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30/06/2015

(Re) lire Mauriac : La pharisienne, François Mauriac

la pharisienne,mauriac,romans,romans françaisEn refermant ce livre (le deuxième de l'opération "La coterie des sagouins/sagouines"), je me suis demandée ce qui faisait qu'un Mauriac peut ne pas être un grand Mauriac, mais juste un Mauriac, ce qui est déjà pas mal. Paradoxalement pour un romancier, je dirai le romanesque ... Le romanesque ne sied pas à la plume acerbe de ce romancier là, il dilue l'amertume dans ce qui pourrait presque être des "aventures".

Dans "La pharisienne", en effet,  il y a presque un souffle romanesque, presque, parce que l'on reste confiné quand même, un appartement à Bordeaux, une propriété dans les Landes, un été torride, une famille de la moyenne bourgeoisie, des secrets enfouis de femmes brisées, une belle mère, la pharisienne, donc, confite en dévotion hypocrite. Et dans l'échelle de la dévotion hypocrite, Brigitte Pian tente de gagner la palme, quel qu’en soit le prix à payer pour les bénéficiaires de sa charité. Le pire, c'est un personnage animé d'une charité réelle et sincère autant que perverse dans ses effets.

" Pharisien : un personnage qui, observant strictement les préceptes moraux, se donne une bonne conscience avec laquelle elle juge sévèrement la conduite d'autrui".

La bonne conscience de Brigitte Pian est une armure offensive. Respectée de son entourage, adepte des bonnes oeuvres, elle distille le fiel de la bonne conduite et en fait usage pour régenter ses proches et ceux qui ont le malheur de s'en approcher et de vouloir les aimer.

Ainsi, elle tente de sauver Michelle, sa belle fille, d'un premier grand amour trop heureux avec le tourmenté Jean Mirbel, un aristocratique mauvais garçon mal aimé d'une mère trop romanesque. Elle jette aussi son dévolu sur un professeur du narrateur, le pieux Puybaraud qui voulait tenter de réaliser son rêve de paternité en convolant en pieuses noces avec la si dévote maîtresse d'école, Octavie Tronche, pour le plus malheur de ses "protégés". Et son honnêteté voudrait bien mettre sous les yeux de son mari les preuves de l'inconduite de sa première femme, peut-être encore aimée, par contraste ....

Les meilleures intentions de madame Pian sont autant de carcans tortueux que le personnage impose à son entourage, dictés par sa grandeur morale d'avoir raison selon les dogmes d'une religion dont elle a revu les pratiques à son image. Seul le narrateur, jeune garçon puis jeune homme, semble échapper à sa tyrannie et la regarde tisser sa toile. Trop sage, sans doute, trop retenu pour lui laisser une prise.

Alors ? Pas un grand Mauriac, alors que tout y est .... ben oui, mais ... j'ai finalement eu l'impression que l'écrivain ici tentait de faire ce qu'il ne sait pas faire, c'est-à-dire plaire et adoucir : ainsi la Pian, la pharisienne, va entrouvrir les yeux et connaître le remords ( ce qui aurait pu me faire jubiler), mais aussi l'amour ( ce qui est nettement moins drôle que les affres de l'enfer). Et  le jeune premier mauvais garçon, Jean Mirbel a des faux airs du grand Meaulnes, et moi, le grand Meaulnes, je ne peux pas. Il sent la naphtaline et amène dans le huis-clos un zeste de roman à l'eau de rose éventé.

Du coup, je n'ai pas eu vraiment mon compte de "tréfonds obscurs des âmes" (perverse serai-je ?). A lire, l'avis d'Ingannmic, ma camarade de plongée en eaux troubles. N'hésitez pas à venir barboter avec nous le mois prochain ... 

A (re) lire "Génétrix" chez elle et chez moi

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26/06/2015

Le confident, Hélène Grémillon

Tricot-maille-double-endroit.jpgIl y a un avantage certain dans l'utilisation de la seconde guerre mondiale en littérature, c'est qu'elle est un réservoir sans fin pour les histoires tordues, de sombres secrets, de famille, si possible, camouflés et retrouvés, des poupées gigognes, en quelque sorte ( pas des bébés cigognes, ne pas confondre. Quoique, dans ce livre, la procréation est au centre de la multiplication des récits, mais pas les bébés cigognes, les vrais ceux qui naissent dans les choux et les roses. ). C'est ainsi que les secrets de famille se fabriquent.

Donc, un titre de plus à ajouter à la lignée de la littérature du baby boom du secret de famille, dans une forme plutôt prenante et une écriture aussi simple qu'efficace.Elle vous mène d'un point A à un point B avec révélations successives et témoignages en contre point, en deux versants. Dans le premier, le mystère s'épaissit, dans la deuxième, il s'éclaircit. Fastoche.

Le premier (l'épais mystère) : Camille, une jeune femme moderne, vient de perdre sa mère, le père est déjà disparu, ce qui nous évite la confrontation finale entre enfant et parents dans une troisième partie, c'est déjà ça d'éviter dans l'horizon d'attente, comme disent les pros. Enceinte sans vraiment le vouloir, elle se trouve au croisement d'un choix à faire, et est un peu perdue, mais pas trop, car sa grossesse à elle n'est pas le sujet du livre. Par la poste, lui arrive le récit signé Louis ( elle ne connait pas de Louis, bien sûr), qui raconte l'histoire d'une certaine Annie (elle ne connait pas d'Annie), une jeune fille qu'il aimait et avec qui il aurait filer un parfait amour tranquille si Annie n'avait pas croisé la route d'une certaine madame M. On est dans un retour arrière, dans la province française, à la veille de la seconde guerre mondiale. Annie est une jeune fille modeste, un rien fantasque par rapport à son milieu, elle aime peindre. Madame M. est une bourgeoise aisée, mariée, malheureuse car sans enfant, dépressive et tordue, un peu, quand même.

Si Louis aime Annie, madame M. aussi, mais pas pour les mêmes raisons, manipulatrice, méfiante et machiavélique, madame M. entraine Annie loin de son destin tranquille et de Louis, et l'histoire du secret se tricote en pelote.

Dans la deuxième partie, c'est la partie maille à l'envers, on détricote le tout, toujours avec Camille et sa grossesse à elle en arrière plan.

Et à la fin, on a un récit bien troussé où les bébés retrouvent les bons berceaux et les mamans cigognes aussi. Ou presque.

24/06/2015

Suite française, tempête en juin, Emmanuel Moynot, d'après Irène Némirovsky

Verso.jpg"La France est sur les routes de l'exode", la France ? Mais pas toute, une certaine France, celle qui possède beaucoup, celle qui a les moyens de partir de Paris, menacé par l'avancée allemande fulgurante et déjà envahi par la défaite, celle à qui l'idée de résistance ne vient pas aux oreilles et qui fera ses choux gras, quelques temps plus tard, à Vichy ou dans la capitale refleurie de panneaux indicateurs vers la collaboration.

Cette France là est croquée dans un dessin en noir et blanc, des lignes de traits quasi façon Tardi. Quelques pages suivent un personnage, une famille, un couple, dont les destins parfois s'achèvent et parfois se croisent. Un trait drôlement intelligent en tout cas, qui vous campe une psychologie en quelques vignettes. La lâcheté est dans les trognes, la cruauté, aussi, du chacun pour soi sur les routes trop fréquentées, embouteillées, de la fuite.

La pierre centrale, pur produit de ce que pouvait produire l'alliance entre l'église bondieusarde et la banque, est la famille Péricand, la mère, le père, les deux fils. L'aîné, l'abbé Philippe, mène les orphelins de "l'oeuvre" à son pas moralisateur, aveugle à tout ce qui n'est pas le droit chemin de sa morale. La mère sème à tout va les petits gâteaux de la bonne charité chrétienne, jusqu'au ce que ses propres enfants en manquent. Le père a pris les devants avec les papiers de la banque et sa maîtresse, si frivole que sa combinaison ne prit pas un pli dans leur fuite éperdue au travers d'un pays qui a déjà plié bagage et rangé la Marseillaise. Affreux et méchant, l'écrivain national Corte pleure sa renommée et son champagne sur les routes surpeuplées de cette populace qui lui donne des hauts de cœur. Pleutres, égoïstes, petits d'âme, ils errent de concert ...

Il y a quand même des gentils, les Michaud père, mère et fils, des petits obscurs, eux, ballottés par les détours de l'histoire, les seuls pour lesquels on en craint les méandres.

Un roman graphique très juste, au point que je n'ai pas eu envie de relire le romans d'Irène Némirovsky, tant cette adaptation se suffit à elle même.

20/06/2015

Les oiseaux, Daphné Du Maurier

3466755_7_7941_devant-les-centaines-de-mouettes-on-replonge_e526533a71beafa0caedc0b4fe586585.jpgSi vous n'aimez pas les nouvelles, si elles vous laissent un goût de trop peu, si le format court frustre votre goût immodéré du romanesque au long court, alors, il faut, d'urgence lire "Les oiseaux". A cause que ces sept nouvelles remplissent tellement toutes ces anti-conditions, qu'on en redemanderait alors qu'on est déjà plein. Moi, ça me fait cet effet-là avec les trucs que j'aime vraiment: les fraises tagada, les oeufs à la neige, le pain perdu, le chocolat blanc fourré aux myrtilles, et donc, logiquement, Daphné du Maurier.

Le must du recueil est est, bien évidemment la nouvelle titre, "Les oiseaux". Je ne dirai rien du film Hitchcock, que je connais évidemment par cœur, ce qui ne me gêne absolument pas pour le revoir encore, malgré les commentaires acerbes de fiston : "On voit tous les trucages" - "M'en fiche" articule-je, enfoncée jusqu'aux doigts de pieds dans le plaid et gavée de chocolat blanc fourré aux myrtilles

Grande surprise ! La nouvelle n'a que peu de points communs avec le film ; point d'inséparables, pas de blonde citadine hyper classe et hyper injustement traitée par le beau Nath, mais, un Nath seulement, avec femme et enfants, fermier, père de famille tranquille, qui voit poindre sur les vagues les attaques ailées et tente de résister, dans le silence assourdissant de la radio, à ce qui semble bien être la fin du monde ... Rien de moins qu'un pur chef d'oeuvre, ce qui fait qu'avec le film, ça fait deux.

 Suivent six autres histoires qui mêlent, elles aussi, avec une efficacité ciselée, l'étrange et l'ordinaire. "Le pommier" par exemple, où dans une campagne très "country", une femme acariâtre meurt, libérant ainsi son mari de sa tristesse stérile. Mais dans le verger, repousse un vieux pommier dont le poison se distille à petites gouttes.... "Encore un baiser" mène une très chic mère de famille, lors de vacances très vides, dans un hôtel très chic aussi et bondé d'admirateurs potentiels, vers une liaison amoureuse à l'essai. Son ennui, la chaleur, sa beauté inutile entraînent la belle indifférente au bord de la falaise ... Dans "Mobile inconnu", un arrière goût d'Agatha Christie flirte avec la folie d'une jeune femme pour qui la naissance d'un enfant aurait dû être une joie ... 

Un pur régal, le ton Daphné jusqu'aux bout des ongles, entre lumière et crépuscule, où le pire n'est jamais sûr mais toujours incertain, et c'est encore pire ....

16/06/2015

Les arpenteurs, Kim Zupan

les arpenteurs,kim zupan,romans,romans américains,western et cieLes arpenteurs ne sont pas des cow-boys, ni des vachers, ni proches des figures mythiques de l'ouest américain des westerns classiques, d'ailleurs, on n'est presque pas dans l'ouest, puisque l'on est dans le Montana, ce qui n'a d'ailleurs presque pas d'importance, sauf pour le côté grands espaces et trou du cul du monde en même temps. 

Les arpenteurs sont deux, et en plus, ils n'arpentent pas grands chemins, à vrai dire. Le titre en anglais est "The Ploughmen", ce qui, selon ma traduction toute personnelle donnerait quelque chose comme "des laboureurs nostalgiques qui traînent des charrues imaginaires et des grosses névroses" ou " des mecs qui remuent la terre de champs où pas grand chose ne pousse, mis à part des crimes et des fantômes, mais dont la poussière colle aux godasses et à l'âme". Pour moi, c'est plus juste, mais évidemment, je comprends l'éditeur, cela fait un peu long.

Le plus vieux des arpenteurs est un tueur sans remords, il a commencé très jeune dans la carrière, presque par hasard ( un histoire de chien qui japait un peu fort ...), et continue le job depuis des décennies, sans jamais se faire vraiment prendre, puisqu'il a une technique imparable, il disperse les morceaux de cadavres dans la nature pour empêcher toute identification. Son seul mobile est le vol. Il peut rester des heures sur le pas de la porte de sa ferme, et puis se lever et partir au boulot, laissant sa femme, Francie, comme seul point d'ancrage derrière lui. Ses grandes mains sont expertes à démembrer et à creuser des fosses, même si il l'aime, sa Francie ... Sur son dernier coup, il a laissé un partenaire vivant, ce va causer sa chute.

Dans le couloir où il attend son procès, arpente le jeune Valentine Millimaki, adjoint au coeur presque tendre, et un peu en vrac, à cause du manque de sommeil, le nouveau rythme de ses nuits de garde est en train de lui coûter sa femme, son point d'ancrage à lui aussi, sauf qu'elle en a vraiment assez de s'ancrer dans une ferme où la porte laisse passer les chacals, sans compter les courants d'air. Valentine est un homme de fantômes, celui de sa mère, celle de la ferme de son enfance, ceux des disparus dont il retrouve les cadavres, toujours trop tard, dans les montagnes où les hommes se perdent, s'enfuient, s'effacent ...

Face à face, l'un enfermé, l'autre presque libre, le salaud livre des brides de sa mémoire meurtrière au candide, qui semble devenir une proie, qui flotte ... Une pomme, une femme, une ferme, trois points communs de trop avec le tueur et ce n'est pas sans faire frissonner sa lectrice, qui reste attachée aux pages, tremblante comme un agneau survolée par les cercles concentriques d'un faucon au sang froid.

Oui, c'est un livre qui vous accroche, qui vous râpe dur et vous empoussière. De superbes pages, où la cadence des mots vous vrille une lectrice en plein vol de nature writing au-dessus du cul de basse fosse des âmes, et pourtant ... il y a du vide autour des personnages, je veux dire qu'ils ne sont pas vraiment plantés quelque part, l'itinéraire de chacun est elliptique et m'a laissée (un peu) au bord du champ final. Quelques points de suspension dans le récit, une impression de collage de deux histoires, (un peu) artificiel. Mais ce n'est qu'un bémol d'après lecture. Un petit bémol après une lecture que j'ai dévorée, c'est (un peu) injuste .... 

 

Une première lecture commune avec Philisinne Cave , en attendant les suivantes ... 

 

12/06/2015

Du bon usage des robots

robot-d-android-avec-des-lunettes-de-soleil-32724235.jpgSans en vouloir aucunement aux tenanciers/tenancières des blogs que j'aime, mais/et, où il faut prouver que l'on est pas un robot avant de poster un commentaire super dispensable (je parle des miens, bien sûr ... pas de ceux des autres qui arrivent toujours avant moi, et que je me dis "mince, c'est ce que je voulais dire ... et maintenant, je dis quoi ? ben rien"), j'avoue que je ne peux m'empêcher de  dire que l'exercice me plonge dans des affres existentielles, que, j'avoue encore, je n'aurais jamais pensé avoir à patauger dedans ...

Parfois, il faut sélectionner, après avoir commenté "Je note, il a l'air super bien ce titre" ( ce qui ma tendance générale) , toutes les images de café. Moi, tant que le café est dans une tasse (un mug, un bol), ça va ... Mais, l'affre commence devant l'image floue d'un grand verre (le flou étant peut-être dû au fait que je retrouve rarement mes lunettes, car il se trouve que comme je n'ai pas besoin d'elles pour lire les commentaires, je m'en munie rarement à l'avance devant l'ordi). Un grand verre avec du liquide noir dedans, cela peut-être une guiness ou un Irish Coffée, or dans un Irish, il y a du café. Faut-il sélectionner les images avec du café pur ou du café avec des trucs dedans ? C'est pas marqué. J'angoisse : je valide ? je ne valide pas ?

En soi, je m'en fiche de valider (ou pas) une Guiness déguisée en Irish ( ou l'inverse ( pour les lecteurs qui suivent encore, sachez que j'ai bu un Irish il n'y a pas longtemps et qu'il y a bien du café dedans ...)). MAIS, c'est juste que si je me gourre, je devoir passer la sélection de rattrapage, celle des aliments, qui est la sélection que je redoute le plus.  Surtout à cause des petits pots en verre, les verts, surtout.

Des petits pots en verre genre batraciens, verrines de pistache fluo, des trucs qui n'existent pas en vrai ( en tout cas, moi, je ne les mangerais pas, même sous la menace de devoir lire un Musso, un Houellebeck, sans parler d'un Levy Marc Jean Bernard Henry confondus). Je regarde, pétrifiée,  l'image floue d'un guacamole boosté aux colorants d'avocats génétiquement modifiés par un accouplement de reinettes égarées hors d'Andersen, et je me dis "je coche ou pas ? C'est un aliment ? ou pas ? 

Et me voilà plongée dans mes affres d'incertitudes ... J'ai beau plisser des yeux, le flou reste ( évidemment, je ne suis pas allée chercher mes lunettes, trop plongée dans mon affre ...), le vert reste aussi. Et je n'ai toujours pas publié mon commentaire. 

Ai-je déjà dit à quel point je ne lirai pas Ferrari, parce que Ferrari, je ne peux pas depuis que je n'ai jamais réussi à passer les dix premières pages de "Là où j'ai laissé mon âme", ai-je déjà dis à quel point "Le liseur" est pour moi un livre qui m'a mis sur la piste d'Hannah Arenth ? Je ne sais plus.

Mais la souris tendue, je clique, je suis en sueur froide, j'ai bon. J'ai prouvé que je ne n'étais pas un robot. Je suis super fière. J'ai reconnu tous les aliments.

Quand même, les concepteurs du machin sont de sacrés vicelards, anti-commentaires. Ils mériteraient de bouffer les verrines verdâtres en buvant la guiness déguisée en sushi.

Bons commentaires à tous ! 

 

08/06/2015

(Re)lire Mauriac : un message de la coterie des sagouins/ sagouines

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Vous aimez que l'on vous conduise dans la dense amertume des obscurs tréfonds de l'âme ?

Depuis que votre arrière grand oncle a légué tout son héritage aux bonnes oeuvres de la paroisse, vous avez un scalpel contre la mesquinerie hypocrite de la bourgeoisie provinciale ?

Vous prenez un plaisir sadique à voir disséquer les failles des amours qui auraient pu être, mais ne sont jamais nés, étouffés dans le silence d'un feu de cheminée où le bois des landes crépite ?

Venez découvrir (ou redécouvrir) un univers suranné et oppressant, où toute joie est un péché, où la terre compte plus que les hommes ....

Mieux que Chabrol et Stephen King réunis, le monde impitoyable de Mauriac vous ouvre ses pages, peut-être un peu cornies et jaunies, mais terriblement palpitantes, pleines de rage et de coups de griffe.

Ingannmic et moi-même nous y sommes déjà risquées, à pas feutrés, nous avons rouvert "Génitrix" (ici pour elle et pour moi), goûté son poison distillé avec tant d'amour que nous vous proposons de nous rejoindre, plumeaux en main, pour dépoussiérer vos étagères de lycéens / lycéennes, de sagouins et de sagouines en herbe ou en puissance, langues de vipères s'abstenir ...

Le 30 ou le 31 de chaque mois (selon le nombre de jours du mois, ce qui va me demander un tant soi peu de concentration ...), rendez-vous autour d'une oeuvre, sans obligation d'inscription ou de suivi : on peut s'y tremper une fois, pour tenter, ou prendre le grand bain, sous le feu du soleil piégeux, quand même ...

Pour le 30 juin, "La pharisienne" vous attend au coin du bois.

 

 

 

 

 

06/06/2015

Dans le jardin de la bête, Erik Larson

dans le jardin de la bête,erik larson,documentaires,documentaires historiques,docufictions,dans le chaos du monde" Dans le jardin de la bête" est un texte passionnant, qui m'a passionnée et dans lequel je me suis quand même passablement ennuyée.

Je dis texte parce que c'est une sorte de docu fiction, entre documentaire très documenté (archives à l'appui) et reconstitution romanesque pointilliste. Il retrace l'itinéraire de monsieur Dodd, un déjà vieil historien, passionné par l'histoire du sud des Etats Unis, qui se retrouve propulsé, par les hasards d'une morne carrière et d'une vacation des professionnels de la diplomatie, au poste d'ambassadeur dans le Berlin de l'année 1933. Armé de sa famille et de ses convictions, il s'embarque avec voiture hors d'âge et directives diplomatiques floues, vers le jardin de la bête en construction, et  se retrouve coincé dans un rôle qui ne semble pas, de l'avis de tous et de lui-même, taillé à sa mesure. 

La haine est déjà bien mise en oeuvre dans la ville gangrenée, mais la façade est encore séduisante et propre, alors que commencent à se déchaîner les rancoeurs, les violences anti sémites et la volonté de revanche. Dans une sorte d'impuissance vague, Dodd n'en prend la mesure que par ricochets. Par contre, sa fille, la belle Martha, frivole, volage, est piquée par la beauté de cette nouvelle force qui va, droite et fière comme la jeunesse blonde. Elle va y puiser amants, fêtes, promenades en voitures décapotables, pique nique bucoliques, jusqu'au moment où, elle réalisera la véritable nature du régime nazi et tournera casaque.

 Mon résumé est très schématique et incomplet. Ce qui m'a passionnée dans cette lecture est le décorticage de l'impuissance de Dodd, une impuissance qui n'est pas vraiment de son fait mais qui prend racine dans l'incapacité intellectuelle de comprendre ce qui est en train de se mettre en place. Comme beaucoup, il ne peut pas penser ce qui est proprement impensable, et comme beaucoup, il regarde s'agiter Hitler avec le scepticisme d'un vieil humaniste : le régime nazi ne pourra se maintenir avec de tels olibrius à sa tête ...  Quand Dodd a des éclairs de lucidité, ils sont contrariés par les mécanismes des démocraties européennes, l'administration américaine, entre autres, qui se focalise sur le remboursement de la dette de l'Allemagne ... Un petit pas de Dodd, vers une expression libre lors d'un discours, lui vaut des remontrances de l'appareil, qui, cependant, lui aussi, est faillible et ne fait guère preuve d'un dynamisme anti-anti-sémite à toute épreuve, préoccupé surtout par les agressions commises par les S.A sur les américains ignorant le salut nazi. 

L’ascension était résistible a dit Brecht, on voit à travers ce livre que la résistance était aveuglée par bien des filtres, et que l'histoire ne se réécrit pas.

Ce qui m'a ennuyée, quand même, car ennui il y a eu, ce sont les répétitions, le recours constant aux archives diplomatiques et archives personnelles de Dod et de sa fille, journal intimes, lettres, rapports diplomatiques ... le rythme de lecture en est ralenti car l'écriture s'auto valide sans cesse. Le mélange entre les deux genres, document historique emballé dans la serviette de la fiction, m'a gênée, ce qui ne remets pas en cause la qualité du propos, évidemment !

 

03/06/2015

Le rapport de Brodeck, Manu Larcenet, d'après le roman de P. Claudel

romans graphiques,bandes dessinées,manu larcenet,philippe claudel,le rapport de brodeckLe rapport de Brodeck vu par Manu Larcenet, forcément, ma main n'a fait qu'un geste quand je l'ai vu en librairie, je l'ai saisi, puis, je l'ai feuilleté, puis, chose incongrue soulignée par fifille : "Tu le reposes ???". Ben oui. Là, tout de suite maintenant, tant de noir à la fois, je ne sais pas, je recule.

Mais comme je suis entourée de bonnes âmes, dès le lendemain : "Tiens, il vient de sortir, j'ai pensé à toi, je te le passe ...". Non seulement les âmes sont bonnes mais en plus, elle me connaissent bien. Donc, je prends, je pose (parce qu'il est lourd) et je tourne les pages. Assez vite d'ailleurs, car il y a peu de texte en fait. Et beaucoup de noir.

Il faut le dire, c'est un bel objet, un très bel objet, même, une bande dessinée d'un format inhabituel (à l'italienne, je crois) enfermé dans un carton protecteur très sobre, élégant, raffiné. Ce qui va ni avec le propos, ni avec le dessin. Mais bon, c'est un bel objet quand même.

Larcenet, peu être "Blast" ou "Retour à la terre", là c'est celui de "Blast", en noir donc, un noir très traits d'encre de chine, précis et brouillon à la fois, anguleux, d'un noir sans nuance de gris, un noir plaqué comme des traces cruelles qui clouent les personnages sur la page, les arbres aussi, les maisons, et quand c'est blanc, c'est, en général, de la neige. 

Le village, les habitants, les cochons, les renards, le camp, le marché, Brodeck, l'Anderer, son cheval, sa mule, tout y est. L'atmosphère est étouffante, un huis-clos laid, sale, crasseux, poissant. Pendent dans une vignette des lapins sans tête, dans une autre, des poules écorchées. C'est bien le roman de Claudel, celui de ces âmes noires et lâches, celui de cette oppression, celui de cette haine de l'autre, mais où le dessinateur a fait le choix d'enlever la grâce des petites lumières, Emelia, Poupchette, la respiration de la tendresse qui fait de Brodeck, l'épaisseur de l'être faillible, mais humain, du roman.

C'est beau, c'est du très bon, de l'excellent même, mais moi, il m'a manqué des pauses, des respirations, dans le tendu de l'histoire.

Et puis, sûrement que j'aime trop le roman, que je le connais trop aussi, alors, je cherchais telle scène, telle image, l'Anderer, je ne le voyais comme cela, pas sur le même plan que les autres, à la fois plus solaire et plus lunaire.

Bref, je n'ai pas lu du Larcenet, mais du Larcenet adaptant Brodeck, ce n'est pas la bonne posture pour apprécier cette oeuvre car c'est une non-lecture de Larcenet, je suis passée à côté.