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24/06/2015

Suite française, tempête en juin, Emmanuel Moynot, d'après Irène Némirovsky

Verso.jpg"La France est sur les routes de l'exode", la France ? Mais pas toute, une certaine France, celle qui possède beaucoup, celle qui a les moyens de partir de Paris, menacé par l'avancée allemande fulgurante et déjà envahi par la défaite, celle à qui l'idée de résistance ne vient pas aux oreilles et qui fera ses choux gras, quelques temps plus tard, à Vichy ou dans la capitale refleurie de panneaux indicateurs vers la collaboration.

Cette France là est croquée dans un dessin en noir et blanc, des lignes de traits quasi façon Tardi. Quelques pages suivent un personnage, une famille, un couple, dont les destins parfois s'achèvent et parfois se croisent. Un trait drôlement intelligent en tout cas, qui vous campe une psychologie en quelques vignettes. La lâcheté est dans les trognes, la cruauté, aussi, du chacun pour soi sur les routes trop fréquentées, embouteillées, de la fuite.

La pierre centrale, pur produit de ce que pouvait produire l'alliance entre l'église bondieusarde et la banque, est la famille Péricand, la mère, le père, les deux fils. L'aîné, l'abbé Philippe, mène les orphelins de "l'oeuvre" à son pas moralisateur, aveugle à tout ce qui n'est pas le droit chemin de sa morale. La mère sème à tout va les petits gâteaux de la bonne charité chrétienne, jusqu'au ce que ses propres enfants en manquent. Le père a pris les devants avec les papiers de la banque et sa maîtresse, si frivole que sa combinaison ne prit pas un pli dans leur fuite éperdue au travers d'un pays qui a déjà plié bagage et rangé la Marseillaise. Affreux et méchant, l'écrivain national Corte pleure sa renommée et son champagne sur les routes surpeuplées de cette populace qui lui donne des hauts de cœur. Pleutres, égoïstes, petits d'âme, ils errent de concert ...

Il y a quand même des gentils, les Michaud père, mère et fils, des petits obscurs, eux, ballottés par les détours de l'histoire, les seuls pour lesquels on en craint les méandres.

Un roman graphique très juste, au point que je n'ai pas eu envie de relire le romans d'Irène Némirovsky, tant cette adaptation se suffit à elle même.

Commentaires

Je suis ravi d'apprendre que adaptation se suffit à elle même parce qu'elle est dans ma pal depuis sa sortie et je me demandais si je devrais lire le roman avant. Tu réponds à ma question, c'est parfait ;)

Écrit par : jerome | 24/06/2015

Parfait aussi ce roman graphique § J'avoue que j'avais encore en tête ma déception du Larcenet, l'adaptation de Claudel, tu sais "Le rapport de Brodeck". Les personnages sont vraiment très bien campés, ici, tu verras !

Écrit par : Athalie | 20/07/2015

Je suis en train de lire Chaleur de sang et j'aime beaucoup...

Écrit par : manU | 05/07/2015

" Chaleur de sang" ? Connais pas ... Mais je n'y connais rien en B.D, je prends sur les rayons de la médiathèque, au pif. Quand je ne suis pas interdite pour retard de prêt ... Mais ceci est une autre histoire ...

Écrit par : Athalie | 20/07/2015

J'ai vraiment très envie de lire l'original avant mais ton billet est archi parfait quand même, il donne envie de la BD et du roman.

Écrit par : sous les galets | 20/07/2015

Je ne sais pas du coup si l'on peut parler d'original en ce qui concerne le roman. Bien sûr, c'est une adaptation d'un roman, cette B.D (roman graphique, pardon ...). Mais je trouve qu'ils fonctionnent très bien l'un sans l'autre (bis repetita placere ...). Du coup, ça fait deux en un, pas comme les gels douche qui font aussi shampoing (mais je sens que je m'égare, là ...)

Écrit par : Athalie | 20/07/2015

Les commentaires sont fermés.