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19/01/2016

Séraphine, Françoise Cloarec

medium_SERAPHINE_DE_SENLIS_02_SEPIA.jpgVoilà un titre qui m'a déçu, non pas qu'il soit décevant, c'est juste que je l'avais pris pour un roman, et que c'est un essai, enfin, une monographie, un biopic, un hommage ? En tout cas, pas ce que je pensais qu'il était, c'est-à-dire une biographie romancée de l'histoire singulière de Séraphine de Senlis, bonne à tout faire et peintre. J'attendais une sorte de reconstitution, un récit qui aurait bouché mes trous, et que je suis restée avec mes trous. Moins quand même, parce que je partais avec un trou de taille, j'ignorais absolument tout de l'histoire de Séraphine, je ne savais même pas qu'elle avait existé en vrai ( je sais, il y a un film avec Yolande Moreau, mais non seulement je ne l'ai pas vu, mais en plus, je ne savais pas que ça parlait de la même). Pour combler le tout, mes connaissances sur l'art brut se limitent à quelques tableaux du Douanier Rousseau. Je sais que l'on dit aussi art naïf, ou art des primitifs modernes, et voilà. Maigre bagage.

La première interrogation posée dans le livre ( qui en pose plus qu'il n'y répond, mais ça, je ne le savais pas au départ, évidemment) est de savoir si Séraphine porte un prénom prédestiné. Le coup de la prédestination des prénoms, pour une psychologue ( ce qu'est l'auteure), je me suis dit que cela ne faisait pas très sérieux, et moi, ça me hérisse le poil, le côté toc du mysticisme ; séraphine, séraphin, donc des anges, sauf que Séraphine peint des fleurs. je me suis dit que l'auteur avait abusé du Lacan, mais non finalement, la prédestination, elle l'écarte. Ouf.

Françoise Cloarec s'attache donc au mystère Joséphine par d'autres angles. Comment une femme inculte, solitaire, sans doute un peu limitée aussi dans sa croyance immodérée dans les pouvoirs de la saint Vierge a-t-elle pu se mettre à peindre ces étranges et sublimes tableaux ? A rependre sans filet et sans connaissances ces fleurs et feuilles colorées sur tous les supports passant à la portée de ses pinceaux enduits de ripolin ? A rester une bonne à tout faire le jour, et se sublimer en peintre la nuit ?

On peut prendre l'hypothèse mystique. Séraphine a entendu la voix d'un ange lui dire de se mettre à peindre, et elle aurait obéi. L'auteure la rejette rapidement. C'est la raison donnée par Séraphine, mais elle n'est pas recevable, ouf. Vient l'hypothèse d'un don spontané. Là encore, l'auteure l'écarte et rappelle à plusieurs reprises que Séraphine a inventé sa technique, qu'elle a commencé par de petits formats, des nature mortes maladroites, puis a évolué. C'est donc qu' il y a eu travail, même en autodidacte. Le talent, le génie (les deux mots sont d'ailleurs soigneusement évités) ne lui sont pas tombés tout droit sur la palette. Reste l'hypothèse de la folie créatrice. Facilité que l'auteure évite encore. La folie ne crée pas, elle détruit. D'ailleurs, elle fait remarquer que la peinture a cessé quand la folie a envahi la peintre, comme Camille Claudel a cessé de sculpter une fois enfermée à l'asile, les deux femmes sont d'ailleurs contemporaines, même si leur enfermement n'a pas les mêmes causes ( fichu Paul, quand même ...).

Ce qui fait que, finalement, il n'y a pas d'explications à l'explosion de couleurs sur les tableaux de Séraphine, à leur composition en vitraux du Moyen Age, aux fleurs exubérantes qui ressemblent à des plumes de paon couvrant l'espace de ces toiles, remplissant le vide de l'espace d'une hypertrophie de formes enchevêtrées.

Alors quoi ? Reste une domestique un peu fantasque, prise d'une crise de peinture comme d'une atypique logorrhée, remarquée par un amateur d'art allemand, Wilhem Uhde, qui l'encouragea, lui permis d'accéder à une certaine notoriété, puis, la chute, l'internement, la mort et la fosse commune.

L'auteure l'aime bien sa Séraphine, elle la connait très bien, mais ne nous en donne que des morceaux. Elle nous la fait voir, cheveux teints aux henné, jupes noires poussiéreuse, arpentant les rues de Senlis, mais, et c'est sans doute la limite de l'essai sur le roman, elle m'est restée une silhouette, sans vibrations.

Commentaires

le film lui avait donné une seconde vie et donc un expo à Paris , ses tableaux sont très beaux et très vivants . C'est vraiment une énigme et un grand gâchis, cette femme aurait dû pouvoir peindre toute sa vie, mais la misère l'a rattrapée.

Écrit par : luocine | 20/01/2016

Le souci du livre, même si il est très bien écrit, est qu'il ne s'attaque pas à cette énigme, justement. Il la convoque, ce qui est déjà pas mal. En tout cas, il m'a donné envie de voir le film, j'ai regardé la bande annonce, je me demande du coup, s'il n'en dit pas plus. Mais c'est ma fibre romanesque qui parle.

Écrit par : Athalie | 21/01/2016

J'ai trouvé cette biographie certes plaisante mais aussi assez "légère", presque superficielle, car, comme tu le relèves, elle laisse beaucoup des zones d'ombre, elle ne fait qu'effleurer la complexité du personnage. Car on sait finalement peu de chose de Séraphine, et cette biographie manque un peu d'étoffe, Séraphine restant insaisissable...

Écrit par : BlueGrey | 20/01/2016

Exactement ! je n'aurais pas dit mieux, tu résumes très bien mon impression, en quelques mots alors que j'ai mis trois plombes à écrire cette note et que mes pauvres lecteurs, si ils sont allés jusqu'au bout, ont dû peiner aussi ! bref, reviens quand tu veux en ces pages ... Mais tu pourrais laisser un lien pour que j'aille voir les tiennes d'impressions ?

Écrit par : Athalie | 21/01/2016

Tu t'attendais à autre chose et certainement à beaucoup mieux. Ce genre de déception arrive, malheureusement. Tu te rattraperas peut-être bientôt avec un petit Gallmeister, non ?

Écrit par : jerome | 21/01/2016

Ben oui, je me suis laisser tenter par le sujet, les livres sur la peinture, c'est mon point faible ... j'en ai d'ailleurs découvert quelques uns chez toi, dont l'excellent titre sur Courbet, et un titre de Goby sur le rapport entre elle et la photo (mais depuis, Goby m'a refroidi ....). Au passage, je te recommande "le petit livre des couleurs" de Pastoureau, passionnant !
Et comme je n'ai pas de Gallmeister sous la main, il faut que ma prochaine note soit westernienne et totalement inversée par rapport à celle-ci, de l'incrédulité au pur bonheur (je parle de "Josey Wales hors la loi" ...)

Écrit par : Athalie | 21/01/2016

J'ai vu et beaucoup aimé le film, Yolande Moreau y est excellente !

Écrit par : manU | 23/01/2016

je n'en doute pas, et suis décidé à le voir, ce film maintenant. Le personnage m'a touché à défaut du livre qui ne m'a pas vraiment convaincue.

Écrit par : Athalie | 23/01/2016

Les commentaires sont fermés.