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28/12/2015

L'égaré de Lisbonne, Bruno d'Halluin

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Attention, ceci n'est pas vraiment un récit de voyage, même si, à priori, il en a l'odeur alléchante (alléchée d'ailleurs, je le fus par Luocine). il s'agit plutôt d'un récit du retour du voyage, de la descente vers la désillusion, de la conquête, de la gloire. Le héros descend en trois paliers successifs, il se nomme Mestre Joao Faras.

Joao Faras est un nouveau converti ( ex-juif devenu chrétien, plus ou moins par la force des choses), il est un bien piètre médecin, et c'est au titre de cosmographe du roi du Portugal qu'il s'est retrouvé embarqué, plus ou moins de son plein gré, là aussi, sur le " Bate-cabelo". Le navire part voguer vers les terres lointaines dont le Portugal veut faire ses colonies. Sous les ordres de Dogos Diaz, la nef a pris  les traces de la première expédition de Vasco de Gama. La flotte est partie, fière et splendide, et l'armada a découvert Vera Crux. Mais pour l'équipage du "Bato-cabelo", ce sera le seul titre de gloire et le seul moment du rêve exotique caressé par de doux alizés et des femmes plantureuses.

La tempête aux abords du cap de Bonne Espérance disloque la flotte en un cauchemar dantesque qui longtemps hantera l'esprit de notre héros. Héros qui l'est fort peu d'ailleurs, sujet à un coriace mal de mer, il vomit bile et boyaux à longueur de vagues, lâche et pleutre, il rechigne à accomplir soins et lavements, Orgueilleux, il est la cible des moqueries de l'équipage.

Mestre Joao Faras est un homme peu sympathique, et n'attendez point de lui un acte altruiste et héroïque lorsque le navire se perd dans une mer jusqu'alors inconnue, s'égare en pays mauresque, puis navigue à vue pour le retour, le Mestre reste un mesquin observateur des malheurs qui jalonnent la route du navire.

Le voyage se révèle peu lucratif, le retour n'est pas des plus triomphal et Joao Faras reste bien le seul à se considérer comme un Mestre. Il retrouve femme et filles, mais il a perdu toute illusion et se délite dans les rancœurs d'un laissé pour compte de l'épopée maritime.

Sur la toile de fond de l'histoire se déploie la gloire du pays, politique, militaire, financière, mais notre petit personnage fait entendre un tout autre son de cloche, un avertissement à voir une réalité bien plus sordide. Les hommes qui partent et meurent en route, laissent un pays en proie à une paix fragile, et ceux qui en reviennent sont des gueules cassées qui ont payé le prix fort. Bien peu en retire gloire et fortune, plus d'un y laisse ses dents, sa femme, ses rêves ...

Joao Faras, puisqu'on l'a trahi, trahira à son tour, se détournera de la beauté des portulans, vendra jusqu'au secret du plus beau d'entre eux, le Padrao real, et finira par préférer l'effacement à une lutte vaine, et l'ombre de ses rêves laisse le goût amer des aventures perdues.

Plus qu'un roman historique, un roman sur la nostalgie et les ronds dans l'eau de l'Histoire.

 

23/12/2015

Mon top 100 à moi

5937932-tas-des-livres-ouverts-et-des-verres.jpgJ'avais dit à Ingamnnic que je ne le ferai pas, que j'aimais bien sa liste, mais moi, non, pas de top. 100, c'est trop, ou c'est pas assez, et puis, numéroter n'est pas mon truc, classer oui, mais à la manière du sieur Perec, à l’affectif qui se croit rationnel alors qu'il n'est qu'aléatoire de la mémoire.

Alors, parce que je suis parfaitement logique, j'ai commencé à lister, pour voir, de tête,  et puis, je me suis prise au jeu. Arrivée à 85, j'ai bloqué. Comme 85, c'est trop et c'est assez, j'ai commencé à déambuler devant mes rayonnages,  j'ai repris le crayon et avec l'aide de la rubrique des préférés, je suis arrivée à 100. Et puis, j'en ai rajouté un dernier parce qu'autrement, la liste, elle n'aurait pas été complète. (hommage à mon Pérec)

Pourquoi ceux là ? parce qu'ils me rappellent tous quelque chose ; une première émotion, un à bout de souffle, des taches de confiture sur les pages, des discussions sans fin avec mes amies A., voire même un excès ou deux de mauvaise foi, ou un excès ou deux de quelques verres de vin ... Un excès de blogs de lecture aussi, de belles, très belles découvertes, des sentiers où je n'aurais jamais déambulé, même la nuit, parfois, aussi, une nuit où tout le monde dort, et où  je lis, je lis, je lis ... des moments sur une certaine plage où mes enfants sautaient sur les rochers dont ils auraient pu tomber sans que je ne m'en aperçoive vraiment ...

Ma liste, elle est foutraque, pas classée, au fil de la plume, j'ai égrainé mes titres ...

Le livre de Dina, Wassmo.

Dalva, Jim  Morisson

Le rapport de Brodeck, Philippe Claudel

Le cœur cousu, Carole Martinez

La chorale des maitres boucher, Louise Erdrich

Nous étions les Mulvanney,  J.O Oates

De beaux lendemains, Russel Banks

Ma cousine Rachel, Daphné du Maurier

Thérèse Desqueyroux, François Mauriac

L'île du point Nemo, Jean Marie Blas de Robles

Jésus et Tito, Vélibor Colic

Une plage au pôle nord, Arnaud Dudek

Courir, Jean Echenoz

Comment les fourmis m'ont sauvé la vie, Lucie Nevaï

Là-haut vers le nord, Joseph Boyden

Chez les heureux du monde, Edith Wharton

Le soleil des Scorta, Laurent Gaudé

Le roi Lear, Shakespeare

Mille milliards de tapis de cheveux, Andréas Eschbarch

Emma Bovary, Flaubert

La série des "Angélique, marquise des anges" par les Golon, mari et femme ...

Retour à la terre, Larcenet

Le dîner de moules, Brigit Vanderbeke

Feu pâle, Nabokov

Plume, Henri Michaux

Lorenzaccio, Musset

La religion, Tim Willocks

Lonesome Dove, Larry Mcmurtry

La griffe du chien, Tom Winslow

La belle de Fontenay, J.P. Pouy

Tout Benaquista,

Le premier Dessaint que j'ai lu, mais je ne sais plus lequel c'était ....

Le père Goriot, Balzac

Le rouge et le noir, Stendhal

Nous cheminons entourés de fantômes aux fronts troués, J.F. Vilar

Les orpailleurs, Thierry Jonquet

La lectrice, Raymond Jean

Lourde lente, Hardellet

L'extravagant voyage du jeune et prodigieux T.S. Spivet, Reif Larsen

Magasin zinzin, F. Clément

Terre des oublis, Duong Thu Huong

Sur la plage de Chesil, Mac Ewan

La pluie avant qu'elle tombe, J. Coe

Tout Borges, ou presque

Au revoir là-haut, P. Lemaître

Ne tirez pas sur l'oiseau moqueur, Harper Lee

Les imposteurs, Fajardo

La brève et miraculeuse vie d'Oscar Wao, Junot Diaz

Elle danse dans le noir, René Frégni

Tess, Hardy

Les hauts de Hurlevent, Emily Brontë

Orgueil et préjugés, Jane Austen

Jane Eyre, Charlotte Brontë

W ou le souvenir d'enfance, Perec

Autant en emporte le vent, M. Mitchell

La jeune fille à la perle, T. Chevalier

Cent ans de solitude, Gabriel Garcia Marquez

Le nom de la rose, U. Ecco

Tout Vargas

Les liaisons dangereuses, Choderlos de Laclos

Le destin miraculeux d'Edgar Mint, Brady Udall

La route , Cormac (titre que j'ai détesté à un tel point que je ne pouvais pas ne pas  le mettre ...)

Le liseur B. Schlink

Le diable tout le temps, Pollock

Un pied au paradis, Ron Rash

La langue des papillons, Manuel Rivas

La belle écriture, Chirbes

Euréka street, R. Mcliam Wilson

En un monde parfait, L. Kasischke

Naissance d'un pont, Maylis de Kérangal

La femme en vert, Indridasson

Américan psycho, Bret Easten Elis

Il faut qu'on parle de Kévin, L. Shriver

L'étoile des mers, Joseph O'Connor

La place, Annie Ernaux

La classe de neige, E. Carrère

Les petits chevaux de Tarquinia, Duras

Grâce et dénuement, Alice Ferney

Dans les coulisses du musée, K. Atkinson

La servante écarlate, M. Atwood

Contrée indienne, Dorothy Mac Johnson

Faillir être flingué, Cécile Minard

Les sortilèges du cap Cod, R. Russo

Mai en automne, Chantal Creusot

Pobby et Dingam, Ben Rice

Un été sans les hommes, Siri Hustredt

Home, Toni Morisson

Les passagers anglais, Kneale

L'art de pleurer en choeur, Jepsen

Une saison à Venise, W. Odojewski

Le soulèvement des âmes, Smart Bell

L'équilibre du monde, Mystri

Je vais mourir cette nuit, F. Marias

Brooklin folies, P. Auster

Hyacinthe et Rose, F. Morel

 Voilà, normalement, ça fait 101 ....

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

20/12/2015

Avril enchanté, Elisabeth Van Arnim

Freesias-Luxury-Bouquet.jpgUn roman antidote à la triste "condition pavillonnaire", qui met en scène deux chrysalides qui vont devenir papillons. Foin de tout réalisme, il faut juste rentrer dans la danse, ici, on baigne dans les fleurs, l'amour de son prochain, et même celui de son mari, c'est dire ...

Il pleut sur Hampstead, une banlieue morne de Londres. Il pleut, il a plu, et il va continuer encore à pleuvoir. Pas un rayon de soleil d'avril en vue. Deux femmes, encore jeunes et qui pourraient même être jolies, si on les regardait un peu, se croisent dans un club. Toutes deux ont lu la même annonce dans le Times : " Particulier loue  petit château médiéval meublé au bord de la méditerranée", en Italie. Nos deux souris grises ne se connaissent pas, mais elles se reconnaissent,  elles sont aussi étriquées et vertueuses l'une que l'autre, et l'une comme l'autre ont terriblement envie de cette folie. Rose Arbuthnat et Lolly Wilkins vont se secouer la poussière et accomplir l'impensable, répondre à l'annonce et partir, quasi en cachette de maris indifférents ou/et acariâtres. Tandis que Lolly a des visions de bonheur, Rose a des scrupules, car Rose a des pauvres, et va devoir les priver de sa charité pour se faire plaisir. La notion de plaisir n'entrant pas dans la pratique normale de Rose, il va falloir toute la passion de Lotty pour qu'elle s'y laisse un tant soit peu aller.... Un peu raide encore dans la posture, quand même ...

Pour souci d'économie, elles vont s'adjoindre deux autres inconnues, sans trop prendre de précautions ; une vieille grincheuse victorienne, Miss Fisher, et une lady, trop belle pour être heureuse.

La comédia se jouera donc à huit mains dans le château de San Salvadore, le château du paradis, où les freesias poussent en dehors des magasins et des vases, où le soleil brille  en un avril bien plus caressant que prévu, les nuages jouent à saute moutons et, etc ...

Les frotti frotta entre les quatre locataires s'emparent des lieux, la vieille grincheuse grince des dents, la Lady s'enfonce dans son coin secret à elle, pour ne plus être admirée, gâtée, adulée, Rose se coltine la nostalgie du désir alors que Lotty cavale en pleine euphorie visionnaire. Et c'est elle qui emporte tout dans la magie de San Salvatore ....

Un livre où l'eau de rose est si rose qu'on ne peut avoir envie que de s'y délecter !

16/12/2015

La condition pavillonaire, Sophie Divry, ou le livre qu'il ne faut pas lire si vous avez des bouffées de chaleur, mais j'avais prévenu.

la condition pavillionaire,sophie divry,romans,romans françaisEn plus, de tout ce que j'ai dit précédemment, j'avoue que j'ai sursauté lorsque j'ai lu la première scène : une vieille femme dans sa cuisine, se tient les mains posées sur une nappe cirée et écoute le ronronnement de son frigidaire. Le regard s'y promène sur les magnets moches qui tiennent des cartes postales ringardes. Du coup, j'ai regardé mon frigidaire, à moi, avec mes magnets nulles, à moi. Coup de bol, il n'y a pas de cartes postales. En plus, l'auteure me tutoyant, je me suis sentie coupable de crime de banalité. Après un sursaut de fierté, je me suis résignée, d'abord, je n'ai pas de toile cirée, ensuite mes magnets, ce sont des œuvres d'art du kitsch ... C'est EXPRES qu'ils sont moches !

Deuxième sursaut, la vieille dame est désignée par deux initiales, M.A. Me dire que j'allais voir mon  Emma que j'aime d'amour pour toujours, reconvertie en une sorte de Marie Laure, j'en ai fermé le bouquin. Les magnets passent encore, mais qu'on me vautre Emma dans une cuisine en formica, pas question.

Et puis, j'y suis revenue. Et l'ai entamé ( et terminé !) le récit de cette vie plate comme les discussions de Charles et les trottoirs de Flaubert. Le récit d'un circuit ordinaire d'une vie qui commence entre papa, garagiste, et maman, qui met une blouse pour équeuter les haricots. C'est dire le côté bandant du truc. M.A. est leur espoir, ils la dorlotent, ils n'en ont fait qu'une ( c'est dire aussi le côté bandant du truc, Jérôme, tu arrêtes les "mardi c'est permis" avec ce bouquin, je te le jure, ou alors faut être pervers .... ) pour pouvoir lui "donner de quoi", de quoi faire des études, de quoi monter un peu plus haut qu'eux.. M.A. les aime, puis adolescente, se rebelle,  tout en suivant le chemin tracé et en rêvant d'un avenir moins confiné, en cinémascope, avec prince charmant et cocotiers. M.A a des rêves en kit préfabriqué dans le pavillon étroit de sa condition.

Étudiante, elle "profite" de cette parenthèse, l'aboutissement de ses rêves, se donne à un amant espagnol, puis, tombe amoureuse d'un comme elle, finalement, et se marie avec lui, ils vont réaliser leurs ambitions, faire des enfants et les élever dans une maison à eux, lassitude, routine, les repas entre amis, le mari qui rentre de son travail, tard, fatigué ...M.A. prend un amant, tente le yoga à la place quand il l'a laissée tomber pour sa femme et son plan de carrière, se tape une dépression puis vieillie, abandonne, et la voilà dans sa cuisine, avec sa toile cirée et son frigidaire. Toujours sa vie aura eu le goût du vécu par avance, toujours un passage pour un après qui serait meilleur que le présent, et puis, l'après, ben c'est pareil et puis après, y'en a plus d'après. C'est trop tard.

Déprimant ? oui, un peu quand même si on se laisse prendre au je du "Tu" et de l'identification qu'il permet, Caricatural ? oui, un peu quand même, tant est droite cette ligne droite qui se mord la queue en un cycle final. M.A. est un poil trop lisse, un poil trop programmée pour une démonstration critique taillée à sa mesure. Les scènes se succèdent comme le temps passe, à la vitesse des appareils électro ménager qui se substituent les uns aux autres, de la première T.V. couleur à l'écran plasma plat.

Un roman fort bien écrit par ailleurs, que j'ai eu fort peu de plaisir à lire, il colle un peu au fond de la casserole et peut même coller le bourdon.

PS : Jérôme ? T'es toujours là ?

 

14/12/2015

Effet d'annonce, première !

Pour une fois, j'annonce la proche note, enfin, je préviens plutôt de ne pas lire ma prochaine note qui parlera d'un titre qu'il ne faut pas lire quand :

  • le ciel est bas et lourd et pèse genre couvercle de bruine en fonte,
  • vous avez tendance à penser que finalement, votre vraie vie, elle est plutôt derrière vous, vu que depuis quelques temps,  des bouffées de chaleur vous jettent sous la douche à des heures indues,
  • et que l'homme que vous avez épousé, svelte et plein d'allant, ronfle sans se rendre compte que vous faites des aller retour entre la salle de bain et votre lit commun depuis déjà un certain temps ( d'ailleurs, il n'y a même plus de serviettes de toilettes sèches, du coup, vous allez en chercher dans la chambre d'un ado à vous)
  • et l'ado ronfle aussi, moins fort, mais il ronfle. En plus, la seule serviette sur laquelle vous arrivez à mettre la main est sous vos pieds, sur le plancher, et humide,
  • votre homme, quand il ne ronfle pas, est assureur de son métier, ou toute autre occupation qui inclut le port quotidien d'un costume et d'une chemise, et des horaires de retour à heures fixes, mais trop tardives pour qu'il puisse mettre son costume de magicien ( du ménage, du baby sitter, du roi de la bricole ...)
  • vous habitez dans un pavillon, genre moyen de gamme de lotissement des années quatre vingt, sans vice de forme, mais avec crédit en cours,
  • vous venez d'être licenciée d'un poste à responsabilités, même si c'était de toutes petites responsabilités,
  • Vous venez d'être plaquée par votre amant qui préfère sa femme et son plan de carrière,
  • vous comptez vous mettre au yoga ou vous engager dans une occupation type humanitaire ou caritative,
  • vous détestez être tutoyée dans un bouquin qui vous parle d'une vie qui aurait pu être la vôtre, en beaucoup plus moche,
  • et si vous pensez qu'Emma, la Bovary, elle avait drôlement raison de rêver plus fort que son statut social le lui permettait
  • et que Sissi l'impératrice est votre modèle depuis que Romy a secoué ses couettes sur l'écran de votre enfance.

 

12/12/2015

La soeur, Sandor Marai

la soeur,sandor marai,romans,romans hongrois,déceptionsAprès avoir été éblouie par "Les braises", et surtout, surtout, par  "L'héritage d'Esther", puis un peu déçue par "L'étrangère", je me suis dit, que, quand même, un petit opus du grand Marai, ça passerait tout seul. Sans compter qu'il m'attendait depuis des lustres sur mon étagère des pas encore lus, comme un petit sucre d'orge de la nostalgie perdue de la splendeur lente des temps qui qui ne sont plus que fantômes des sentiments à jamais éteints ( et encore ... j'en passe ...)

Que neni ! Je dois l'avouer, je l'ai lâchement abandonné à son sort "le pianiste hongrois hospitalisé à Florence d'un mal mystérieux" (dixit la quatrième de couverture), je l'ai laissé dans les mains de son médecin, même pas capable d'un peu de compassion pour "l'artiste impuissant", incapable du "don de soi" (toujours selon la quatrième). Don de soi, je ne sais pas, mais moi, je n'ai pas réussi à lui donner grand chose, en tout cas. Il m'a agacé le virtuose à se regarder le nombril, tellement alangui de son propre ennui qu'il me l'a refilé, l'ennui, le bougre ! 

En plus, il ne voit même pas Florence, vu qu'il tombe dès le premier soir sur la scène de son magistral premier concert, dont il ne raconte rien non plus, vu que le mal mystérieux lui rongeait déjà les neurones. Et moi, j'aime bien lire Florence ( voir l'éblouissant "Vue sur l'Arno") Et voilà, on m'en prive. Et à la place, on me colle dans une salle d’hôpital, face à face avec un médecin qui répète que le mal va être vaincu, que c'est long, mais qu'il n'y a pas de raison. Je suppose que le médecin est resté avec le virtuose jusqu'au bout mais, lui, il était obligé. 

Deuxième mensonge de la quatrième, après Florence, l'histoire de "la relation passionnelle entretenue avec une femme mariée". La femme en question se limite à une initiale, Z. (on ne ricane pas, la dernière lettre de l'alphabet pour un amour impossible, le traducteur a dérapé ou quoi ?) n'avait toujours aucune existence romanesque  à la page 192 (sur 278). C'était pas la peine d'en faire un parc d'attraction, et je me suis dit que ce n'était pas en à peine cent pages, même écrites serrées, qu'elle allait surgir, telle Sissi revenue de ses cendres, pour lui secouer un peu la pulpe neuronale à l'artiste narcissique.

Voilà, faudrait pas faire prendre la nostalgie de mort à Venise pour un canard sauvage.

Et j'ai refermé le livre avant d'être contaminée de rejet définitif de Sandor Marai, je ne voudrais quand même pas en arriver à ce stade terminal. En fait, je me dit que c'est la faute à la quatrième ..., et je retiens quand même le même auteur pour une lecture future. Peut-être bien "La conversation de Balzano", un Casanova à la sauce Marai, c'est quand même tentant ... ou alors ce titre noté chez Sandrine, La nuit du bucher, qui a l'air un peu moins languissant.

09/12/2015

Les adieux à la reine, Chantal Thomas

les adieux à la reine,chantal thomas,romans,romans françaisDans une Vienne d'exilés, Agathe-Sidonie Laborde fête ses 65 ans, en 1810. Elle réside en Autriche depuis les débuts de la révolution française, en cette petite communauté vieillissante d'aristos qui ont connu leur heure de gloire sous l'ancien régime. Pour la narratrice, ce fut une toute petite heure de gloire , et en cette soirée languissante, elle revient sur ses souvenirs de sa petite fonction à la cour, elle y fut lectrice adjointe de la reine, la Marie Antoinette. "Une toute petite fonction", précise-t-elle, " rendue encore mince par le peu de goût de la reine pour la lecture". Agathe Sidonie, petite souris grise invisible, a résidé onze ans à Versailles; dans "ce pays-ci", disait-on, dont on ne voyait pas qu'il était séparé de l'autre, le vrai, par le luxe, les caprices et la lenteur du temps était découpé en tranches de visites, essayages, bavardages et protocolaires attitudes. Elle passera donc onze ans à attendre, dans sa petite chambre jaune, loin des grandes affaires du monde, que la reine daigne avoir envie de lire. Ce fut pour elle quelques moments fugaces d'éblouissement pour cette femme qui la fascine, d'emblée, sans que l'on ne sache trop pourquoi d'ailleurs, car le portrait qui en est fait, s'il est admiratif, ne dépeint pas une Marie Antoinette brillant particulièrement par l'éclat de son savoir ou de son intelligence, ce serait même plutôt l'inverse ... Futile, sentimentale, capricieuse, orgueilleuse, elle s'aime beaucoup, presque qu'autant qu'elle aime  Gabrielle Polignac, l'amie tant détestée hors du petit cercle de la cour.

Lorsque les derniers jours de la révolution commencent à se faire entendre au palais, c'est d'abord l'aveuglement politique qui domine. Ainsi, Marie Antoinette pense qu'un changement de  régime est impossible, car raisonne-t-elle, comment le peuple pourrait-il obéir à un roi qu'il n'aurait pas connu tout petit ? Soit, la vision est de courte vue, mais logique, dans la logique du personnage, en tout cas ... Les scènes les plus réussies dans ce roman sont celles ou les courtisans commençant à comprendre qu'il va falloir arrêter de courtisaner, et sont secoués d'une panique qui les pousse à la fuite. Au moment de sauter vers un inconnu qui les foudroie, l'un presse dans ses bras une horloge incrustée de saphirs, l'autre abandonne dans un soupir le porte parapluie en porcelaine de Sèvres ... Va falloir y aller avant que les murs ne s'effondreent, et c'est sauve qui peut sa peau !

Agathe Sidonie, rentrée par la petite porte, en sortira de même, un peu quand même frappée par une grâce indirecte et à jamais nostalgique de celle qui, jamais, ne lui jeta un vrai regard.

Le charme de ce roman, où l'on apprend guère d'éléments nouveaux ni sur le personnage de la reine, ni sur le politique qui se met en marche, est de rester dans les limites de ce regard d'une obscure à la cour, pas de fresque, ni de reconstitution, mais des à-côtés, un amoureux de la reine, un écrivaillon, quelques bruissements de robes et ces quelques premiers moments où la révolution pointe son nez pas poudré dans le luxueux poulailler des privilégiés ...

A picoler en flânant ! Et à l'occasion, j'ai découvert ce blog ! je n'ai pas encore tout exploré, mais il y a des trucs qui me font rire ...

 

06/12/2015

Le livre des Baltimore , Joël Dicker. Episode 2 : Drame, secret de famille et etc ...

Baltimore_IH_Fireworks.jpg

A la fin de l'épisode 1, le suspens était ( à son comble ...) amoureux, mais pour être honnête, ce n'est pas exactement dans cet ordre que le livre est construit. En effet, pour résoudre le malentendu avec la princesse Alexandra (je rappelle que le chien, c'est Luke, pour les étourdies qui se perdent en route), le Marcus doit repartir en enfance, dans la sienne, celle d'Alexandra et celle du clan Goldman, c'est là que gisent les origines du Drame ... La dimension sociale du roman (on pouffe !) est binaire, d'un côté les riches Goldman, de l'autre, les autres Goldman qui portent beaucoup moins bien leur nom de famille, lui et ses parents.

Marcus a divinisé les Goldman de Baltimore ; son oncle Saul, avocat d'affaire invaincu, sa femme, Anita, si belle et si généreuse, son cousin, Hillel, futur prix Nobel, même si, avant l'arrivée de son alter égo, Woody, Hillel fait plutôt piètre figure dans le rôle de l' incompris-insoumis ( comprendre : trop intelligent pour ces andouilles de profs standardisés). Woody, au départ, est un futur délinquant en puissance, mais recueilli par la baguette magique des Goldman, il se métamorphose en grenouille ( non, là c'est pour rire ...). Woody, c'est les jambes et les muscles, Hillel le cerveau ( comme on a les riches et les pauvres, le chien et la princesse) et Marcus fait la troisième roue du clan Baltimore, les trois cousins soudés à la vie à la mort. Marcus ne peut vivre sans eux, leur bonheur, leur richesse, leur voiture, leur grande maison, la principale et les secondaires, leurs piscines, leurs milices privées ( c'est moi qui rajoute là, parce que les Baltimore n'ont même pas besoin de milices privées, leur bonheur les protège de toute réalité dégradante ...)

Sauf que, il y a le Drame, celui qui a fait que l'oncle Saul est devenu vendeur dans une supérette (mais est resté digne, même s'il ne porte plus de cravates, ce qui n'est pas sans chagriner Marcus, devenu adulte et riche, mais toujours aussi affectueux avec son tonton), et que Tante Anita, Hillel et Woody se sont volatilisés dans la stratosphère. C'est le côté anti Walt Disney du roman.

Comme l'auteur n'est pas bête, et le lecteur non plus, ils sont d'accord tous les deux sur le fait que le Drame ne sera dévoilé qu'à la fin, sinon, on ne se taperait pas tout le roman, les tableaux familiaux, les épopées enfantines, les premiers émois amoureux ... Il a d'ailleurs des moments assez drôles, dans le genre burlesque, le tout baignant quand même dans un sirop de bons sentiments rose bonbon. Les dialogues sont toujours aussi naïfs et niais que dans La vérité sur l'affaire ... Mais, la bonne idée est qu'ils sont rares. D'ailleurs, la bonne idée est que, bien que communiquant des heures par téléphone dans leur période amoureuse, Marcus et Alexandra y restent le plus souvent silencieux, ce qui nous en évite pas mal, déjà. (on peut d'ailleurs soupçonner l'auteur, du coup, d'avoir tenu compte des critiques émises sur L'Affaire, ce qui nous laisse présager que le prochain sera muet ?). pour le côté triller, comment dire ... ? Mou de l'intrigue  ? Il y a bien quelques palpitations finales, mais dans l'ensemble, les clichés dramatiques et les grosses ficelles n'emportent guère le lecteur hors de ses chaussons. Le mot Drame, sans cesse écrit avec une majuscule, n'ajoute pas une once de frissons, et en plus, on ne sait même pas ce que devient le chien ....

 

03/12/2015

Le livre des Baltimore , Joël Dicker. Episode 1 : amour, gloire, etc

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Quand mon homme m'a offert ce titre, j'ai dit: "Tiens, c'est une bonne idée !" Et franchement, je le pensais. Une bonne idée dans le sens, où, jamais, de ma propre initiative, je n'aurais acheté ce second titre de Joël Dicker, même si j'avais adoré me faire promener par la vérité sur l'affaire que l'on sait .... (je sais, vous pouvez me jeter des boules de Noël ...) mais ce n'est pas une raison pour insister , quand même ...

Après lecture, je n'ai pas changé d'avis. Jamais je n'aurais acheté ce titre. D'ailleurs, à vrai dire, je ne sais même pas trop ce que j'ai lu ; une parodie de roman à l'eau de rose ? Un roman des origines familiales qui aurait mal tourné à la sauce fraternité qui se termine en eau de boudin ? parce que n'est quand même pas vraiment possible que l'auteur se prenne vraiment au sérieux (si ? Alors, Ok, balancez les boules de Noël ...)

 Côté eau de rose, on est dans le sirupeux people. On entend même les violons de "Amour, gloire et beauté" (je suis certaine qu'il y en a, j'ai vu un extrait du feuilleton dans "Asphalte" ...). Le bel et jeune et riche écrivain à succès, Marcus Goldman (plus ou moins le même que celui de l'Affaire, sauf qu'il a changé de mère, ce qui est un tort, la première était beaucoup plus drôle que celle qu'il a maintenant), retrouve par le hasard d'un achat d'une villa en Floride, et d'un chien fugueur et tenace (genre Lassie chien fidèle qui se serait mélangé les pinceaux entre Belle et Sébastien, l'andouille. En plus, il s’appelle Luke, du coup, j'ai pensé à Rantanplan, c'est vous dire le bazar ...), retrouve donc, son amour de jeunesse, Alexandra (on ne pouffe pas, dans Walt Disney, c'est presque pareil, sauf qu'il y a une grenouille en plus !). Il l'avait plaquée à cause du Drame (celui avec un D, dont je parlerai dans le deuxième épisode de ma note), et que depuis, elle est devenue l'idôle de la chanson américaine. Entre souvenirs torrides, regrets et rancœurs, silences éloquents, floutés glamour et flash-back, ces deux tourtereaux sauront-ils se retrouver et s'apaiser ?

Fin du premier épisode. ça vous apprendra à rigoler des amours enfantines ....