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31/10/2015

Destins, Mauriac

destins-750x750.jpgUne mauvaise organisation m'aura fallu de faire passer un tour ( celui du mois dernier) à mes co-lectrices dans ce projet aventureux qui est la "relecture de tout Mauriac ou presque", il m'aura quand même fait gagné un exemplaire en adéquation avec l'image que l'on se fait de cet auteur en général, sentant la poussière et le vieux papier, il sortait sûrement d'un grenier anonyme, avec sa tranche de page rouge et ce nom sur la page de garde, à l'écriture déliée et aujourd'hui si anachronique .... Comme ce roman, finalement, un rien penché vers une morale des bienséances et du quant à soi bourgeois bien loin des trifouillages de tripes à l'air. Dans ce monde là, on tait ses désirs, on ne les laisse pas sortir ... 

"Destins" est au pluriel mais il s'agit d'un singulier pluriel. Bob, Paule et Pierre en sont les victimes, toujours un peu coupables, forcément, on est chez Mauriac, dans ses landes et dans son soleil étouffant et silencieux. Pierre est le fils du domaine de Viridis, un pharisien (depuis que j'ai compris ce que ce mot voulait dire grâce au titre du même auteur, je ne m'en lasse pas ...) peu présent sur les terres bourgeoises des vignes et des pins. Viridis est tenu par sa mère, une maîtresse femme, Elizabeth Gornac, et son grand-père, une sorte de cep noueux, Jean Gornac. 

Cet été là, à la place du fils légitime, parti prêcher ailleurs la bonne parole, Elizabeth s'attarde aux petits soins de Bob, le petit fils de l'ancienne servante du domaine. Premier accro aux règles sociales qui régissent ce monde, mais Bob est si beau, ses yeux si langoureux et si innocents, que le cœur de la veuve solitaire, vieux avant d'avoir été seulement jeune, se met à palpiter d'une forme de tendresse jusque là inconnue. 

Il faut dire que le Bob a une certaine expérience de ses jeux de vilains, il sait y faire pour vous retourner les principes les plus austères. Pour Elizabeth, il est le fruit défendu. Pour son propre père, Bob est le fils indigne (ben oui, c'est du Mauriac, alors forcément, y'a de la parabole ...). Bob est trop beau, trop aimé, trop entouré d'une faune interlope qui vient enfumer l'appartement parisien du père, toutes ses femmes trop riches, trop libres, trop délurées, qui jacassaient au chevet de son fils, c'était trop pour ce fonctionnaire méritant. Sans compter qu'elles se gaussaient de ses bretelles étriquées. Alors le Bob a été envoyé se faire soigner sa pleurésie dans la campagne originelle, où le parfum lourd et prégnant du scandale aurait dû s'éteindre.

Mais voilà, il y a Paule, jeune, belle, fraîche, bourgeoise libérée, qui se moque des casseroles de Bob, et Elizabeth, qui le temps d'un après-midi, donnera la main à l'amour pour s'y faire mordre le cœur des regrets de pas l'avoir vécu, et la langue de vipère de Pierre, la pire, celle qui est pavée des bonnes intentions ...

C'est un roman qui dévoile peu, sans cesse j'ai cru y sentir la retenue de l'écrivain catho pour les turpitudes du corps sont des tentations qui ne peuvent conduire qu'à la perdition, ce qui ne leur enlève en rien le goût de la tentation .... De Bob, obscur objet des désirs, on ne saura finalement pas l'authenticité, comme si impossible à atteindre (à dire) , l'auteur l'avait conduit sur le bord d'un chemin pour le laisser s'éloigner, une grappe de raisins trop sensuellement grappillée à la bouche, Mauriac, un avatar d' Elisabeth ?

Les avis d'Ingannmic et de Miss Sunlaee, qui m'ont patiemment attendue !

 

29/10/2015

Miséricorde, Jussi Adler-Olsen

misericorde (1).jpgQuand Hafez El Assad débarque au département V, département d'enquête situé dans les caves des locaux de la police judiciaire danoise, il est armé de ses gants de ménage, d'une théière géante, et sûrement d'une fausse identité, (y a qu'à lire son nom, il est juste impossible ...) Hafez El Assad est un candide, mais en réalité, c'en est un faux, comme son nom. Il n'a l'air de rien, surtout pas d'un type efficace. Et franchement, Carl Morck, son patron, nouvellement promu chef du département V, non plus, n'a pas l'air de grand chose. Il n'est pas au meilleur de sa forme. Et quand il voit Hafez lui tomber dessus, comme un OVNI souterrain, franchement, on se dit que comme duo d'enquêteurs, on a aura vu plus sexy ...

Carl Morck dans Laurel et Hardy, c'est ni l'un ni l'autre. Il a été relégué au sous-sol par son chef à lui, pour cause d'incompatibilité d'humeur constante avec la hiérarchie et l'ensemble de ses collègues, secrétaires comprises (ce à quoi Hafez va suppléer ...). On lui a collé un placard à balai, un ordinateur et une pile de dossiers, qu'il s'est contenté pour l'instant de diviser en trois autres piles. Parce que Carl Morck n'a aucunement l'intention de résoudre une quelconque affaire, il veut cuver sa dépression tranquille. Deux de ses collègues le supportaient encore, et voilà que quelques temps auparavant, l'un d'entre eux est mort et l'autre gît sur un lit d’hôpital, paralysé à vie, à cause de lui, Carl, parce qu'il n'a pas dégainé assez vite. Alors, les autres affaires, il s'en moque pas mal. D'autant plus que sa nomination-promotion  est un leurre, destiné à la fois à le neutraliser et à permettre à sa hiérarchie de se renflouer en enquêteurs moins bougons et moins grandes gueules, dans les étages, pendant qu'il croupira là, chargé de résoudre toutes les affaires non élucidées depuis tellement de temps que les enjeux sont moindres, sauf les politiques, évidemment. D'où ce tour de passe passe qui sent l'entourloupe des marécages du fonctionnariat.

Le moustique Hafez va lui secouer les puces, comme la mouche du coche, et alors commence le thriller, très efficace ... Ce duo désassorti se lance au mystère de la disparition de la belle et talentueuse Merete Lyyngaard. Il y a cinq ans, elle serait tombée d'un ferry. Merete était une battante, sans peur et sans reproche, à la vie privée austère et dévouée à un frère, pas tout à fait comme les autres.... Entre temps, entre l'enquête qui débute et les retour arrière présentant la disparue, s'intercale une autre voix anonyme, prisonnière d'un étrange caisson.

En fait, le roman débute par cette voix, ce qui fait que j'avais plusieurs fois reposé le livre, pensant avoir affaire à un truc de zombis ... mais pas du tout, c'est bien un thriller de bon aloi pour lequel mon intérêt a été grandissant, porté, je l'avoue, par le zébulon El Assad, qui bondit sur les pistes aussi rapidement qu'il en construit des fausses !

Un personnage au potentiel exotique certain dans un polar nordique, j'espère bien en savoir un peu plus dans la deuxième de la trilogie ...

 

 

26/10/2015

Premier sang, David Morrel

premier sang,david morrell,romans,romans américains,western et cieIl a fallu toute la force persuasive d'un libraire, un vrai de vrai, celui de la librairie Vent d'Ouest, à Nantes, pour me faire acheter ce livre, pourtant édité chez Gallmeister, ce qui normalement provoque chez moi un acte d'achat quasi compulsif. Pourquoi une telle résistance ? Parce que "Premier sang" est l'acte de naissance du personnage de Rambo, celui des films, vous voyez ? Films que je n'ai jamais, au grand jamais, vus, mais dont le positionnement idéologique m'a toujours fait resurgir les anti-américanismes primaires en bandoulière. Et donc, c'est dire aussi la force persuasive du libraire.

Par contre, dire que j'ai été convaincue serait grandement mentir. En fait, je ne crois pas avoir vraiment lu ce livre, je crois que j'ai fait une lecture expérimentale de la distanciation dubitative. 

L'histoire est ténue et minimale. Un jeune homme, Rambo, donc, arrive un jour dans un bourg paumé des USA. Sale, les cheveux longs, il a choisi le vagabondage comme mode de vie depuis son retour du Vietnam. Il croise la route du shérif du coin, qui ne voit en lui qu'un potentiel fauteur de trouble dans la ville dont il a la garde. Une fois, deux fois, il l'embarque et le conduit de l'autre côté de son chemin. Une fois, deux fois, Rambo revient, juste parce que le représentant de la loi s'oppose à sa volonté, pas parce qu'il a envie d'y rester dans le bled perdu, juste parce que l'autre s'y oppose. Et l'autre pas mieux. Duel entre deux lois, celle de l'individu, celle de la cité, cela pourrait donner une tragédie à la grecque. Ce terreau ne va cependant donner lieu qu'à une course poursuite sanglante entre les deux hommes, dans une nature hostile, évidemment, hostile à un point quasi dantesque, ce qui rend leur survie quasi miraculeuse, du coup.

Il faut dire que les deux sont des anciens combattants émérites ; le shérif, Teasle, a été décoré pour sa bravoure exceptionnelle durant la guerre de Corée. Rambo est un ancien béret vert, formé à la survie spéciale guérilla. Et il a une décoration plus brillante que celle de l'autre. On assiste donc à un affrontement quasi à armes égales au départ, entre deux hommes dont la résistance à la douleur n'a d'égal que la capacité à y faire face, et à haïr l'autre. Comme Rambo est super balèze, Teasle va lancer une armada contre l'homme solitaire, qui grâce à sa force combative, et à quelques ellipses narratives bienvenues entre deux sauts de l'ange exterminateur, va réussir à subjuguer son ennemi. Il ne reste alors plus au lecteur, de plus en plus dubitatif et en mode lecture expérimentale, à se taper l'affrontement final qui explose finalement en une sorte d'apothéose de la fraternité des braves, et même une forme d'amour fusionnel et viril entre le tué et le tueur. Surtout virile, en fait.

Selon, l'auteur, qui explique sa démarche dans la post-face, la construction narrative qui alterne les deux points de vue des deux personnages est une "stratégie" permettant " au lecteur de s'identifier à l'un, puis à l'autre, tout en éprouvant de l'ambivalence à l’encontre de chacun". Moi, je suis restée coincée dans l'ambivalence d'aucun. L'auteur s'en défend, mais la violence déployée m'a semblé purement gratuite et à grand spectacle. Rambo tue parce qu'il sait bien le faire, il survit parce qu'il a été formé à survivre, et pour cela, il en devient admirable aux yeux de son ennemi. 

Je peux comprendre que dans le contexte de sa publication aux USA, cette virile histoire pouvait avoir un écho politique autre que celui que j'ai entendu, soit une sorte d'apologie de la force individuelle où les armes parlent toutes seules. Sans doute il y a-t-il d'autres lectures possibles ?

 

 

21/10/2015

Une terre d'ombre, Ron rash

 une terre d'ombre,ron rash,romans,romans américains,western et cie,pépitesRash, moi j'aime tout (un peu moins Séréna, mais bon, tant pis pour elle, elle avait qu'à être un peu plus subtile, la garce), alors quand il nous ramène au vallon encaissé et ombreux d'Un pied au paradis ( si ce n'est lui, c'est donc son frère ...), déjà, je me frotte la poussière des mains en me disant que je vais tomber sur la pépite. Et dès le premier chapitre j'ai plongé dans le vallon, la route vers la ferme, cahotante et déserte, sèche, la ferme, déserte et qui bruisse encore, le puits, le bruit de la corde qui va cherche l'eau fraîche et ramène un cadavre anonyme. Plongé, lui, depuis si longtemps que même les cailloux des chemins n'en ont pas gardé la trace. Trop bon.

Et après, on revient en arrière, quand la ferme n'avait pas encore de puits terminé, mais encore deux habitants, un frère et une soeur. Les parents de Laurel et Hank leur ont laissé ce coin de terre des Appalaches en héritage, si sec que même les Indiens n'avaient pas tenté le coup. Les petits blancs y ont planté quatre planche pour y faire une maison, quatre clotures pour faire des champs, et maintenant le frère et la soeur y survivent. Hank a perdu une main à la guerre, celle de quatorze dix huit, qui n'est pas encore terminée, et pour laquelle on enrôle encore des volontaires tout en pleurant les héros disparus, et même revenus. Hank est courageux, travailleur, et même sans une de ses mains, il voudrait bien se marier, d'ailleurs il a déjà trouvé la promise. Mais sa terre est rude, et rude aussi le sort de sa sœur. Marquée par une tâche de naissance, depuis l'école, on la dit sorcière et maudite, au village, on la regarde de travers. Elle ne trouvera pas preneur dans le coin. alors, elle se cantonne au vallon, maudit comme elle. Laurel se contente de cette union fraternelle, de cette complicité muette, qu'elle voit sans faille. De temps en temps, le soir, ils caressent du doigt dans un catalogue de vente par correspondance, les possessions de la modernité qu'ils ne pourront jamais s'offrir.

Pendant ce temps là, fanfaronne au village le recruteur Chaucey. baudruche d'une fatuité à faire éclater les drames sans même regarder sur qui il marche.

Le drame palpite, on le sent, par qui, par quoi arrivera-t-il ? Par l'espoir peut-être ou ce vagabond muet, Walter, qui joue de la flûte, pour Laurel enchantée. Les notes de Walter bougent un peu son univers où, depuis que la mère est morte, même les clefs de l'horloge n'arrivent plus à faire tourner les aiguilles rouillées par l'immobilité. De l'espoir peut aussi venir la tragédie. Ce n'est pas nouveau, depuis le temps qu'Antigone lui a tordu le cou, à celui-là.

Et là, dans le fond du vallon, quand les rouages de la tragédie se mettent à tourner aussi rond que l'horloge, vous avalez le bouquin en attendant juste d'entendre quel corps va, en premier, toucher le fin du puits.

Du quasi racinien western.

 

19/10/2015

Passé imparfait, Julian Fellowes

Candle_downton.jpgLa vraie raison, la seule raison pour laquelle j'ai acheté ce livre, ce n'est qu'une petite phrase murmurée à mon oreille de lectrice par l'amie C. "L'auteur, c'est celui qui a écrit Dowton Abbey". Je n'offre aucune résistance à une flagrance de cup of tea time sur fond de guimauve anglaise. C'est donc avec force salivage que j'ai mordu dans la porcelaine.

Le narrateur est un écrivain, qui se souvient de sa jeunesse ... Il est issu de cette très bonne société londonnienne de la fin des années cinquante où les jeunes filles cherchaient un mari bien sous tout rapport en n'ayant pas vraiment le choix du panel. Il y avait les chevaux de course et les juments de trait. Dans cette saison de bals qui a tout du terrain de chasse, la narrateur avait introduit le chien de race dans le jeu de quille : Damian Baxter. Et Damian avait bouleversé les règles du jeu en cette dernière saison des sixties où le vent avait balancé les jupes des filles dans les buissons de la tentation du bel arriviste. Elles ont été cinq à avoir succombé aux charmes exotiques de Damian : Lucy, Joanna, Dagmar, Candida et Terry. Quant à Séréna, la sublime Séréna, c'est peut-être une autre histoire ....

Cette liste, le narrateur ne le découvre que quarante ans après cette ultime saison qui fila comme une jeunesse qui se passe et trouva sa conclusion en un mystérieux séjour au Portugal qui mit fin à toutes les illusions et à son amitié avec Damian.

En quarante ans, ils ne se sont jamais revus, ni même cotoyés. Le narrateur a rompu tous les liens d'avec son milieu aristocratique. Mais ces jeunes filles, devenues femmes mûres, il va pourtant devoir aller leur arracher un secret. Laquelle d'entre elles serait la mère de l'enfant caché de Damian ? Laquelle lui aurait écrit, vingt ans auparavant, pour lui révéler cette paternité, née d'une de ses liaisons sans lendemain dont la saison fut riche ? ( pour Damian, car le narrateur, lui, il était plutôt en fin de peloton). Quarante ans de silence dont vingt d'indifférence, et voilà le Damian qui resurgit de sa boite, riche en diable, et malade à en crever bientôt. Le narrateur dispose donc de peu de temps pour trouver l'héritier d'une fortune sans fond, confiée par son meilleur ennemi.

L'idée a le défaut de ses qualités. Le secret ne peut être révélé qu'à la fin, donc la gagnante du gros lot sera forcément la dernière rencontrée. Mais parce que l'auteur n'est pas complètement tartignole, ce n'est pas vraiment ça, pas tout à fait, on va dire ... Chaque rencontre est par conséquent le prétexte à construire une galerie de portraits, un passage en revue de destinées disparates et parfois attachantes : Lucy, qui a foncé dans le succès people pour ensuite se rattacher à des morceaux du radeau, Dagmar qui a réalisé le rêve de sa mère pour à jamais s'en mordre les doigts, Joanna, qui s'est perdue dans une révolte anti conventions, Candida, restée égale à ses ambitions, Terry, une ogresse américaine parvenue à pas grand chose. Et Séréna, la seule à s’être sortie intacte de l'impact, est plus Downton Abbey que Lady Mary elle même.

Quelques longueurs font traîner la lecture de cette chasse aux souvenirs, le narrateur ne pouvant visiblement pas se passer d'un certain radotage social, et dès fois même, il se hausse du col de la morale bien pensante.

Faut bien des nuages de lait dans le thé à l'anglaise.

 

 

15/10/2015

Qui touche à mon corps je le tue, Valentine Goby

qui touche à mon corps je le tue,valentine goby,romans,romans français"Qui touche à mon corps je le tue" croise l'histoire de trois personnages dont deux se retrouveront , à la fin, mais "croiser" et "retrouver" sont deux bien grands mots pour cette ultime rencontre. Comme personnages aussi, en fait, d'ailleurs, disons ... silhouette de personnages ou "écorchés de personnages", comme les écorchés du Moyen Age regardent leur peau posée à côté d'eux, et c'est un peu le cas pour ces trois là.

Il y a Lucie L., "Lux" pour les intimes, c'est-à-dire elle même et sa mère, (sa mère de quand elle était petite). les autres n'ont pas le droit d'entrer. Lucie est en train d'avorter par ses propres moyens, elle attend que le corps étranger se détache d'elle. Son mari est au front, et au lieu de donner naissance à un futur soldat, ainsi que le voudrait l'idéologie alors dominante, elle se débarrasse de sa future maternité, pour elle impossible, sans remords et dans la plus grande solitude.

Il y a Maie G., faiseuse d'anges, elle attend son exécution dans la cellule où jamais la lumière ne s'éteint. Pétain a refusé sa grâce, forcément. (personnage inspiré de Marie Louise Giraud ?). Elle est devenue avorteuse, sans conviction féministe, elle a tenu la poire et le savon presque par hasard, pour rendre service et puis aussi pour "en" profiter un peu, pour toucher du doigt une vie plus soyeuse, de ses mains crevassées de blanchisseuse.

Enfin, il y a son bourreau, Henri D. (personnage inspiré de Jules Henri Desfourneaux, là, c'est certain, c'est marqué à la fin du livre). Lui, il connaît la date et l'heure de la mort de Marie. Dans une journée à peine, il va appuyer sur le bouton de la guillotine. Alors, son corps, il le travaille vers la déshumanisation pour pouvoir couper en deux un autre corps, sans rien ressentir, en s'oubliant et en oubliant l'enfant qu'il a été.

Les trois récits, et là encore récits est à nuancer car ils sont très impressionnistes, emplis de pointillés qui dessinent les contours des mêmes motifs ; la mère, l'enfant, l'oubli, la fusion et la déchirure, s'étendent d'une aube à l'autre, des récits en clair-obscur.

Après avoir beaucoup apprécié "Kinderzimmer", avoir été un peu refroidie dans mon parcours découverte de l'auteure avec "Banquises", me voilà encore plus circonspecte après la lecture de ce troisième titre, dont je me demande s'il ne sera pas le dernier ... Non pas qu'il soit piètre, il est de bonne facture, mais les mots m'ont glissé dessus,comme la bruine sur un ciré. Même, je me suis surprise à me regarder le lire, tableau d'une lectrice accomplissant son devoir avec application. Je me suis forcée à lire tous les mots, alors que mes yeux étaient déjà au bas de la page, je les remontais d'un coup de lunettes. "Pas de triche, Athalie, pas de ça, tu reprends la phrase, non, tu ne l'as pas vraiment lue, plus haut, c'était juste un peu la même, c'est tout ..;"

Finalement, c'est surtout la singulière figure du bourreau qui m'a retenue. Dépressif, alcoolique, servile et quasi mutique, il exécuta la mort de quelques centaines de personnes en même temps que la sienne. Un personnage de l'ombre que j'aurais aimé voir davantage mis en lumière, justement, du coup. (Mais bon, j'ai bien compris que tel n'était pas le but de l'auteur, tant pis pour moi !)

11/10/2015

L'homme du verger, Amanda Coplin

l'homme du verger,amanda coplin,romans,romans américains,pépitesL'homme du verger n'est pas sans douleur. Avant de couler des jours solitaires mais plutôt paisibles dans le vallon, vallon qui a tout d'un cocon hors du monde, et presque des allures de jardin d'Eden pour vieil homme et abricotiers, Talmadge a perdu son unique soeur. Fantôme qu'il a tant cherché, elle a disparu un jour comme les autres, entre les arbres de cette vallée du nord ouest des USA, elle est passée pour ne plus jamais revenir.

Et puis, le temps de la douleur s'est atténué, les abricotiers, cléments, ont mûri, se sont multipliés et ont croissés, généreux, comme lui, de leur temps. Il est resté solitaire, les fruitiers et une vieille sage femme lui tiennent lieu de famille. Le vallon aux courbes tendres est accueillant au silence et parfois viennent le rompre les voleurs de chevaux sauvages. Le temps d'une semaine, ils se font cueilleurs et élagueurs. Une amitié silencieuse lie Talmadge à leur chef, indien d'origine, aussi taciturne dresseur de chevaux que l'autre l'est de ses arbres.

C'est dans ce décor quasi immobile, et qui n'a rien du far-west en technicolor, que surgissent deux jeunes filles, farouches et en fuite, affamées, deux sœurs qui s'incrustent sur le paysage jusque là serein. Elles font du relief, d'un coup, enceintes l'une et l'autre. Elles viennent d'un cauchemar dont le vieil homme ne peut supposer la profondeur prise dans leur âme. Elles apparaissent, prennent et repartent dans leur bulle, dans un coin du verger.

Un lent travail d'approche se dessine alors entre les personnages. Il pourrait faire croire que les heurts seraient transitoires, et que, la paix retrouvée, le verger va se transformer en petite maison dans la prairie avec coiffe et tablier en toile vichy, avec les deux filles dévalant la pente les bras ouverts sans même se casser la margoulette ... Ben non, pas vraiment ... Parce que le passé des deux jeunes filles, Della et Jane, a un nom, un cheval, et que la haine ne s'éteint pas à coup de crêpes au sirop d'érable, même quand les abricotiers donnent du leur.

Le chemin que Talmadge aurait voulu tracer à ses deux protégées, se prendra des traverses dans les ailes et le royaume entrevu, des coups de pieds rageurs. On ne fait pas ce que l'on veut, avec les meilleures intentions du monde ...

Un roman à l'humanisme non convenu, qui s'étend sur la longueur d'un foyer bancal à construire, et d'un savoir à transmettre, et des récoltes d'abricots à faire. Non sirupeux, les abricots, mais d'une douceur âpre et sensible au temps qui passe, aux filles qui fuient, aux voleurs de chevaux qui ne font plus halte, aux os de Tal qui grincent de plus en plus dans la charrette. Mais, toujours, obstinément, à tort ou pas, le vieil homme tendra la main vers ce qui aurait voulu être ; un frère qui aurait retrouvé sa sœur, un père qui aurait su protéger sa fille du démon qui l'éloigne d'elle même.

Merci à la librairie Vents d'Ouest de Nantes, d'en avoir fait un coup de cœur qui a tenté ma main !

09/10/2015

Le général du roi, Daphné Du Maurier

daphné du maurier,le général du roi,romans,romans historiques,pépitesUn roman de la grande Daphné qui a le goût chevaleresque très prononcé d'un amour d'amour impossible, mené au fil des épées de l'éternelle absence de l'aimé et de ses éternels retours, entre deux attentes de l'aimée, dans les brumes et les fracas des châteaux assiégés.

Mais la cause du pourquoi de l'impossible amour, pourtant partagé, entre l'aimé Richard et l'aimée Honor, je ne peux pas vous le dire, sûrement pas. Ce serait gâcher.

Donc, juste dire que nous sommes transportés en Angleterre au XVIIème siècle. La fronde des nobles de Cornouailles gronde contre la tyrannie financière du parlement de Londres. Eux soutiennent le roi, Charles 1er, pourtant bien falot, à mon très humble avis de roturière du XXIème siècle. Parmi ces fidèles, qui bientôt prendront les armes, se distingue tout particulièrement une famille, les Grenville, dont le panache est flambloyant. Le frère ainé est un modèle du genre, loyal, noble et juste. Par contre, le frère cadet, Richard, a le sang plus chaud que bleu, une réputation détestable de coureur de dots. Sans scrupules, il agit avec autant de cruauté que d'absence de remords, rempli d'orgueil, et de vanité méprisante. Sauf que en ces temps de guerre civile, il est aussi un stratège militaire hors pair, un meneur de troupes sans égal. Alors forcément ... Il lui est beaucoup pardonné, et il est si beau ... 

Lors d'un dîner de victoire, Richard va poser les yeux sur Honor et Honor va choisir Richard, sous les yeux effarés de sa propre famille, car si elle était la petite dernière, un peu gâtée par ses frères, un peu rebelle déjà, là, Honor va rompre avec une certaine bienséance et la petite trouver son maître et son amour. La première rencontre sera la définitive alliance de cette jeune fille de petite noblesse de sang, mais non de coeur, et de ce chevalier pour le moins atypique. Bouillants l'un de l'autre, consentants à leur perte sociale et unis à jamais.

Euh, pas de souci, hein, on n'est pas dans de l'eau de rose, même si j'ai bien conscience d'en aligner tous les clichés. Enfin, si, il y aussi de l'eau de rose mais portée à ébullition, une sorte de concentré. Les capes volent, les épées claquent et frôlent des jupons d'amazone intrépide et l'amour des deux tourtereaux insolents croise quelques obstacles, il faut bien le dire. Surtout quand la méchante soeur Grenville pointe son nez de rapace, séductrice et torve, genre Milady.

"Le général du roi" est un roman qui mène ses clichés à la baguette, tambour battant, sans complexe, et pioche aussi au passage dans le gothique des châteaux avec chambre secrète, porte qui grince, enfant caché, araignées comprises. Il se lit à la vitesse d'un cheval au galop.

Romanesquissisme .

 

06/10/2015

Esprit d'hiver, Laura Kasischke

esprit d'hiver,laura kasischke,romans,romans américainsUn titre de Kasischke qui, dans mon souvenir, avait divisé ses lectrices, un petit goût de too much. J'avais hésité, et il aura fallu la boule avec neige de la couverture pour me décider à tenter de renouer avec l'auteure. Loupé. En refermant ce livre, une seule phrase me cogne à la tête, "tout cela pour ça ..."

Cela :  un huis-clos neigeux et morbide. Une matinée de Noël, Holly se lève plus tard que d'habitude (pour ma part, je ne vois pas trop la gravité du truc, mais bon, j'admets pour les besoins de la tension narrative, je suis bon public), un abus de lait de poule la veille au soir l'a conduite vers cet écart. Le mari lui aussi, jette les couvertures, il file chercher ses vieux parents à l'aéroport. Et voilà Holly seule avec sa fille, qui dort encore, elle.

Le drame commence : les rituels habituels de Noël sont en danger, les cadeaux n'ont pas été ouverts, le repas risque de ne pas être prêt (alors que tout a été acheté la veille tout préparé, c'est Holly même qui le dit dans sa pourtant panique, elle n'a plus qu'à mettre le rôti dans le four et à le laisser cuire ...). Cette cuisson, qui dans la vraie vie n'a strictement aucun intérêt, devient alors l'objet d'une narration à rebondissement. Comme quoi, chez Kadischke, même un rôti peut devenir spectral et support d'un suspens finalement assez surréaliste.

D'ailleurs, rapidement, tout devient spectral dans cette maison, où Holly se démène avec le rôti (je sais, je me répète, mais je ne suis pas la seule, l'auteure aussi), et une phrase qui lui cogne à la tête : "Quelque chose les avait suivi depuis la Russie". Il se trouve, qu'en effet, sa fille adoptive, Tatiana, ancienne Sally (un nom de poule blessée), vient d'un orphelinat sibérien où des enfants sont "offerts" à des couples d'américains, comme Holly et son mari. Cet orphelinat devient l'objet de toutes les suspicions de cette mère qui, au fil de la journée, et de son combat avec le rôti, reconstruit ses souvenirs, tout en essayant de faire obéir ce bébé Tatie, devenue adolescente agressive.

Tatiana se dérobe sans cesse, enfermant sa mère à l'extérieur de sa chambre, cette chambre où elle passe son temps à changer de robe de Noël ; la noire, la rouge, la rouge, la noire. Pendant ce temps là, la guirlande clignote quand ça lui prend, les invités se désistent entre deux coups de téléphone d'un inconnu injoignable. (donc, en plus du rôti, se méfier des portables aussi, ils peuvent cacher des fantômes qui les transforment en plaque électrique ou en tapis volant trucideurs de verres à eau).

Huis clos, tension du passé, objets à la limite du malveillant, point de vue qui vacille et tangue vers la folie, délire d'interprétation ménager qui vous fait douter de toute conclusion logique possible, on a tous les ingrédients habituels de l'auteure. Et pourtant, ce que je retiendrai principalement de cette lecture ( qui en plus, m'a fait reposer sur le présentoir de ma librairie habituelle, le "Mudwoman" de Oates, que l'amie A. m'a dit être excellent ...), c'est que, la prochaine fois que je mets un rôti à cuire, je l'enferme à double tour dans le four pour éviter qu'il ne me saute à la gorge.

 

03/10/2015

Millénium 4, Ce qui ne me tue pas, David Lagercrantz

millenium,ce qui ne nous tue pas,david lagercrantz,romans,romans policiers,série policières,romans suédoisJe n'avais aucunement l'intention de lire cette suite hautement médiatisée de la fameuse trilogie de feu Steig Larsson. Aucunement. Et encore moins l'intention de l'acheter. Aucune suite, ne pouvait selon moi, reproduire les mêmes effets d'addiction aux aventures spidées de la déjantée Lisbeth Salander et du sagace idéaliste Mickaël Blombkvist au cœur pas de pierre. Aventures pourtant écrites avec autant de subtilités qu'un lance flamme narratif.

La lecture du tome I m'avait valu quelques (peu) nuits d'insomnie hiératiques, me donnant une allure de zombie échevelée le lendemain matin où je croisais quelques collègues dans le même état que moi, vu qu'on lisait le même livre. Silence sur la suite oblige, nous nous adressions des "chuts" énamourés et anxieux de ne pas trop en dévoiler. Pas question que l'un d'entre nous ne fuite.

Le deuxième tome, me valut une sortie fébrile sous la pluie d'un soir d'hiver venteux, titubante vers la première librairie venue ( carte de fidélité ou pas) dans un état de manque éprouvant à voir. J'allais finir le premier, l'angoisse du vide m'avait fait sortir de ma couette de lecture avant que ne sonne la glas de la fermeture des commerces. J'étais arrivée à temps, trempée, mais à temps. Au retour, j'ai réintégré la couette, j'ai lu, j'ai vaincu.

Le troisième ... je ne sais plus bien, une impression de foutraque pas fini, je crois. Mais toujours ce sentiment d'urgence, impossible à vaincre, par contre.

Et pourtant, donc, cette suite, je l'ai achetée, je l'ai lue, ou plutôt, je l'ai dévorée, presque aussi rapidement que les trois premiers tomes, parce que, et oui, tout y est tout comme il doit être. C'est toujours aussi mal écrit mais drôlement bien ficelé. Le nouvel auteur, en viager définitif, s'est coulé dans le moule et j'ai couru après Lisbeth. Toujours aussi mal embouchée et rancunière, elle a gardé son tee-shirt et ses tatouages, ses subtilités de langage qui réduisent le boulot de l'auteur à des interjections péremptoires pour les dialogues, et sa pointe de vitesse supersonique pour la partie récit. Surtout qu'ici, elle même court au secours d'un petit garçon aussi autiste que surdoué, qui se trouve être également le seul témoin d'une scène de crime. Elle ne s'essouffle jamais, Lisbeth, même trouée par quelques balles, même devant un ex-tueur à gage soviétique, elle balance le tibia genre Kill Bill pour la sauvegarde du presque orphelin.

Le père, Frauss Bolder a récupéré son fils de la garde de sa mère en perte d'image d'elle même, et de l'affreux beau-père qui se saoule avec la pension alimentaire, avant de se planquer découvrir son fils d'amour tendre, et cacher son secret informatique qui pourrait bien rendre le monde virtuel tout puissant. Geek en fuite de son entreprise, il se découvre à son tour traqué par une organisation imparable et obscure ... Et là, ce n'est que le début ( en gros, les deux premiers chapitres), pendant que, en alternance, on découvre les activités de nos deux héros cultes qui restent fidèles à eux mêmes et à leur obsession. La pureté pour les deux, même si ce n'est pas la même, l'éradication des méchants, et c'est pour cela qu'on les aime.

Lisbeth fait sauter les verrous de la défense ultra sophistiquée de l'agence de renseignements made in USA, en artiste hackeuse qu'elle demeure for ever and for the devil, ce qui fait sauter en l'air quelles puces galeuses qui faisait leur beurre du crime ...Une Milady du bien aux allures de punkette qui aurait revêtu son armure de guerrière (par contre, elle mange toujours n'importe quoi ...).

Michaël est attaqué de toute part par ses confrères qui le prennent pour un "has been" et par un actionnaire jaloux de sa rigueur intellectuelle et notre héros  a bien besoin d'un nouveau scoop qui attaquerait le grand capital au scalpel.

Entre lui, l'incorruptible, et la hackeuse qui n'oublie jamais un coup donné, c'est le chat et la souris lancés à grande vitesse dans les méandres de l'internet souterrain, contre les injustices du mal ... Sans compter que Camilla repointe son dard.

Bref, si David Lagercrantz n'invente pas  d'autres ficelles que celles mises en place par Larsson, il les utilise drôlement bien et franchement, j'ai jubilé en retrouvant les fondamentaux, sans compter qu'il ménage une porte de sortie vers une autre suite. Bon filon ne saurait se tarir ?