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28/09/2015

La terre qui penche, Carole Martinez

la terre qui penche,carole martinez,romans,romans français,romans historiquesDire que je me suis précipitée sur le dernier Carole Martinez serait un terme faible. Disons que je l'ai arraché des mains de mon homme qui me l'apportait, genre chevalier blac surgit de la librairie avec un trésor tout chaud. Du moins, c'est comme cela que je l'ai vu, à ce moment là. J'ai donc laisser tomber à vau l'eau le livre que je tenais dans les mains pour plonger dans les eaux fantasques de la Loue et dans le tombeau de la vieille et de la petite.

Ben, oui, dans un tombeau qui parle ... On retourne aux "Murmures", deux siècle après Esclarmonde et ce n'est plus elle qui parle, même si elle n'est pas complètement oubliée encore, la recluse, car il en reste quelques fantômes ; Guillemette et ses petites filles mortes, qu'elle retient encore d'une chanson au bord du monde des hommes, la dame verte, la Loue imprévisible et mangeuse d'hommes, et le fracas de ce monde toujours cruel pour les petites filles, où rodent des ogres paternels, trop distants, ou trop aimants ......

A la voix d'Esclamonde, morte d'un siècle qui violentait les désirs, succèdent deux voix, la vieille et la petite. Toutes deux dans le même tombeau, elles entendent quelques échos du "domaine des murmures" qui a continué sa route dans les temps anciens et elles nous parlent de ce quinzième siècle qui a vu leur enfance s'envoler.

Au début du récit, la petite morte, Blanche, a onze ans. Fille d'un seigneur qui a perdu toute beauté et tout éclat de bonheur, elle vit entre ses bâtardes et les murs de l'ignorance. On lui fait croire au diable, et elle est persuadée que c'est a lui que son père la conduit lorsqu'il lui a fait revêtir les beaux atours brodés de ces loups jaunes qui sont sa livrée. 

Mais Blanche est rétive. Sa nourrice la surnomme "son chardon", son "eau vive". Blanche est petite et entre ce qu'elle voit et ce qu'elle comprend, la vieille morte prend le relais des fils à renouer entre le passé flamboyant du chevalier magnifique que fut son père, et le présent où rode la vengeance, le désamour, l'injustice et la mort, avec toutefois quelques rayons de soleil : un enfant qui se prend pour un poisson et un charpentier au cœur pur.

La voix de la conteuse emporte dans son flux mots et chansons, ça sonne et résonne de ce fameux réalisme magique que l'on colle à Carole Martinez depuis "Le cœur cousu". L'auteure se lâche, ose tout sans souci de crédibilité, mais peut-être quand même au détriment de l'histoire à raconter dont le lit est souvent paresseux. Il y a de beaux tableaux, brodés à la perfection, moyenâgeux à souhait. De ce Moyen Age que Carole Martinez réinvente sensuel et poétique, cruel et grandiose. 

La voix de la vieille radote un peu la beauté de l'enfance perdue, celle de la petite s'égare parfois dans le magique à tout crin. Et, toute ma lecture, j'ai oscillé entre une inconditionnelle adhésion, prenant mon élan pour, enfin, basculer du côté de l'allant chevaleresque, puis retournant, malgré moi, au petit pas ...

J'aurais aimé adorer ! Mais non.

24/09/2015

Constellation, Adrien Bosc

constellation,adrien bosc,romans,romans français,romans historiquesUn livre très court, recommandé par l'amie A., et lu en une demie soirée et une très agréable surprise ...Franchement, jamais de moi même je ne serais allée vers cette histoire sans trash de crash d'avion. Pas à cause du manque de trash, mais à cause de l'avion. D'abord, je suis déjà phobique, alors, ce n'est pas la peine d'en rajouter. Et puis, ce n'est pas n'importe quel avion, mais le constellation F-BAZN, celui qui emportait Marcel Cerdan vers sa future victoire contre Lamotta à New-York et accessoirement quelques autres passagers. Quarante huit en tout, alors cela fait à peu près quarante sept dont on ne parle jamais, et un que l'on connait par cœur. Inutile d'y revenir me semblait-il. 

Mais, non, ce petit livre est juste excellent et n'est pas un ixième hommage au "grand champion trop tôt disparu dans des circonstances tragiques", et un ixième "hymne à l'amour" qui s'en serait suivi. Bien sûr, il y est question de Cerdan, mais assez peu finalement, ce qui n'est pas frustrant, du tout, au contraire. L'auteur a creusé autour du mausolée pour en extraire les autres figures, jusqu’ici dans l'ombre : Ginette Neveu, par exemple, que la disparition du boxeur avait reléguée au rang de sous fifre, alors qu'elle était une virtuose du violon. Accompagnée par son frère Jean, elle aussi s'était envolée pour une tournée qui s'annonçait, elle aussi, triomphale.

D'autres laissés pour compte resurgissent de la carlingue people, en de courts chapitres, très finement documentés et écrits au cordeau sans trémolos. L'auteur y montre "le spectre des continents balayés par les passagers" livrant un petit "précipité du monde".  Le constellation était l'avion des stars et des nantis, mais ici on découvre, tapis en seconde classe, quatre bergers basques, candidats à l'exil financier, une ouvrière d'une filature du nord de la France à laquelle une tante d'Amérique, richissime et oubliée, avait offert un autre avenir de l'autre côté de l'Atlantique. On ouvre aussi le cockpit du capitaine de bord, ses faits d'armes, et d'autres qualités humaines à jamais embrasées sur les flancs de l'île des Canaries.

 Entre ces silhouettes et d'autres encore, redessinées en quelques lignes bien informées, l'auteur ne s'attarde pas sur les destins brisés, mais intercale les différentes étapes du drame ; le vol, puis les recherches, le rapatriement des corps et les vicissitudes de leur reconnaissance et destinés post-mortem, la suite de la carlingue et ses aléas.

Mis à part à la toute fin quelques minuscules digressions autobiographiques dont je n'ai pas vraiment saisi les subtilités, il n'y a rien à jeter dans cette constellation des hasards objectifs.

Encore merci Agnès ! et lu avec la même surprise que moi par Karine

 

Et comme Mior me fait me culpabiliser sur mon inculture musicale, voici un aperçu du talent de la petite mère Gervaise, Germaine, Ginette ... Je n'y connais rien et c'est un peu court pour se faire une idée mais émouvant de mettre un visage et une musique sur les mots de Bosc...

21/09/2015

La colline des potences, Dorothy Mac Johnson

téléchargement.jpgUn recueil de nouvelles, du même excellent tonneau du fond du saloon que l'excellent "Contrée indienne".

"Une sœur disparue", raconte l'impossible retour arrière d'une femme devenue vieille, et mère depuis longtemps, trop longtemps pour être une sœur retrouvée, quarante ans après son enlèvement par les indiens. "Une dernière fanfaronnade" se focalise sur sur le seul acte humaniste d'un tueur de prospecteur, qui fut de trahir la parole donnée à une jeune fille, "une squaw traditionnelle" relate le sacrifice de Mary, une jeune indienne, pour Steve, le constructeur de barrage qui a manqué son coup de maître, "l'histoire de Charley" suit la destinée minuscule du fils d'un chercheur d'or minable et de Charity, qui avait essayé de l'attendre ...

Toutes ces histoires de Far-West sont des petites histoires, les pépites quasi anodines perdues dans une conquête qui n'a rien d'un souffle épique. Des histoires de petites gens , tentant de s'ancrer dans un univers en construction, où la frontière est mince entre un réveil dans l'honnêteté du matin et la pendaison du soir ( "Au réveil j'étais un hors la loi"), et où, parfois, un braquage de banque mène à un mariage heureux et sans histoire ("L'homme qui connaissait le buskin kid"). Elles coulent simples et claires, ces historiettes, et je ne leur ferais qu'un seul reproche, paradoxal, d'ailleurs, c'est qu'elles coulent trop vite, se lisent à toute vitesse, comme des wagons de première classe qui défilent alors que l'on attend la locomotive, celle qui donne son nom au recueil, la fameuse "colline des potences", la dernière et la plus longue.

Là, on peut se poser pour regarder passer le train, les fesses calées pour le final crépusculaire en cinémascope. Plus crépuscule que scope, d'ailleurs.

 Le docteur Trail n'a rien d'un enfant de chœur. On dit qu'il a tué quatre hommes, la vérité est moindre, mais une réputation de gâchette facile ne nuit pas dans un camp de prospecteurs. Alors, il laisse dire et en rajoute même un peu, tout en cherchant du regard l'homme qui le fera pendre. Arrive Elizabeth, la jeune fille perdue. Elle est venue là avec son père déchu pour ouvrir une école, mais, une attaque de diligence plus tard, aveuglée par le désert, elle se retrouve sous l'unique protection, à double tranchant, du docteur et de son pseudo et semi esclave consentant, Rune, un apprenti chercheur d'or. En Frail, quasi tout est faux, son nom, sa réputation .. Le cœur pourrait être pur, sauf que la pureté est un luxe au pays de l'or pur. Et la femme perdue est bien proche, elle aussi, de céder aux attraits du métal qui mène ce monde à la colline des pendus ...

 L'écriture est sèche, les phrases courtes, sans sentiments inutiles, sans descriptions ni fioritures ornementales, sans violence aucune, elle dégaine et vise fermement, droit dans l'essentiel d'un imaginaire sans piédestal et rien d'épique. Sur le site de l'éditeur, Gallmeister, on peut lire à la fin de biographie de l'auteure, l'épitaphe que Dorothy Mac Johnson rédigea pour elle-même "Dorothy Mac Johnson, Paid in full". Efficace jusqu'au bout, la bonne femme.

Et un grand merci à Oliver (Mac)Gallmeister pour une dédicace hors du commun ! Promesse tenue !

16/09/2015

So long Luise, Céline Minard

so long luise,cécile minard,romans,romans françaisCe court roman a plusieurs strates. Il se présente comme le long testament d'une romancière couronnée par l'argent et le succès. Immédiatement, elle explique la supercherie, saluée par toute la critique littéraire comme celle qui a réinventé la langue anglaise, alors qu'elle est française, en réalité, elle s'est toujours auto-traduit. On pourrait croire alors à un roman sur les coulisses des prix et la vanité de la reconnaissance universitaire. Que nenni. "So long Luise" est aussi une longue lettre d'amour et d'adieu à Luise, la femme et l'artiste qui a partagé avec l'écrivaine depuis de longues années, ses lits et autres couches lubriques et déjantées, partagé encore fêtes et satrapales disjonctées. Luise est la complice, l'amante, la célébrée, la source des mots et la légataire. En effet, ce testament-lettre d'amour sensuelle est enfin une forme littéraire de carte aux trésors. Les richesses de la romancière seront à redécouvrir après sa mort, si Luise veut conserver leur dernier domaine suisse intact, il y aura des rituels à respecter, des lignes de conduite à tenir, des peuples souterrains à nourrir, sous peine de voir le domaine rongé par en dessous.

A forme littéraire atypique, écriture atypique, très travaillée et vraiment passionnante à découvrir, mais aussi un fil conducteur assez ténu. On passe d'un moment à l'autre, dans la découverte des supercheries, vols, mensonges, amours de la vraie-fausse romancière et les saynètes convoquent un panel de références hétéroclites, tout un folklore légendaire dans lequel, j'avoue, je me suis un peu perdue.

Des panotes surgissent de la plume antique de Pomponius Mela et s'entrechoquent avec les himantopodes de Pline l'ancien. Les Pictes écossais et autres songes de Shakespeare collaborent, complices involontaires et manipulés de la romancière en son royaume. 

J'ai souvent eu l'impression de passer à côté de quelque chose, de ne pas saisir, une sorte de jeu littéraire, de métatexte à la Borgès (dont l'auteure doit être férue, j'en mettrai là ma main à couper), tout en goûtant avec délectation les syllogismes sarcastiques, les métaphores incongrues, les rythmes syncopés de la langue choisie et concoctée par l'auteure (comme la romancière concocte ses étonnants "petits plats").

Difficile de qualifier ce texte, si ce n'est de "topit", dont la définition est donnée à la fin et qui convient si justement à mon impression générale, que je me demande si ce n'est pas là un ultime pied de nez : " profonde poche intérieure cousue à la doublure de certaines vestes, capables d'engloutir quantité de lapin, foulards, bijoux, gâteaux, nuitons, grelôt, elfes, nains et chapeaux".

Et le sourire du lapin d'Alice ?

 

 

13/09/2015

Quattrocento, Stephen Grenblatt

437px-CaravaggioEcceHomo.jpgIl est très rare que je sorte du romanesque, que je mette un pied dehors, que je m'aventure vers l'essai, que je me risque dans la non fiction. Je crains la glue du réel. Celui que je vois à travers mes écrans, et dans la vraie vie, à travers mes lunettes de soleil, voire sans lunettes du tout, même pas de vue, me suffit. Lire dans "Le monde" cet été le calvaire (le terme est faible et galvaudé, je n'en trouve pas de plus juste, il y a-t-il un mot juste ?) de Khaled Al-Assad, l'ancien directeur des antiquités de Palmyre, m'a juste médusée. Au sens propre, figée, atteinte, glacée. "Ece homo", disait l'autre. Et l'autre n'a pas toujours tort....

Mais bon, le Quattrocento italien, d'abord, c'était il y a longtemps, et puis, à ma connaissance, le fanatisme catholique a fait quand même quelques pauses, et puis, enfin, une histoire d'érudit qui part à la recherche de livres antiques, ça peut quand même ne pas déclencher trop de bûchers ? (j'ai dis "pas trop", hein !).

Et de ce fait, Le Pogge ne sera même pas brûlé pour avoir découvert le manuscrit du "De rerum natura" de Lucrèce et avoir permis à l'épicurisme de distiller son venin sous roche poétique à travers une Europe qui n'est pas prête à l'accueillir. Le livre, si, il sera mis à l'index accusé de tous les maux, mais Le Pogge, non. Le Pogge est un étrange personnage qui passe à travers les gouttes de l'inquisition papale, faisait commerce de sa découverte, négociant le Lucrèce comme un rente. Etrange personnage dans une étrange époque où l'on peut servir un pape et porter à la connaissance du monde très chrétien une philosophie païenne qui en sape les fondements. Etrange époque de découvertes, d'égarements, d'obscurités, de pertes et de contradictions, pour nous étonnantes, où des moines recopient pour la postérité venue jusqu'à nous, des vers qui nient l'existence et la possibilité même d'un dieu unique et vengeur (alors que les tympans des églises de ces mêmes moines érigent des doigts de majesté qui brandissent la menace de l'enfer), la réalité d'un paradis rédempteur. Ils faisaient là preuve soit d'aveuglement crasse, soit d'une tolérance non parvenue jusqu'à nous.

Si Le Pogge fait partie des premiers découvreurs, Christophe Colomb de l'ancien monde, il ne semble pas vraiment se soucier des conséquences des théories épicuriennes, et entre les manques et le savoir, ce livre retrace surtout les découvertes successives de ce textes de Lucrèce par les érudits européens en passe de devenir des humanistes. Même si, parfois, je me suis en peu perdue en route, dans les circonvolutions du labyrinthe des intrigues papales, l'auteur arrive à nous faire déambuler aux côtés du Pogge, dans les allées complexes du commerce des livres antiques, en parfait érudit de l'épicurisme, érudit et didactique sans être ennuyeux.

Et puis, pour finir ce long article, un livre qui affirme que "les religions sont toujours cruelles. Elles promettent l'amour et l'espoir, mais leur nature profonde est la cruauté" ne peut que relever d'une fulgurante clairvoyance, une prophétie hélas véridique, confirmée par les hommes qui mettent en œuvre ces dites religions. 

Un réel qui ne fait même pas mal ? 

 

 

 

11/09/2015

Rentrée littéraire de mon cru

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgQui a dit rentrée littéraire ? On peut avoir la rentrée qu'on veut, moi, je prends l'autre ...

L'autre, comme traîner en terrasse devant une librairie (indépendante, comme il se doit, et où l'on a une carte de fidélité, comme il se doit, aussi), se retrouver gardiennes de vélos et de trottinettes (parce la maman n'avait pas d'anti vol et que mon amie A. et moi, on n'a pas des têtes de voleuses de vélos, ni de trottinettes d'enfants, et que la maman voulait acheter des livres et que A. et moi aussi (enfin, surtout moi), on n'a pas des têtes à dire non à une maman qui veut acheter des livres à ses enfants. Sauf que la maman, elle a dit : "j'en ai pour cinq minutes" et que si on avait été payées au tarif d'un parcmètre, on aurait pu acheter encore plus de livres.

Après cet intermède, on a réussi à rentrer dans la librairie, mon  (encore) amie A. a tenté (encore) de me refiler le dernier Angot, qu'elle soit pardonnée ... On a tous des moments d'égarements et d'aveuglement, la preuve, j'ai égaré le dernier Carrère sous mon lit pendant tout l'été, alors que je l'ai emprunté à la dite amie A. depuis un an.

Et quand j'en suis ressortie de la librairie, mon sac était plus lourd que le sien, ce qui est rare :

"Constellation" d'Adrien Bosc, parce qu'elle me l'a recommandé, que je l'ai terminé dans la soirée, et que franchement, c'est juste ce qu'il me fallait. Ben oui, je voulais du court et léger. Léger, pour ce titre est un peu à nuancer, on ne se refait pas A. et moi, mais court, oui. (je n'avais pas encore lu l'article de Keiska sur  deux livres de Charlotte deTurkeim que j'ai noté depuis "Pop corn mélody" et "Le joli mai de mai"pour les courts légers qui peuvent aussi terribles ...).

"Le village" de Dan Smith, parce sur la quatrième de couv, il y a marqué "deux corps d'enfants atrocement mutilés" et que là, A. et moi, on ne peut pas résister (depuis "Les orpailleurs" de Thierry Jonquet, je me suis rendue compte qu'en littérature, j'avais un côté sadique). Alors que j'ai reposé "la lettre à Helga" à cause d'une mention d'un éleveur de mouton qui cause d'amour, ce qui est beaucoup trop glamour. (je rassure mes lectrices, je suis fan de "Dontow abbey", mon amie A. non, elle, c'est Rambo.)

"Le rire du grand blessé" de Cécile Coulon, parce que j'aime bien l'univers décalé de la demoiselle, et que l'histoire a l'air complètement déjantée. (pas légère, non plus, mais une histoire de livre qui parlent de livres, j'aime bien aussi, voir ici, aussi)

"La couleur des ombres" de Colm Toibin, parce que j'avais noté un autre titre chez Katel, qui présentait d'ailleurs un autre titre, mais que, comme celui que j'avais noté n'y était pas, j'ai pris celui-là. Je suis logique, quoiqu'en disent certaines mauvaises langues, puisque c'est le même auteur.

"L'égaré de Lisbonne", parce que depuis que Luocine s'est mise à lire des romans historiques, sans aimer les romans historiques, elle me fait trop envie.

"Il pleuvait des oiseaux", parce que je l'ai vu partout, mais qu'en lisant le quatrième, là maintenant, j'ai comme un doute ... Il n'y a pas d'éleveur de moutons, mais comme une annonce d'un bucolisme de bon aloi qui peut m'hérisser le poil du héron. Le léger soit, mais, l'émerveillement ... Bon maintenant, il est dans la besace, on verra bien !

" La traversée du continent", de Michel Tremblay, parce que depuis le temps que je veux lire cet auteur, il serait quand même temps que je me décide. Mais il n'est pas court et visiblement pas léger, je sens que m'éloigne de mon but premier, et il me reste encore de la place sur les bras ( sans compter ceux de l'amie A. qui sont presque vides, juste "Une vie animale" (très, très court, très très bien, très très lourd).

"Les filles de Hallows farm" rejoint la besace, à cause de ... et puis comme de toute façon, je n'en suis plus à un près, je tope "Avril enchanté" de E. Von Arnim au passage, à cause de la couverture, qui elle au moins, correspondant au point de départ. (J'avais dit dit léger ... je suis lestée, mais so british, quasi essoufflée de trop de rentrée littéraire  ...)

Mais bon, entre un far breton et un beignet fourré au caramel beurre salé (oui, fifille m' a refilé le virus), il reste encore de la place pour la BD pour mon homme, le dernier tome du "chat du rabbin",et, best of the best, le deuxième tome de l'adaptation en roman graphique de l’excellentissime série pour ados, "Quatre soeurs" de Malika  Ferdjouck pour fifille. 

L'avantage de se trimbaler un gros sac de bouquins, c'est qu'aprés, vous modérez  les achats de flamants roses, et de Bambi veilleuse. (Pour les initiées au kitsch de très bon aloi, la nature, je l'aime en rose bonbon, ou en plastique )

 

 

 

07/09/2015

L'île du point Nemo, Jean Marie Blas de Roblès

l'île du point nemo,jean marie blas de roblès,romans,romans françaisCe livre est ... PFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFFF !!! Un concentré de moules à gauffre, une espèce de loup garou à la graisse de redoncules des mille sabords du capitaine Haddock ... Courez vous encordez vous-même au mitrailleur à bavette car voilà un mitrailleur à histoire taillé comme un moulinet à la Jules Verne, à la Dumas, à la Pérec, à la Roussel, au Facteur Cheval, à la Voltaire, aussi ( mais sans cette andouille de Pangloss qui ralentit sans arrêt l'histoire), à la Sherlock Holmes avec cocaïne comprise, sans Milou moralisateur et où Tintin aurait (enfin !) vu quelques films (un peu) pornos drôlatiques.

Et me voilà sèche de la plume comme une lectrice qui cherche comment commencer un résumé, d'avance voué à l'échec, un marin d'eau douce qui a vu passer, et a avalé une baleine à mille bosses. Comment résumer ce livre qui est un concentré de superlatifs, un hybride atypique, une pieuvre à mille pattes avec dans les rôles principaux trois mousquetaires, un félon, une gentille Milady et un serpent à plume ?

La première page a des parfums des jardins d'Hamilcar, à Mégara dans les faubourgs de Carthage, la quatorzième commence à planter les trois mousquetaires façon Conan Doyle, et après, c'est magique, vous êtes dans le ventre de la baleine et vous péchez un Bonacieux qui n'arrive pas à bander, mais dont la femme ne manque pas de constance. Par ailleurs, un mystérieux diamant a disparu des coffres d'une Lady écossaise, alors que trois pieds momifiés ont été repêchés sur les côtes. Les trois pieds, de pointures différentes et chaussés de basket de marque inconnue, vous mènent dans un Moscou Pékin digne de la plus Belle époque, jusqu'à dériver de mains de maître sur l'océan du Nautilus ressuscité.

Entre temps, coincé entre deux ou mille autres rebondissements tatoués sur le fondement d'une prostituée ex soeur siamoise et unijambiste, vous croiserez Sarah Bernard,  avec une canne à ressort (une sorte d'ancêtre de la James Bond Girl). Entre temps encore, les liseuses numériques se prennent les pieds dans le tapis et les cigarettières cubaines mijotent la révolution par la lecture.

En effet, ce livre est un hommage à la lecture, un concentré de sa puissance, un dirigeable (fort bien dirigé) atomique qui mêle avec maestria les strates de ces lectures collectives, qu'on les aime ou pas ... Moi, franchement Jules Verne m'ennuie et le Tintin m'horripile, pour rester sobre, mais là, vu comment le Jean Marie Blas les a mitonnées, ces figures, j'ai tout avalé, et le Milou avec.

05/09/2015

Clin d'oeil breton

Avant que la rentrée ne nous noie dans un tourbillon d'activités, aussi obligatoires que chronophages et parfaitement sans intérêt ( je pense au repassage, rangeage et  frottage de surfaces variées, chasse aux chaussettes et autres joyeusetés ....), je prends le temps d'un clin d'oeil à deux blogueuses, qui malgré leur bonne volonté, n'ont pas pu assister aux cent ans du paté Hénaff (dit aussi "le pâté bleu" pour l'une, l'autre préférant une marque portant un nom plus aristocratique .... ). Cette célébration se déroulait dimanche quasi dernier dans le Finistère Sud, dit sud parce qu'il y pleut moins qu'au nord. (selon moi, mais je ne vais jamais au nord sauf exceptions hivernales ...)

J'étais donc la dernière des trois à porter le ciré, et à lire sous les embruns.

Bilan de la semaine :

Quatre livres lus, (dont un au chaud sous la couette),

Quatre kouin aman mangés, (A. de Dark Vador, j'ai battu ton record de calissons, non ?)

Une seule assiette d'huîtres (je sais, ce n'est pas la saison, mais j'ai cédé à la tentation, et j'ai eu tort de croire le tenancier du port qui m'a affirmé qu'elles n'étaient pas laiteuses, elles étaient laiteuses. Je ne divulguerai pas  l'adresse de ce traître mais que l'on sache qu'il officie dans la descente vers le vivier de la Forêt Fouesnant). Ce n'est pas parce que l'on porte un ciré que l'on est une touriste, non mais !

Quatre matinées d'averses (faire le rapport avec le nombre de livres lus). 

Beaucoup, beaucoup, beaucoup, de très belles nuances de gris. Mon coin en est riche, entre le ciel et la mer, le gris peut-être plus au moins bleuté, rosé, quasi violet.

Deux tourteaux au goût de noisette quasi au goût de moussette, ce qui est rare, me dirait la A du nord de là où il pleut.

Trois kilos de mures ramassées entre chien et loup avec fifille, qui les mange au fur et à mesure (donc deux seulement ramenés), A. de Nantes tu aurais adoré ...

Trois bateaux revenus de la mer au Guilvinec seulement, à cause des vagues trois grosses, mais c'était drôlement beau quand même. 

Et deux cartes postales pour les deux blogueuses (là j'ai pris les images sur le site, mais en vrai, je les ai vraiment achetées, mais comme je n'ai pas l'adresse postale des deux blogueuses qui n'aiment pas le pâté Hénaf, mais adorent les embruns ....

Par ordre d'apparition sur les côtes 

Sandrine,

J'ai cherché une carte avec des définitions des différentes variétés de pluies que l'on a par chez nous, mais le bigouden ne se traduit pas. Alors, comme j'ai cru comprendre que l'été fut fugace, je t'envoie un peu de distraction.

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A Ingannmic, 

Comme je révèle ici même ci-dessous ma véritable image, j'attends ta photo mystère ! (un indice, quand même, Mauriac n'est pas sur la photo)

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A mes amies A., toutes mes nuances de gris.

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03/09/2015

Tu ne verras plus, Pascal Dessaint

tu ne verras plus,pascal dessaint,romans,romans français,romans policiersQui a pu assassiner un honnête taxidermiste avant de lui arracher les yeux ? Sa femme, Mireille, aux allures d'urne funéraire, dont la passion ornithologique se révèle des plus douteuse ? Son confrère, trop falot pour être complètement innocent ? Un des membres d'une de ces associations loufoques qui organisent des manifestations déglinguées dans le but de piéger les coupables de trafics animaliers ?

Félix Detrey est l'enquêteur passablement déjanté qui va se charger de trouver la réponse.  Visiblement, il a déjà sévi dans d'autres titres du même auteur, ce que je découvre ici, car j'avais depuis un certain temps négligé de suivre cet auteur, dont j'avais pourtant beaucoup aimé les récits graves, noirs, un peu barrés aussi ( dont les excellents "La vie n'est pas une punition" et "Mourir n'est peut-être pas la pire des choses", deux titres qui donnent une idée de la couleur de l'univers de Dessaint)

Félix est donc passablement alcoolique, passablement dépressif, passablement obsédé et profondemment humaniste, ce qu'il récuserait à grands coups de verres de blancs, pour sûr. Il vit sur une péniche, vu qu'il sous loue son appartement à la petite copine de Marc, un de ses adjoints qui file un mauvais moment. Félix a pour compagnie Paul, un iguane de bonne composition, un voisin qui se prend pour un capitaine Haddock, et accessoirement, Elisa, sa compagne botaniste partie pour l'instant récolter des graines exotiques sur la terrasse d'une usine dans le nord de la France, ce qui laisse à Félix le temps de quelques fantasmes, quelques verres, quelques envies suicidaires et d'une enquête. Ben oui, il est policier quand même ...

 J'aime l'univers de Dessaint parce qu'il a quelque chose de la course poursuite immobile et soluble dans l'air du temps qui passe. On y tangue aux mouvements de l'âme du héros qui se bourlingue tout seul, enquête à peine, laisse faire les autres, ses adjoints, ses suspects ... Lui, il enchaîne les rencontres de doux frappadingues en attendant de tomber sur le coupable. C'est sûr, on sait d'avance que là n'est pas vraiment l'essentiel et que lorsque Félix lui mettra la main dessus, on en aura un peu pitié, finalement.

Dessaint néglige les lignes droites et construit son récit comme une déambulation dans les quartiers de Toulouse, dans les émois des acolytes de Félix ; le généreux Marc que l'on soupçonne de prendre quelques chemins de traverse, le scrupuleux Rachid, qui, en panne de trombones à démantibuler, s'attaque aux mouches.

"Tu ne verras plus" est donc un polar sans montagnes russes et sans coups de cymbales, d'un noir bitumé de très bonne facture.