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11/01/2015

Le dernier gardien d'Ellis Island Gaëlle Josse

img4.jpgUn lieu immobile, un temps figé comme frappé d'éternité d'avant l'heure, après "Les heures silencieuses" (un intérieur hollandais figé comme un tableau de maître), et "Noces de neige" ( deux wagons ferroviaires confinant leur voyageuse dans un roulis de sentiments), voilà exposée ici l'âme tourmentée de celui qui aurait été le dernier gardien des "portes d'or".

Une âme qui se barre à tous les vents et jette sur des feuillets les derniers soubresauts d'un solitaire avant fermeture du site. Nous sommes le 3 novembre 1954. L'univers de John Mitchell se clôt. Définitivement. Ellis island ne sert vraiment plus à grand chose depuis longtemps, de toute façon et lui non plus.

Inspirée par un lieu réel, l'histoire du personnage est fictive. A jamais dédiés aux rêves, à leur mort, et à la solitude, lieu et homme ne semble nt faire qu'un. Lieu clos où arrivaient tous les éclopés de l'espoir européen, le cœur de l'homme s'est lui aussi fermé aux échos de celui que les émigrants venaient chercher, les lumières de Brooklyn, de la vie, de la liberté. Ils sont passés. Il est resté là. Il se contente des limites de cette île depuis la mort de sa femme, la sœur de son meilleur ami. Et John Mitchell ne semble rien avoir vécu d'autre comme palpitations de cœur, que ces moments de moments domestiques, comme éclairés de l'intérieur d'un phare qui marcherait à la lampe à huile.

Un coup bref, un noir long, un coup bref, un autre noir long. Bref, heureusement qu'il n'était pas un vrai phare, sinon, les candidats à l'exil américain n'auraient jamais trouvé la porte de leur rêve ...

Ces hommes et ces femmes défilent devant sa mémoire comme derrière un rideau flouté en noir et blanc, sous-titrés de son silence, ces irlandais, ces juifs, ces italiens, ces vagues successives d'hommes en valise et de femmes en jupons, photographiés par A. Sherman , le maître des lieux, n'en a pas vraiment regardé beaucoup. Sauf, pour on ne sait trop quelle obscure raison,  une jeune calabraise qui fera à nouveau chauffer et brûler les ardeurs amoureuses endormies du capitaine fantôme. 

Deux flash-back, deux femmes aimées dont une amante mal aimée, et le récit se dilue dans la solitude. Un peu de sécheresse donc, pour moi, dans ce récit si dépouillé de passion qu'il en entraîne un brin de déception car le personnage, maillon de l'exil, est si exilé lui-même en lui même, qu'il coupe le lien avec le lecteur, par moment. Dire le silence, faut dire, ce n'est pas facile non plus. Mais ici, c'est quand même drôlement bien dit. C'est déjà ça.

Commentaires

un bon roman mais avec quelques imperfections, j'avais énormément aimé les heures silencieuses mais celui là est bien, par contre je te conseille le livre de G Perec sur Ellis Island excellent

Écrit par : Dominique | 11/01/2015

Un bon roman, j'attendais une "pépites", tellement j'apprécie cette auteur. Tant pis ce sera pour la prochaine fois. J'avais lu tes quelques réticences et je te rejoins, donc.
Je connais le texte de Pérec aussi. Et effectivement, il est excellent. Comme tout Pérec. Tu dois aussi avoir vu le documentaire, dont le titre m'échappe. Il est également à recommander.

Écrit par : Athalie | 11/01/2015

Je sais pas pourquoi, cet auteur m'intrigue et en même temps je n'arrive pas à franchir le pas. J'ai peur d'être déçue. Je vais commencer par "Les heures silencieuses"...

Écrit par : Une Comète | 11/01/2015

Tu as raison de faire ce choix, je pense. Même si j'ai bien aimé les deux titres que j'ai lus de Gaëlle Josse depuis "Les heures silencieuses", celui-là est un petit bijou.

Écrit par : Athalie | 11/01/2015

je ne savais pas que Perec avait écrit sur Ellis Island si je le trouve je le lirai, celui-là me tente moins.

Écrit par : luocine | 14/01/2015

Le texte de Perec est "Ellis Island", c'est des rares que je ne possède pas de cet auteur ... Du coup, je n'ai pas pu le refeuilleter pour enrichir mon commentaire. Mon souvenir est vague, lointain, mais très positif. Le documentaire est très bien aussi, ce sont les "Récits d'Ellis Island". Il n'existe que des extraits sur le net, à ma connaissance.

Écrit par : Athalie | 14/01/2015

Il est vraiment intéressant ton billet, car plusieurs blogueurs ont justement eu une retenue sans pouvoir expliquer précisément ce qui ne leur a pas plu, et j'ai l'impression que tu traduis quelque chose que j'ai ressenti chez d'autres. Tu parles quand même de lien coupé avec le lecteur, ce n'est pas rien. J'ai beaucoup aimé nos vies désaccordées, moins Noces de neige, la je craignais une succession de portraits de migrants sans véritable lien entre eux...je vais encore attendre un peu pour le lire je pense. J'ai les heures silencieuses en attendant....

Écrit par : sous les galets | 15/01/2015

Je pense que c'est le revers de la médaille de son personnage, car le roman est très bien fait, avec une richesse de langue et d'images, on sent Ellis Island. Pas de portraits de migrants pathétiques du tout. Le seul pathétique, c'est le narrateur. On finit par le plaindre, sans y adhérer. La solitude a son revers ... Et comme l'auteure en fait un grand solitaire, il finit tout seul, sans nous, du moins, sans moi.
Merci pour ton compliment, moi comme d'hab, je le trouvais foutraque, mon billet.
Et si tu as "Les heures silencieuses" en attente, n'attends pas. File sous sous la couette et tourne les pages ... Moi, c'est "Nos vies désaccordées" qui me reste à lire.

Écrit par : Athalie | 15/01/2015

Bonsoir Athalie, moi qui ai visité l'île d'Ellis Island et son musée, je pense que je lirais ce livre. Bonne soirée.

Écrit par : dasola | 21/01/2015

Les commentaires sont fermés.