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31/05/2015

Génitrix, François Mauriac

génitrix,françois mauriac,romans,romans français,famille je vous haisJe ne sais plus par quelle aiguille nous sommes arrivées, Ingannmic et moi, à cette idée de (re)lecture commune, mais ce fut une très bonne idée.

En disant relecture, je me fourvoie quand même un peu, parce que, en ce qui me concerne, la première lecture de ce titre est si lointaine, que je ne gardais de "Génitrix" qu'une vague nébuleuse d'un truc à la Mauriac. Et c'est exactement cela, la cruauté d'un huis-clos des âmes dans une écriture classique et sans surprise, qui tranche dans le vif aussi efficacement qu'un vers de Racine.

Mathilde a épousé Fernand pour de mauvaises raisons. Pauvre cousine pauvre d'une dynastie bourgeoise qui ne peut que la considérer avec le mépris social dû aux cousines pauvres et orphelines, déclassée, arrogante sans pouvoir le dire, elle jette son dévolu sur le voisin, ce Fernand, qui lui a paru une proie facile et sa seule bouée de de sauvetage social de son existence. L'amour n'est pas le sujet de Mauriac.

Fernand, lui, a épousé Mathilde pour d'autres mauvaises raisons. Vieux garçon emmitouflé par sa mère depuis des décennies dans un carcan d'attentions, il est une sorte d'être immobile. Il a de temps en temps des velléités de révolte. Mathilde fut un de ses caprices d'indépendance, qui rapidement a tourné vinaigre, forcément .... 

Mathilde et Fernand se loupent, Félicité, la mère, jubile, elle récupère sous fils sous son aile, en bonne mére poule qui lui avait coupé si bien les ailes que le poussin ne pouvait se faire coq. Voilà la rivale à terre.

Seulement, voilà, Mathilde se meurt des suites d'une fausse couche, laissée solitaire dans les draps blancs glacés et la fièvre qui fait trembler son lit, abandonnée de toute affection. La mort fait de la rivale de la mère une icone dans le coeur du fils. Souffrance, jalousie, remords vont les tordent.

Dans ce très court roman, on passe de l'un à l'autre des personnages, tous les trois méprisables s'ils n'avaient l'excuse d'être étouffés dans le silence tordu des vrais sentiments, qui jamais ne sortent de ce huis-clos, comme jamais ne circule l'air dans les pièces de la vieille demeure. Chacun tricote le malheur de l'autre et le sien sous le regard de la vieille bonne, ultime refuge d'affection pitoyable. C'est cruel et feutré comme un règlement de compte dont les victimes sont aussi les coupables, sans rémission possible.

Du Mauriac, quoi !

 

Commentaires

C'est ça : du Mauriac... et moi qui, comme toi, n'avait pas gardé de cette lecture un souvenir bien net, j'ai pris beaucoup de plaisir à renouer avec ce genre d'ambiance ô combien étouffante...
Et pour mémoire, c'est suite à la publication de mon billet sur Monsieur Ouine, , et au commentaire alors laissé par Dasola, je crois, qui comparait Bernanos à Mauriac, que nous avons convenu de cette LC !
Mais Mauriac se lit quand même bien plus facilement que Bernanos ..

Écrit par : ingannmic | 31/05/2015

De Mauriac je garde le souvenir du "Nœud de vipère" étouffant comme tu dis ... Et très fort

Écrit par : Une Comète | 01/06/2015

Les commentaires sont fermés.