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29/03/2015

Athalie, le retour, ou presque ....

Athalie.jpgNon, je n'ai pas déserté le navire (personne ne me demande rien d'ailleurs .... Mais je réponds quand même ...). C'est juste qu'un long désert de temps de lecture s'est abattue sur moi sans crier gare (je veux dire sans me prévenir que je puisse rédiger mes notes avant la rafale, ce que je fais normalement quand une tornade s'égare dans mon bureau, faisant voler notes et contre notes, et vu le temps que cela me demande d'écrire une note, quand les contre notes s'envolent, je suis dans la mouise).

C'est la faute à la grande marée, aux palourdes et au linge qui s'entasse, me regardant d'un œil torve et froid qui dès fois arrive à me faire culpabiliser, c'est la faute à mon crayon qui n'écrit pas assez vite, à mon clavier préhistorique qui ne tape pas aussi vite que je pense, à fiston, qui n'a pas encore inventé la téléportation ( depuis le temps que je lui dis qu'il faut qu'il s'y colle ... Cet enfant ne m'écoute pas), à fifille qui file ses collants plus vite qu'une poupée Barbie ne perd son sac à main (je ne sais pas si vous avez remarqué le temps que prend la recherche de collant taille 12 ans en ces temps d'arrière saison, à croire qu'un espace temps s'est creusé et que le fond de l'armoire de Narnia est le tonneau des Danaïdes). Y'a du Daphné du Maurier dans cette histoire, je vous le dis.

Bref, une note qui ne va pas révolutionner mon référencement minable, (je n'ose regarder les statistiques des dernières visites, les seules qui restent vont me sauter à la gorge), mais un coucou passager (comme le printemps ?)

12/03/2015

Pietra viva Léonor de Récondo

moise.jpgMoi, la pierre, ça ne me parle pas. Je n'ai pas l’oreille. Ce n'est pas comme le bois. Le bois, j'ai l’œil. Sans me vanter et paraître me hausser du col, je reconnais un plancher en chêne d'un parquet en châtaigner quasi à l'odeur. Je ne vous parle même pas d'un sol en stratifié, plancher clipsé, mon poil se hérisse à la vue de cette hérésie esthétique.

Mais le marbre, non. Ses veinures, son éclat, connais pas. Sauf que la Piéta, j'avais quatorze quand j'ai éclaté en sanglot devant. Je ne savais pas que la beauté pouvait tirer des larmes. Surtout la beauté en marbre. Il faut bien le dire, à quatorze ans, j'étais rentrée dans la basilique Saint Pierre comme toute ado de quatorze ans rentre dans la Basilique Saint Pierre, en traînant des pieds derrière les parents munis du guide, que je refusais de lire par anti-conformisme, anti touristique de base. Du coup, la Piéta, elle m'a prise par surprise, sans prévenir. Encore aujourd'hui, je ne me souviens que d'elle, et moi devant, pleurant sans même savoir pourquoi. ( quant à la tête des parents découvrant leur ado en mystique miraculée de la beauté du marbre ... mystère ...)

Alors ce livre, Michelangelo, la vie de la pierre, la vie dans la pierre, je me disais, il est pour moi. Comme il a déjà fini la Piéta, je n'avais pas pris les kleenex (et puis, je n'ai plus quatorze ans, faut dire, je suis prévenue maintenant, qu'il faut faire gaffe avec la beauté ...). Michelangelo dissèque des cadavres dans un monastère jusqu'à la mort du bel Andréa, la langue est belle, j'aime. Il part à Carrare choisir le marbre pour le tombeau de Jules II, je suis, la blancheur de la montagne, le regard de l'artiste qui voit les formes dans les blocs, dont les mains frémissent de donner forme à la vie qui est enfermée dedans, je conçois (ça me fait la même chose avec le plancher, toute proportions gardées, je n'ai jamais dégagé de vie d'une latte de châtaigner ...)

Et puis, Michel Ange se détourne de sa quête la pierre pour se centrer sur la quête de lui, ou plutôt sur la reconquête de ses souvenirs d'enfance. Plus précisément des souvenirs de sa mère qu'il a perdu trop jeune et qu'il a enfermés dans une boite, dont il a jeté la clef, clef que ses sens lui redonnent un par un.

Un créateur aussi gigantissime en misanthrope affectif, ce n'est pas le livre que j'avais envie de lire, c'est comme une piéta en modèle réduit, ça tasse le sujet, je trouve. Effectivement, c'est un beau moment hors du temps, un face à face avec ses failles, une belle parabole, se récréer soi-même, s'apaiser, se réconcilier, retrouver la vie en soi en même temps que la donner à la pierre .... Mais voilà, il m'a manqué le foisonnement de la Renaissance, le Jules II, les Médicis, la tension des esclaves, le Moïse grandiloquent, la disproportion du David. 

 

03/03/2015

Les nuits de Reykjavik Arnaldur Indridason

les nuits de reykjavik,romans,romans policiers,séries policières,romans islandeOù l'on découvre Erlendur jeune, mais pas plus gai pour autant que par la suite, à croire que cet homme ne connaîtra jamais un moment de joie ..... je ne sais pas, moi, juste un frémissement de plaisir devant un plat de pommes de terre aux choux, une seconde d'extase face à un dos de cabillaud fumé ... face à lui, les icebergs font demi-tour de désespoir, ou fondent de tristesse compatissante ...

Un titre qui pourrait être sous-titré "Erlendur au pays des clochards", puisque l'on ne va guère quitter cet aspect de la "grande" ville, un zoom qui balise la ville de personnages à la vie sordide, forcément ... L'histoire commence un an après la mort de l'un d'entre eux, Hannibal, qu'Erlendur a croisé plusieurs fois avant sa chute mortelle dans une flaque d'eau noirâtre, le jeune policier avait aidé un peu l'homme cabossé. 

Pourquoi un an après ? Allez savoir avec Erlendur  ... peut-être avait-il sombré dans un coma post traumatique suite à un moment de jouissance précoce dont il n'espérait pas tant ....

Donc, depuis un an, il repense à ce jour où Hannibal a été retrouvé noyé dans une fosse par des enfants qui jouaient dans d'anciennes tourbières abandonnées (non aménagées pour, il va sans dire ...), sous le ciel bas et lourd qui va avec, et donne sa singularité à la géographie "indridasonnienne". Une première scène qui vous plombe, un quartier de sonorités rauques : Hvassaluti, derrière le boulevard Miklabrant, bordé par les immeubles de Storagerdi, c'est là où vivent les enfants qui jouant à naviguer sur les fosses d'eau sur le radeau qu'ils ont construit avec des détritus de bois, vont accrocher un sac plastique qui n'était pas un sac plastique mais l'anorak vert d'Hannibal, avec Hannibal dedans ... (ouf, je retombe sur le début de l'histoire ... Il fait si noir là-dedans que j'ai bien cru que j'allais en perdre la trace. Moi, je pense qu'Indridason écrit avec un stylo fluo, ou à pile, ce n'est pas possible autrement ...).

Erlendur commence une enquête, ou plutôt, tâtonne, furète, croise les pertes et de petits détails en rencontres et souvenirs, il déterre des passés glauques de clochards, qui bien évidemment, croisent des traces de disparues.

Que le plaisir d'un dernier Indridason soit de retrouver la première enquête d'Erlendur, qui contient déjà toutes les autres, voilà qui peut paraître paradoxal et anecdotique, surtout qu'on ne saute pas de joie, même aux meilleures nouvelles ( si, si, il y en a, quoique ....) au pays où le soleil ne semble jamais vraiment se lever, et dont la géographie imprononçable fait le charme de l'exotisme du froid. 

Anecdotique mais pour les fidèles de la série, Marion fait son apparition ici, et il est toujours impossible de savoir si ce personnage est féminin ou masculin. j'ai guetté toutes les terminaisons des participes passés, aucun indice ne filtre !