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03/07/2015

N'entre pas dans mon âme avec tes chaussures, Paola Pigani

rapport_feldkommandantur_alliers_1940.jpgToujours sur fond de seconde guerre mondiale, une histoire pas tordue, mais méconnue (de moi, en tout cas ...) et qui a donc le premier mérite de lever un coin de voile sur une histoire noyée dans la grande.

L'auteure s'inspire de faits véridiques concernant l'internement de familles tziganes dans le camps des Alliers, près d’Angoulême, de 1940 à 1946. Ils vont être raflés dans les campagnes alentour par les gendarmes français sur ordre des autorités d'occupation, et parqués, privés de leurs droits, entre les murs d'un camp de plus en plus insalubre, pendant six années. Sans leurs roulottes, sans leurs chevaux, sans leurs voyage, la communauté des manouches va tenter de survivre sans y perdre trop son âme. A travers un personnage féminin, Alba, et sa famille, l'auteure retrace ce qui est quand même bien proche d'un calvaire oublié : la souffrance de ces gens déracinés du vent, de la terre, des herbes et des plantes qui faisaient leur grand chemin.

Certains tenteront de s'évader, mais rapidement repris, la plupart vont tomber dans une sorte de résignation apathique et impuissante dans ce huis clos, entre temps suspendu et temps contraint pour ces hommes, femmes et enfants dont le mode de vie et et les valeurs sont niées, en même temps que ne leur sont pas donnés les moyens de manger, se laver, se vêtir. Le camp est une prison  mais pas seulement, il se veut aussi " un camp d'éducation où tout le monde doit oublier son mode de vie antérieur et apprendre les joies de la sédentarisation"... Vu les joies proposées, on comprend que la sédentarisation ait été fuie comme la pire des catastrophes. Alba se cogne aux murs de l'ennui, de la honte, du mépris et de l'oubli, et grandir là, d'enfant, devenir jeune femme amoureuse, avec beaucoup de pertes et de rêves, aussi ...

Un sujet passionnant et une écriture sensible, tremblée de poésie, d'images de la vie d'avant, le théâtre ambulant et branlant du père, les ombres des campements quand frôle la nuit, la chaleur des feux de broussailles ramassées aux coins des bois, la liberté, l'identité sans carnet de famille ni recensement ....

Sauf que, à parfaitement épouser la cause des victimes (cause légitime, mon propos n'est pas dans la contestation de cette évidence), le récit devient lisse. Alba, personnage central qui porte si bien son nom, et qui jamais ne faute et jamais ne trébuche, fière et droite alors que les conditions de l'internement se font de plus en plus ignobles et ravagent corps et déterminations, et bien Alba, je n'y ai pas cru. Je n'aime pas que l'on me dise trop clairement où mettre tous mes bons sentiments du même coté, c'est mon côté lectrice rebelle. 

Le choix de la forme, un témoignage unique, rend le récit partiel et donc partial, même si la partialité est du bon côté, l'aspect historique est quand même gommé. Peut-être était-ce nécessaire pour refaire surgir ces fantômes d'une mémoire collective oublieuse ? Peut-être ....

 

 

Commentaires

J'en avais lu beaucoup de bien il y a un moment... mais un personnage parfait, ça me tape. Du coup, je pense que je vais passer, malgré le thème intéressant.

Écrit par : Karine:) | 05/07/2015

Je n'ai lu pas un seul commentaire négatif .... Bon, je n'en ai pas vraiment cherché non plus. Il est parfaitement défendable ce livre, d'ailleurs. c'est juste la perfection du personnage qui m'a dérangée, effectivement. Alba porte très bien son nom, disons que c'est une logique narrative !

Écrit par : Athalie | 05/07/2015

Comme Karine, tout le monde avait l'air d'accord pour en dire le plus grand bien. Mais comme je préfère me fier à ton avis de lectrice rebelle, je vais faire l'impasse ;)

Écrit par : jerome | 05/07/2015

J'ai bien conscience de détonner un peu dans le concert de louanges qui a accueilli ce titre, il en mérite d'ailleurs, des louanges. la personne qui me l'a conseillé, grande lectrice fort pertinente, a d'ailleurs été fort étonnée lorsque je lui ai fait part de mes réserves. tant pis, j'assume.
Le thème est vraiment intéressant, peut-être fallait-il ce "lissage" pour l'aborder et le rendre visible ?

Écrit par : Athalie | 05/07/2015

Titre somptueux, qui me fait dresser l'oreille... Pour le reste, j'avoue que j'hésite...

Écrit par : Noukette | 07/07/2015

Si le titre te plait, tu peux te lancer, je pense, il donne très bien la tonalité du livre !

Écrit par : Athalie | 09/07/2015

Les commentaires sont fermés.