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21/01/2015

Annabel Kathleen Winter

annabel,kathleen winter,romans,romans américainsUne note sur l'effet subliminal dans l'esprit d'une lectrice basique produit par une éruption d'illustration de couverture vue partout, blogs, devantures, livres à lire, coup de cœur ... Ce livre-là, je ne pensais plus le lire, (trop de couvertures tue l'envie de lire l'intérieur). Et ce qui est certain, c'est que je ne l'aurais jamais mise au Labrador, l'action.

Cause que joli petit corps dénudé androgyne dans la neige des rudes trappeurs que j'imagine virils et poilus (inutile de préciser que je n'ai jamais vu le corps dénudé d'un viril trappeur poilu du Ladrador, même pas en rêve ..), j'en tremble, rétrospectivement, de froid et de peur pour lui et j'en tremblait du misérabilisme à seaux et à tempêtes, le genre à vous faire prendre la pancarte "laissez les vivre" (les = les androgynes au Labrador ou ailleurs, d'ailleurs, mais heureusement (pour eux) ils sont peu, alors le risque d'être androgyne au Labrador, je ne vous dis pas, sauf que là si ...)

Comme je n'avais pas non plus vraiment lu les nombreuses notes qui célébraient les charmes de cette histoire d'hermaphrodite perdu dans l' univers des caribous (je ne lis pas toujours attentivement les notes quand je n'ai pas encore lu les livres, même pas chez d'Ingannmic), je fus fort surprise de m'y retrouver transportée et en encore plus de m'y immerger de mon plein gré et de m'y engourdir, attardée et ravie de l'être.

Le corps d'Annabel, il n'est pas seulement hermaphrodite, il est imprégné, façonné, de cette terre du caribou blanc, des lignes de trappe, des cordes de bois, des odeurs de l'herbe, de crêpes, d'hamburger et d'essence. Imprégné et façonnée aussi, par le silence de ses parents et l'invisible image de l'enfant qu'ils ont voulu, puis voulu avoir. De ce désir là, Annabel est double et portera le nom de Wayne à cause du désir du père de choisir ce sexe fort là.

La mère, elle, laisse couler sa peine de la petite fille perdue. Elle sait que, castrée par le père, elle ne s'en sortira pas indemne. Pourtant, elle ne dit rien. Annabel-Wayne grandit, sans rien savoir de la petite fille, qui, en lui-elle, frappe par petites touches : le goût du dessin, des arabesques, une passion pour les ballets télévisés de nage synchronisée, le rêve fou de porter un maillot de bain à paillettes. Un truc pousse en Wayne comme pousse la tragédie dans un corps qui s'ignore. 

Et Wayne grandit toujours. Dans le village, seule Thomiasina connait le secret. Elle aussi le tait, même si c'est du bout des lèvres, elle est la seule à nommer la part de Wayne qui lui est cachée. Une singuliere attirance lie le garçon que l'on nomme Wayne à cette femme et à Willy Michelin : une fille ose manger des sandwichs à la salade verte et qui rêve de devenir chanteuse d'opéra en apprenant les notes, une par une, dans une partition de Fauré d'après Racine.

Est-ce quand on a été séparé de soi-même, c'est pour toujours ? Est-ce que le silence étouffe tout remords de s'être tu ? Est-ce les ponts unissent ou séparent les deux rives ?

Ouaips ! Il se passe de drôle de trucs dans le Labrador, avec de la magie et du drame et de la tristesse et de l'amour dedans. Franchement, j'aurais pas cru trouver tant de plaisir à les lire.

Merci A.M.

 

Commentaires

Je ne me rappelais plus de l'histoire mais j'ai lu d'autres avis plus que positifs sur les blogs.
Tu confirmes, je le note donc.

Écrit par : manU | 21/01/2015

L'histoire en réalité, je me suis efforcée de ne pas en dire trop (peut-être même pas assez, mon homme m'a avoué ne pas avoir tout compris à ce que je racontais ... avec keisha,( sur une autre note), ça fait deux dans la même journée. Il va falloir que je me calme !). Donc, déjà, j'arrête les parenthèses dans les parenthèse et, oui, je confirme, il est très bien, ce roman.

Écrit par : Athalie | 22/01/2015

Je confirme tout le bien que tu dis de ce roman... Rétrospectivement, je trouve un peu "too much" son goût pour les maillots de bain à paillettes, qui n'est pas partagé par toutes les filles, heureusement (beurk !). Tu as bien de te laisser convaincre de le lire ! ;-)

Écrit par : Kathel | 22/01/2015

Tiens, je me suis fait la même remarque sur le maillot de bain, non pas en lisant le livre, mais en écrivant cette note. Le féminin ne se passionne pas forcément pour les maillots à paillettes, ni pour les robes à frou-frou d'ailleurs ... Mais en général, le roman évite quand même ce genre de poncifs. En gros. Peut-être une image pour marquer que le corps refusé s'exprime de manière exacerbée ? je ne sais pas.

Écrit par : Athalie | 22/01/2015

Il est dans ma pal et je me suis promis de le lire dans l'année (ça va, j'ai encore un peu de marge !).

Écrit par : jerome | 22/01/2015

Il FAUT QUE TU LISES CE ROMAN !!! Il va réveiller ta part de féminité ! ( si tu te mets à porter des maillots à paillettes, je veux voir les photos sur ton blog ! ( et je pense que que je ne serai pas la seule !( mince, j'avais di que j'arrêtais les parenthèses, moi).
Un excellent roman, maillot à paillettes ou pas.Très sensible, à fleur de peau, de nature, d'odeur, de rêves.

Écrit par : Athalie | 22/01/2015

Qu'est-ce que j'ai aimé ce roman ! Un énormissime coup de coeur !

Écrit par : Noukette | 22/01/2015

Enormissisme, je ne dirais pas pour moi, mais presque, presque ...Juste avant, sans que je puisse dire le pourquoi pas "énormissisme" : trop exotique ? trop centrée sur une individualité ? je ne sais pas. mais que c'est beau de partir ainsi. Un réel plaisir de lecture.

Écrit par : Athalie | 22/01/2015

je n'ai pas encore entendu parler de ce roman , mais s'il passe à la médiathèque je le lirai .

Écrit par : luocine | 22/01/2015

Mais comment tu as fait pour ne pas le voir partout ce livre ? Il était sur tous les blogs (enfin ceux que je lis, et on a à peu près les mêmes) et toutes les devantures ! (ou alors, c'est moi qui focalisais ...). Il devrait être bientôt à la médiathèque, ou alors ce n'est pas une bonne ! ( ce qui ne semble pas être le cas, vu le nombre de livres que tu y trouves.) ( et mince, encore une parenthèse !)

Écrit par : Athalie | 22/01/2015

Je vois que nous avons vécu la même expérience : un a priori que l'histoire de K.Winter, et sa façon de nous attacher à ses personnages ont rapidement fait fondre...

Écrit par : Ingannmic | 22/01/2015

Oui, et ce n'est pas la première fois que je manque de passer à côté d'un régal de lecture à cause de mes à-priori, et souvent, c'est parce que j'ai trop vu le livre partout et du coup, j'ai l'impression de l'avoir déjà lu. ( ce pourquoi, je survole les notes aussi, je vais les relire après avoir écrit la mienne, comme je l'ai fait chez toi, évidemment ( d'ailleurs normalement, il y avait un lien)). Pour "Annabel", j'ai eu de la chance, c'est une amie proche qui me l'a offert, et en général, quand elle aime, j'aime aussi. C'est bien les amies ...

Écrit par : Athalie | 23/01/2015

Mon billet paraitra dans quelques jours, j'ai énormément aimé ce livre que j'ai trouvé d'une grande pudeur et délicatesse pour un sujet difficile à aborder
j'ai aimé tous les personnages

Écrit par : Dominique | 23/01/2015

je te lirai, comme tous les jours ! Et oui, tous les personnages sont aimables, même le père, même la mère, ils m'ont touchée dns leur infini maladresse tendre.

Écrit par : Athalie | 23/01/2015

Ce roman ne me tentait pas spécialement mais c'est peut-être son traitement délicat qui fera changer la donne. Bises

Écrit par : Philisine Cave | 24/01/2015

Franchement, je n'y croyais pas non plus au sujet ... En tout cas, je ne le voyais pas du tout traité avec tant de délicatesse et de profondeur d'amour feutré. A lire, vraiment.

Écrit par : Athalie | 24/01/2015

Pfff, mes biblis n'ont rien, les nulles (je suis une fille, pas du Labrador, sans maillot à paillettes-beurk)

Écrit par : keisha | 26/01/2015

Pourtant, elles ont l'air bien fournies tes biblis : tu es sûre que tu n'as pas rentré "Maillot à paillettes" dans le moteur de recherche ^-^ ? Un livre qui devrait te plaire pourtant, je suis même assez étonnée que tu ne l'ai pas déjà lu.... L'Amérique profonde, la nature ... (il n'y a pas d'oies par contre ... désolée !)

Écrit par : Athalie | 26/01/2015

Punaise, qu'est ce qu'il est beau ton billet ! Ce livre était tellement partout tout le temps, que j'ai passé mon tour, et le sujet me paraissait vraiment trop lourd. Mais là vraiment c'est beau ce que tu écris sur le fait d'être séparé de soi....

Écrit par : sous les galets | 27/01/2015

Merci, mais c'est surtout le livre qui est beau, on n'a pas envie de gâcher ... J'avais les mêmes à-prioris que toi, livre vu partout + sujet racoleur (les malheurs d'un hermaphrodite .... ça me causait moyen à l'universel du sujet ! Et puis, heureusement que ma dealeuse-fournisseuse-de-pépites-en-chef, est passée par chez moi, et franchement, il est drôlement bien ce livre.

Écrit par : Athalie | 27/01/2015

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