite familliale n' empêche pas ce début grandiose et cet étalage de luxe insolent. On passe ensuite dans les coulisses grâce au personnage de Clara, au départ obscure chroniqueuse dans "Le jardin des modes", puis mannequin, puis amie, puis cliente ... Et on comprend rapidement que l'intérêt de la dessinatrice de cette bande dessinée, réside uniquement dans les robes, rien que les robes, comme le dit d'ailleurs leur initial créateur.

Superbement dessinés, on assiste à un envol de chiffons soyeux très maîtrisé, ils envahissent les pages et tournevoltent comme dans une romance un peu creuse. La trajectoire du maître est linéairement plate, comme celle de l'héroïne qui nous la chronique. Le travail harassant des pauvres mannequins dont la devise désespérée est "Qui dort dîne", n'a d'égal que celui de leur inspirateur vénéré, exigeant mais attentif. 

Bref, un scénario à l'eau de Dior, malgré de superbes dessins de robes (on l'aura compris), et même si quelques vignettes montrent le décalage entre la réalité de la pauvreté de l'époque et la vanité arrogante du monde de la création et du commerce, c'est bien peu. Et comme monsieur Dior est montré comme étant essentiellement un artiste dans l'âme, l'aspect mercantile de l’univers du luxe est aussi gommé. pas de contrepoint, donc, cela fait un panégyrique qui fleure juste bon une flânerie pour happy few.  

27/10/2014

Il est de retour Timor Vermes

Un livre qui m'a presque mise en colère, avec l'impression de m'être faite avoir dans les grandes largeurs, d'avoir été tripotée du cerveau par de sales mains mercantiles et vicelardes ... et je n'aime pas le tripotage, même si c'est bien fait pour moi, j'avais qu'à pas me mettre dans la gueule du loup.

"Il", c'est Hitler, il n'est pas mort, et se réveille dans un terrain vague, de nos jours, en uniforme,  inchangé et c'est par son regard que l'on suit son analyse du monde (postulat fantaisiste déjà insupportable, j'aurais dû fuir, mais non, curiosité littéraire me tenant, la tête constamment entre deux chaises, "je continue", "j'arrête" ...). La déambulation du personnage dans notre monde lui fait constater la disparition du salut nazi, des ruines, de la guerre et le grand nombre de turcs dans les rues. Il est pris sous l'aide d'un marchand de journaux dans un quartier où grouillent les acteurs histrions des reconstitutions historiques de la deuxième guerre mondiale, et il est pris pour l'un d'eux. Repéré par les producteurs d'histrions, il va passer pour un imitateur particulièrement doué, fait le buzz sur internet et le livre se termine sur la possibilité politique de reconstruire son parti. Je fais vite parce que c'est juste très dérangeant comme posture de résumer ce livre-là.

Sûrement, on peut le supposer, l'auteur est de bonne volonté, cela se veut manifestement une fable politique. Mais quel en est le propos ? Montrer qu'aujourd'hui, le discours de la haine xénophobe fonctionnerait encore, et même en pire grâce à la manipulation médiatique ( le personnage en découvre les rouages, nullement manipulé, il en prend rapidement le contrôle, face à des fantôches, producteurs et animateurs quand même particulièrement stupides et d'une naïveté confondante et peu crédible) ? Montrer que le discours national-socialiste a gardé une puissance quasi intacte dans l’inconscient collectif, qui l'aurait intégré comme un arrière-fond, honteux, soit, mais faisant parti de l'Histoire ?

Un livre facilement manipulable dans l'autre sens, qui plus est. En effet, les discours sur la dignité européenne qui croule devant l'invasion des étrangers qui prennent tous le le boulot et des juifs qui font toujours fortune sur les ruines de cette Europe vendue aux marchands, résonnent ici d'une telle platitude stylistique qu'ils peuvent parfaitement être entendus au premier degré de la bêtise consentie, un vrai salmigondis de clichés alignés dont la dangerosité stupide ne rencontre que le vide.

Un flop de la provocation, une lecture malsaine. 

Je rajoute le lien vers la note de Sandrine que j'ai découverte après la publication de la mienne, parce que son avis final est très divergent du mien, et son argumentation est éclairante. 

24/10/2014

Là-haut vers le nord Joseph Boyden

Un recueil de nouvelles qui m'avait marquée, il y a quelques années, je découvrais alors tout juste Louise Erdrich, et Boyden venait du même coin de littérature, celle des amérindiens d'après les cow-boy, loin des regards des blancs compatissants, deux voix qui se rejoignaient pour une incursion en des territoires laissés en friches et en misère : les réserves d'aujourd'hui, les amérindiens sans les plumes, les Cree, en réalité, plus précisément pour Boyden.

Toutes les histoires racontées ici prennent racine dans l'un de ces territoires-là , "là haut vers le nord", un vague géographique qui en dit déjà la méconnaissance et le mépris. Et en fait, peu de paysages en sont décrits ; juste qu' il y fait froid en hiver et qu'en été, les mouches noires infestent les yeux et les oreilles. Il y coule encore une rivière où murmurent encore quelques brochet et encore des souvenirs,  et encore quelques esprits rodent dans les bois, quelques tentes de sudation peuvent retenir les fantômes, mais les quatre points cardinaux cernent le malheur des personnages habitant en ce territoire qui a perdu toute identité : "Est : peine, Sud : ruine, Ouest : course, Nord : retour".  Un tour d'horizon fermé en cercle car on ne s'évade pas de la réserve. "Vous savez ce que Jésus nous a dit, à nous Cree ?" blague Salvina  qui a tenté un envol cauchemardesque :"Surtout ne faites rien avant que je revienne". Rien, alors on y survit, on s'y cantonne, on y crève d'alcool, de sucres, de sniffs d'essence volée, de mépris, de misère sexuelle, de misère culturelle, de misère organisée à coups d'allocations gouvernementales. La scolarité forcée dans les pensionnats a coupé les enfants des parents, de leurs savoirs et de de leur langue pour les laisser vides, en errance entre un passé qu'ils ne connaissent plus et un futur qui n'a pas de formes. Des savoirs ancestraux, il reste des brides, des guenilles flottantes dans les têtes d'ivrognes de Langue peinte ou de Joe cul de jatte, ou dans celle du vieux aux chiens, ou encore dans celle de Dink, qui ne sait qu'en faire l'usage de la violence. Il leur reste quelques noms, prénoms, surnoms, quelques windigos, un tambour et un chant funèbre. Mais les visions ont été remplacées par le jeu, le Bingo, qui remplit les salles et vident les têtes d'autres rêves, le pénitencier du sud et la prochaine beuverie.

Pourtant, c'est un panorama humain, trop humain, et chaque personnage porte misère et malgré tout, dignité, même si les traces en sont fugitives, se dresser contre le barrage, le rêve d'un catcheur papillon, revenir là et broder des mocassins, redire la colère en un ultime concert, ne pas sombrer, tout simplement.

Des nouvelles partagées avec Jérôme, pour moi une relecture sans aucun bémol. (et pour lui aussi, j'en suis quasiment certaine)

 

20/10/2014

Le tag pour lequel personne ne m' a tagué (3)

Dimanche ... Le dimanche est une parenthèse que j'adore, je fais toujours des choses utiles, mais moins (je force ma nature de femme de devoir, de ménagère maniaque et de mère parfaite)

Je ne peux pas laver les vitres, il pleut. C'est bête ....

Je ne peux pas ranger les chambres des enfants, ils s'opposent avec une telle force de conviction que je me retrouve propulsée sur le canapé avec la liseuse de fiston en mains pour finir "La princesse des glaces", le dernier tome des "nombrils" (une des BD préférées de fifille, et "Dogs lang", une des découvertes de fiston de cet été, qui me soutient-il, ne peut que me plaire. Une telle argumentation ne peut que convenir au bruit de la pluie qui tombe. 

L'hibiscus reste vert, tout va bien. 

 

19/10/2014

Le tag pour lequel personne ne m' a tagué (2)

Je continue ma procrastination et mes plaisirs du jour :

Samedi, le jour de tous les dangers, parce qu'en théorie, j'ai du temps pour faire des choses utiles, et qu'en réalité, je n'ai pas envie de faire des choses utiles (je fais des choses super utiles toute la semaine) , mais comme je suis une femme de devoir ( et une mère modèle), je me suis forcée.

Et puis ...

J'ai regardé l'hibiscus ramené d'Espagne de cet été, coincé entre fifille et fiston à l'arrière de la voiture ( de location, la nôtre étant partie à la casse un jour de grand soleil ...). Et je ne dirais pas qu'il pousse, non, mais il a des feuilles vertes, et c'est déjà ça, vu que dans le foutraque de la rentrée, je l'avais oublié dans son sac plastique. Dire que tout le monde s'était moqué quand j'avais refusé de le laisser, mon hibiscus rose ( et au feuillage permanent ...) alors que nous découvrions avec une certaine consternation, que la voiture de location, ben, elle était quand même bien petite. Un hisbiscus rose au feuillage permanent à 2 euros cinquante, cela ne s'abandonne pas.

Mon homme a fait des endives au jambon. L'extase.

Je n'ai toujours pas rangé les chambres des enfants. Je résiste au repassage. Je glande sur mon blog ( j'ai arrêté Candy Crush, mon portable ne se recharge plus.)

 

 

18/10/2014

Le tag pour lequel personne ne m' a tagué (1)

Bon, d'accord, je ne suis pas très visible sur la "blogo" ( mais je peux utiliser le voc idoine, moi aussi j'ai une LAL et une PAL, je ne sais pas ce que veut dire une rencontre IRL, ni une lecture SP, mais je fais semblant), et je ne suis pas très TAG, je ne fais pas de swap (il faudrait que j'aille jusqu'à la poste et que je comprenne le truc des balances et des affranchissements, ce qui me demande l'assistance de fiston, ahuri devant mon incompétence, et je n'aime pas être incompétente devant fiston, après, il m'explique la vie réelle ... Quand même, une fois, j'ai envoyé un truc à Jérôme, mais j'ai bien cru que je ressortirais jamais sans le paquet).

Donc, moi aussi, je veux dire trois choses positives de mes journées, trois jours de suite, et je me tague moi-même, sans complexes.

Je commence avec hier, vendredi, parce que c'est le dernier jour de la semaine, ce qui est déjà un point positif en soi.

J'ai appris plein de trucs sur Rodin et Balzac et Zola, Buren et le pourquoi de ses rayures, Meheut, les carnets, les artistes et la guerre, les ateliers de camouflages, les faux arbres en leurre sur le non "man's land". Une journée rare, pour moi, j'ai à peine causé, j'ai engrainé ( de "graines" : planter des trucs des trucs dans ma tête pour qu'elles poussent après, en grand)

Un moment, j'ai regardé par la fenêtre et j'ai vu qu'il faisait beau. Et je m'en fichais, vu que je n'avais pas mis ma lessive à sécher dehors. Vu que je ne suis même pas en retard dans mes lessives, juste sur le repassage, mais que là, le soleil n'y peut rien.

Je n'ai pas mis les pieds dans les chambres de mes enfants, je n'ai même pas fait les bisous du soir. Je les ai laissé se vautrer devant la télévision, et je suis allée faire ma groupie de mes musiciens de copains dans un bar. J'ai bu des bières, j'ai dis n'importe quoi, je n'ai pas vu les chaussettes sales, les papiers de bonbons dans les lits. J'ai fui. La procrastination, c'est juste mon truc.

 

17/10/2014

D'autres vies que la mienne Emmanuel Carrère

Emmanuel Carrère a pris des vies et les a empilée dans la sienne, un peu à la manière de poupées gigognes, il a tiré les histoires les unes après les autres, et elles prennent forme entre elles, se rentrent les unes dans les autres à la fin, ces histoires de tristesses, de pertes et de vies.

Ski Lanka, quelques heures avant le tsunami de décembre 2004, dans un hôtel de luxe en hauteur, s'ennuient l'auteur, sa compagne et leurs deux fils. Ils s'ennuient comme on peut le faire dans un hôtel de luxe au Skri lanka, en culpabilisant d'être mous et sans envie ... mais c'est que le couple vacille et joue peut-être un dernier pas de deux avant de s'éloigner. La première histoire n'est pas la leur, mais celle d'un autre couple, Delphine et Jérôme, radieux, heureux, aperçus quelques jours plus tôt, avec le père de Delphine, amoureux de ce coin là, heureux de ce fille, de ce gendre, de ses amis, de sa petite fille, qui ce matin-là, va disparaître dans la vague. Elle s'appelait Juliette. Le petit groupe de hasard se forme le temps de quelques jours autour de la tragédie, celle-là et celle d'autres, qui errent et tanguent dans ce temps d'après, une bulle avant la vraie souffrance, qui fait tomber, ou pas.

Retour en France, autre histoire, celle de Juliette, la sœur de la compagne de l'écrivain, qui se meurt d'un cancer, récit de cette programmation du deuil et fin. Et c'est alors que tout commence, en réalité. Un peu comme dans "L'adversaire", Carrère enquête et remonte le cours de cette vie, de ce mystère qu'est finalement une vie ordinaire, pas ordinaire. Il passe par des biais, surtout celui d'Etienne, l'alter égo de Juliette, le juge dit rouge, qui clopin clopant, monte sa lutte souterraine contre les organismes de prêts à la consommation, joue et gagne. Rien de retentissant, une lutte ordinaire contre la justice des nantis tenue par d'autres nantis. Juliette et ses choix, son mari, ses filles, la première maladie, la rechute. Dès le départ, on savait tout, en résumé, mais Carrère se rapproche, reconstruit les fils, creuse : la douleur, c'est comment quand ce n'est pas la sienne, quand on en est à l'écart, mais qu'elle entoure les encore vivants que nous sommes ? L'auteur se met en scène en scène, mais juste ce qu'il faut pour que l'on reste de son côté à lui, celui de l'observation (terrifiée, à mon niveau) de ce qu'il allait oser dire, ou pas. 

Je n'ai pas versé des torrents de larmes sur ma liseuse ( ben oui, j'ai récidivé), mais, je dois l'avouer, j'ai parcouru du coin de l'oeil les pourcentages, en attendant la fin, qui réconcilie, quand même avec une certaine douceur de vivre. Je dois l'avouer encore, ce fut moins une.

14/10/2014

Césaré Fuyumi Soryo

cesare,fuyumi soryo,bandes dessinées,mangasMoi, je croyais que les mangas, c'était une B.D pour nuls de l'histoire, avec des personnages aux grands yeux et des dialogues limités à "Akaï", "Bong", "t'es mort" (je ne sais pas comment on dit "t'es mort" en japonais mais "Akaï", c'est "vas-y" et "Bong", c'est "j'ai gagné, t'as perdu", enfin, selon moi). En plus, lire à l'envers,le temps que je me sorte de ma tentative liseuse et que je retrouve mes vraies lunettes, je la voyais pas percutante l'expérience. Mais, trop tentée par C. de Jardin buissonnier, je me suis lancée. Et le problème, est que je ne peux plus m'arrêter ( au point que j'ai souscris à une carte de bibliothèque, vu que fiston et fifille ont refusé de continuer à me laisser de la place sur les leurs, les ingrats....) Du coup, maintenant, j'ai les mains qui tremblotent et la sueur au front dès que je m'approche de l'étagère des mangas, trop peur que la suite ait été empruntée, je vais finir par les planquer ailleurs, pour être sûre. Mais je sens que le bibliothécaire me guette du coin de l’œil torve de la répression de la lectrice fanatique ..)

Ce manga se situe dans le temps des Borgia, et il arrive à ressusciter l'architecture de la Renaissance, y flotte même un air de reconstitution historique à l’atmosphère fétide, fleurant bon le crime, les trahisons, les alliances contre nature, les complots en sous-mains et les rancunes tenaces. Et même si Césare y gagne les fameux grands yeux et la chevelure flamboyante en gros plans fixes, le genre Méduse du Caravage en noir et blanc, on est loin du pays de "Oui-Oui".

Le Césaré est encore bien jeune, un tant soit peu idéaliste, voire révolté lucide face aux accointances du siècle entre la religion et la politique, cultivé à l'excès, débatteur en diable et étudiant intermittent à l'université de Pise.

Dans cette université , il est le chef de la confrérie des espagnols, être le bâtard reconnu d'un cardinal n'étant pas plus choquant qu'une élection du pape contrôlée par des intérêts politiques. Il va y prendre sous son aile ( sombre, mystérieuse et d'autant plus attirante que sa chevelure en plan fixe est noire de jais), le jeune Angelo, blond, évidemment, lui, comme les blés de l'innocence. Angelo est le petit-fils d'un artisan de Florence, patronné par Lorenzo Médicis en personne, pour reconnaissance de son intelligence hors pair. Sauf que le blondinet, il est ignorant des usages en usage dans l'échelle du respect dû aux grands. C'est ainsi qu'il ignore les marques de la politesse envers le leader obligatoire des étudiants florentins, le fils de Lorenzo, Giovanni Médicis. Il accumule les entorses à l'étiquette et son franc parler naïf laisse bruire les futurs retentissements dans l'ombre des futurs super puissants de ce monde riche en intérêts divergents, et obscurs, surtout obscurs d'ailleurs pour l'instant ... (bon, si vous avez lâché maintenant la lecture de cette note, sachez que dans la vie réelle, j'en suis au cinquième tome, et que donc, après, je ferai plus court, normalement ...)

L'élection du nouveau pape se profile, le père de Césaré attend dans la semi pénombre, les pauvres grouillent à la porte de Pise, Savanarole rôde. En attendant les tomes suivants , je me laisse savourer cet étonnant voyage dans le temps et dévore des yeux la délicatesse d'un paysage toscan, des clairs-obscurs baroques aux détours du raffinement d'un dessin, la délicatesse d'une tapisserie ou d'un plafond à caisson, les rendus d'un sol pavé.

En plus, c'est en noir et blanc, c'est dire ...

10/10/2014

Daewoo François Bon

Moi, quand la fibre sociale me prend, je ne la lâche plus, au cas où mon mauvais génie me traînerait encore ailleurs, vers de fictives prairies .... J'ai donc profité de la ficelle un peu tordue par laquelle ce livre est arrivé chez moi (ma copine G. qui me l'a prêtée était dans l’événement que l'auteur décrit très bien ici). Un essai entre mes mains (mais en est-ce vraiment un ?), c'est rare, le dieu des romans m'en gardant bien. On ne sait jamais, je pourrais ouvrir un œil sur la vraie réalité et m’apercevoir qu'elle est encore plus laide que les bouquins glauques que je m'avale avec délectation, eux. Le noir, je le préfère en faux. Et là, c'est du vrai. A la sauce François Bon.

Daewoo, tout le monde s'en souvient encore, peut-être, un peu ... Trois usines d'une grande chaîne de fabrication coréenne qui s'implantent dans les terres désertées de l'économie de marché, le nord de la France, ses habitants et ses paysages dévastés par la fin des hauts fourneaux. A grands coups de trompettes, politiques, et de soutien financiers européens, Daewo et ses hangars de production électro ménagère fut présenté comme le début du salut. Quelques années plus tard, c'est le salut final du dirigeant corrompu, et la fuite des matières premières vers un avenir plus rentable. Les ouvrières, elles, sont restées sur le carreau du sur place. Et la mémoire collective les a estompées, prise par d'autres comme elles. Toujours les mêmes, plus ou moins, on finit par les confondre les plans sociaux, les enregistrer en arrière fond sonore, un fond sonore de crises perpétuelles. (Non, pas d'analyses politiques de ma part, c'est en gros, ce qu'explique l'auteur, en mieux écrit, pour expliquer sa motivation de parler de ces femmes-là.)

Il raconte comment il a recueilli leur témoignages. Il les recueille mais ne fait pas que les transcrire. A la manière de Pérec, dont il est un grand admirateur (je peux que le rejoindre), il met la parole en espace, côté théâtre, et côté friches industrielles, à la manière de "Espèce d'espace" . Il montre le rôle que le paysage joue, les rouleaux de fils à clôture vert rigides qui ceinturent l'abandon des entrepôts, les terrains d'entrainement pour futurs chiens de combat ... Comme les anciennes importations  venues d'Asie ont fait pousser en ces terres du nord, des espèces exotiques  entre les gravats, des femmes aussi ont poussé là. Et elles racontent, elles, qui ont été effacées du carreau de la vitre, comme des gouttes de poussière, elles racontent leur solitude, le suicide de l'une, la fraternité, et la fragilité de cette fraternité, déjà effacée, comme la lutte, dont il reste peu de chose, un cahier, tenu par l'une d'entre elle, et les articles dans les journaux, de plus en rares, les liens entre elles, qui se sont faits et défaits, de brefs moments d'illusion dans la chaleur éphémère des palettes brûlées. Espace, femmes, monologues, errances de l'âme, que  l'auteur reconstruit. Un auteur en empathie, pudique, pas de mots vulgaires en leur bouche, pas de phrases incorrectes, pas de réalité crue, un lissage humaniste qui, pour moi, est le seul (petit) défaut de ce livre.

Ce choix, respectueux, enlève aux voix un peu de leur individualité, je finissais par les confondre un peu toutes, mais peut-être est-ce que c'est cet effet que François Bon a voulu atteindre, faire entendre une voix collective. Malgré ce moindre bémol, tout personnel, un livre qui harponne l'indifférence, et m'a mis le nez dans la saleté du réel. Et je ne dirais pas que cela fait du bien, il n'est pas écrit pour cela.

 

 

 

07/10/2014

Le bizarre incident du chien pendant la nuit Mark Haddon

J'ai parfois la fibre sociale, voire humaniste. Entre deux plongées dans les horreurs des noirceurs des âmes humaines, je tends le bras vers l'étagère où soufflent les murmures des naïvetés angéliques. Ce que ce roman n'est pas, en réalité, mais un souffle naïf, je le croyais, au moins.

Il met en scène un enfant autiste, atteint du syndrôme d'Azperger, pour être plus précise. Il a construit  son monde bulle où le nombre de voitures rouges croisées durant le trajet entre son domicile et son école détermine si son humeur du jour sera très bonne, bonne, mauvaise, ou très mauvaise, où la couleur des aliments détermine ce qui peut, ou non, rentrer dans son estomac, où qui le touche détermine l'ampleur de son dégoût et de sa violence. Christopher est tout entier dans son déterminisme dont il ne peut sortir et ses calculs incessants sont sa lecture du monde et sa carapace nécessaire. Dans un quartier tranquille, sa routine le protège, et son père fait de son mieux pour faire pareil, maintenant que sa mère est subitement morte.

C'est dans les limites de son territoire que le hasard va frapper, ce hasard qu'il ne peut supporter : il va retrouver le corps du chien de la voisine coupé en deux par une fourche et être accusé du crime, encore par hasard. L'enfant se décrète alors enquêteur et romancier, ce qui lui demande de faire pas mal d'entorses à sa carapace.

Le livre nous place dans la tête de l'enfant et ce choix implique les limites qui font que cette lecture ne m'a pas particulièrement passionnée ( euphémisme à relativiser). Je ne vais pas me lancer dans un "possible-pas possible", me mettre à juger du degré de crédibilité faisant qu'un enfant autiste puisse se lancer dans une fuite solitaire en train vers Londres avec uniquement son rat domestique en guise de panneau indicateur ... Après tout, la possibilité que Fabrice se retrouve pile à Waterloo ou que Rastignac tombe pile sur la pension Vauquer, si on y songe, ce n'est pas très crédible non plus. Et on s'en fiche. Donc aux spécialistes de jauger l'aspect médical et moi ma lecture.

Le point de vue d'un enfant n'est pas un choix facile, il faut que l'enfant reste enfant et c'est risqué. Si on le veut crédible, l'enfant a l'analyse à courte vue et le vocabulaire assez répétitif, surtout quand il raconte (je n'ai rien contre les récits des vrais enfants, dont les miens, mais d'abord, ce sont les miens, ce qui m'enlève de l'objectivité, et les récits des enfants des autres, je les laisse aux autres, vu que j'ai assez avec les miens, qui sont généralement assez longs. Je me demande d'où ils peuvent tenir, cet art, (par ailleurs fort bien maitrisé) de la digression et des parenthèses ...)

Par "courte vue", je veux dire que lorsque Christopher en arrive à une nouvelle révélation, ben, on l'avait vu venir depuis un petit moment déjà. Et, par répétitions, que lorsqu'il recommence à compter les voitures pour savoir si il va vivre un très mauvais jour, un mauvais jour, un bon jour, ou un très bon jour, j'avais juste envie de lui dire "Tais-toi". D'ailleurs, c'est aussi ce que lui sa mère dans le livre, donc, j'ai une super excuse.

Mais le roman a des qualités, dont celle d'éviter les trémolos de la bienpensance en ne faisant pas un ange d'un enfant handicapé, en ne montrant pas des parents sanctifiés , mais des "normaux" qui s'énervent, se découragent, se fatiguent, délèguent, tentent d'avoir une nouvelle chance. l'amour n'empêchant pas l'exaspération et les erreurs, sinon, on le saurait ...

Merci à C. pour le prêt !

04/10/2014

Moderne Olympia Catherine Meurisse

moderne olympia,catherine meurisse,bandes dessinéesL'Olympia, celle de Manet est sortie de son cadre, ce qui n'empêche qu'elle n'en est pas plus habillée pour autant et c'est toute nue et sans pudeur, juste avec sa fleur, son modeste ruban au cou, son petit bracelet et ses mules, qu'elle se promène dans le monde foutraque et délirant concocté par Catherine Meurisse.

Dans ce monde là, les tableaux sont des films, les ateliers, des studios de tournage, et les peintres ont disparu, laissant leur place à des réalisateurs-techniciens-producteurs avides ... Le rêve de cette très moderne Olympia est de tenir un premier rôle dans une superproduction, et aussi d'incarner Juliette (Ben oui, Moderne Olympia est ici davantage une romantique fleur bleue qu'une prostituée provocatrice). En attendant, comme elle appartient au monde des modèles-acteurs des Réfusés, elle n'obtient que des rôles de figuration dans les super productions officielles dont la star est la Vénus ( celle de Cabanel), perpétuellement escortée de ses trois amours échos retenus par leur ruban en laisse.

Olympia se précipite partout où elle pense avoir sa chance ( et accessoirement tente de trouver son Roméo) et sur son chemin, on croise des copines à elle, la buveuse d'absinthe de Degas, la charmeuse de serpent du Douanier Rousseau, quelques danseuses de Toulouse Lautrec et de Degas, un fifre, un déjeuner sur l'herbe ... Bref des tableaux dans le tableau à ne pas y reconnaître son maître ...

Un album séduisant, brillant, érudit, culotté et enlevé sur un air d'opéra bouffe d'Offenbach, un peu court quand même dans le propos, un jeu de piste amusant à suivre, mais plus comme une amusette saugrenue, un moment de référentes dingueries.