Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

31/10/2015

Destins, Mauriac

destins-750x750.jpgUne mauvaise organisation m'aura fallu de faire passer un tour ( celui du mois dernier) à mes co-lectrices dans ce projet aventureux qui est la "relecture de tout Mauriac ou presque", il m'aura quand même fait gagné un exemplaire en adéquation avec l'image que l'on se fait de cet auteur en général, sentant la poussière et le vieux papier, il sortait sûrement d'un grenier anonyme, avec sa tranche de page rouge et ce nom sur la page de garde, à l'écriture déliée et aujourd'hui si anachronique .... Comme ce roman, finalement, un rien penché vers une morale des bienséances et du quant à soi bourgeois bien loin des trifouillages de tripes à l'air. Dans ce monde là, on tait ses désirs, on ne les laisse pas sortir ... 

"Destins" est au pluriel mais il s'agit d'un singulier pluriel. Bob, Paule et Pierre en sont les victimes, toujours un peu coupables, forcément, on est chez Mauriac, dans ses landes et dans son soleil étouffant et silencieux. Pierre est le fils du domaine de Viridis, un pharisien (depuis que j'ai compris ce que ce mot voulait dire grâce au titre du même auteur, je ne m'en lasse pas ...) peu présent sur les terres bourgeoises des vignes et des pins. Viridis est tenu par sa mère, une maîtresse femme, Elizabeth Gornac, et son grand-père, une sorte de cep noueux, Jean Gornac. 

Cet été là, à la place du fils légitime, parti prêcher ailleurs la bonne parole, Elizabeth s'attarde aux petits soins de Bob, le petit fils de l'ancienne servante du domaine. Premier accro aux règles sociales qui régissent ce monde, mais Bob est si beau, ses yeux si langoureux et si innocents, que le cœur de la veuve solitaire, vieux avant d'avoir été seulement jeune, se met à palpiter d'une forme de tendresse jusque là inconnue. 

Il faut dire que le Bob a une certaine expérience de ses jeux de vilains, il sait y faire pour vous retourner les principes les plus austères. Pour Elizabeth, il est le fruit défendu. Pour son propre père, Bob est le fils indigne (ben oui, c'est du Mauriac, alors forcément, y'a de la parabole ...). Bob est trop beau, trop aimé, trop entouré d'une faune interlope qui vient enfumer l'appartement parisien du père, toutes ses femmes trop riches, trop libres, trop délurées, qui jacassaient au chevet de son fils, c'était trop pour ce fonctionnaire méritant. Sans compter qu'elles se gaussaient de ses bretelles étriquées. Alors le Bob a été envoyé se faire soigner sa pleurésie dans la campagne originelle, où le parfum lourd et prégnant du scandale aurait dû s'éteindre.

Mais voilà, il y a Paule, jeune, belle, fraîche, bourgeoise libérée, qui se moque des casseroles de Bob, et Elizabeth, qui le temps d'un après-midi, donnera la main à l'amour pour s'y faire mordre le cœur des regrets de pas l'avoir vécu, et la langue de vipère de Pierre, la pire, celle qui est pavée des bonnes intentions ...

C'est un roman qui dévoile peu, sans cesse j'ai cru y sentir la retenue de l'écrivain catho pour les turpitudes du corps sont des tentations qui ne peuvent conduire qu'à la perdition, ce qui ne leur enlève en rien le goût de la tentation .... De Bob, obscur objet des désirs, on ne saura finalement pas l'authenticité, comme si impossible à atteindre (à dire) , l'auteur l'avait conduit sur le bord d'un chemin pour le laisser s'éloigner, une grappe de raisins trop sensuellement grappillée à la bouche, Mauriac, un avatar d' Elisabeth ?

Les avis d'Ingannmic et de Miss Sunlaee, qui m'ont patiemment attendue !

 

Commentaires

Mon exemplaire est le même que celui de l'image qui illustre ton billet (et oui, il sent la poussière...) !

Ça donne envie de le relire, comme tu en parles !

Écrit par : ingannmic | 02/11/2015

Je ne regrette pas un exemplaire tout neuf en tout cas ! j'aime bien l'odeur de poussière ( dans les livres ... Quoique ...). Et merci pour le compliment, mais c'est encore la même chose, quand je lis ta note, je trouve que tu es tellement plus claire que moi que je m'énerve d'être encore partie dans les à-côtés ! mais plus j'y pense plus j'en suis certaine : Mauriac = Elizabeth ! On va attendre l'avis de la miss, quand elle sera de retour de son périple, plutôt pluvieux, j'ai l'impression !

Écrit par : Athalie | 03/11/2015

Je crois que nous avons déjà eu cet échange, mais de mon côté je suis toujours épatée par les émotions que tu fais passer dans tes billets... je t'assure que je suis même un peu jalouse !!
Tu as vu ma réponse à ton commentaire sur mon blog ? J'y propose Les anges noirs, si ça te dis, pour notre prochaine LC, et lance l'idée, pourquoi pas en clôture de notre activité, de découvrir l'ouvrage d'Anne Duprez sur Claire Mauriac. Un extrait de la 4e de couv' :

"Tout en brossant le portrait d'une époque, ... cette enquête rigoureuse et passionnée, tout en épousant la forme de la saga familiale, se propose de répondre à la question existentielle de François Mauriac : quelle est la part maternelle dans la construction de l'humain et de l'immense écrivain qu'il est devenu".

Au départ, je l'ai surtout acheté car j'ai lu à son sujet un avis plus que positif dans le journal local...

Écrit par : Ingannmic | 06/11/2015

J attends que ta période Mauriac se passe. Je n'aime pas beaucoup cet auteur.

Écrit par : luocine | 06/11/2015

Encore un ou deux et on va arrêter je pense ... Cet écrivain ne déchaîne visiblement pas les lectrices ! mais je persiste quand même, pour moi, c'est une grande plume !

Écrit par : Athalie | 07/11/2015

@ ingannmic
Désolée, je n'ai pas été très présente sur l'ordi cette semaine ... je suis partante pour "Les anges noirs" dont je n'ai jamais entendu parler non plus ( et cette fois-ci, je ne vais pas laisser traîner ma commande et pourquoi pas une bio pour, peut-être avoir quelques réponses .... Je me renseigne sur son prix et/ou sa disponibilité en bibliothèque et je te redis. Bonne journée !

Écrit par : Athalie | 07/11/2015

Les commentaires sont fermés.