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08/01/2016

Bel Air, Lionel Salaün

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Les hasards de mes pioches de lecture sur mon étagère des "pas encore lus" m'ont conduite à ma replonger dans l'atmosphère des "années de plomb", enfin, des pré-années de plomb. on est au tout début des "évenements d'Algérie" et cette guerre qui n'a pas encore de nom plane sur la cité de Bel-Air, ses ados, son café du même nom et ses habitués.

La cité de Bel-Air est de celle qui ont été construite en carton-plâtre, et d'ailleurs, le roman commence et se termine dans la boucle de sa destruction. Dans le temps où la cité vivait encore, c'est-à-dire dans le temps de l'essentiel du récit, la cité est le domaine des ouvriers, des employés, des artisans, des gens de peu. Elle a été construite au-dessus de la vraie ville, celle des notables et des belles façades, non pour la surplomber, mais pour la séparer. Un boulevard peut y conduire, et le descendre ou le remonter, marque la frontière. Franck, dit Jacky, à cause de son nom de famille pollack ainsi francisé, y vit avec sa mère. Le père est parti depuis longtemps, laissant à son fils quelques vagues souvenirs et à la mère des kilos d'amertume. Leur appartement est petit, comme tous les autres, et il s'y croisent autour de la table en formica pour des moments de ressassements et reproches aigris de part et d'autre. Le seul luxe y est une salle à manger, sanctuaire d'une certaine forme de réussite sociale pour elle.

Franck, son domaine à lui, est la cité et sa bande de copains ; il y a Antoine, qui rêve de vitesse sur sa mobylette, Roger, la future star du football local, Serge qui prolongera le chemin de son père en montant son propre restaurant, plus tard, et surtout Gérard, le quasi frère de Franck, son ami pour la vie. Il est le fils du bistrot, son destin à lui aussi est ainsi tracé. Franck, lui, ne rêve pas à grand chose, il semble attendre que quelque chose lui arrive, entre le collège qui l'ennuie, sa mère qui l'irrite, et ce monde de la cité qui l'étreint.

Et dans ce monde de la cité, il y a le bistrot qui en est une sorte d'émanation, de prolongement, de pouls, aussi. Y trône le père Letreux. Derrière son comptoir en bois ciré, sous le lustre à cinq tulipes, il distribue les petits blancs et les sentences patriotiques à coups de grande gueule, chatouilleux à l'extrême de l'honneur de la France, lui qui n'a pas pu le défendre armes à la main, en son temps, à cause d'un malencontreux mal de dos. C'est une baraque qui fait le coup de sang en mots et ses mots font de son fils le même que lui. Gérard se prend à rêver d'être para, de casser de l'arabe. Passent d'autres personnages, tous englués là, entre zinc et terrasse, l'Adjudant, qui a fait l'Indochine, la mère Letreux qui tricote et écosse les haricots sur le coin d'un table entre les les deux coups de feu, celui de l'apéro du midi et celui de l'apéro du soir, Chantal, la seule fille de la bande ...

La cité est un microcosme où tout se sait et tout s'entend, où il y a des codes d'intégration, où le racisme y est ordinaire et coule de source. Les filles y semblent interchangeables, nattes et jupes plissées, alors que les garçons modèlent dans leur rêve le corps de Gina Lolobrigida. Leur destin semble tracé par le chemin pris par leur père, il feront juste un peu mieux.

Des années plus tard, les juke box se sont tus, le formica rouge rutilant des tables du bistrot a bien mal vieilli, et Gérard et Franck s'y retrouve dans le café cerné par les bulldozers pour se retrouver autour du secret de ce qui n'a jamais eu lieu.

Plus que l'histoire de ce secret, ce roman vaut par celle de Franck, qui finira par chercher une impossible sortie de la route tracée quand on est de la cité, celle du couvercle social, des déterminismes acceptés, de la quête d'un conformisme rassurant, l'envers des trente glorieuses qui ne l'étaient pas forcément pour tout le monde. Et se cassera salement la tronche sur des illusions.

Clara en parle aussi, très clairement, plus que moi en tout cas !

 

Commentaires

Bien raconté mais j'ai du mal à cerner si tu as été conquise ou pas!

Écrit par : luocine | 08/01/2016

Ben voilà, t'as tout capté, un titre intéressant, mais conquise, je ne peux pas le dire ... sans rien avoir à reprocher de particulier, c'est un livre qui vaut par son atmosphère, les personnages sont bien fichus, tu y crois, y'a tout ce qui faut, mais peut-être un poil de pas d'enthousiasme de ma part, en tout cas.

Écrit par : Athalie | 08/01/2016

je suis contente que tu en parles car à depuis sa sortie, il y eu peu de billets sur ce livre.

Écrit par : claraclara | 08/01/2016

Je rajoute un lien vers ton billet, car si je ne l'avais pas déjà lu; ce livre, ton billet me donnerait envie de le faire ! Beaucoup plus que le mien ! Il est vrai que si mon enthousiasme est moindre que le tien, c'est quand même un livre qui mérite sa lecture. Je note aussi le premier titre de cet auteur que tu mentionnes "Le retour de Jim Lamar". Merci de ton passage.

Écrit par : Athalie | 09/01/2016

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