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31/08/2015

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac

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Une forme d'appréhension me retenait sur le choix de ce titre pour notre entreprise de re-lecture commune (Et pourtant, il faudrait bien qu'il y passe le chef d'oeuvre sous les fourches caudines des deux sagouines et même des trois, pour cette fois ...). Thérèse, la trop filmée, la trop commentée, la trop connue, le trop reconnue, trop Mauriac le poussiéreux par excellence, trop condition féminine, trop lecture imposée dans les lycées de jeunes filles qui devaient accéder vaguement à ce que l'on nommait du bout des lèvres, "la modernité" ( je ne fais pas mon âge soit, mais j'appartiens quand même à la génération d'après, celle des filles de ces premières lectrices, et c'est donc librement que j'avais découvert ce texte, vers mes 20 ans, je crois).

L'appréhension fut balayée en quelques lignes. Thérèse m'a happée, elle m'a fait passer une quasi nuit blanche, quasi aussi fiévreuse qu'elle a vécu, sa lecture faisant bruisser la chambre du bruit des pins des Landes, la nuit était aussi obscure que son crime et son avenir. Empathie, quand tu nous tiens ...

Il faut dire que mon édition commence par une lettre d'amour de l'auteur à son personnage, aussi vibrante qu'il la crée perdante d'avance. Il ne rachètera pas Thérèse, il ne la sauvera pas, ni au nom de dieu, ni au nom du remords, ni au nom de la douleur. Thérèse est stérile de son histoire avortée, l'un de "ces coeurs enfouis et tout mêlés à un corps de boue"

L'histoire, tout le monde la connait, et moi aussi, je croyais la connaître. Une jeune femme d'une famille landaise honorable, attachée à ses pins, beaucoup de pins, se marie, plus ou moins sous la contrainte sociale, à un jeune homme qui possède les pins voisins. Elle n'est pas belle, elle a du charme, mais des idées un peu de travers que l'on pense redressables. Bernard est le gars qui passe à côté du volcan qui bout sous la croûte. Il aime la chasse, les traditions, la famille, l'église. Thérèse va tuer Bernard à petit feu car elle se consume d'autre chose, qu'elle ne sait nommer, mais que la passion de la sœur de Bernard, Anne, pour un jeune homme indigne d'un mariage cossu, va allumer en elle.

Le crime est avéré, mais pour l'honneur des familles, Thérèse sera acquittée par la justice, mais pas par les siens. Sujet tabou, il la condamneront au bûcher à petit feu dans la grande maison des Landes avant de la libérer, seule, à Paris. Seul son auteur lui souhaite bonne chance.

Voilà. Thérèse est un magnifique personnage romanesque, féminin, de cette féminité cloitrée qui la pousse aussi bien à tuer, qu'à soigner celui qu'elle tue, à vouloir sa disparition aussi bien qu'il lui ouvre les bras. Thérèse rêve d'un impossible Bernard, à côté du vrai Bernard, qui lui, ne rêve pas, pas même d'une autre Thérèse. 

Ce que je n'avais pas relevé lors de ma première lecture, c'est l' importance de la frustration sexuelle dans le récit où l'escalade, par être non dite, n'en est pas moins tragique, dans ce corps à corps où Thérèse ne peut qu'avancer masquée : " Mimer le désir,la joie, la fatigue bienheureuse, cela n'est pas donné à tous. Thérèse dut plier son corps à ces feintes et elle y goûtait un plaisir amer. Ce monde inconnu de sensations où un homme la forçait de pénétrer, son imagination l'aidait à concevoir qu'il y aurait eu là, pour elle aussi peut être un bonheur possible." Et l'impossible Thérèse de rajouter : "Mais quel bonheur ?". Ce que n'aurait pas renié Emma Bovary.

Une plongée de plus avec ma complice Ingannmic dans l'univers de cet écrivain, qui décidément, sent la poudre ... Et un nouvel article demain demain de Miss Sunalee, qui rejoint la coterie, pour notre plus grand plaisir.

 

Commentaires

Je suis incapable de dire si je l'avais déjà lu, mais je crois que non : il est impossible d'avoir complètement oublié cette héroïne si touchante.
J'avais vu au cinéma la dernière adaptation du roman, avec Audrey Tautou (plutôt moyenne, et ça ne m'a pas gênée, j'ai trouvé le roman à 1000 lieux de ce film !)
Ton billet est très beau, on y sent à chaque ligne ta passion pour Thérèse !

Écrit par : ingannmic | 31/08/2015

Je savais que je l'avais lu, mais à un âge où je n'avais pas tout saisi, et surtout, je n'avais pas ressenti la même émotion. Vieillir a du bon, dès fois, on prend des rides de lectrices averties. Pour le film avec Audrey Tatou, il ne m'avait pas tenté, en général, je n'aime pas les adaptations ... Et puis, je pensais que Thérèse était has been et que nenni ! A bientôt pour "Destin", donc !

Écrit par : Athalie | 02/09/2015

Hé oui, cela doit se relire, je pense que mon impression après des années doit être pâlie...J'ai dû te dire que j'ai eu ma période Mauriac, je lisais tout ce qui me tombait sous la main!

Écrit par : keisha | 31/08/2015

Oui, mais je te redis aussi, que tu peux recommencer ta période Mauriac pour nous rejoindre. On est déjà (!) trois .... Le prochain, c'est "Destin" que je ne connais pas et même pas de nom ... Tu l'as lu aussi ?

Écrit par : Athalie | 02/09/2015

Un très bon souvenir de lycée qui m'avait moi aussi fait plonger dans l'univers de Mauriac.
Mais quelle souffrance et quelle frustration pour le personnage! A relire donc.

Écrit par : Valérie | 31/08/2015

Jamais lu au lycée, Mauriac était passé de mode, mes profs le donnaient en exemple de moraliste de droite à fuir, dans le même sac que Colette ... Ils ne juraient que par Duras. J'ai donc beaucoup lu Duras, et Colette, et Mauriac, un peu plus tard, sans doute par esprit de contradiction !!!
Et je confirme, Mauriac se relit et se redécouvre, avec passion même !

Écrit par : Athalie | 02/09/2015

Relire des classiques est toujours un plaisir !

Écrit par : Hélène | 01/09/2015

Heu ... J'avoue que pour certains, je ne m'y risquerai plus ... J'ai relu "La chartreuse de Parme", dernièrement. j'ai lâché à la moitié. Et pourtant, j'adore Stendhal ! Mais, ce classique là est presque une révélation !

Écrit par : Athalie | 02/09/2015

Merci pour cette lecture commune ! et pour ce billet bien plus développé que le mien.

Je ne savais pas qu'il y avait des film... mais je ne suis pas sûre que j'ai envie de sortir de l'ambiance du livre.

Écrit par : Sunalee | 01/09/2015

Merci à toi de nous avoir rejointes, trois sagouines ça jette plus que deux ! Je suis ton choix pour la suite de l'aventure, "Destin" pour le 30 octobre. Je me demande quelle surprise nous attend ...
Pour les films, en fait, je sais pas si il y en a eu plusieurs. Je me souviens d'avoir vu passer la bande annonce de celui avec Audrey Tautou, dont parle Ingannmic, mais sans aucune envie d'en voir plus. Et dans les brumes de mes souvenirs, je crois avoir fui une sorte d'adaptation TV, type années 70, avec noir dans les forêts de pin saturé. A vérifier ... ou pas, d'ailleurs.

Écrit par : Athalie | 02/09/2015

J'ai adoré lire ce classique : j'ai aimé l'héroïne, j'ai été épatée par l'histoire, la prose de l'auteur. Pour moi, c'est un chef d'oeuvre.

Écrit par : Philisine Cave | 01/09/2015

Je ne peux qu'être d'accord avec toi !

Écrit par : Athalie | 02/09/2015

une lecture que j'ai peu envie de renouveler malgré ton talent pour en parler

Écrit par : luocine | 02/09/2015

Ben pourquoi ? En même temps, je comprends, si Ingannmic ne m'avait pas entraînée, à mon corps consentant, je pense que je ne serai jamais revenue vers Thérèse. Je l'avais transformée en icône du passé.
Et merci pour le compliment !

Écrit par : Athalie | 02/09/2015

30 octobre? Faut le faire sortir du magasin de la bibli, déjà...

Écrit par : keisha | 03/09/2015

Le magasin de la bibliothèque ? Tu veux dire que ce livre est tellement poussiéreux qu'il n'est même plus en rayon ? Va falloir que je trouve une solution rapidos, parce que moi, je suis engagée !

Écrit par : Athalie | 03/09/2015

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