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28/02/2015

Un membre permanent de la famille Russel Banks

un membre permanent de la famille,russel banks,nouvelles,amériqueNon seulement je lis peu de nouvelles, mais en plus, quand j'en lis, j'ai un mal de chien (et l'expression est à prendre ici quasi au sens propre, vu l'importance de cet animal dans la nouvelle qui donne son titre à ce recueil ...) à en parler.

Me voilà donc à retourner le volume en tous sens, cherchant l'unité, les points communs ... Allez (je compte sur Ingannmic pour me rectifier ou nuancer ou analyser clairement, elle fait cela très bien), je dirai "solitude" et "couple" : solitude en couple, en ex-couple, voire sans couple du tout, les personnages ont le palpitant qui flanche, même les chiens, donc, sont vieux ou morts. Ce recueil déborde de coeurs qui lâchent, ou de coeurs lâches. Pas gai ? Non, pas gai du tout. Du fond de mon plaid, j'en avais les pieds refroidis. (heureusement, j'ai aussi une bouillotte ... Le problème est que c'est fiston qui l'a confectionnée à base de pois chiches, il faut la mettre dans le micro onde pour le faire chauffer. Cela fonctionne très bien mais il faut aimer l'odeur des pois chiches ...)

Ces nouvelles de Russel Banks sont donc à vous flanquer un cafard prégnant. Elles sont très belles, ciselées comme on aime dans le quotidien un peu décalé de coeurs solitaires, mais tristes à pleurer. Ancrées dans le réel des USA actuels, on va de Miami, mais celui de l'envers du décor, ici les palmiers ne bruissent que sur le désert des parkings ou sur le fond d'écran du balcon d'un immeuble sans vue sur mer, à des villages paumés dans la neige. 

Dès la première nouvelle, on se dissout dans le basculement d'un retraité, ex-marine, qui ne veut pas finir en ex-père, et qui, voulant conserver sa dignité, va passer de l'autre côté de la légalité. Dans la suivante, un divorce plus tard, une bulle paternelle éclate. deux divorces encore plus tard, un vieux couple erre dans un camping-car, coeurs à la dérive, dans une autre un coeur qui s'arrête sur un court de tennis, et la veuve perd l'urne funéraire ("Oiseaux des neiges") ... Un coeur de jeune homme bat dans le corps d'un homme sans joie ("Transplantation", et même les blagues des perroquets battent sérieusement de l'aile ("Le perroquet invisible")... parfois, on passe si près du drame, que même si il n'a pas lieu, c'est comme si le monde avait arrêté de tourner un moment pour nous suspendre dans ce bord si mince qui vacille ( "Fête de Noël").

Tous les personnages, branlants et si ordinaires, infra-ordinaires, sont extrêmement troublants, portant le poids d'une écriture qui ne leur concède rien et les renvoient à la vacuité de leur choix ("Perdu, retrouvé", qui est sans doute la nouvelle qui m'a le plus touchée) ou de leur quête ( "A la recherche de Véronica")

Des personnages pris dans des riens, des moments écrits comme Hopper peint, avec du sombre qui envahit les lumières restées allumées, où le soleil tranche comme une arrête de glace. A lire, mais du bord des larmes....

A découvrir, la note d'Ingannmic.

22/02/2015

Le village évanoui Bernard Quiriny

le village évanoui,bernard quiriny,romans,romans belgiqueChatillon-en-Bierre ... personne ne descend plus, personne ne va plus nul part, tout le monde y reste ... Tel est le postulat que l'auteur a imposé à son microcosme ...

Chatillon-en-Bierre, comme son l'indique, est un gros bourg de la Bierre, le genre de bourg que l'on aperçoit parfois au fond d'un paysage croisé d'un clin d'oeil indifférent que l'on jette à travers la vitre de la voiture lors d'une transhumance autoroutière et que ne laisse aucune trace sur la rétine, et aucune envie d'y séjourner. Y'a même pas le panneau indicateur avec "le plus joli des concours de façades fleuries de géraniums" ... Y'a rien.

Un bourg et un canton rural, des habitants dedans, la plupart y sont nés et ne comptait pas vraiment en sortir, les autres y était arrivés par commodité financière et ne comptait pas vraiment y rester. Ou plutôt, la question ne se posait pas jusqu'au jour où ce n'est tout simplement plus possible de le faire ... En effet, un beau matin normal, une frontière invisible va trans former le village en vase clos sur lui même : toutes les voitures tombent en panne au même endroit, et, à pieds ou à vélo, les chemins deviennent sans fin ... Il s'avère rapidement que, sans que l'on sache pourquoi, ni pour combien de temps, Chatillon-en-Bierre est coupé du reste du monde (ou alors le reste du monde est coupé de Chatillon-en-Bierre)

Reste à l'intérieur tout ce qui constituait Chatillon-en-Bierre, c'est-à-dire pas vraiment grand chose (coup de bol pour des touristes égarés, il n'y a même pas de camping ...) : la mairie et le maire, la gendarmerie et quelques gendarmes, une grosse superette et des plus petites, une église, peu fréquentée jusque là, des fermes, des grosses et des plus petites ... L'électricité fonctionne (preuve que le monde n'a pas disparu et que Chatillon-en-Bierre n'est pas devenue une comète ...) mais plus aucun avion ne passe dans le ciel( ce qui pourrait laisser croire l'inverse de la comète).

Le monde se fige autour de la petite communauté pour un temps indéterminé et les premiers moments de stupeur passés, les habitants s'organisent, dans un calme relatif, autour du maire qui se découvre une âme de chef, on se rationne et on s'installe dans l'attente, instable.

Dans l'attente d'une sortie ( de sorties, sous toutes leur forme), se révèlent les failles sociales et humaines. Peu de personnages sont vraiment individualisés, le maire, le prêtre, un fermier dissident, un écrivain égaré à qui manque la postérité, les chatillonais sont les miroirs anonymes de nos comportement grégaires.

Fable morale ? peut-être ... mais alors sans morale à en tirer. Nous ne sommes pas chez La Fontaine, même si il y a quelque chose de "nos amis les bêtes" dans cette expérience de la ruralité au pays de la science-fiction, (ou alors l'inverse), très agréable à lire, qui prête souvent à sourire, mais un chouia moins grinçante que dans le recueil de nouvelles du même auteur "Une collection particulière", où la plume de l'auteur m'avait davantage caressé le poil.

19/02/2015

Fuyez le guide, Yoram Leker

fuyez le guide,yoram leker,essai,histoire des artsPour une fois, chose rare chez moi, ce livre n'est pas un roman. Ce n'est pas non plus un essai, ni un livre d'art, mais une sorte d'exercice de style amusant et récréatif comme l'annonce le sous-titre "L'art en petits morceaux à l'usage des mauvais esprits"

L'auteur a choisi de nous présenter dix sept tableaux de maîtres, de grands et de petits maîtres, fort peu connus pour la plupart, voire anecdotiques pour la grande histoire de l'art, et il  a réinventé une vie aux tableaux, ce qui au passage leur enlève de la poussière. Le principe, un peu systématique, est donc décliné en dix sept textes de style sans prétention mais aux clins d'oeil appuyés et érudits.

Les reproductions des tableaux, d'une qualité à souligner pour un livre de petit format et de prix modique, (bravo aux éditions "Les belles Lettres, donc) précédent leur loufoque et fantaisiste commentaire, pris en charge par un guide à la langue débridée ... De ce musée d'histoires à (re)peindre, quelques extraits qui n'en donnent qu'une petite touche des connaissances à retenir de la visite. 

Ainsi, j'ai appris, au détour de la biographie de Andréa Cantini (héros oublié du tableau de Véronèse "Le retour du doge Andréa Cantini à Venise après la victoire des Vénitiens sur les Génois à Chioggia", ( au titre presque aussi long que le tableau est grand) que le dit Véronèse "avait horreur de l'eau au point de n'avoir pas laissé la moindre aquarelle". Voilà qui explique ce mystère de l'histoire des arts ... sans compter que contrairement à ce que tous les fins connaisseurs de Vélasquez  pensaient jusqu'ici,  que le tableau "Vieille femme faisant cuire des oeufs" représentant une vieille femme faisant cuire des oeufs, vont apprendre qu'en réalité, cette scène cache un sombre "thriller avant l'heure", que le "Philosophe avec une gourde à la ceinture" de Luca Giordano doit se regarder comme un véritable brûlot politique et non comme un portrait un peu raté, que "La femme hydropique" de Gérard Dou n'est qu'un leurre, car "l'hydropisie ne touche que les poissons rouges, surtout si leur bocal est trop petit", que David, en peignant "Erasistrate découvrant la maladie d'Antochius" a inventé la psychothérapie de groupe, avant gardisme dont on n'aurait jamais cru capable ce maître du néo classicisme ... 

En un magistral argumentaire, on voit (enfin !) réhabilité le goitre disgracieux d'Angélique peint par Ingres et parfois moqué comme une maladresse du peintre, car, en effet, qui peut douter que le goitre hypothyroïdien gonfle quand on est "sur le point d'être engloutie par une orque enragée, sinon, violée par un extraterrestre encuirassé" ? pas moi, en tout cas, n'ayant aucune possibilité de vérifier par mes propres moyens, ne possédant pas de goitre et ne m'étant jamais retrouvée totalement nue, enchaînée à un rocher ....

De même, on pourra faire bon usage de l'adage suivant : "On ne guérit pas une bande d'asthéniques avec du Gogol", qui clôt avec panache une analyse limpide des "Fatigués de la vie" de Ferdinand Hodler, limpide et sûrement définitive, en tout cas, pour moi....

Des petits morceaux à déguster, sans mauvais esprit aucun ...

16/02/2015

Mon holocauste Tova Reich

shoah-business.jpgAprès l'excellent "L'espoir cette tragédie" qui secoue aussi une certaine vision de la transmission de la mémoire de la Shoah, et sur le conseil de Sandrine, je me suis lancée dans la lecture de ce roman iconoclaste. Lancée puis un peu agrippée, il faut bien le reconnaître ...

Sur le ton de l'épopée burlesque, bienvenue dans la nouvelle campagne de promotion de la famille Messer, père et fils, spécialistes du marché du souvenir de l' Holocauste. Maurice, le père, est un survivant, le fondateur de l'entreprise familiale, Holocaust Connections, Inc,. Hableur, calculateur, sincère dans ses mensonges, truculent dans ses faux souvenirs de résistant, il met toute son énergie dans l'expansion de sa marque. Son fils, Norman, spécialiste autoproclamé du traumatisme de la seconde génération, le suit comme il le peut dans son nouveau projet grandiose : la construction du Musée de l'Holocauste de Washington. Et pour cela, il faut des fonds, beaucoup de fonds, et donc des donateurs pour édifier, dans le musée, le plus grand mur des donateurs possible.

Pour la bonne cause, Maurice a peu de scrupules, très peu. Il veut des cheveux pour ses futures vitrines, un wagon à bestiaux, des boites de zyklon B à exposer, et pour cela, il ferme les yeux sur les agissements illicites d'un de ses complices, un rabbin plus proche du mafieux que de la doctrine hébraïque.  Il a organisé une visite privée du camp d’Auschwitz-Birkenau pour la richissime Gloria et sa fille, Bunny. Une entreprise de drague, soutenue par la mise en scène des morts et poursuivie dans les suites d'un grand hôtel de Cracovie. En exclusivité pour la future donatrice,  les chambres à gaz, la cérémonie de l'incantation aux morts, le grand jeu des bons sentiments, pour Maurice, c'est son affaire.

De son côté, Norman tente de rendre visite à sa fille, la troisième génération, qui a, après avoir suivi les traces familiales, renoncé à n'être que d'un holocauste pour les embrasser tous en même temps en devenant nonne, sur les lieux mêmes de l'extermination, dans le couvent catholique établi tout près du camp. Sur le chemin de son Golgotha, il croise une faune qui grouille sur le camp et ses abords, commerce de reliques, commerce mystique ... Bonze de la réincarnation, incantateurs de la rédemption, profiteurs de la mémoire de toutes obédiences, tout ce petit monde est passé à la moulinette de l'absurde en une farandole débridée qui finira en apocalypse délirante.

Aucune concession dans ce livre, dont le propos n'est pas la Shoah, mais sa "récupération" religieuse ou idéologique qui finit, en utilisant dans tous les sens la mémoire de l'horreur, par la vider de son sens unique, non comparable, non assimilable, justement, à rien d'autre. Sinon, la mémoire est ouverte à tous les génocides, et se lisse.

Le récit ne met pas à mal le sanctuaire, mais ce qui en est fait, notamment par l'administration (polonaise ...) du camp qui fait la part  belle à l'assassinat des résistants polonais et oublie les silences assourdissants qui résonnent dans les baraques détruites de Birkenau. Le bois, c'est plus fragile que les briques ...

Beaucoup de scènes qui dérangent, que l'on aimerait pas voir exister, notamment celles du lac des cendres, où le dimanche, les voisins ordinaires du lieu viennent cueillir des champignons, parce qu'ils poussent là mieux qu'ailleurs ... Et pourtant, ce n'est que vrai.

Ce n'est donc pas le propos qui a fini par mettre à mal mon endurance de lectrice, mais son traitement, par trop loufoque et burlesque pour moi, il y a du Cohen, là dedans, de celui des "Valeureux" et de "Mangeclou", de l'écriture caustique, du personnage à la page, comme on tire à la ligne. Seulement voilà, j'ai plutôt une faiblesse marquée pour "Le livre de ma mère", et ses failles. Un trop plein d'invraisemblable dans l'histoire, un tourbillon clownesque qui a estompé pour moi, la justesse de certaines pages. Comme le dit Sandrine, "L'accumulation nuit à l'ensemble", il n'en reste pas moins que ....

 

 

13/02/2015

Catharsis Erik Axl Sund

Prater,_Wien.jpgAprès une pause passée, en gros, à digérer les deux premiers tomes en allant faire autre que de tourner des pages pleines de crimes sordides, je reprends ma "catharsis" à moi et me jette dans ce troisième et dernier tome, histoire d'en finir avec l'addiction. Et je m'essouffle assez rapidement. 

Je prends même le temps de lire la quatrième et là oups ! Je découvre que "ce livre est porté par une écriture térébrante". C'est quoi cet adjectif qui a un goût de fautes de frappe ? Fière de ma découverte sarcastique, je déchante vite car "térébrante" existe et qualifie "une douleur profonde donnant l'impression d'un clou que l'on enfonce dans les tissus". Et c'est exactement cela dont souffre Sofia depuis le début, en réalité. Comme quoi, j'aurais mis trois tomes à trouver un adjectif juste pour qualifier un personnage, moi, alors qu'il avait qu'à retourner le bouquin ...

Côté histoire, il faut le dire, je ne suis plus très bien ... En plus de Victoria qui avait déjà tendance à disparaître-réapparaître, et à Sofia, son alias aux multiples autres alias, est apparue Madeleine, d'abord entre les lignes, elle prend ici, petit à petit, la place des deux autres, qui du coup s'estompent et se diluent dans les crimes précédents.

J'ai un peu de mal à recoller les morceaux précédents avec la nouvelle venue ... Mais Jeanette, toujours fidèle limière, suit mieux que moi les méandres de sa propre enquête, et si moi, j'ai un peu oublié comment elle en est arrivée à tout comprendre, elle, elle a l'air de savoir où elle va et donc, je la suis, y'a plus qu'à lui faire confiance à elle, c'est la seule qui reste la même depuis le début. 

Des coupables potentiels, pourtant, le nombre se restreint, et Jeanette resserre l'étau autour du méchant absolu. Elle ne sauvera pas tout le monde, mais Sofia se délivrera d'elle(s)-même(s).

En refermant ce troisième tome, l'addiction est passée, j'ai eu mon compte de carnages et d'abominations. Finalement, reste un un petit goût de vacuité. Tant de crimes, tant de fils obscurs à suivre, tant de personnages, tant de voix égarées pour tant de voies de garage, et pour aboutir à peu de choses à en dire. "Térébrante" me restera, par contre, et le goût des lectures communes sur canapé !

Encore merci A.P. !

 

11/02/2015

Trauma Erik Axl Sund

Prater,_Wien.jpgEntre le premier tome et le second, j'ai changé de décor. J'ai quitté mon canapé de lecture habituel, mais j'ai emporté mon plaid.

Décor : un havre de paix sur la côte bretonne, (un poil frisquet le havre, mais là n'est pas le propos), un autre canapé, ma copine A. vautrée dessus, mon plaid autour. Moi, dans le fauteuil en face, orientée soleil, "Annabel" en main, mais sans le plaid, alors qu'il fait super froid dans "Annabel" ...  j'entends A. finir de relire "Personna" en déclarant 'Il me faut la suite". Je ne peux qu'acquiescer, il nous faut la suite.

Ce qui fut fait (un grand merci aux librairies indépendantes de la côte bretonne, on a frisé le rapatriement en urgence vers l'intérieur des terres ...).

Retour au havre de paix, toujours quelque peu frisquet, quand même (mais là n'est toujours pas le propos) . Je finis "Annabel" en piquant le plaid de fiston, qui en échange m'a piqué mon caban ( qui lui va super bien, mais là n'est toujours pas le propos) et fifille, le manteau de la fifille de A. (qui lui va super bien aussi). Ben oui, eux, ils sortent du havre de paix (il faut bien aller chercher le pain). Nous, moins, à cause d'"Annabel" et de "Trauma". (et puis, comme les autres vont chercher le pain, les moules et le vin blanc, ma foi ...)

Ma copine A, relève parfois la tête : " Tu sais Sofia, et ben si ça se trouve ..." -"Ne me dis rien ..." - un silence plus tard "Tu sais le médecin légiste ?" - "le gentil ? Non pas lui, ne me dis rien ...." - "Je ne dis rien, mais tu te souviens dans le premier, la petite fille juive qui s'enfuit ..." -" Non, ça se complique, elle revient ? - "Je ne dis rien, je te dis ..."

Conclusion, les copines qui lisent en face de vous, le prochain bouquin que vous allez leur piquer, c'est encore pire que les blogs qui spoilent. Les blogs, au moins, vous pouvez vous boucher les oreilles.

Ha, oui, l'intrigue ? Puisque je suis sortie du havre de paix avec "Trauma" en main et "Catharsis" pas loin ( et que j'ai récupéré mon plaid) ... Ben en fait, ça se complique ... Une nouvelle série de crimes prend la suite des corps des jeunes garçons momifiés, qui restent quand même en arrière plan. On sent que le cercle devient concentrique, on se rapproche du centre (mais lequel ?) névralgique, l'inceste pullule toujours, et même se multiplie, comme les personnalités multiples de Sofia qui tente de résister à Viktoria, comme elle le peut. 

Jeannette reste la même, plus ou moins, de plus en plus proche de Sofia, qu'elle a embauché pour dresser le portrait psychologique du tueur-ou de la tueuse, qui signe cette fois-ci ses crimes d'un bouquet de tulipes jaunes et tend à la police des coupables de crimes anciens qui se relient à une institution pour jeunes filles, pas vraiment catholique.

Toujours aussi écrit à l'emporte pièce, toujours aussi addictif.

08/02/2015

Personna Erik Axl Sund

Prater,_Wien.jpgPremier tome d'une trilogie, "Les visages de Victoria Bergman", "Personna" a des vrai-faux airs de "Millénium" : même qualité moyenne d'écriture, même type d'intrigue à coup de cymbales qui demanderait presque un carnet de notes à la lectrice qui se veut attentive et clairvoyante (comme ce n'est pas mon cas, ma note sera au cahin-caha de mes souvenirs ...), même puissance addictive, un "shot" d'adrénaline au sérial-killer qui se vautre dans l'ignoble et la tension permanente. J'adore !

Trois personnalités se croisent ( en sachant qu'une est forcément double ... voire triple, voire plus ...). Il y a celle de Sofia Zetterland, psychothérapeute, elle s'obstine à porter des chaussures trop petites pour saigner des pieds et a d'étranges trous de mémoire, notamment du côté de la Sierra Léone, béances d'où la bête immonde pourrait bien surgir. En apparence, c'est une spécialiste reconnue des troubles enfantins, principalement de ceux des anciens enfants soldats et de ceux causés par des sévices sexuels à haute tension .... ce qui l'a conduit à auditionner pédophiles et victimes, dont Victoria Bergman. Victoria est l'une de ses patientes dont Sophia réécoute sans cesse les enregistrements des séances, jusqu'à la nausée, l'exaspération et l'endormissement lacunaire. Ce qui est quand même gênant ....

 Jeannette Kilhberg semble plus solide. Une simple flic surchargée par sa voiture qui tombe en pièces détachées, le mépris machiste de ses supérieurs, l'inactivité de son compagnon artiste peintre en proie au doute, le manque d'argent qui s'ensuit et sa culpabilisation de mère surchargée également d'un ado renfermé, et enfin par l'affaire en cours ....

Un corps, puis deux, puis d'autres, des corps de jeunes garçons d'origine inconnue, semés dans la ville, momifiés, drogués, roués de coups ....

Une autre voix, non située, enlève un garçon perdu et l'enferme dans une chambre secrète et obscure, un dressage sado maso commence ...

Une grande roue tourne dans le passé, une maison dans le campagne, un petit garçon charmant se baigne dans un lac, un père rode.

Deux voix sont dans le réel, l'autre les court-circuite, la voix coupable semble toute tracée avant qu'elle ne bifurque ... dans une tension telle que bien ou écrit, bien ou mal ficelé, vous tenez le livre ouvert jusqu'à l'extinction des yeux.

Ne pas s'embarquer dans ce premier tome, sans avoir le second sous la main ( ce que j'ai fait, évidemment, malgré l'avertissement de Margotte ...) Mais une main secourable est venue me sortir de l'angoisse de la suite.

Merci A.P !

01/02/2015

Les poissons ne ferment pas les yeux Erri De Luca

les poissons ne ferment pas les yeux,romans,romans italieUn garçon de dix ans passe un été sur une île italienne. Autrement, il habite Naples, ses bruits, ses mouvements, qui parfois lui font monter les larmes aux yeux.  Sur l'île, tout est différent, à sa mesure, un peu décalée, de petit garçon qui aime la lecture et la pêche, ou même, seulement, regarder les pêcheurs et les poissons ramenés dans les filets, sur la plage. Dès fois, la nuit, il part avec l'un d'entre eux, un vieux, voir les lumières des étoiles.

Ce narrateur nous plonge dans le temps suspendu qui est celui de son île, dont on devine la familiarité, le temps des baignades et des rébus qu'il solutionne, assis près de sa mère, sur le sable. C'est l'île de ses vacances, sauf que cet été-là, il a dix ans. Sa sœur est chez des amis, le père est absent, lui aussi ; rêveur d'Amérique, il y est parti en reconnaissance, pour peut-être y établir la famille. De temps à autre, ses lettres ponctuent le rythme quasi immuable du fils et de la mère, les horaires de la plage, la lecture du roman d'aventure.

Dix ans et l'envie de grandir, sans le mode d'emploi de son corps, ni celui du verbe "aimer" ... une petite fille plus tard, le jeune garçon, un peu lunaire, un peu solaire, va se heurter aux poings jaloux de d'autres de son âge, pour qui le verbe "aimer" a plutôt le goût de la jalousie que celui des sucettes glacées léchées sur les marches en bois, à deux, au rythme des conversations animalières de la belle. La belle qui rétablira une sorte de justice, à sa juste mesure ...

Erri De lucca ne nous donne pas le parfum des sucettes, ni le nom du petit garçon, ne même celui de la petite fille dont le narrateur dit ne pas se souvenir. Mais ce n'est pas ce qui m'a gêné (quoique, pour écrire une note en évitant les répétitions, c'est plus pratique ...). Le texte est très beau, tout en nuances retenues et vaguelettes de l'âme enfantine et de l'enfance de l'amour.

Sauf que, le narrateur adulte s'en mêle sans cesse, avec la distance du vieux monsieur solitaire qu'il est devenu (un peu aigri et pontifiant, pour moi, hein, parce que je n'aime pas que l'on me dise comment lire les personnages), il m'a quelque gâché le récit ("Tiens, le revoilà, celui-là" ...). L'adulte met la tête sous l'eau à l'enfant qu'il était, il lui enlève ses ailes. Et, j''avoue, j'aurais préféré qu'il nous laisse en tête à tête avec ses dix ans, entre sable et soleil et son drame d'amour taillé à sa juste mesure à lui aussi.

Comme j'avais déjà eu un souci similaire avec du même auteur, "Le tort du soldat", je commence à me demander si Erri De Luca me cause vraiment, finalement, à moi ...