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15/10/2015

Qui touche à mon corps je le tue, Valentine Goby

qui touche à mon corps je le tue,valentine goby,romans,romans français"Qui touche à mon corps je le tue" croise l'histoire de trois personnages dont deux se retrouveront , à la fin, mais "croiser" et "retrouver" sont deux bien grands mots pour cette ultime rencontre. Comme personnages aussi, en fait, d'ailleurs, disons ... silhouette de personnages ou "écorchés de personnages", comme les écorchés du Moyen Age regardent leur peau posée à côté d'eux, et c'est un peu le cas pour ces trois là.

Il y a Lucie L., "Lux" pour les intimes, c'est-à-dire elle même et sa mère, (sa mère de quand elle était petite). les autres n'ont pas le droit d'entrer. Lucie est en train d'avorter par ses propres moyens, elle attend que le corps étranger se détache d'elle. Son mari est au front, et au lieu de donner naissance à un futur soldat, ainsi que le voudrait l'idéologie alors dominante, elle se débarrasse de sa future maternité, pour elle impossible, sans remords et dans la plus grande solitude.

Il y a Maie G., faiseuse d'anges, elle attend son exécution dans la cellule où jamais la lumière ne s'éteint. Pétain a refusé sa grâce, forcément. (personnage inspiré de Marie Louise Giraud ?). Elle est devenue avorteuse, sans conviction féministe, elle a tenu la poire et le savon presque par hasard, pour rendre service et puis aussi pour "en" profiter un peu, pour toucher du doigt une vie plus soyeuse, de ses mains crevassées de blanchisseuse.

Enfin, il y a son bourreau, Henri D. (personnage inspiré de Jules Henri Desfourneaux, là, c'est certain, c'est marqué à la fin du livre). Lui, il connaît la date et l'heure de la mort de Marie. Dans une journée à peine, il va appuyer sur le bouton de la guillotine. Alors, son corps, il le travaille vers la déshumanisation pour pouvoir couper en deux un autre corps, sans rien ressentir, en s'oubliant et en oubliant l'enfant qu'il a été.

Les trois récits, et là encore récits est à nuancer car ils sont très impressionnistes, emplis de pointillés qui dessinent les contours des mêmes motifs ; la mère, l'enfant, l'oubli, la fusion et la déchirure, s'étendent d'une aube à l'autre, des récits en clair-obscur.

Après avoir beaucoup apprécié "Kinderzimmer", avoir été un peu refroidie dans mon parcours découverte de l'auteure avec "Banquises", me voilà encore plus circonspecte après la lecture de ce troisième titre, dont je me demande s'il ne sera pas le dernier ... Non pas qu'il soit piètre, il est de bonne facture, mais les mots m'ont glissé dessus,comme la bruine sur un ciré. Même, je me suis surprise à me regarder le lire, tableau d'une lectrice accomplissant son devoir avec application. Je me suis forcée à lire tous les mots, alors que mes yeux étaient déjà au bas de la page, je les remontais d'un coup de lunettes. "Pas de triche, Athalie, pas de ça, tu reprends la phrase, non, tu ne l'as pas vraiment lue, plus haut, c'était juste un peu la même, c'est tout ..;"

Finalement, c'est surtout la singulière figure du bourreau qui m'a retenue. Dépressif, alcoolique, servile et quasi mutique, il exécuta la mort de quelques centaines de personnes en même temps que la sienne. Un personnage de l'ombre que j'aurais aimé voir davantage mis en lumière, justement, du coup. (Mais bon, j'ai bien compris que tel n'était pas le but de l'auteur, tant pis pour moi !)

Commentaires

J'ai lu tout ton billet (pas de diagonale comme pour ce bouquin!) et j'aime bien l'image du ciré (mais t'es bretonne?)

Écrit par : keisha | 16/10/2015

Ben ouais, bretonne ! Y'a que nous pour connaître aussi bien l'effet de la bruine sur un ciré ... Merci d'avoir lu tout mon billet ! Car moi aussi, j'ai eu du mal à ne pas à ne pas le finir en diagonale, je voulais quand même voir si la figure du bourreau, la plus intéressante à mon sens, n'allait pas se démarquer un peu, au final. Ben non.

Écrit par : Athalie | 19/10/2015

J'ai lu Banquises sans être refroidie, parce que le thème me plaisait, mais n'ai pas relu Valentine Goby depuis... je crains que ce ne soit pas pour moi...

Écrit par : Kathel | 16/10/2015

Je crois que je vais laisser tomber .... je suis sur une pente descendante avec cette auteure, pas bon, pas bon ! J'aime bien ses thèmes, pourtant, je crois que c'est l'écriture "poétique" qui me lasse.

Écrit par : Athalie | 19/10/2015

J'ai beaucoup aimé Kinderzimmer et ton billet a suscité ma curiosité pour celui-ci...

Écrit par : manU | 16/10/2015

Tant mieux pour la curiosité ! Mais je ne le recommande pas vraiment en fait ...

Écrit par : Athalie | 19/10/2015

Il est dans ma pal mais je vais d'abord lire Banquises. J'ai envie de lire tous ses ouvrages (et tant pis si pour toi celui-là sera ton dernier ;) ).

Écrit par : jerome | 16/10/2015

Oui, tant pis pour moi et tant mieux pour les amateurs. Je passe de plus en plus à côté ....

Écrit par : Athalie | 19/10/2015

Déjà je n'ai pas aimé, "kinderzimmer" alors cette histoire là ? Un gran non et merci à toi d'en avoir lu tous les mots pour moi.

Écrit par : luocine | 16/10/2015

Dans "Kinderzimmer", j'avais bien apprécié l'aspect du travail sur les mots à mettre sur une mémoire impossible à dire. Je n'ai pas retrouvé cet intérêt ici. Pourtant la thématique, l'histoire de l'avortement, me semblait très pertinente à aborder des points de vue choisis.

Écrit par : Athalie | 19/10/2015

Il fait partie des titres de l'auteure que je n'ai toujours pas lus... Et il me fait très envie, malgré ton avis en demi-teinte...

Écrit par : Noukette | 22/10/2015

Demi teinte est bien le mot ... j'aime bien le travail de cette auteure, j'aime bien ses thématiques, j'aime tout ... Sauf le rendu final, c'est couillon quand même !

Écrit par : Athalie | 23/10/2015

Les commentaires sont fermés.