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11/11/2015

Un amour impossible, Christine Angot

Bretonne.jpgFacile, mais un amour qui me paraissait vraiment impossible, c'était le mien pour un livre de Christine Angot ... Amour est un bien grand mot, quand même, mais (et cela en fera ricaner certaines), mais oui, je me suis retrouvée retournée comme une crêpe dentelle par ce titre là. A vrai dire, si je veux être honnête et bien faire mon Mea culpa, il s'agit  du premier et du seul livre de cette auteure que j'ai lu en entier. Les autres, les deux ou trois que j'ai ouverts et systématiquement refermés avec moult soupirs exaspérés, m'avaient conforté de solides préjugés (j'ai le préjugé facile), contre le parangon du parisianisme pontifiant et surfait de l'autofiction dont Christine Angot me semblait ( semble ?) représenter.

Mais voilà, d'un côté, il y avait mon amie A.P. qui me lorgnait du col sur ce coup là, et Sandrine, le coup de pouce qui me fallait. Lunettes arrimées sur le nez et mauvaise foi en bandoulière, un soir, je me suis lancée et j'ai plongé dans une stupéfaction quasi béate ... Quoi ? Point de phrases courtes à l'ellipse systématique, point de constructions nominales avec points d'exclamations obligatoires. Foin de cet halètement douloureux de l'enfance violentée au pathétique exacerbé qui me laissait de marbre ? ( j'ai l'âme stylistique rude au pathétique essouflé, je le reconnais ...). Au contraire, une retenue narrative, simple et fluide, plante le tableau d'une histoire à la fois banale et singulière, la rencontre improbable dans un Châteauroux plus provincial que nature d'une jeune fille, Rachel, et d'un jeune homme. Elle est douce et dactylo, il a trop lu Nietzsche. Il vient d'une famille parisienne où l'on se targue de culture et de carrière. Ils dansent un bref duo. Ce sera la parenthèse de la passion, il aime sa peau et ses mains. Elle aime tout. Elle rêve, il tranche, il l'épousera pas, il part, n'importe, elle garde l'enfant.

Commence alors le temps de l'attente pour Rachel et de l'amour pour Christine, petite fille banale et choyée de la tendresse de la grand-mère et de l'oncle, dans une banlieue pavillonnaire où l'on se promène le dimanche et où l'on va à l'école la semaine, sans faire plus d'histoire que cela de l'absence du père. Une petite fille qui n'est pas encore une écorchée vive et une mère qui espère malgré tout, le temps d'une lettre, d'un passage rapide, de quelques jours de vacances, une forme de reconnaissance. de celui qui a épousé ailleurs et se fait une carrière loin d'elles.

Évidemment, plus tard, vient le moment du déshamour et du mépris, quand tombe le piédestal de la figure maternelle et le couperet de l'inceste révélé. Mais même si l'auteure ne s'épargne pas le mauvais rôle, s'égratigne et se ronge les croutes, c'est sans trop de délectation et la descente de l'amour fusionnel vers l'enfer intime se fait sans roulades excessives dans la fange. Le père est odieux. La mère fragile. La fille raconte ces impossibles amours déviés.

Et voilà, j'ai fini et apprécié un livre de Christine Angot, comme quoi ....

Merci à l'amie A.P. et à Sandrine. (qui organise une journée dédiée à la littérature française dans le cadre de l'Europe des écrivains)

Commentaires

Et je sens que si j'en aime un, ce sera celui-là.

Écrit par : Valérie | 11/11/2015

Je t'assure que c'est un bon bouquin, et pourtant côté préjugés, j'en avais une couche !

Écrit par : Athalie | 11/11/2015

Moi aussi j'ai des préjugés (mais pas contre Chateauroux, hein!!!)J'adore ton illustration ^_^

Écrit par : keisha | 11/11/2015

Depuis que mon identité bretonne a été révélée cet été, je me lâche ! C'était aussi un clin d'oeil pour Sandrine qui n'a pas un très bon souvenir de son séjour "estival" ... Quant à Châteauroux, ma foi, je ne connais pas et le livre en donne une vision très endormie, mais bon, ce n'est pas vraiment le sujet ^-^ et le livre ne m'a quand même pas retiré tous mes préjugés.

Écrit par : Athalie | 12/11/2015

Evidemment ravie que tu aies été touchée par ce roman qui dit je et pas moi ! ( et un peu fiérote aussi!)
Ravie que tu te sois prise au jeu du retour des morts / et si ça m'arrivait à moi, qu'est ce que j'en ferais ? Après je t'initie à Sherlock dont nous attendons (pépette et moi (non ce n'est pas le chien...)) avec impatience la dernière saison ! Tremble Moriarty ! Sherlock n'a pas dit son dernier mot ...
Viens de m'enfiler trois romans jeunesse d'intérêt très inégal et attends les prochaines suggestions (mais je suis bof fan de Mauriac et des petites anglaises des siècles derniers...)

Écrit par : A.P | 11/11/2015

Oui, vraiment, ce livre m'a touchée ! Ravie d'avoir, un fois de plus suivi tes conseils ! La première partie à Chateauroux avec la rencontre des parents et l’évocation de son enfance innocente est particulièrement réussie, j'ai trouvé. Bon, après, il faut bien le dire, y'a quand même des faiblesses et des trucs un peu "bof", la révélation de l'inceste entre autre ... Pas certaine de lire le prochain ni les précédents, même si tu t'y mets ! Pas vraiment de conseils par ailleurs si tu n'es pas convaincue ni par Thérèse, ni par Rachel, il y a le dernier MacEwan, évidemment (l'homme est en train de le finir, je te le garde sous le coude)

Écrit par : Athalie | 12/11/2015

Tu me donne presque envie... tu me ferais presque oublier un récent billet de Pierre Jourde dans L'Obs qui citait des extraits d'une banalité consternante... qui m'ont fait choisir Marie Darrieussecq, qui ne s'est pas révélée beaucoup plus excitante...

Écrit par : Sandrine | 11/11/2015

Par extraits, je ne doute pas que ce soit affligeant .... la prose est assez plate, elle y va par ellipses et petites phrases, alors forcément, coupé en morceaux .... mais pour moi, l'effet surprise a joué, et l'absence de pathos aussi. Quant à Darrieusseq, j'ai sûrement moins de préjugés que sur Angot, mais aussi peu d'enthousiasme. Aussi, ton billet d'hier m'a confirmé que je ne loupais pas grand chose ...

Écrit par : Athalie | 12/11/2015

Angot, j'ai lu quelques pages il y a longtemps, j'ai reposé le livre et je n'ai jamais eu envie de retenter l'expérience...

Écrit par : manU | 11/11/2015

Moi pareil ! En pire, je me souviens avoir quasi envoyer un de ses livres par la fenêtre tellement les trois premières m'avaient énervées. D'ailleurs, je n'avais pas dépassé ces trois premières pages depuis ... C'est dire si la pression, amicale, a été puissante ! Et tu vois, même pas mal ... de là à virer complètement mes préjugés, je n'en suis pas là quand même, mais disons le bénéfice du doute ...

Écrit par : Athalie | 12/11/2015

mouais mouais mouais... j'avais lu "les désaxés" , pas trop mal , j'avoue , mais celui-là ! Elle a quand même la palme des dialogues affligeants, du récit glacé d'une passion dite brûlante, de la ponctuation aléatoire, du où-voulais-en-venir-déjà ...pfff, ça fait beaucoup...je sauve la peinture d'une France modeste des années 60/70 mais JP Dubois ou Annie Ernaux peuvent lui en remontrer facile...le pire étant que contrairement à beaucoup, elle m'intéresse beaucoup quand elle parle de ce qu'elle VEUT faire , ds des interviews etc, mais le gap avec ce qu'elle FAIT , boudiou !
:-(

Écrit par : Mior | 11/11/2015

Je te suis sur les dialogues, pas vraiment sa réussite (mais je ne peux juger que sur ce livre ...) et justement, ce que j'ai bien aimé c'est le contraste entre le ton très détaché et les passions évoqués, je m'attendais à du "too much" et elle n'y tombe pas, ( sauf vers la fin, où je me suis dit, en lectrice de grande mauvaise foi, "bon, je n'avais pas quand même complètement tort, Angot c'est de gros sabots ..."). Le début, cette France modeste que tu mentionnes, cette routine finalement plutôt tendre et douce, m'a fait passer la fin sans trop de déception, finalement.

Écrit par : Athalie | 12/11/2015

tu vois , je l'écoute à l'instant dans "L'Europe des écrivains" ...malaise ...que dire quand on aime un auteur à l'oral mais pas à l'écrit ??

Écrit par : Mior | 11/11/2015

Je ne peux pas l'entendre ! Son personnage médiatique me hérisse le poil ! En cherchant une illustration pour cette note, j'ai relu des articles qui évoquaient les pseudos scandales médiatiques parigots qu'elle a suscité ( Doc Gényco et tout le reste ...), et je me disais qu'heureusement que je les avais à moitié oubliés, sinon, je crois que même les conseils de l'amie A. n'auraient pu pu me motiver !

Écrit par : Athalie | 12/11/2015

Je trouve la vie triste de cette auteure et j'espère que l'écriture lui fait du bien, je suis certaine que ce livre est meilleur que ses précédents romans, mais je n'arrive toujours pas à me motiver. Pourtant je lis des billets comme le tien de gens qui avaient de fortes réticences sur l'auteure. Donc , peut-être et si je le lis ce sera en partie grâce aux blogueuses, dont toi.

Écrit par : luocine | 12/11/2015

Vu que je n'ai que celui-là, je ne peux pas comparer mais ce qui est certain c'est que l'ai commencé en me disant que je n'allais sûrement pas me forcer ... Pour une fois, c'était un prêt, donc, pas de scrupules ... Il doit être dans ma médiathèque .... Et c'est vrai que j'ai moi aussi l'impression que ce titre est mieux reçu que les autres. D'ailleurs, l'amie qui me l'a passé est loin d'être une fan de l'auteure habituellement.

Écrit par : Athalie | 12/11/2015

Je partage le point de vue de luocine: je trouve que la vie de cette femme est d'une infinie tristesse (évidemment ... que peut-il arriver de pire à une femme que d'être violée par l'un de ses (pseudo) proches ? ) et je me suis fait la même réflexion : pourvu que l'écriture de ce roman l'ait un peu apaisée. Si ce roman ne devait ''servir'' qu'à cela , ce serait déjà beaucoup .
Pour le reste (scandales médiatiques clash étudiés ou pas pour faire le buzz et autres ...) ce n'est pas de la littérature ! L'abject M. Destouches est là pour nous le prouver!

Écrit par : A.P | 12/11/2015

et bien oui ! comme quoi :))

Écrit par : Theoma | 17/11/2015

Tout est possible !!!

Écrit par : Athalie | 19/11/2015

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