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04/02/2016

L'analphabète, Ruth Rendell

l'analphabète,ruth rendell,romans,romans policiers,romans angleterreAvoir vu, voire revu "la cérémonie" de Chabrol, ce film aussi magistral que le meilleur des thrillers bourgeois du maître es-psycho des entrailles mouchetées (je pense à "Que la bête meure" ou "Le boucher"), avoir, la première fois, sursauté d'horreur, avoir accroché son fauteuil, glacée d'effroi, lors de la scène du crime, ne gêne en rien le plaisir de lire ce roman dont Chabrol s'inspira ...

Les deux œuvres se complètent en réalité, car là Chabrol ne dévoile que petit à petit l'origine du mystère de Sophie, Ruth Rendell en fait sa première phrase : "C'est parce qu'elle ne savait ni lire ni écrire qu'Eunice Parchman tua les Coverdale". Du moins quatre d'entre eux. Georges en premier, le père, distingué, prévenant, profondément amoureux de sa femme, Jacqueline, si belle, si soignée, si élégante, grande connaisseuse d'opéra. Ils forment une sorte de couple idéal, brillants, humanistes, souples et ouverts d'esprit, profondement snobs sans même le savoir et rigides, clos dans les valeurs implicites de leur classe sociale.

Ce soir de folie là, Eunice et sa complice firent aussi feu sur les deux adolescents : Mélinda, belle comme les blés, étudiante et amoureuse, aussi libérale et libérée qu'un poisson rouge dans son bocal. Et enfin, elles tuèrent Gil, sombre jeune homme torturé, mystique et boutonneux comme peut l'être un fils de bonne famille tracassé par ses hormones.

Ruth Rendell analyse, là où Chabrol ne laissait rien paraître trop tôt, les étapes de la haine entre la domestique, analphabète, paranoïaque, hermétique à tous sentiments, enfermée dans son incapacité d'empathie, sauf pour les jolies objets qui entourent ses patrons et les séries télévisées dont elle se gave, et eux, les bourgeois intellos qui se piquent d'elle comme d'une bouée de sauvetage contre la poussière.

De tensions en incompréhensions, la victime se fera vengeance d'un crime qu'ils n'avaient pas vraiment commis, celui du mépris qu'elle s'était imaginé, vengeance glacée comme une plongée dans les eaux troubles, dans la mare des ressentiments qui n'avaient jamais trouvé de porte de sortie.

Merci à Ingannmic de m'avoir refait penser à lire ce titre depuis si longtemps noté.

Commentaires

Je fais partie des (rares) personnes qui n'aiment pas du tout les films de Chabrol. Et je suis certaine qu'il a trahi le roman . Que je ne lirai pas tant je trouve cette histoire terrible.

Écrit par : luocine | 04/02/2016

Un brin de mauvaise humeur Luocine ? Non, je ne trouve pas que Chabrol a pas trahi le roman, il le prolonge en quelque sorte ... Et oui, l'histoire est terrible mais le plus terrible n'est pas le meurtre en fait, vu qu'il est annoncé au départ, mais ce qui y conduit !

Écrit par : Athalie | 04/02/2016

Vu le film (deux fois!) mais pas lu le livre...

Écrit par : keisha | 05/02/2016

Franchement, si tu as aimé le film, ( ce que je suppose, puisque tu l'as vu deux fois), c'est une lecture qui s'y imbrique complètement, elle renverse les perspectives, et ça, je trouve que c'est super intéressant. C'est un peu comme quand tu as vu "les diaboliques" de Clouzot une dizaine de fois, ce qui est mon cas, et que tu lis le Boileau et Narcejac, tu sursautes aussi, mais pas au même moment ! E ça, c'est génial !

Écrit par : Athalie | 06/02/2016

Ravie de voir que tu as aimé ce titre... je (re)découvre peu à peu Ruth Rendell, et apprécie de plus en plus sa façon de mettre en scène les relations entre ses personnages.

Écrit par : ingannmic | 06/02/2016

Merci à toi de me l'avoir remis en mémoire ! je me souviens d'avoir beaucoup aimé cette auteure, il faudrait moi aussi que je la redécouvre ... Je n'ose te proposer une autre série de relectures après notre série avec Mauriac qui a connu un tel succès ^-^ que dans le genre, on pourrait être dans les annales du loose de la blogosphère ... Dirait Galéa. Mais quand même, qu'en dirais-tu ?

Écrit par : Athalie | 06/02/2016

J'avais lu le roman bien avant de voir le film et le film m'avait un peu déçue d'autant que je n'apprécie pas (à leur juste valeur sans doute...) Bonnaire et Huppert !
Le roman m'avait glacée et j'en avais jugé l'écriture très singulière qui gratte un peu l'os : une anglaise'' noire'' qui se démarque de son aînée, démarquait puisqu'elle nous a quittés en 2015 !
Je retourne à ces fourmis qui lui ont sauvé la vie ...

Écrit par : A.P | 06/02/2016

Ce film c'est un des chefs d'oeuvre de Chabrol, pour moi, en tout cas ... et Huppert et Bonnaire sont justes extraordinaires en couple infernal. Du coup, le roman m'a moins glacée, mais c'est du très bon, qui gratte à l'os, comme tu le dis, j'adore ... je sors de "mémories of murder", génial ! Le même réalisateur que "The host", en encore plus trash !!! J'espère que les fourmis auront pas peau (de lectrice). Bises.

Écrit par : Athalie | 07/02/2016

Je n'aime pas tous les films de Chabrol mais celui-ci oui. Par contre, je n'ai encore jamais lu de livres de Ruth Rendell dont deux livres dorment pourtant dans ma PAL...

Écrit par : manU | 07/02/2016

Je n'aime pas tout non plus, loin de là, je n'ai d'ailleurs pas vu toute sa filmographie, j'ai une préférence pour sa tendance "tueur de la bourgeoisie" ... Même quand c'est plus en douceur que dans ce film ! Pour Ruth Rendell, j'en reprendrai bien quelques titres !

Écrit par : Athalie | 07/02/2016

Après avoir vu la cérémonie, j'ai acheté ce livre... toujours pas lu, merci à toi de me faire penser à le ressortir !

Écrit par : maggie | 08/02/2016

Bienvenue en ces pages ! Moi aussi, il m'a fallu plusieurs rappels pour que je pense à le lire, alors qu'il est passionnant et qu'il se lit très rapidement !

Écrit par : Athalie | 09/02/2016

Les commentaires sont fermés.