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18/08/2015

Homer et Langley, E.L. Doctorow

homer et langley,e.l. doctorow,romans,romans américainsDeux frères se marginalisent ; le plus jeune, le narrateur, Homer, est devenu aveugle très jeune, avant, il avait le look de Franst Lizt, il est resté musicien. Le plus âgé, Langley, est parti faire la guerre en Europe en 1914, il en est revenu, les poumons atteints et le moral pas mieux.

Ils habitent depuis toujours une gigantesque maison à New-York, sur la cinquième avenue, en face de Central park, une demeure cossue, remplie de ces meubles et objets qui étaient les marques du standing de leurs parents. Le père, médecin, la mère, femme de médecin,, semblent avoir mené une existence distante mais convenable à leur rang, juqu'à leur disparition rapide du récit, à la faveur de l'épidémie de grippe espagnole. 

Voilà les deux frères livrés à eux-mêmes, sans attaches, et ils vont se reclurent sans autre raison apparente que la colère de l’aîné contre toute institution, banque, compagnie d'eau, d'électricité, de téléphone. Asociaux, soudés dans leur solitude, le récit retrace leur lente décrépitude, sans véritable but.

Langley collectionne, ramasse, entasse, moralise, travaille sans relâche à sa théorie du "tout remplaçable" qu'il compte illustrer par l'édition d'un seul journal, universel et définitif. En guerre contre le monde, il transforme la demeure en un labyrinthe hétéroclite de plus en plus étouffant.

Homer joue du piano, et se prend parfois d'amour pour une figure féminine qui croise leur existence d'ermites volontaires. Il y a la première, Mary Elisabeth, pure et virginale élève musicienne, qui jamais ne reviendra franchir le seuil de la maison barricadée. Et il y a la dernière, celle pour qui Homer écrit, celle qu'il nomme sa muse, Jacqueline Roux, écrivaine française, croisée dans l'obscurité du parc et de sa vie, sans que l'on ne sache trop si elle est fantasme ou réalité.

Au cours du récit, d'autres incursions de l'extérieur se font à l'intérieur, comme des échos du monde qui bouge et palpite, là dehors, alors que la grande maison se remplit, que les deux frères se figent dans une opposition stérile au progrès : un chanteur de jazz, un gangster, quelques hippies, un couple de domestiques japonais. Puis, le vide social se creuse, naissent des rumeurs, alors que la maison s'écroule sous le poids de deux existences inutiles et vaines.

Le récit est souvent drôle, et pourtant pathétique dans son propos. Il est inspiré d'une histoire véridique, celle des frères Collyer, atteints de syllogomanie.  Est-ce pour cela, que, même si se lit avec plaisir et sans ennui, il m'a manqué un peu de chair et d'âme ? Je veux dire qu'il m'a manqué un dépassement de la chronique d'une décadence annoncée, une prospection plus romanesque sur le pourquoi de cet enfermement moral de deux fils, apparemment dotés de tous les attributs de deux fils de bonne famille, et qui virent Diogène.

Commentaires

Il est à la bibli, j'ai l'ai pris en mains, mais j'ai un peu peur de m'ennuyer.

Écrit par : keisha | 18/08/2015

Ben, voilà, je me suis un petit peu ennuyée .... Pour une fois que je lisais un livre que tu n'avais pas déjà lu, c'est pour ne pas vraiment le recommander. Pas chaudement, en tout cas !

Écrit par : Athalie | 19/08/2015

Étrange, en vérité . Cela m'a a fait penser au " body and soul" de Frank Conroy , de façon détournée ; tu connais ?

Écrit par : Mior | 18/08/2015

Je ne connais pas du tout ! C'est "corps et âme" en français, je suppose ? Je crois en avoir entendu parler, mais du coup, je ne peux pas te répondre pour une éventuelle comparaison ... C'est bien ?

Écrit par : Athalie | 19/08/2015

J'ai lu ça, à sa sortie, mais je crois qu'il n'a pas eu beaucoup d'échos en France.
As-tu reçu mon mail relatif aux lectures communes ?

Écrit par : Sandrine | 18/08/2015

Etrange, dirait Mior, moi, il me semblait avoir vu ce titre sur plein de blogs à sa sortie, il m’intriguait, mais finalement, j'ai bien fait d'attendre la sortie en poche. Pas plus emballée que cela. Pour les lectures communes, je te réponds sur le mail ( désolée, je ne l'ai vu que ce matin), mon temps de présence sur l'ordi est en ce moment aléatoire !

Écrit par : Athalie | 19/08/2015

je suis ravie de connaître un nouveau mot :syllogomanie, désolée qu'il s'agisse d'un si profond mal-être ; mais je ne lirai pas ce livre trop de retard pour des romans que je veux absolument mettre sur Luocine.

Écrit par : luocine | 19/08/2015

Oui, je crois que tu peux passer, tranquillou ... Je ne connaissais pas non plus ce mot, ni même trop ce syndrome. Ce que je regrette, c'est que l'histoire se limite à un constat, sans tentative d'explications, ni d'explorations.
Comme toi, ce n'est pas les lectures qui me manquent, au contraire, et vu que je viens d'en noter deux chez toi, mon blog ne va pas vraiment connaître de repos !

Écrit par : Athalie | 19/08/2015

Les commentaires sont fermés.