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14/04/2015

Prends garde, Miléna Agus, Luciana Castellina

prends garde,miléna agus,luciana castellina,romans,romans historiques,déceptionsUn livre que je ne savais pas par quel côté commencer. Pour de vrai, parce que c'est un livre deux en un, un côté histoire-historique, un côté histoire-romanesque, Miléna Agus pour le faux (ou le vrai-faux) et Luciana Castellini pour la restitution des faits avérés. Par qui commencer la relation d'une anecdote de la grande histoire de la deuxième guerre mondiale ? une révolte d'ouvriers agricoles dans un village des Pouilles à l'extrême fin de ce conflit, où le temps peine à changer le monde pour les misérables qui attendaient de la chute du fascisme l'arrivée d'un monde autre que celui des maîtres et des esclaves.

Pile ? Face ? j'ai fait préface : "Seul le roman peut ce que l'histoire ne transmet pas (...) et révéler par le biais de l'imaginaire et de la sympathie, cette part d'histoire qui s'est perdue", dit Agus, le roman étant "un mensonge qui dit toujours la vérité, (je sais, dans la citation d'origine, c'est la poésie, mais je trouve que ça marche pour toute littérature en fait), j'ai pioché le roman en premier.

Roman, ou plutôt nouvelle, et qui botte en touche, j'ai trouvé, qui prend vraiment un à -côté de l'histoire. Sur la place Catuna, les journaliers grouillent en quête d'une journée de travail, les maîtres y font leur choix du moins cher. Sur la même place, se dresse le palais des sœurs Porro. Elles sont quasi dans le même jus depuis des lustres. Elles végètent entre couture et albums de famille où les figures féminines sont de tous les temps fortes et respectables, et les hommes riches. Vieilles filles confites dans l'ordre immuable des maîtres, elles sont innocentes de ne pas voir, en bas du palais, les rancœurs, les frustrations qui agitent les misérables espoirs d'une communauté, pour elles, invisible. Comme les sœurs sont à cette communauté invisibles aussi, charitables par tradition de classe et église interposée.

On les voit par "elle", une autre femme de la haute, comme les sœurs, mais en version "poil à gratter", elle est leur seule visiteuse, un brin provocatrice, un peu exaltée, qui, en décalage d'avec sa famille, tente des percées dans le monde des pauvres, de la crasse et de la violence. Mais la pire des violences est justement le silence entre les deux faces ennemies qui ne se voient pas sur la même place.

Le texte romanesque a un arrière goût du "Guépard", un monde s'étiole, mais sans le fracas du renouveau, du beau Tancrède, dans le roman de Lampedusa. Le récit du destin de nos trois sœurs garde une tonalité de vieux rose, fade et guindé, sans que l'extravagance fébrile, un peu vaine, de "elle", n'arrive à leur donner vie.

Si la nouvelle s'étiole dans une sorte de langueur distante, le texte historique fourmille de détails, de dates, de noms, la vision se fait microscopique, et j'avoue, m'a plutôt embrumé l'esprit. Il manque une vision d'ensemble à cet opéra bouffe qui se clôt en drame absurde. Et, comme j'attendais le retour des sœurs pour comprendre le clivage entre les deux textes, et qu'il est plutôt fin le raccord, j'ai fini ma lecture frustrée des deux côtés.

Agus avait prévenu pourtant : "Les deux parties de ce livre se répondent de loin" (...) parce que "la distance entre les événements et leur signification est presque impossible à combler". 

 

A lire, la note de Sandrine, plus courte et précise que la mienne.

 

Commentaires

J'ai aimé les deux livres de Milena Agus que j'ai déjà lus et j'aime l'idée de la confrontation des deux versions mais je ne suis pas certain que le sujet me passionne...

Écrit par : manU | 14/04/2015

Pour être franche, la démarche des deux auteurs est passionnante, le résultat moins. N'empêche que Miléna Agus reste une auteure à suivre !

Écrit par : Athalie | 15/04/2015

J'ai été aussi un poil déçue par le résultat. J'ai réussi à lire la partie de Milena Agus sans déplaisir, mais avec l'impression que ce n'était pas pour moi (je n'ai pas réussi à lire Mal de pierre non plus).
Quant à la partie historique, comme tu dis, elle perd le lecteur par ses détails. Pourtant l'idée de départ était excellente !

Écrit par : Kathel | 15/04/2015

Bon, conseil de base d'Athalie, si tu n'as pas réussi à lire "Mal de pierre", arrête Miléna Agus, pour moi, c'est le meilleur .... donc si celui-là ne passe pas, je me dis que c'est comme les croissants, on les aime au beurre, ou pas !
Et oui l'idée de départ était excellente, le résultat est moyen, saluons quand même la tentative !

Écrit par : Athalie | 15/04/2015

L'idée de départ était intéressante mais tout cela m'a l'air de manquer d'un certain équilibre entre le "fictionnel" et le "non fictionnel". Dommage.

Écrit par : jerome | 15/04/2015

En fait, ce n'est pas tellement une histoire d'équilibre, je vais être méchante et injuste, mais mon sentiment est que les deux parties ne se joignent pas vraiment, les soeurs Porro prennent toute la place du côté roman et occupent deux, trois pages seulement dans la partie historique, du coup, ça fait pas raccord ! (et non, je n'ai posé de tapisserie aujourd'hui !)

Écrit par : Athalie | 15/04/2015

Ecoute, j'ai lu le billet de Kathel cette semaine, et je la sens, comme toi, très modérée sur le résultat. J'ai l'impression que cette tentative d'histoire à deux angles n'a pas fonctionné (le mélange fiction-non fiction est souvent très risqué).
je passe mon tour, alors que j'avais vraiment aimé Mal de pierres et que l'histoire de soeurs me tentait vraiment beaucoup.

Écrit par : sous les galets | 19/04/2015

oui, on se rejoint avec Kathel, on est très modérée, c'est certain .... Et c'est bien dommage ! Franchement, le projet s'annonçait passionnant et puis, il fait blop ! Mais "Mal de pierres", est un petit bijou. Milena Agus, même moins bien, c'est bien, sauf là.

Écrit par : Athalie | 29/04/2015

....m'est tombé des mains ...

Écrit par : Mior | 29/04/2015

J'ai vu chez toi, je comprends, et j'avoue que ma lecture de la deuxième partie a été très diagolatique (en diagonale et et qui tique, en plus !)

Écrit par : Athalie | 29/04/2015

Les commentaires sont fermés.