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31/07/2015

Le mystère Frontenac, Mauriac

le mystère frontenac,mauriac,relire mauriac,romans,romans françaisLe titre invite à résoudre une énigme, qui dit mystère, dit secret, qui qui Mauriac, dit bourgeoisie du Sud Ouest, codes moraux, religieux, interdits sociaux. Donc, de prime abord, le mystère Frontenac serait dans la transgression de ses tabous de classe. En tout cas, c'est ce que le premier chapitre peut laisser croire.

On y découvre l'oncle Xavier et la couvée Frontenac, Blanche, la veuve de son frère bien aimé, Michel, qui récitait des vers de Victor Hugo en chemise à la fenêtre de leur chambre d'enfance, et les cinq petits : Jean, Louis, José, les deux filles et le petit dernier, Yves. Mauriac ne fait pas mystère du secret de l'oncle, qui n'a rien d'un coq : il entretient une liaison avec une femme, Joséfa, loin des yeux des siens. Bien peu tapageuse, pourtant, la Joséfa, il lui assure gîte, meubles et petit magot, mais c'est bien tout, car tout l'argent, la fortune Frontenac, les domaines, doivent revenir aux enfants, son culte, sa religion, son os à moelle, c'est eux. Il a d'ailleurs éduqué sa maîtresse à l'économie pour tout donner à la fratrie.

 En réalité, même si le secret de Xavier finira par en faire partie, du mystère, il est tout autre qu'un simple secret d'une liaison honteuse. Il est englobé dans un tout  aux frontières floues ; Frontenac, ce sont les enfants et les domaines, soit, mais aussi le goût de l'été et les parfums de la chaleur des bois, les palpitations des vignes, la fin du crissement des cigales, le soir, les ombres derrière les vitres éclairées à la lampe à pétrole, les jeux de la "communauté", la vieille tante folle ... 

Le mystère, c'est tout ce qui a été Frontenac, et qui devrait le rester, alors que le cours du récit ne cesse de dire le contraire, . Et surtout, le mystère que l'auteur semble vouloir ronger jusqu'à l'os, est l'amour. L'amour de la famille ? Pas vraiment, on dirait qu'il cherche à en exprimer une sorte de quentessence, (une huile essentielle, oserai-je), amour maternel, filial, fraternel, l'amour qui va de soi, fait mal, réconforte, étrange amour qui se niche aux creux des silences et des traditions.

On suit surtout deux des frères, Jean Louis et Yves. Jean Louis est l'aîné, l'élève brillant, Yves est le plus jeune et le plus tourmenté (José, celui du milieu est l'homme des bois, le plus proche de la terre et des jouissances "naturelles" et sensuelles). Leur mère, Blanche est une mère couveuse, dont le seul but est qu'aucun de ses petits "ne tournent mal". Elle sait où est son devoir et nul tourment de l'en détourne. Jean Louis aussi, y cédera, à ce devoir non écrit, ce mystère. Il voulait être philosophe, il endossera le costume paternel dans l'entreprise familiale, pour que rien ne se rompe, et y gagnera un mariage sage et choisi. Yves, est le poussin qui sortira du nid. Il s'échappera à Paris, poursuivre un faux rêve de gloire littéraire et d'amour trop frivole pour ne pas être douloureux à son âme d'écorché. Evidemment, on peux le penser double du jeune Mauriac, quand au passage sont évoqués les figures de Barrès et de Gide, dans l'évocation de ses années folles de bulles de champagne et de course automobile vers la côte basque, goguette de luxe qui fait passer à côté des baisers d'une mère qui attendait le retour du prodigue.

Evidemment, la plume de Mauriac n'est pas tendre, et égratigne codes de classe et côterie littéraire, mais le goût de ce livre n'est pas là. Par moment, il vibre, certains passages semblent creuser vouloir arracher aux mots le mystère de ces amours qui vont de soi, au risque d'un lyrisme parfois incongru. Il y a quelque chose de tendu et d'intime dans ces notations brèves qui construisent les odeurs d'un paysage, qui contournent le phrasé d'un geste, elles palpitent et étreignent le coeur, sans que l'on sache trop pourquoi. On dirait que dans ce texte, Mauriac a creusé (comme dans un creuset), à la recherche de ce mystère, l'amour, comme dans un grand combat avec ses mots, ses phrases et ses doutes.

Un Mauriac qui a le goût d'un Michaux .... Qui l'eut cru ?

Le troisième titre de la "côterie", ambition de (re)lecture de l'oeuvre de l'auteur, en lecture commune avec Ingamnnic

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Commentaires

Vous allez nous faire craquer! Déjà qu'une autre blogueuse me donne envie de lire giono...

Écrit par : keisha | 31/07/2015

ah mais ça il FAUT Keisha ! (euh , pardon Athalie, mais c'était plus fort que moi ;-)

Écrit par : Mior | 31/07/2015

Je suis d'accord avec Mior, laisse-toi tenter et rejoins la "côterie", même pour un titre ... Le prochain, tiens ? Giono, il faudrait que je m'y remette aussi, je pense être passée complètement à côté, il y a déjà assez longtemps pour que je ne me souvienne ni du titre, ni du pourquoi !

Écrit par : Athalie | 01/08/2015

Quelle belle critique ! Oui, j'ai cru comprendre comme toi que le mystère Frontenac réside dans cet amour familial, qui va à la fois "de soi", parce qu'on est membres d'un même clan, mais qui se nourrit aussi des individualités, prenant ainsi des formes parfois troubles...

Quel prochain titre te tente ? Je pars en vacances demain, donc on peut le caler soit aujourd'hui, ou à mon retour, ou je te laisse seule décisionnaire en mon absence et je suivrai de toute façon ton choix !!

Comme tu veux !

Écrit par : ingannmic | 31/07/2015

Merci, comme d'habitude, nous avons écrit des articles très différents pour la forme du moins, pour le fond, ce mystère creusé à l'os m'a un peu plus touchée que toi ... Mais quel auteur passionnant ce Mauriac et complètement inattendu, finalement ! bien plus complexe que dans mes souvenirs, comme je te le disais déjà pour "La pharisienne". Ce parcours au long cours avec lui et toi me passionne de plus en plus !
Pour la suite, j'ai publié ma note le jour de mon départ, pour 15 jours, et donc je n'ai pas amené de Mauriac avec moi, mais on peut programmer pour le 30 : la fameuse "Thérèse" ? Relecture qui me fait un peu peur, vu que sur celui-là que l'on risque le moins de surprise ? Je repasse par chez moi d'ici là, avant de repartir pour le Finistère sud !!!!! Tu me dis pour ton choix ...

Écrit par : Athalie | 02/08/2015

Coucou,

En arrêt chez mes parents sur la route du retour, j'ai temporairement accès à un PC...

Ok pour le Desqueyroux, et très bonnes vacances, j'ai eu un temps changeant, qui ne m'a pas empêché de profiter de cette très belle région qu'est la Finistère Sud.

Écrit par : Ingannmic | 15/08/2015

c'est marrant, ne le prends pas mal, mais ça ne me viendrait pas à l'idée de relire un Mauriac , là, comme ça. Mais ta conclusion pourrait bien me faire reconsidérer la chose ...

Écrit par : Mior | 31/07/2015

Je ne le prends pas mal du tout ! Figure-toi que si on m'avait dit il y a deux mois que j'allais relire mes classiques poussiéreux d'un écrivain étiqueté catholique de droite, j'en aurais avalé mon bréviaire ! Et finalement, cela se passe très bien ...

Écrit par : Athalie | 02/08/2015

Je l'ai lu il y a plusieurs années, celui-là, un peu par hasard, et j'ai beaucoup aimé cette ambiance d'amour familial, à la fois étouffant et cocon...:)

Écrit par : Akialam | 10/08/2015

Je prends le temps de découvrir ton blog, avec beaucoup de plaisir ! En tout cas effectivement pas de Mauriac en vue pour l'instant ... Mais si le plaisir t'en dit, la côterie, quoiqu'un peu en vacances, peut s'élargir ! Oui, l'amour chez Mauriac est étouffant, mais ce qui m'a étonnée dans ce titre est qu'il qu'il ne soit pas ravageur !

Écrit par : Athalie | 12/08/2015

@ Ingannmic !
Moi aussi, de retour temporaire avec accès normal à mon ordi pour quelques jours ... Je repartirai dans le Finistère sud en fin de semaine avec Thérèse dans mes bagages, et penserai à toi en arpentant le marché de Quimper, ou en allant revoir sa cathédrale et en racontant Ys à mes enfants ... Mais tu as dû découvrir tout cela ! Même avec un temps changeant !

Écrit par : Athalie | 16/08/2015

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