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31/08/2015

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac

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Une forme d'appréhension me retenait sur le choix de ce titre pour notre entreprise de re-lecture commune (Et pourtant, il faudrait bien qu'il y passe le chef d'oeuvre sous les fourches caudines des deux sagouines et même des trois, pour cette fois ...). Thérèse, la trop filmée, la trop commentée, la trop connue, le trop reconnue, trop Mauriac le poussiéreux par excellence, trop condition féminine, trop lecture imposée dans les lycées de jeunes filles qui devaient accéder vaguement à ce que l'on nommait du bout des lèvres, "la modernité" ( je ne fais pas mon âge soit, mais j'appartiens quand même à la génération d'après, celle des filles de ces premières lectrices, et c'est donc librement que j'avais découvert ce texte, vers mes 20 ans, je crois).

L'appréhension fut balayée en quelques lignes. Thérèse m'a happée, elle m'a fait passer une quasi nuit blanche, quasi aussi fiévreuse qu'elle a vécu, sa lecture faisant bruisser la chambre du bruit des pins des Landes, la nuit était aussi obscure que son crime et son avenir. Empathie, quand tu nous tiens ...

Il faut dire que mon édition commence par une lettre d'amour de l'auteur à son personnage, aussi vibrante qu'il la crée perdante d'avance. Il ne rachètera pas Thérèse, il ne la sauvera pas, ni au nom de dieu, ni au nom du remords, ni au nom de la douleur. Thérèse est stérile de son histoire avortée, l'un de "ces coeurs enfouis et tout mêlés à un corps de boue"

L'histoire, tout le monde la connait, et moi aussi, je croyais la connaître. Une jeune femme d'une famille landaise honorable, attachée à ses pins, beaucoup de pins, se marie, plus ou moins sous la contrainte sociale, à un jeune homme qui possède les pins voisins. Elle n'est pas belle, elle a du charme, mais des idées un peu de travers que l'on pense redressables. Bernard est le gars qui passe à côté du volcan qui bout sous la croûte. Il aime la chasse, les traditions, la famille, l'église. Thérèse va tuer Bernard à petit feu car elle se consume d'autre chose, qu'elle ne sait nommer, mais que la passion de la sœur de Bernard, Anne, pour un jeune homme indigne d'un mariage cossu, va allumer en elle.

Le crime est avéré, mais pour l'honneur des familles, Thérèse sera acquittée par la justice, mais pas par les siens. Sujet tabou, il la condamneront au bûcher à petit feu dans la grande maison des Landes avant de la libérer, seule, à Paris. Seul son auteur lui souhaite bonne chance.

Voilà. Thérèse est un magnifique personnage romanesque, féminin, de cette féminité cloitrée qui la pousse aussi bien à tuer, qu'à soigner celui qu'elle tue, à vouloir sa disparition aussi bien qu'il lui ouvre les bras. Thérèse rêve d'un impossible Bernard, à côté du vrai Bernard, qui lui, ne rêve pas, pas même d'une autre Thérèse. 

Ce que je n'avais pas relevé lors de ma première lecture, c'est l' importance de la frustration sexuelle dans le récit où l'escalade, par être non dite, n'en est pas moins tragique, dans ce corps à corps où Thérèse ne peut qu'avancer masquée : " Mimer le désir,la joie, la fatigue bienheureuse, cela n'est pas donné à tous. Thérèse dut plier son corps à ces feintes et elle y goûtait un plaisir amer. Ce monde inconnu de sensations où un homme la forçait de pénétrer, son imagination l'aidait à concevoir qu'il y aurait eu là, pour elle aussi peut être un bonheur possible." Et l'impossible Thérèse de rajouter : "Mais quel bonheur ?". Ce que n'aurait pas renié Emma Bovary.

Une plongée de plus avec ma complice Ingannmic dans l'univers de cet écrivain, qui décidément, sent la poudre ... Et un nouvel article demain demain de Miss Sunalee, qui rejoint la coterie, pour notre plus grand plaisir.

 

25/08/2015

Ederlezi, Vélibor Colic

ederlezi,velibor colic,romans,romans français,pépitesUn livre peut faire rire (rarement ceux que je lis, mais je sais que ça existe), un livre peut faire pleurer (mais j'ai le cœur dur), un livre peut faire peur (mais vu les horreurs que je suis capable d'avaler sans broncher, mon taux de résistance est assez élevé), rarement un livre donne envie de danser ... Ben celui-ci, si. Et pas seulement parce qu'il y en question d'un orchestre et d'un chanteur hors des temps, dont l'élégance tapageuse n'a d'égal que sa volatilité sentimentale, mais surtout grâce à la valse endiablée des personnages qui l’accompagnent, qui ont le diable des mots au corps.

A la manière d'un Emir Kusturica (la comparaison est inévitable et je pense, voulue par l'auteur, par ailleurs, fin connaisseur musical), Vélibor Colic les fait sortir de son chapeau, un village à trois noms " Baïramovitch, Baïrami et Baïramovski". Les trois noms donnent le ton, car ce village "tantôt en Macédoine, tantôt dans l'empire ottoman, souvent en Yougoslavie, mais aussi parfois dans le royaume serbe", est "rêvé, mais aussi réel". De ce lieu, surgit la valse tzigane, qui est aussi la valse de tous les possibles. On l'aura compris, c'est du pays de la fusion de ces cultures massacrées par les guerres et les totalitarismes, que Vélibor Colic veut nous faire rêver, du temps d'avant, glorieux de ses oripeaux.

Ils sont dépenaillés, encanaillés, peu recommandables, pendables, vulgaires et sublimes, les musiciens qui se succèdent dans ce récit fantasque, entre conte et sarabande. Ils sont menés par un mort qui a déjà été tué trois fois, sauf que cette fois-ci, c'est la dernière ... Celui qui s'est survécu tout au long de ses réincarnations, tout à tour Azlan Tchorelo, Azlan Bahtalo et Azlan Chavoro, a été rattrapé par par la réalité, dans le camp de Calais, dans nos jours qui tuent les rêves. Avant, il a tout vécu en grand seigneur de la misère. Eternel amant infidèle, buveur et soiffard, il a mené ses trois vies comme on se laisse emporter par la gouaille de la langue de l'auteur. Depuis les années 1900, il a porté de sa voix les violons de ses comparses de fêtes en drames. Figure du juif errant, du banni, du sauveur damné, il est un concentré de figures littéraires qui aurait croisé dans sa course le Mangeclous et le Solal de Cohen. 

Ce titre, qui est aussi celui d'une chanson bien connue grâce au "Temps des gitans", contient le même charme, celui qui incante la joie triste et folle de temps qui auraient pu être. Merci monsieur l'auteur d'avoir mis en mots cette "comédie pessimiste" aux accents de fanfare perdue.

21/08/2015

Rentrée et (re) sortie

 

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Rentrée littéraire ? Qui a dit rentrée tout court ? Maintenant que la trahison d'une A. est confirmée ( elle a ACHETE  le dernier Angot, elle l'a LU, et m'a avoué le trouvé REMARQUABLE au risque de perdre une amitié indéfectible de plus de trente ans (j'en rajoute un peu dans le nombre d'années, mais c'est juste pour qu'elle se sente encore plus coupable d'avoir AIME lire une auteure dont les premières phrases me font hérisser les cheveux blancs (inexistants, grâce à la teinture) même si je n'ai jamais réussi à finir un seul titre de Angot (d'accord, je n'ai tenté que deux fois, mais chez mes amies "réelles" (les dites A.) je suis connue pour avoir aussi le sens de la mesure, la mienne, donc variable à fort taux de mauvaise foi) et maintenant comment je finis ma phrase ma phrase, moi, je me suis paumée dans les parenthèses  ... ))).

Je ne rentre pas, je refuse, je freine de toute mon étagère des pas encore lus, je repars avec ma caisse, un peu allégée et modifiée, quand même, vers des côtes que certaines blogueuses ont dit pluvieuses .... (Sachez quand même qu'en partant trop vite, vous avez loupé le pique nique parti organisé pour les cent ans du pâté Henaff  dimanche prochain sur le parking de Pouldrezic, et on ne se moque pas, c'est pour de vrai ! ^-^ (et en plus, si cela se trouve, il va faire beau). Sauf qu'évidemment, (même si j'adore le pâté Hénaff, on ne refait pas sa bretonne), je serai sans doute entre deux rochers ou sous un parasol à lire :

"Un vent de cendres" de Sandrine Colette (qui reste en outsider).

"Incandescences" Ron Rash (en favori)

"Passé imparfait" Jullian Fellowes. (j'ai viré tous les autres pavés de la caisse, comme quoi, je suis réaliste ! Mais comme je vais devoir me passer de Downton Abbey pendant une semaine, il faut bien que je garde un doudou sous le coude)

"Vertige", Francis Thilliez ( une deuxième chance)

"Qui touche à mon corps je le tue", Valentine Goby, "La femme aux pieds nus" et "Inyensi ou les cafards", Scholastique Mukasongha, "Les belles choses que portent le ciel" Dinaw Mengestu, réintègrent l'étagère d'attente ... Tant pis

Se rajoutent et se substituent : "So long Luise" de Céline Minard, "L'honnête tricheuse", Tove Jansson, et "Le chapeau de Vermeer", Timothy Brook (pour la diversité potentielle) et évidemment " Thérèse Desqueyroux" ( car la coterie des sagouins maintient le cap, même à deux moussaillons)

Evidemment, je ne compte pour rien le dernier Carole Martinez qui est apparu dans mon jardin cet après midi entre deux pots de fleurs à rempoter .... Et dont j'ai déjà dévoré la moitié ( et si la A. QUI AIME ANGOT, passe par ici, qu'elle sache que je pourrais peut-être garder mon volume en otage, les autres A. sont pardonnées d'avance, en compensation éphémère).

A moi, l'arrivée des bateaux de langoustines au Guilvinec, le marché de Quimper et sa cathédrale, ciré au vent (je n'en ai pas, chez nous, ça fait touriste !), mais maillot de bain en bandoulière !

 

18/08/2015

Homer et Langley, E.L. Doctorow

homer et langley,e.l. doctorow,romans,romans américainsDeux frères se marginalisent ; le plus jeune, le narrateur, Homer, est devenu aveugle très jeune, avant, il avait le look de Franst Lizt, il est resté musicien. Le plus âgé, Langley, est parti faire la guerre en Europe en 1914, il en est revenu, les poumons atteints et le moral pas mieux.

Ils habitent depuis toujours une gigantesque maison à New-York, sur la cinquième avenue, en face de Central park, une demeure cossue, remplie de ces meubles et objets qui étaient les marques du standing de leurs parents. Le père, médecin, la mère, femme de médecin,, semblent avoir mené une existence distante mais convenable à leur rang, juqu'à leur disparition rapide du récit, à la faveur de l'épidémie de grippe espagnole. 

Voilà les deux frères livrés à eux-mêmes, sans attaches, et ils vont se reclurent sans autre raison apparente que la colère de l’aîné contre toute institution, banque, compagnie d'eau, d'électricité, de téléphone. Asociaux, soudés dans leur solitude, le récit retrace leur lente décrépitude, sans véritable but.

Langley collectionne, ramasse, entasse, moralise, travaille sans relâche à sa théorie du "tout remplaçable" qu'il compte illustrer par l'édition d'un seul journal, universel et définitif. En guerre contre le monde, il transforme la demeure en un labyrinthe hétéroclite de plus en plus étouffant.

Homer joue du piano, et se prend parfois d'amour pour une figure féminine qui croise leur existence d'ermites volontaires. Il y a la première, Mary Elisabeth, pure et virginale élève musicienne, qui jamais ne reviendra franchir le seuil de la maison barricadée. Et il y a la dernière, celle pour qui Homer écrit, celle qu'il nomme sa muse, Jacqueline Roux, écrivaine française, croisée dans l'obscurité du parc et de sa vie, sans que l'on ne sache trop si elle est fantasme ou réalité.

Au cours du récit, d'autres incursions de l'extérieur se font à l'intérieur, comme des échos du monde qui bouge et palpite, là dehors, alors que la grande maison se remplit, que les deux frères se figent dans une opposition stérile au progrès : un chanteur de jazz, un gangster, quelques hippies, un couple de domestiques japonais. Puis, le vide social se creuse, naissent des rumeurs, alors que la maison s'écroule sous le poids de deux existences inutiles et vaines.

Le récit est souvent drôle, et pourtant pathétique dans son propos. Il est inspiré d'une histoire véridique, celle des frères Collyer, atteints de syllogomanie.  Est-ce pour cela, que, même si se lit avec plaisir et sans ennui, il m'a manqué un peu de chair et d'âme ? Je veux dire qu'il m'a manqué un dépassement de la chronique d'une décadence annoncée, une prospection plus romanesque sur le pourquoi de cet enfermement moral de deux fils, apparemment dotés de tous les attributs de deux fils de bonne famille, et qui virent Diogène.

14/08/2015

Middlesex, Jeffrey Eugenides

middlesex,jeffrey eugenides,romans,pavés,pépites,romans américains"Middlesex" n'est pas seulement un pavé, c'est un excellent pavé, le genre qui s'avale s'en même s'en rendre compte. D'abord, et avant tout parce qu'il les mélange, les genres, et pas seulement les deux dont le héros/héroïne a hérité des filiations chromosomiques échangés entre ses ancêtres grecs depuis les nuits mythologiques, des agapes qui donnèrent lieu à la naissance du dieu hermaphrodite.

Dans ce livre somme, il y a ainsi des échos de saga familiale, de roman d'adolescence, de l'initiation sensuelle et amoureuse, de la satire sociale ... 

Et tout cela, comme le narrateur/trice, part d'un tout petit rien, d'une soeur et d'un frère Desdémona et Lefty Stephanides, perchés dans un village oublié sur les pentes du mont Olympe, en Asie Mineure, et qui vont devoir fuir leur pays suite à la défaite des Grecs contre les Turcs en 1922, l'incendie et la destruction de Smyrne par les flammes. Un massacre et une traversée plus tard, de ce point originel, ils s'exilent à détroit où ils débarquent chez une cousine incertaine, avec pour tout bagage un amour hors normes et des chromosomes à retardement. Calliope (la narratrice) est la bombe de l'héritage. Call est le narratrice devenu homme, quelques vingt ans après sa naissance. C'est elle/lui qui raconte cette étrange métamorphose.

On traverse l'histoire de deux générations, d'une réussite sociale bancale. Le récit alterne satire, fresque, et roman sentimental de bon aloi, de très bon aloi, même, lorsque se pointent les émois physiques de l'adolescente qui se mue en adolescent, sans le savoir,, le vouloir, et surtout vouloir le voir. Dans la relation de la mutation sexuelle, l'échelle prise est celle de l'intime : l'infime, le poil qui pousse et les seins qui ne poussent pas. Calliope se voudrait fille, se révèle autre à elle-même, c'est le récit d'une mue douloureuse, d'une souffrance inconnue, jamais pathétique, souvent drôle, d'ailleurs, dédoublée, en somme ...

Elle regarde les autres, sa mère, son père, son amour, celle qui est nommée comme "l'obscur objet du désir", ne pas découvrir une réalité qui offre en elle un gouffre indicible.

Une hermaphrodite, une époque androgyne, celle des années 60-70 aux USA, une famille à la fois grecque et américaine, les mues sont aussi idéologiques et sociales dans ce livre, étonnant, foisonnant aussi de références, un  hybride et une méduse littéraire.

Un pavé de choix pour le challenge de Brize.middlesex,jeffrey eugenides,romans,pavés,pépites,romans américains

08/08/2015

Les temps glaciaires, Fred Vargas

fred vargas,les temps glaciaires,romans,romans français,romans policiersUn dernier Vargas acheté le jour même de sa parution, dévoré en deux jours et pas de note écrite dans la foulée. A vrai dire, parce que je ne savais quoi en dire, ce qui fait que quelques mois après, j'en sais encore moins. J'attendais que ça décante ou fasse pschitt, et finalement, rien ne bouge. Mais comme il faut bien que je finisse par ranger ce livre dans les nouvelles étagères prévues à cet effet, tant pis pour la clarté de ma pensée ...

Je n'arrive donc pas à me faire une idée claire : je suis déçue ou je ne suis pas déçue ? Ben non, pas complètement, mais il y a quand même un peu de ça ... Déjà, parce que je me pose la question, or, normalement, moi Vargas, je gobe. J'avale tout, les errances adamsbergiennes, les tribulations obscures de l'enquête, le bestiaire qui tourne à la ménagerie fantasque, les intrigues foutraques qui retombent malgré tout sur leurs pattes bancales.

Comme d'habitude, on part ici de loin et de pas grand chose. Une histoire de lettre postée  in-extrémis avant le faux suicide de l'émettrice, une vieille dame, Alice Gauthier. Une vieille femme sans histoire aucune. Le destinataire lui-même ne la connaissait pas. Amédé Masfauré, qu'il s'appelle et Alice lui annonce des révélations sur la mort de sa mère, dix ans auparavant. A Amédé, on lui avait dit qu'elle était morte de froid sur une île rocher, lors d'un voyage en Irlande. Pour l'Islande, c'est sûr, la mort aussi, le froid aussi, le rocher, pareil, mais c'est sur le "morte de ..." qu'Alice veut se libérer de certaines confidences, avant de mourir (parce qu'avant qu'elle se suicide pour de faux, elle était déjà condamnée, en fait). Ce qui fait que une condamnée à mort qui se suicide avant d'avoir fait ses révélations qu'elle voulait faire in-extrémis encore, et qui plus est sans avoir terminé son puzzle de mille pieces reproduisant un tableau de Corot, alors qu'elle avait commencé par le ciel, et que le ciel, c'est le plus dur, c'est louche ...

Après, bon, ben après cette constatation digne des circonvolutions policières peu orthodoxes des vagabondages à la Vargas, ça se complique, à cause de Robespierre et du démon de l'île islandaise qui appelle Adamsberg du plus profond de sa voix maléfique ... Et de deux ou trois autres trucs que je vous passe dont une histoire de signe runique et de guillotine ... Un mélange improbable, donc, dont Vargas sait tirer les ficelles, sans qu'on y croit une seconde, ce qui n'a aucune importance, tellement on se régale, normalement.

Normalement. Mais j'ai le régal qui a coincé. D'abord, à cause des dialogues, si efficaces chez Vargas d'ordinaire, tant ils ne sont pas informatifs, plutôt loufoques et décalés et parfaitement jouissifs. Et bien, là, ils sonnent fabriqués, ils cherchent le bon mot, la bonne chute, le bon décalage, et ils se voient y arriver, comme si Vargas se regardait les écrire.

Mais, il y a pire, elle a touché à Danglard. Danglard, c'est mon nounours en plume, l'encyclopédie faite homme, l'assurance anti tangage qui se noie dans le vin blanc pour rester droit ...Que le fidèle des fidèles d'Adamsberg, se sente tenté par la trahison, je n'ai pas aimé. Mais vraiment pas. Pourquoi pas faire de Camille une amoureuse transie, tant qu'on y est ?!

Donc, paradoxale, je suis, j'avoue ... Déçue que Vargas fasse du Vargas et déçue qu'elle sorte un personnage de ses rails ... Je vais juste attendre le prochain du coup. Mais promis, si Adamsberg devient cohérent, je me fendrai d'une ridicule lettre de protestation véhémente et désespérée.

 

04/08/2015

La réserve, Russel Banks

russel banks,la réserve,romans,romans américainsN'ayant lu que quelques titres de cet auteur américain, je pensais que son univers était celui des habitants moyens d'une Amérique moyenne, voire celui des laissés pour compte de l'expansion économique, ceux qui se sont cassés le nez sur le fameux rêve, plantés comme des spectateurs impuissants hors des grands axes où rutilent les Cadillacs.

Or, ce roman, s'il se déroule bien hors des grands axes, dans les grands bois et sur les grands lacs des Adirondacks, met sur la scène les jeux de l'amour et du hasard de trois personnages, plutôt dans la force de l'âge, beaux, fortunés, cultivés, intelligents, le genre dont on dit qu'ils ont tout pour être heureux. Tout, sauf la sincérité. Sauf un, le quatrième, celui qui n'est pas du même monde, disons, que lui, jusqu'ici, il appartenait aux bois et à sa tristesse solitaire ... Il sera pourtant, un des rouages de l'engrenage d'un sinistre jeu de dupes.

Au départ, nous sommes dans une luxueuse villa, taillée à la mode de la Réserve, du bois brut, du matériau qui fait vrai de là-bas. Elle accueille ses propriétaires, le couple Cole, lui, chirurgien de renom, elle, ex-alcoolique mais toujours belle, et quelques amis choisis, pour entre soi, savourer champagne et douceur des lumières du crépuscule sur le grand lac aux horizons quasi flamboyants. Dans ce monde sauvage, qui est  devenu le refuge d'une certaine richesse, la Réserve, justement, quelques happy few viennent ainsi séjourner dans ces hectares d'eau et de forêts préservés, où l'on reste entre privilégiés, guidés dans la nature pour une partie de pêche ou deux, par les autochtones en passe de domestication.

Sur le rivage de ce premier soir du récit, se donne à voir la beauté aveuglante de Vanessa, fille adoptive des Cole. Elle a déjà deux divorces à son tableau de chasse, et une solide réputation de folle dingo incandescente.  Débarque en hydravion sur la berge, invité un peu marginal, Jordan Groves. Artiste dit de gauche, baroudeur, fort en gueule, fortuné, séducteur, et marié. Au fond de ces bois, mais en dehors de la Réserve proprement dite, il a construit sa maison et son atelier, un domaine à sa démesure et y a casé femme et enfants, sans remords aucun, juste une vague culpabilité et rancoeur de cette culpabilité. Rancoeur qu'il reporte sur sa femme, Alicia, aussi belle et intelligente que lui, mais quelque peu lassée du rôle assigné, celui de l'ancre du navire, alors que Jordan ne se vit qu'en déclencheur de tempêtes et ne semble pouvoir vivre que dans le mouvement de la conquête.

 Alors, évidemment, lorsque ces deux personnages là se rencontrent dès les premières pages du roman, on s'attend à ce que le torchon s'enflamme en un clin d'oeil. Et bien, justement, non. Et c'est cela qui est génial. Russel Banks le laisse se consumer lentement, très lentement, et pose d'autres bornes à leurs désirs. L'embrassement sera final, mais amené par touches et revirements, hasards, mensonges et demi vérités.

Une histoire dont on ne peut dire grand chose finalement, si ce n'est qu'une simple histoire d'humains qui se trompent et s'enchevêtrent sur fond de nature grandiose au-dessus de laquelle passent les passions. Ce qui est tout, finalement. Au passage, arrivent les échos du futur, hors de la Réserve, quand le grand oeuvre sera accompli, la guerre d'Espagne, un zeppelin qui revient d'une Allemagne déjà nazifiée, et une région à deux vitesses, où les connaisseurs de la forêt se verront attribuer le rôle de dindon de la farce.

Un roman finement excellent.

 

 

01/08/2015

ça ne va juste pas être possible, je me dis

 

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ça ne va pas rentrer dans le time-in ... Ou alors, j'arrête les visites de châteaux et d'abbayes, j 'arrête les apéros avec les copains, j'arrête les baignades dans la piscine ( ce qui est hors de question, vu que je viens de m'acheter un nouveau maillot de bain "Princesse tam-tam", que je suis épilée de près, des mollets jusque la moustache ( que mon "salon de beauté" appelle "épilation des lèvres" ... J'adore, une fois, j'ai dit " c'est pour la moustache", et la jeune fille fille m'a rétorqué "Vous voulez dire, le dessus des lèvres". Ben oui, c'est ce que je voulais dire))

Et là, je me dis "ça va pas rentrer", dans la voiture non plus, d'ailleurs. J'ai compté : 59 bouquins sur l'étagère des non lus, plus trente sur l'étagère des "non lus que je ne lirai sans doute jamais", mais que je garde "au cas où". Sans compter le dernier en date que mon amie A. m'a convaincue d'acheter en dernière minute (très facilement, il faut le dire,mais il est petit, petit, et elle m'a garanti un page turner), sans compter ceux des enfants, fiston et fifille, sans compter ceux de mon homme (mais eux, ils comptent à peine, en été, il regarde ceux que je viens de finir et il me demande : "il est bien celui-là ?", après, il copie, le lâche, mais cette lâcheté  nous permet de ne pas acheter un coffre de toit, quand on part, ce qui me permet d'acheter d'autres livres dans les petites librairies indépendantes que je croise ....)

Quinze jours, je n'ai que quinze jours pour écluser les apéros, les baignades, les châteaux, les abbayes, rédiger les notes, publier les d'avance au cas où j'aurais la flemme d'en faire des fraîches, sans compter le temps de couper les tomates et de mettre de l’huile d'olive dessus, de couper le basilic et d'aller voir ma fifille plonger ... "ça va juste être pas possible", je me dis ...

Il va falloir faire les marchés du coin, traîner le matin, regarder le soir tomber le soir ... mettre les paréos à sécher, et refaire le monde, comme si celui qui existe n'existait pas. Lire. Mais pas tout, ça ne va juste pas être possible ...

 Les sélectionnés de cette année sont (il y en a qui reviennent en deuxième année) par ordre de préférence de lecture, que je ne respecterai pas, je le sais !) : 

"Le fils" Philipp Meyer (et hop, dans la caisse, je veux dire la caisse qui doit rentrer dans la voiture)

"Un vent de cendres" Sandrine Colette, parce que qu'il est petit. 

"Incandescences" Ron Rash, parce que ce sont des nouvelles, et que c'est bien d'alterner, même quand on n'aime pas les nouvelles, mais qu'on adore Ron Rash. 

"Passé imparfait" Jullian Fellowes, parce qu'il est gros, et que les gros après les nouvelles, c'est bien. Et que un parfum de "Downton Abbey", cela ne nuit pas.

"Vertige", Francis Thilliez, parce qu'un peu de "page turner" ne nuit pas non plus, si je veux tenir le rythme.

"Warlockk", Oaley Hall, parce que qu'il faut bien que je commence à me  la coltiner ma récolte nantaise, celle conseillée par Bertrand, de la librairie "Vents d'ouest" ( le dealer qui vous fait croire que vous avez gagné le gros lot dès que vous avez mis un pied dans dans son saloon)

"L'île du point Nemo" de Jean-Marie Blas de Roblès, parce que j'adore Jean-Marie Blas de Roblés. Point.

"Le ravissement des innocents", Tayiye Selasi, par ce que toutes les A. ont aimé, et que je ne l'ai pas lu. Et que normalement, c'est moi qui commence. Non mais.

"Le général du roi", Daphné Du Maurier. Parce que depuis que j'ai redécouvert la Daphné, pas question de partir en vacances sans elle.

"Qui touche à mon corps je le tue", Valentine Goby, parce qu'il est tout petit, et que j'ai super envie de le lire, depuis .... un certain temps ( tout ce que j'espère maintenant, c'est qu'il a aura de l'attente dans les files d'attente pour les châteaux)

Dans le même but, je prends "La femme aux pieds nus" et "Inyensi ou les cafards", Scholastique Mukasongha, sauf que que quand j'arriverai à me prendre le billet pour le château, je serai tellement en larmes, que je ne suis pas certaine que l'on me laisse rentrer ... 

"Tu ne verras plus", Pascal Dessaint, au cas où un coup de noir me manquerait.

"Les belles choses que portent le ciel" Dinaw Mengestu, pour compenser le noir

"La colline des potences", Dorothy M. Jonson, parce qu'un peu de retour dans les grandes plaines ne fera pas de mal.

Et les autres; les pavés pour exploser ma première participation au challenge de Brize :

"Yeruldelgger", Ian Manook,

"Le chardonneret" de qui tout le monde sait qui,

"La chute des géants", Kent Follet, vu qu'il faudra bien que je le lise un jour,

" Karoo", Steve Tesich,

Et si quelqu'un me dit que cela n'est pas possible en quinze jours, je lui mange son château. Parce que dans la voiture, il va falloir aussi faire rentrer les sacs de fringues, et c'est que que ce n'est pas gagné. Non plus.

PS : c'est rentré (dans la voiture ...) et au moment où je publie, je suis arrivée à destination, et sans sans encombres que j'ai fait ma première entorse à la liste, j'ai commencé par Daphné ...