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31/05/2015

Génitrix, François Mauriac

génitrix,françois mauriac,romans,romans français,famille je vous haisJe ne sais plus par quelle aiguille nous sommes arrivées, Ingannmic et moi, à cette idée de (re)lecture commune, mais ce fut une très bonne idée.

En disant relecture, je me fourvoie quand même un peu, parce que, en ce qui me concerne, la première lecture de ce titre est si lointaine, que je ne gardais de "Génitrix" qu'une vague nébuleuse d'un truc à la Mauriac. Et c'est exactement cela, la cruauté d'un huis-clos des âmes dans une écriture classique et sans surprise, qui tranche dans le vif aussi efficacement qu'un vers de Racine.

Mathilde a épousé Fernand pour de mauvaises raisons. Pauvre cousine pauvre d'une dynastie bourgeoise qui ne peut que la considérer avec le mépris social dû aux cousines pauvres et orphelines, déclassée, arrogante sans pouvoir le dire, elle jette son dévolu sur le voisin, ce Fernand, qui lui a paru une proie facile et sa seule bouée de de sauvetage social de son existence. L'amour n'est pas le sujet de Mauriac.

Fernand, lui, a épousé Mathilde pour d'autres mauvaises raisons. Vieux garçon emmitouflé par sa mère depuis des décennies dans un carcan d'attentions, il est une sorte d'être immobile. Il a de temps en temps des velléités de révolte. Mathilde fut un de ses caprices d'indépendance, qui rapidement a tourné vinaigre, forcément .... 

Mathilde et Fernand se loupent, Félicité, la mère, jubile, elle récupère sous fils sous son aile, en bonne mére poule qui lui avait coupé si bien les ailes que le poussin ne pouvait se faire coq. Voilà la rivale à terre.

Seulement, voilà, Mathilde se meurt des suites d'une fausse couche, laissée solitaire dans les draps blancs glacés et la fièvre qui fait trembler son lit, abandonnée de toute affection. La mort fait de la rivale de la mère une icone dans le coeur du fils. Souffrance, jalousie, remords vont les tordent.

Dans ce très court roman, on passe de l'un à l'autre des personnages, tous les trois méprisables s'ils n'avaient l'excuse d'être étouffés dans le silence tordu des vrais sentiments, qui jamais ne sortent de ce huis-clos, comme jamais ne circule l'air dans les pièces de la vieille demeure. Chacun tricote le malheur de l'autre et le sien sous le regard de la vieille bonne, ultime refuge d'affection pitoyable. C'est cruel et feutré comme un règlement de compte dont les victimes sont aussi les coupables, sans rémission possible.

Du Mauriac, quoi !

 

29/05/2015

Le chant d'Achille, Madeleine Miller

Jacques-Louis_David_Patrocle.jpgIl n'y a pas longtemps, j'ai relu dans une note sur un blog que je sais fréquenter assidûment , ( j'ai recherché mais je ne retrouve plus lequel, désolée ...), cette expression de Colette, pleine de confitures et de douceurs pour moi : "Que j'ai eu du goût ....". Et ce roman me donne l'occasion de la réutiliser à mon tour, car, oh oui, que j'ai eu du goût à lire "Le chant d'Achille" ...

Ce n'est pas une pépite, un livre "où l'on a du goût". Dans une "pépite", il y a le coup de foudre de l'immédiat, la stupéfaction du temps suspendu. Dans l'autre catégorie, il y a le goût de s'enfoncer sous une housse de couette à plume, ou de mettre les doigts dans le pot de pêches au sucre ... Quelque chose de l'ordre du plaisir en cachette. Non pas que "Le chant d'Achille" soit une lecture à cacher, mais elle a le goût d'une relecture pour esprits retors et enfantins.

Imaginez-vous donc l'enfance d'Achille et son épopée troyenne, revue par les yeux de Patrocle, l'ami intime, ici devenu l'amant fidèle et inconditionnel du demi dieu, qui le lui rend bien. Achille et Patrocle en couple fusionnel, voilà qui vous retourne l'antique modèle, sans d'ailleurs que la virilité du super héros en prenne un coup, simplement, elle résonne autrement.

Imaginez-vous Thétis en mère poule (inquiétante, quand même) elle a un petit trident contre Patrocle ... Elle vous sort des eaux pour un oui ou non, de peur d'une atteinte à la future gloire éternelle promise à son fils par les dieux (volages comme ils sont, une promesse n'est jamais sûre ...)

Imaginez-vous un Achille rayonnant de poussière d'or qui jongle avec des figues fraîches sous le soleil de la Grèse Antique

Imaginez-vous un Ulysse plus roublard que nature qui arrache d'une ruse sa Pénélope en mariage, et le serment de fidélité en prime, à tous les prétendants éconduits, en refilant Ménélas à Hélène. 

Imaginez-vous les derniers regards d'Iphigénie briller de mille feux dans les regrets d'Achille.

Imaginez-vous l'endroit où le torse humain de Chiron devient cuir de cheval ...

Imaginez-vous au royaume du centaure sous les cascades des sources fraîche des premiers temps d'un monde encore sans guerre.

Imaginez-vous Achille, planqué par sa mère à la cour de Lycomède, et qui danse en jupette devant les sourires goguenards et entendus d'Ulysse et Diodème ...

Ils sont tous là, Ajax, Agamemnon, puis Hector, Paris, tous reprennent leur corps de héros aux pieds des murailles de la ville fabuleuse dont un seul gond de la porte des murailles faisait la taille d'un homme .... Les mécanismes de remplacement fonctionnent, l'amour d'Achille et Patrocle donne aux épisodes une nouvelle saveur, à la fois connue et inconnue, ils prennent une vie nouvelle, dynamique, à la fois intacts, tout neuf et immuables.

Habillée de neuf, la colère d'Achille, la mort de Patrocle, tout y luit d'un éclat nouveau, dépoussiéré des ruines de Troie, sous l'oeil peu amène des dieux qui ne rigolent pourtant pas avec le destin qu'ils ont tricoté aux hommes.

Un régal, je vous dis ....

Merci Dominique

26/05/2015

Nouvelles (moins) fraîches d'un étonnant toujours voyage

Athalie.jpgDeux ou trois choses extraordinaires qui me sont arrivées en ce festival du livre de Saint Malo : (et qui n'ont rien à voir avec les livres)

Madame Taubira m'a serré la main. D'accord, elle m'a prise  pour personne, juste une main à serrer en passant dans les allées quasi incognito ( deux gardes du corps seulement avec oreillettes). Elle n'avait pas le cadre de la lucarne autour, j'ai hésité en me disant, je la connais cette dame ...  Ce qu'on est couillon parfois !!! (la veille, il m'est arrivé la même chose avec Audrey Pulvar ... Je me suis arrêtée devant son stand comme une poule qui a pondu un oeuf ... Elle a juste souri "Bonjour madame" ai-je répondu, et j'ai pondu un autre oeuf). Bon, Taubira et Pulvar, ce n'est pas la même chose, évidemment. Devant Taubira, je pourrais pondre un coquetier.

J'ai applaudi Val. Enfin, avant qu'il ne fasse du Val et m'explique comment penser juste. J'ai une excuse, c'était après la projection du documentaire excellent "C'est dur d'être aimé par des cons". A ce moment là, je me sentais vraiment Charlie. Après, Val nous a expliqué comment il fallait être Charlie. Et là, je ne sais pas, mais j'ai voulu être Charlie autrement. A ma façon, sans diktat de sanctification.

Il y a eu débat entre les A. Pas sur le choix du panini ( Chorizo y corazon, surtout corazon, pour tout le monde) mais sur l'importance du "mais" de Russel Banks et de Taiye Selasie (l'auteure de "Le ravissement des innocents", tellement belle, jeune, fine, intelligente, que Wolinsky aurait fait du Tex Avery) : "Il y a eu barbarie". POINT versus "Il y a eu barbarie MAIS". J'étais pour le point ET le mais. Ce qui n'est pas une version facile à tenir face à mes copines A. qui ont autant de mauvaise (et bonne) foi que moi  ... (Référence à la lettre signée par certains auteurs américains qui n'étaient pas d'accord avec l'attribution du prix du "Pen club" à Charlie dont Russel Banks et Taiye Selasie). J'espère que sur un autre plateau, au moins, quelqu'un a parlé à Russel Banks de littérature ...

Pour finir, Olivier Gallmeister est juste extraordinaire (mais ce n'est pas un scoop) ... La suite de "Lonesome dove" (qui est en fait le début) paraîtra en automne prochain, et "La colline aux potences" aussi, un éditeur  qui tient ses promesses, quoi ... 

Ah non, il en reste un, un attaché de presse de chez Albin Michel ... J'hésitais devant l'achat du dernier livre de Doeer, "Toute la lumière que nous pouvons voir". Il me dit que c'est très bien. Je n'en doute pas. Je feuillette quelques pages. Je reste dubitative. Il me demande ce que je viens d'acheter. Je lui montre "Les arpenteurs". Il m'a proposé " La battue" de Rohan Wilson. Je l'ai sous le coude. Le scoop, c'est qu'il y a des attachés de presse honnêtes. 

 

25/05/2015

Nouvelles fraîches d'un étonnant toujours voyage

Athalie.jpgJe raconterai après, peut-être ou peut-être pas, comment on voyage, dans un Saint Malo de pacotille touristique, entre énervements, détestations, coups de coeur, coups de gueules, de coeurs (encore), découvertes et files d'attente et paninis au chorizo ( ou au corazon) ...

Deux journées en immersion livresque et  une mention spéciale pour le fanta à l'orange et aux pastilles perles de gorge (seuls ceux qui m'ont entendu tousser pendant deux jours pourront comprendre l’importance des conséquences des  frimas sur la qualité (oups !!!) de mes chroniques ( et merci aux A. qui m'ont soutenue à coup de bouteille d'eau, de champagne, et autres regards ...)

La liste est : 

"Le coeur qui tourne" Donal Ryan

"Les ombres mortes" Christian Roux

"Tu ne verras plus" Pascal Dessaint

"La battue" Rohan Wilson

"Incandescences" Ron Rash

"Les oiseaux" Daphnée du Maurier

"L'île du point Nemo" Jean Marie Blas de Robles

"Les belles choses que porte le ciel" Dinaw Mengengestu

"Un vent de cendres" Sandrine Colette

"La tristesse du samouraï" Victor del Arbol

"Les arpenteurs" Kim Zupan

"Le ravissement des innocents" Taiyie Selasie

"Le fils" de Philipp Meyer"

Toujours plein d'ailleurs qui sentent le neuf ... qui fleurent la découverte .. Et qui vivra la chevillette cherra  ...

 

 

20/05/2015

Etonnants voyageurs : y'a du lourd !

etonnants-voyageurs-2015-2.jpg

"T'as pris la bouteille de blanc ?" dit Athalie, diteIrma la douce.

"Celle de l'année dernière qu'on devait boire sur la plage, avec tes copines ? et qu'on a pas bu, vu que ça caillait / ventait / pleuvait / crachotait / que c'était trop loin ? Non." dit l'homme de la pampa.

"Et si pour changer on prenait du rosé pamplemousse ?"

"Tu crois que le rosé pamplemousse évite la pluie / le vent / la bruine (autre nom chez nous du crachin, faut varier les appellations, sinon on se lasse ... On n'est pas en Bourgogne, mais à saint Malo) ?

"Non, mais ça évite le tire bouchon."

"T'as pris les sandales, les bottes, les après ski ?"

"Les sandales sont dans le sac à dos et les bottes dans l'autre sac à dos. En cas d'inondation subite du palais du grand large. "

"T'as pris les tee- shirts ? les petits pulls ? le parapluie ? le maillot de bain (un moment surréaliste, dédié à A. dite Irma la baigneuse), les pyjamas d'intérieur ?"

.... moment de stupeur dus aux pyjamas d'intérieur, les nuisettes seraient-elles passées d'âge, (me dirait la A. qui se garde d'une jeunesse indélébile ?) ....

( Notice à l'usage des inconscientes qui oserait encore la nuisette dans les couloirs nocturnes d'un hôtel surpeuplé : elle doit être couvrante aux varicosités en tout genre, et autres rebondissements ventraux incongrus, voire aux pieds qui grossissent de manière inopinée )

"L’hôtel est réservé ? le resto ?" (là c'est la A. organisatrice)

"Les mêmes"

 "Non, parce que si on innove avec le rosé pamplemousse, faudrait pas abuser sur la moule, la soupe de poisson et le menu à 14 euros 50 ( de tête)"

" Tu crois pas qu'on pourrait prendre des cahouèttes en cachette ?"

" Pour les jeter aux auteurs ?"

" ...."

"Athalie, ma douce Irma, (et c'est là que l'on réalise que je suis pleine phase d'imagination idéalisante de moi même), nous partons pour un festival du livre, pas pour un zoo ... 

" Y'a quand même un côté musée des plantes anciennes, non ? un truc plein de livres, avec des gens qui causent d'idées, des qui font la queue pour des débats, qui mangent des paninis au rythme du café littéraire, qui achètent des livres uniquement pour avoir le nouveau sac de plage qui va avec ?"

"Un musée vivant de souvenirs à faire et à venir (c'est le côté sagesse ancienne de mon homme)."

Moi, je vois uniquement le côté pratique.  Comme chacun sait.

PS : promis, je réactualise mon portable avant ! Je ne râle pas sur la couleur des bracelets en plastique qui vont enserrer mon délicat poignet pendant trois jours ! 

Que chaque A. se retrouve, je distribue les bons points à la fin du week-end ... Qu'on se le dise !

 

 

 

15/05/2015

Bérénice 34-44, Isabelle Stibbe

bérénice 34-44,isabelle stibbe,romans,romans français,romans historiquesUn livre qui tient toutes les promesses de sa couverture, aussi alléchante qu'une affiche du "dernier métro" (enfin, pour moi, hein, tout le monde n'est pas obligé d'adhérer au kitsch historique ...) : le rouge de la sanglante histoire du nazisme envahit une salle de théâtre à l'italienne, le visage de la tragédienne glamour en papier glace collé dessus, en la pose affectée attendue.

L'autre promesse est dans le titre qui balise les trois coups du début et les rideaux de la fin ; 34, le début de la gloire, 44, forcément, la fin de quelque chose.

Evidemment, du coup, on pourrait reprocher un certain formatage : une héroïne fictive dans le milieu du théâtre, pendant l'occupation, son destin taillé pour la romance historique, et pourtant, paradoxalement, c'est ce balisage qui fait le charme de cette lecture.

Bérénice, au prénom prédestiné, aurait dû naître Kapelouchnik, si son père Moische, n'avait pas fui la Russie, la pauvreté et les pogroms, pour devenir Marcel Capel, soldat de seconde classe pendant la première guerre mondiale, et fier de l'avoir été, d'avoir combattu aux côté d'un instituteur féru de Racine, pour le pays des droits de l'homme. A la naissance de sa fille, Marcel est tailleur à Paris. A la mairie, un fonctionnaire va déjà changer l'identité de Bérénice, son nom de baptême sera Capet. Comme les rois de France, se vante le Marcel. Et la vie suit son cours dans la France des droits de l'homme ....

Dès petite, Bérénice est belle, Bérénice veut être une star, Bérénice rafle les premiers prix de récitation à l'école et s'applaudit en jouant devant les morceaux de fourrure, qui dans les mains de son père deviennent des manteaux. Puis, une cliente fortunée lui offre une soirée à la Comédie Française. Et ce devait arriver arrivera, la vocation lui tomba dessus, radicale et définitive, c'est sur ses planches qu'elle veut triompher, la scène de la Grande Maison, tragédienne sociétaire, sinon rien.

Evidemment, encore, comédienne et juive, selon ses parents, c'est incompatible ; une juive normale reste à sa place, ne fraye pas avec les goys dans une vie dissolue, évidemment, toujours, Bérénice y parviendra quand même, en coupant tous les ponts, en changeant de nom, en trichant avec ce passé-là, celui des pogroms et de la normalité juive ... Evidemment, toujours et encore, un peu de romance et d'aventure ; Bérénice croise l'ami fidèle, en la peau d'un écrivain symboliste, l'amant éclatant, dans le rôle de Nathan, musicien, juif et allemand, exilé et lucide sur ce qui est en train de se jouer, ailleurs que sur la scène de la Comédie Française où Bérénice fait ses classes, entre autre celle de Jouvet ...Evidemment, inévitablement, les nazis occupants arrivent et les lois antijuives se font carcan ... 

Un parcours de lecture, certes, convenu, l'héroïne y accomplit son destin exemplaire et édifiant, mais une lecture passionnante malgré tout, grâce au milieu dans lequel elle se déroule, pour l'essentiel, la petite marmite du théâtre durant l'occupation, où l'on voit que l'engagement artistique peut faire taire l'engagement tout court. Pas facile de secouer cette poussière trouve sans tomber dans le jugement à l'emporte-pièce, ce que le livre évite, et Bérénice porte bien jusqu'au bout son destin de papier.

Merci Katell

 

12/05/2015

L'arabe du futur, Riad Sattouf

l'arabe du futur,riad sattouf,romans graphiques,autobiographiesQuand mon homme est rentré à la maison avec cette bande dessinée sous le bras, honte à moi, mais j'ai lâché le Modiano en cours illico presto ( ce qui lui vaudra quelques aventures ...) et je me suis ruée sur ce titre, ô combien louangé, me semblait-il. (voir les restrictions d'Hélène)

Et rapidement, je n'ai pas compris ce qu'il y avait à louanger autant là ... Je passe sur le dessin, je n'y connais rien et il m'a semblé assez classique pour un roman graphique tels qu'on les lit depuis un certain temps, monochrome tirant vers le gris, avec des nuances de vert, jaune,bleu, pour distinguer les époques ( enfin, je suppose ...), et des gros traits noirs pour les personnages, très cadrés moyen.

Il est donc question de la jeunesse de l'auteur au Moyen Orient de 1978 à 1984. L'auteur est blond, très blond, ce qui lui vaut l'admiration de tous, vu qu'il est né d'un père sunnite syrien et d'une mère bretonne. Mère que le père a draguée de manière pitoyable au restaurant universitaire de la Sorbonne, et elle, prise de pitié, futla bonne copine qui se rend au rendez-vous.

Pauvre mais ambitieux, le père court après son titre de docteur en histoire, l'obtient sans gloire, se branche les oreilles de rancœur à Radio Monte Carlo avant de décrocher un poste de "maître" en Lybie. Premier séjour en dictature pour la famille. La mère, soumise, se convertit à un repassage éternel et à l'ennui. L'auteur ne découvre pas grand chose du pays, et nous non plus, du coup. Les affiches de propagande, les lézardes des murs des appartements, les restrictions alimentaires ... Cependant, rien n'entame les certitudes paternelles dans la croyance en la réussite de la politique de Kadhafi, et surtout dans la recherche de la sienne, qui si, elle pouvait se concrétiser sous la forme d'une Mercedes serait davantage la bienvenue encore.

Profondément agaçants, les personnages se limitent à leur hauteur de vue, et le narrateur à celui de son enfance, pas de distance critique, il reste dans l'admiration du père, et on se demande bien pourquoi, vu qu'en même temps, il en dresse un portrait de faux-cul de première.

La famille retente sa chance en Syrie, un retour aux sources auprès de la famille paternelle, et un nouvel espoir pour le père, construire une grande maison. Hafez El Assad remplace Kadhafi et le même point de vue d'un appartement vide sur un autre pays encore plus pollué, plus sale ... les habitants y sont les mêmes, ils puent la sueur, pour les femmes, l'urine, pour les hommes, les enfants y sont violents, stupides et morveux. Ils ne jouent pas avec les chiens, ils les enfourchent ... 

Le père est toujours aussi borné, l'enfant, toujours aussi, blond, la mère suit.

Je n'ai jamais fichu les pieds dans une dictature arabe, la véracité de la vision donnée n'est donc ce qui m'a dérangée, vu que je n'en sais rien. Juste, je me demande quel est l'intérêt de livrer cette vision, peut-être enfantine, mais justement, parce qu'enfantine, réduite à des sensations primaires et égocentriques et aux "analyses" politiques à très courtes vues d'un père spongieux et incohérent ....

 

08/05/2015

Une plage au pôle nord, Arnaud Dudek

une plage au pôle nord,arnaud dubek,romans,romans français,pépitesOù il n'est nullement question ni de plages, ni de pôle nord, mais plutôt de banquises oubliées qui se réchauffent les unes contre les autres, des petites, toutes petites banquises, des banquises qui n'en ont pas l'air (rien à voir avec le Titanic, en plus, c'était un iceberg), des banquises de tous les jours, des banquises invisibles, quoi, qui vont se faire un bout de chemin ensemble, et peut-être se fondre ... Allez savoir avec les banquises, c'est aléatoire, comme le hasard d'une rencontre entre un appareil photo numérique ( le numérique a son importance) perdu et d'un rendez-vous chez le podologue.

La femme d'âge bien mûr qui avait rendez-vous avec le dit podologue, Françoise Vitelli, fouille dans l'appareil trouvé par hasars avec méthode pour en retrouver le propriétaire qui s'avère être aussi anonyme que Pierre Lacaze, " scénariste et dessinateur de la série de S.F. burlesque "Les écuyers de l'espace", publiée par un micro éditeur savoyard. Trentenaire né à Lyon. Juriste en entreprise". Du lourd, quoi. De Pierre, on glisse à Jean Claude, son ami, le vrai propriétaire, en fait, esquissé en vrai loser en une phrase attendrie : " La vie est parfois sinistre, même pour les gentils garçons". 

Mais attention, Jean Claude, n'est pas un gentil bêbête, c'est un vrai gentil, au chômage, avec mariage raté et petite fille sur le coeur fondant.

Un appareil photo, un coup de sonnette, ainsi commence la tranquille Odyssée de Françoise et Jean Claude qui s'écrit dans un pavillon de banlieue, entre buffet en chêne avec santon de Provence, et coups de portos du dimanche partagés. Une histoire d'amitié entre une veuve que son Clyde de mari a laissé finir en Bonnie institutrice à la retraite, et un encore presque jeune homme ; l'histoire en pointillée de deux béquilles l'une à l'autre indispensables et fragiles.

Pourtant, rien de triste (ou plutôt, si, mais ce n'est pas écrit triste) dans ce récit (très, trop ?) court, un côté narquois au contraire, une sorte de tiré à la ligne d'Echenoz, sautillante et elliptique à la fois ... L'écriture de Dudek ressemble à ces minuscules éclipses de vie qu'on aurait croisées, un pas de côté dans la vision attendue, une acrobatie dans les lignes des phrases et des destins ; "Quelques détails, trois fois rien, l'essentiel. Faire quelques pas dans une maison, pour visiter, savoir si elle nous plait".

Attention, pépite ! 

Merci Keisha ...

01/05/2015

La place de l'étoile, Modiano

la place de l'étoile,modiano,romans,romans français,déceptionsJe préfère l'annoncer tout de suite, vu la longueur de la note, que j'ai commis plusieurs (au moins cinq) crimes de lèse prix Nobel, comme ça les fanatiques de l'auteur peuvent passer leur chemin dès ces premières lignes.

1) Je n'avais jamais lu de Modiano (du moins le croyais-je en toute sincérité, ce qui annonce le crime n°5). Sentant son étoile monter, et mon inculture avec, je me suis lancée dans l'achat de "La place de l'étoile", un des premiers, je crois, me disant qu'autant prendre le fil de l'admiration dans le sens chronologique, vu que pour l'anticipation, c'était loupé.

2) J'ai commencé ma lecture bien sagement et j'ai perdu le fil. Au point que, quand j'ai vu mon homme passer avec "L'arabe du futur" sous le coude, je me suis jetée sur lui pour, quasi, la lui arracher des mains. Or, il est rare que je laisse une lecture en plan pour une autre. Du coup, j'ai fourré le Modiano je ne sais plus où, et je l'ai oublié.

3) En retournant les coussins de mon canapé de lecture, horreur et damnation de prix nobel, voilà que je me retrouve nez à nez avec le Modiano oublié ( que je ne recherchais même pas, par conséquent. Autre stupéfaction, je l'avais oublié à la moitié de l'histoire (et non pas quasiment à la fin, comme ma mémoire subliminale avait voulu me le laisser croire.) Vu que le gars, il écrit un peu sur l'oubli, et tout ça, ses multiples trous, je me suis dit que j'allais m'y recoller dare-dare, si ça se trouve, c'est contagieux, les trous.

4) Et recoller s'avéra plus compliqué que prévu. Je n'ai rien compris aux tribulations de Raphaël Schlemilavitch et à ses multiples réincarnations hallucinées. Avatar du juif errant, il en prend tour à tour toutes les facettes et en occupe tous les lieux de mémoire fantasmée ; le coupable, le lâche, le sardanapale, l'intello, le flambeur cosmopolite ... (dans le désordre). il épuise le juif littéraire en une suite caracolante d'épisodes truffés de références à notre "bonne France" collaborationniste, Sachs, Brasillach, Céline, défilent. Le personnage se métamorphose en un kaléidoscope d'identités à triple entente : une fortune mal acquise et dilapidée en vies rêvées et liaisons amoureuses qu'avortent un suicide, un abandon crapuleux, une réincarnation de Proust dans un chateau de Guermantes où la belle descendante d'Aliénor d'Aquitaine se révèle être une Messaline déguisée, (et j'en passe ...). Il se revit en "bon juif" du troisième Reich, amant d'Eva Braun qu'il produit , entre autres ..., comme une attraction dans un cirque égyptien ... Le tableau final, ultime fuite en avant du personnage, ressuscite tous les morts d'avant qui l'entraînent dans une sarabande macabre, hantée des lieux de torture nazis à Paris, a achevé de m'achever, sans rien qui me touche, dans cette mise en scène de sinistres fantômes.

5) En allant ranger mon premier Modiano à sa place dans la bibliothèque, entre Miller et Molière, ne lui en déplaise (dans ma bibliothèque, l'ordre alphabétique est (presque) roi), j'en trouve un autre, de Modiano, à ma plus grande surprise. En fait, c'est le même mais en plus vieux, le jaunâtre qui se dépose sur les couvertures des Folio l'atteste, "La place des étoiles" est là depuis un certain temps. J'ouvre le volume, à la quête d'un indice, (il fut un temps où je datais mes livres) et je lis une dédicace, "A toi, Roberti, la spaghetti riche". Le doute m'étreint. "A toi", ce serait moi, mais qui est "Roberti" ? Un livre oublié dédicacé par une anonyme qui se prenait pour un spaghetti ... Je ne suis pas atteinte de Modiano mania mais il faut avouer que pour les trous de mémoire, cet auteur se révèle efficace ...

Ce qui est sûr, c'est que maintenant, entre Miller et Molière, il y a deux Modiano, les mêmes, et que pour l'instant, je vais les laisser tranquilles.

 

 Je profite aussi de l'absence de Galéa ...... qui avec un peu de chance, ne lira pas ce billet ... Je sais, c'est lâche !!! Et en plus, c'est écrit en tout petit, en blanc sur fond violet ....