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10/12/2014

Louis et la jeune fille Cécile Ladjali

louis et la jeune fille,cécile ladjali,romans,romans français,romans épistolairesA priori, rien ne relie les deux récits qui constituent ce roman, sauf la forme épistolaire. Deux séries de lettres qui ne se croiseront jamais, deux séries de lettres dont nous n'avons pas les réponses, dont on devine que certaines restent, justement, sans réponse, sans que l'on sache vraiment pourquoi. Du coup, on dirait des lettres entourées de silences. Rien ne les relient non plus dans le temps, le lieu, le caractère des personnages, en pas mal de point opposés. Que font-elles donc ensemble, ces deux voix à l'une et à l'autre inconnues, et depuis longtemps tues ?

La plus ancienne est celle de Louis, simple troufion enfoncé dans les tranchées de 1915. Il écrit à sa mère, lui ment, lui dit que tout va bien, qu'il a bien reçu les colis, qu'il ne faut pas lui en envoyer autant. Il écrit à son frère la vérité, la peur, la folie, la peur de la folie, la peur qui fait trembler sa main. Son cadet doit savoir pour ne pas s'engager,  que ce ne soit jamais à son tour. A son ancien instituteur, Louis écrit sa rage, réclame des livres, inutiles là où il se trouve, et donc nécessaires. A Marie, la femme qu'il aime, il accuse son silence, "l'odieux crime" de l'oublier et de rester dans la vie, alors qu'il se noie dans la mort qui l'entoure. Enfin, à Léonie, sa marraine de guerre déjà veuve d'un soldat déjà disparu, son faible espoir de revivre un jour. Il s'accroche aux mots.

S'entrecroise à ses lettres dévastées, la prose de la sautillante Lorette. Elle aussi écrit à tout va. Elle écrit légèrement comme respire une jeune fille de vingt ans, vivant à Paris, dans les années cinquante, bien loin de tout le fracas des guerres.  De sa chambrette avec baignoire, elle découvre le jazz, et égaie ses fenêtres de pots de géraniums. Lorette, insouciante, écrit qu'elle aime les homme et son fiancé anglais, Jack, qu'elle aime les mots et les savons parfumés du Bon Marché. Elle écrit à son journal intime, à son amie intime et à son père lointain, qu'elle tente de tirer par la manche. En vain, semble-t-il, ce père l'oublie, ne vient pas, ne répond jamais. Entre les mots qui sautillent, toujours, Lorette glisse celui de la tuberculose, dont elle souffre, de la fièvre, puis du sanatorium, de la mort possible. Lorette commence à tricher, on le sent, et elle papillonne encore un peu pour échapper au verdict.

Entre les deux personnages, on cherche le lien : père ? grand-père ? Où est le secret de famille bien caché qui va tout expliquer à la fin ? Normalement, il y en a toujours un. En bonne lectrice avertie et formatée, je l'ai attendu, puis guetté, puis juste deviné, acceptant finalement que les deux voix se taisent, et que c'était peut-être tout.

 

 

Commentaires

pas trop envie de lire ces lettres mais je trouve le point de vue original mais ce sont des lettres inventées ?

Écrit par : luocine | 11/12/2014

Merci de ta demande de précision ! Effectivement, j'avais oublié de dire que ces lettres sont complètement fictives, même si les lettres de Louis peuvent sembler directement inspirées des lettres de "Poilus" véridiques. Il y a une qualité de l'écriture qui pourrait te plaire, je pense.

Écrit par : Athalie | 13/12/2014

Je n'ai jamais lu Cécile Ladjali mais elle avait suscité mon intérêt lors d'un passage à LGL.

Écrit par : manU | 11/12/2014

Je regarde rarement cette émission et la dernière en date que j'ai survolée de loin, était celle sur "les livres qui ont bouleversé votre vie" et j'ai trouvé que qu'on était limite de la star ac'. Je ne sais pas si tu as regardé, mais c'est "Le petit prince " qui est arrivé en tête ... Clichés et bondieuseries littéraires sortez de ces corps !!!
Pour le livre de Cécile Ladjali, ce n'est pas une pépite, mais un livre bien écrit et les personnages sont "charmants". C'est déjà pas mal !

Écrit par : Athalie | 13/12/2014

Pas lu celui là mais j'ai réservé en bibli son dernier livre sur la lecture et les livres on verra

Écrit par : Dominique | 13/12/2014

C'est à "Lire, écrire, transmettre" que tu fais allusion ? Le sujet me passionne et il y a du Pérec dans dans cette histoire de bibliothèque, alors forcément, je suis tentée aussi.

Écrit par : Athalie | 13/12/2014

Me voilà convaincue par ton billet ! Depuis que j'ai lu l'autobiographie de cette écrivaine, j'envisage de lire d'autres livres d'elle. Celui-ci sera le suivant ;-)

Écrit par : Margotte | 14/12/2014

Une autobiographie ? décidément ! encore une écrivaine que je découvre et qui a écrit plein de bonnes choses qui me sont passées sous le nez ... Rien à voir mais je n'ai toujours pas trouvé "Trauma", je me ronge les ongles en lisant le dernier Ellory !

Écrit par : Athalie | 20/12/2014

arff, si ce n'est pas bouclé, je risque d'être déçue, du coup j'hésite, j'aime quand il y a un lien, pas seulement deux personnes qui écrivent (et qui dissimulent un peu aussi) avant de se taire ou de mourir. Je ne te sens pas complètement emballée, du coup je sens que je tergiverse...

Écrit par : sous les galets | 19/12/2014

Non, je ne suis pas complètement emballée, mais pas rétive non plus, et puis, je ne l'ai pas dit, mais il y a une boucle, un lien, rattrapé à à la dernière minutes, sur un fil de poil près (mais on sent bien que c'est fait exprès, pas juste pour le faire). Très fin, très ténu. Un livre à glisser entre deux pavés.

Écrit par : Athalie | 20/12/2014

Oh, il me le faut celui-là... trop tentant.

Écrit par : Karine:) | 27/12/2014

Les commentaires sont fermés.