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27/02/2016

Envoyée spéciale, Jean Echenoz

echenoz,envoyée spéciale,romans,romans français,pépites"Constante étant oisive, on va lui trouver de quoi s'occuper", annonce le quatrième de couverture. Constance, c'est l'envoyée spéciale qu'Echenoz fait kidnapper à Paris, captée par le regard d'un bel inconnu, et qu'il envoie dans la Creuse pour un traitement spécial en compagnie de deux gardes du corps peu efficaces, deux Laurel ou deux Hardy ... Fin fond de la Creuse où l'on apprend, d'ailleurs, que les éléphants ont un rapport particulier avec les attroupements de papillons en Corée du nord. La dite Corée du nord, où notre auteur, manipulateur en grande forme, envoie la dite Constance, consentante, cette fois, manipuler à son corps pas défendant, un play boy futur ex ministre, dans une dictature clinquante de jet set absurde  ...

De l'intrigue, voilà tout ce que je peux dire ... Parce qu'après tout, l'intrigue, il en fait ce qu'il veut, le marabout de ficelle échenozien, porté ici à un de ses plus haut degré d'excellence (on est dans l'Echenoz des "Grandes blondes" de "Lac" ou du "Au piano", c'est dire ...). Un marabout ciselé, attention, un rubis cube indécricotable ... Vous pensiez roman d'espionnage, oui, peut-être, mais vous enclenchez l'éolienne à l'envers, et vous voilà justement, à l'endroit, vous pariez sur une nouvelle facette  du  syndrome de Stockholm et il vous file entre les doigts comme un pétard mouillé. C'est en looping que vous atterrissez au Corée du nord, ayant récupéré au passage les deux Laurel, toujours parfaitement inutiles, ( mais, c'est comme les éléphants et les papillons de la Creuse, on ne sait jamais à quel moment le puzzle retrouvera sa pièce manquante, inutile et parfaitement nécessaire, par conséquent)

Rien ne ralentit la machine, ni les clins d'oeil, ni les vraies fausses digressions, ni les commentaires, mi ironiques, mi désabusés du narrateur omniscient qui s'en donne à cœur joie, le seul qui tienne les rênes. Les personnages, eux, n'en mènent pas large, malmenés par les tribulations dans lesquelles l'auteur les laisse se dépatouiller avant de les rattraper du coin du crayon, pour les sortir (ou pas), d'une zone interdite truffée d'oiseaux moqueurs ...

Le lecteur, lui, jubile toujours.

Un lecture commune avec Philisine Cave et Bernhard

20/02/2016

L'intérêt de l'enfant, Ian McEwan

l'intérêt de l'enfant,ian mac ewan,romans,romans angleterreFiona Maye a presque soixante ans. Ce presque qui fait trembloter la plupart des femmes, l'indiffère. Magistrate spécialiste du droit des familles, on dit d'elle qu'elle est encore belle, mais froide, distante. Sauf quand elle chante. Dans son grand appartement chic et sans enfant, Fiona travaille.

Elle a un mari, un bel homme qui a bien vieilli à ses côtés, un brillant universitaire, un fin lettré, mais qui lui indique aussi, fort peu finement, qu'il commence à en avoir assez de leur grand lit froid et qu'il aurait bien se réchauffer ailleurs, se carapater avec une plus jeunette qui aurait davantage le goût de la gaudriole. Fiona, face au vide qui s'ouvre devant elle ne vacille point sur ses haut talons ni sur son piédestal, et c'est d'une main sûre qu'elle commence sa partie d'échec avec lui, tout en continuant à feuilleter le dossier en cours d'une main ferme.

L'affaire concerne un jeune homme de presque dix huit ans, et ce presque a lui aussi beaucoup d'importance. Il est atteint d'une leucémie, pour survivre il lui faut une transfusion en urgence. Ses parents s'y opposent et lui aussi. Commence la deuxième partie d'échec de Fiona.

Les parents d'Adam sont témoins de Jéhovah. Dans cette foi, ils ont trouvé la rédemption. Ils ont élevé leur fils dans ces certitudes et Adam est d'accord pour mourir. Son intérêt est d'être fidèle à ce en quoi il croit, et ses parents sont d'accord. A coup d'une plume sèche et quasi juridique, MCEwan expose le cas. Ce sont là gens de foi, d'une autre que celle de Fiona, qui décide alors de connaître Adam.

Et le jeune homme qu'elle découvre est loin d'être un fanatique obtus. Poète, violoncelliste, il est beau comme la jeunesse peut être belle. Mature, il ne plie ni ne rompt. Le roman vacille alors en un duo inattendu entre le musicien et la chanteuse, entre la loi et la foi. La magistrate y perdra quelque peu pied et aussi de vue une certaine forme de rigidité et de loyauté. Jusqu'au bout du roman, Adam sera son étrange faille ..

Deux parties d'échec et un remarquable roman sur la responsabilité, le choix et la culpabilité, sur ce qui échappe aussi, lorsque l'on se donne à suivre une seule ligne droite. Religion et justice ne sont ici que des prétextes à une expérience intime. En effet, l'écriture suit Fiona de près et ne lâche pas ses moindres tremblements. Elle a la musique, il avait la foi, deux élans en dehors de la raison. Et si Jack cherche son nouvel élan à lui du côté de la nouveauté, pour Fiona et Adam, le choix de la fidélité et finalement, de la sincérité, a des conséquences dérangeantes et glacées. 

On peut vaciller avec eux, car McEwan nous pose là sans sentiments cette simple question : et si à la fin de son histoire, on réalisait qu'on n'avait rien compris, qu'on avait jugé, décidé,  mais que l'on n'avait rien compris ? On fait quoi ? semblant d'avoir gagné ? On retourne dans un appartement froid comme un lit non nuptial ? Et on tourne la dernière page ?

 

18/02/2016

Mauvaise étoile, R.J. Ellory

mauvaise étoile,r.j. ellory,romans,romans angleterre,romans policiersDeux demi frères partent dans la vie avec un sacré poids de poisse crasse dans la tête. Chacun en a peu près la même dose. Le père du plus âgé, Elliot, dit Digger, a filé dans l'inconnu avant même de l'avoir vu. Le père du plus jeune, Clarence, dit Clay, vient de tuer leur mère commune, vingt cinq ans de vie poisseuse aussi à elle toute seule. Juste après ce meurtre, il s'est fait descendre en voulant dévaliser une boutique d’alcool.

En héritage, ils ont leur nom de famille, Luckman, qui ne pourrait être plus mal porté, on l'avouera. Quinze ans d'orphelinats répressifs plus tard, les deux frères se sont forgés l'un de l'autre. Digger frappe, se défend, attaque, rue dans les cordes, acculé à la haine, pense-t-il, par la violence subie. Clay l'adoucit parfois, quand la loi du plus fort lui laisse un peu de place, quand le soir, enfermés tous les deux dans l'obscurité, ils peuvent quand même rêver d'en sortir. Digger balade dans sa poche une image de leur futur paradis, un village de vacances clinquant, nommé Eldorado, dans le sud du Texas.

Ils auraient peut-être pu le conserver intact si Earl Sheridan n'avait pas mis le feu aux poudres qui couvaient chez Digger. Earl est un psychopathe. Sur la route qui le mène à son exécution, interné pour un soir dans institution des deux frères, il s'en évade, prenant Digger et Clay en otages, plus ou moins consentants. Si Earl, ultra violent, fascine l'un, il terrorise l'autre. Dans le début d'une course folle et meurtrière le long de l'I 10, qui mène aussi bien à l'Eldorado qu'à l'enfer, l'entente des deux frères se lézarde, et ce sont deux parcours qui se construisent en se croisant aux tournants de cette même route, que l'on suivra jusqu'à la fin.

L'itinéraire est jalonné de rencontres, vieux garçons solitaires conduisant des pick up bringuebalants, familles en route vers leur home sweet home, jeunes filles fraîches ou perdues, selon le frère qui les entraînent hors de l'asphalte. Les mêmes paysages se succèdent, fermes exsangues, boutiques de confiseries, coffee bars poussiéreux, serveuses peu accortes, bourgades où le temps s'est figé. Des vies normales qui ne verront pas toujours leur fin arriver.

A ce pick up movie, meurtrier ou amoureux, Ellory adjoint un quiproquo policier peu crédible mais qui relance malgré tout l'intérêt lorsque le côté catalogue sanglant en crescendo pourrait commencer à écœurer. Enrichi de ces portraits de quidams qui bordent la route des deux frères, se construit un roman en montagnes russes où l'on reprend rarement son souffle peinard. La fin est un peu grand guignol, ce n'est sans doute pas un grand Ellory, un poil trop manichéen, et excessivement violent, mais il fait froid dans le dos très efficacement.

 

15/02/2016

Des mille et une façons de quitter la Moldavie, Vladimir Lortchenkov

des mille et une façons de quitter la moldavie,vladimir lortchenkov,romansBurlesque et pathétique, la Moldavie est un pays que l'on quitte, ou plutôt que ses habitants cherchent sans relâche à fuir, pour une vie meilleure, vers une utopique Italie, qui d'ailleurs, selon certaines rumeurs, n'existerait même pas. Du moins, pas exactement telle que les Moldaviens se l'imaginent, c'est-à-dire comme un paradis du porte feuille avec vue sur l'avenir. On dit même que certaines moldaviennes y perdraient leur vertu et que les Moldaviens n'y gagneraient pas grand chose. Mais peu leur chaut, les villageois de Larga s'accrochent au pays de Cocagne, vu qu'ils n'ont le choix qu'entre cette fuite là ou rester visés au pays d'Ubu, entre des choux et des choux.

Des mille et une façons tentées par les ingénieux candidats à l'immigration, l'auteur dresse un catalogue loufoque ; pseudo équipes de carling, pseudos voyages organisés, les moldaviens sont autant victimes de leur rêve que des arnaques des passeurs, ils tentent tout, du trafic d'organes à la croisade de gueux qui tourne à l'orgie contre utopique. Les frontières restent infranchissables, pour qui n'a pas la foi en son propre pays.

Seule l'épopée de Vassili et séraphin apporte un souffle un peu plus romanesque à la litanie des échecs sans gloire. Les deux compères transforment un tracteur en avion, bloquent les trains à la vitesse de leur rêve, se carapatent en sous marin sans amphibie, caressent les étoiles de mer ... Et si Séraphin n'a pas vu l'amour de Stella à temps pour comprendre qu'il avait le bonheur à portée de main, c'est que l'aventure l'aveuglait, bien plus que le but qui s'échappait.

On l'aura compris, il s'agit d'une fable politique. Le ton se veut grinçant et satirique, à la façon d'un conte philosophique sur les illusions de l'exil économique. On est censé en rire tout en réfléchissant. Et je ne suis pas certaine d'être le bon public pour ce genre d'écrit. c'est mon côté poisson rouge, j'ai du mal à sourire en cogitant, et à faire l'inverse aussi.

Donc, ce sera, sans jubilation pour moi, ni consternation non plus, je n'ai juste pas suivi la sarabande endiablée des pauvres hères drôlatiques qui voulaient aller brouter ailleurs ...

13/02/2016

Les impliqués, Zygmunt Miloszewski

les impliqués,romans,romans policiers,romans pologneVarsovie, 2005, et c'est presque un autre monde qui s'ouvre avec ce polar où c'est un procureur qui mène l'enquête. Ce procureur , Teodore Szacki, a bien des soucis. Sa vie l'ennuie. Incolore, elle tend à se confondre avec la banalité déteinte des tee-shirt que porte sa femme, Wéronica, quand il rentre le soir dans son appartement étriqué où elle a déjà couché sa fille, Héla, alors que lui, il a encore oublié d'acheter le beurre, ou autre bouquet de fleurs qui pourrait ranimer un peu la flamme. En lassitude, il se concentre sur l'écran de son jeu vidéo. Ce qui, évidemment, en terme de réanimation, ne fait pas progresser les élans affectueux. Bref, Szacki a besoin de changement.

Henry Telak aussi, sans doute, voulait changer quelque chose dans sa vie, sortir d'une dépression que l'on apprendra être chronique, ce pourquoi il s'était inscrit à un séminaire en vase clos de cinq patients du docteur Rudzki, spécialiste d'une nouvelle méthode de psychothérapie de groupe, "la constellation familiale". La singularité de cette immersion est de permettre de mettre en place un système de jeu de rôle où les patients, à tour de rôle, incarnent une figure de de l'histoire personnelle de chacun. ça secoue l’inconscient et Henryk a été le premier à passer à la moulinette. Au matin, ses partenaires le retrouvent embroché de l’œil droit par une incontestable broche à rôtir.

L'arme du crime est d'ailleurs a peu près le seul élément incontestable de l'enquête. Un huis clos parfait, aucun lien ne semble exister entre les différents patients, Barbara Jarcky, Kwiatkowska, Kaim, mis à part leur nom imprononçables en français, mais cela ne compte pas pour un procureur polonais. Szacki fouille dans leur passé, tire des fils un peu dans tous les sens;  le fil du passé trouble, puis, le passé politico économique, l'arrière fond du Varsovie de 2005 qui transpire toujours un peu du dessous, enfin, le fil plus intime d'une famille marquée par les pertes et une infinie tristesse du manque d'amour ... L'enquête balbutie en butte aux méandres d'une administration qui n'en finit pas de lanterner et de compliquer les tâches policières les plus simples.

Pendant que les pistes s'étiolent et que sont décrits longuement les conséquences et présupposés de la "constellation familiale" , notre procureur tergiverse, englué dans les affres du désir d'un renouveau amoureux. Cèdera-t-il, ou pas, aux sirènes érotiques de la jeune et séduisante journaliste, Monika, qui lui fait sacrément envie, une sorte de chou à la crème versus la tarte du quotidien.

Des inserts informatifs s'intercalent dans la narration, énumérant les actualités banales du pays; défaites de l'équipe de foot, activités culturelles, manifestations diverses, qui sont censées faire contrepoids et ramener à la surface une forme de déni politique du passé, là aussi, refoulé et mis sous cape, comme l'inconscient des patients de la "constellation familiale", mais à la dimension de la constellation du pays. En prime, on a droit au bulletin météo du jour.

Une lecture qui m'a un peu perdue en route, malgré mon intérêt croissant pour la libido du procureur. Mais je pense que ce n'était pas le but ....

 

 

11/02/2016

La douce colombe est morte, Barbara Pym

la douce colombe est morte,barbara pym,romans,romans angleterre,cup of tea timeQuelle insupportable héroïne que Léonora ! Assez à son aise financièrement pour vivre en célibataire endurcie, elle a le regard acerbe sur celle de ses amies qui cherche une âme sœur, là où elle a pu la trouver ... La demoiselle, férue de l'ère victorienne, si délicate et si raffinée d'apparence, est bien digne de cette période guindée, rigide, corsetée, qui limitait les battements et les vibrations de l'âme aux délicats pétales des pivoines peintes sur des tasses de thé. Là, au moins, elles ne laissaient pas de saletés inconvenantes.

Agnès Varda dit : "Si on m'ouvrait, on trouverait des plages" ( ce qui n'a rien à voir,  mais je viens de revoir "Les plages d'Agnès", alors cette phrase me trotte dans la tête ...). Et bien, si on ouvrait Léonora, on trouverait des tas de petites saletés mesquines, bien rangées, mais des tas de petites saletés quand même ...

Pourtant, elle n'en n'a pas l'air lors de cette vente de livres rares, où un malaise, fort délicat, lui permet de faire la connaissance d'Humphrey Boyce, antiquaire de bonne figure, et de son neveu, James, de meilleure figure, car beaucoup jeune, plus naïf et plus accessible aux charmes de cette femme, un peu plus âgée, mais si proche de goûts délicats ... Par ailleurs, Léonora est peu incline aux débordements physiques qui, sûrement, lui dérangeraient les dentelles.

Léonora va donc choisir James pour l'agripper dans sa toile d'araignée d'une parfaite courtoisie, un jeu d'amitié amoureuse dont sa solitude se serait bien faite un cocon égoïste pour ses vieux jours. Ces deux là se jouent leur comédie, lui, en jeune gandin effarouché par la modernité, elle, en Pygmalion intouchable, poudré et toiletté. Mais la jeunesse est fébrile, et imprévisible, parfois, elle s'échappe, par la fenêtre dérobée, des mains de celle qui voulait la garder pour préserver l'illusion de la sienne ...

Je découvre avec ce titre une auteure appréciée de Aifelle, Keisha et Dominique, et je ne regrette pas d'avoir suivi leurs pas dans cet univers de coups de griffes feutrés, typiquement english, mais d'un english amer, très vintage, où comme le dit Dominique, "affleure un rien de cruauté", toujours très délicatement distillé dans un "cup of tea time".

 

08/02/2016

Yeruldelgger, Ian manook

yeruldegger,ian maook,romans,romans policiers,roman mongolie,déceptions,pavésLes traditions des nomades mongols se perdent, seules quelques femmes continuent à jeter du lait aux quatre points cardinaux pour souhaiter bon voyage à celui qui s'en va, les yourtes se réduisent à peau de chagrin dans la grisaille des banlieues sordides. Les séries américaines y résonnent et même dans les grands espaces encore vierges, les vieux nomades savent préserver une scène de crime.

Les Coréens ravagent les réserves nationales à grands coups de quads surpuissants et assassins, et pas seulement pour la faune et la flore, gare aux petites filles blondes qui font du tricycle sur leur terrain de jeux ... Ils violent en picolant, et pas que les grands espaces non plus.

L'ultra nationalisme se prend des airs de troisième Reich de pacotille, et se donne des allures de vengeur masqué en coupant les couilles des chinois : missions commandées déguisées en scènes crapuleuses ... Dans les égouts des villes abandonnées par l'ex-ère communiste, grouillent les damnés de la misère, dont il sort parfois, miracle de la bonne nature humaine, malgré tout,  un gentil garçon à l'humour attendrissant ...

Les Chinois rachètent les terres rares, aux minéraux affriolants et pillent ce qui restait de l'âme fière des ancêtres. Tous se prostituent, la police est corrompue, toutes et tous, non ....

Un nouveau Gengis Khan brandit la croix de la résistance, Yeruldelgger. Il a l'âme pure de ceux qui ont beaucoup souffert et n'ont plus rien à perdre. Sa femme est devenue folle après l'assassinat de leur petite fille, Kim, sûre de sa culpabilité à lui. Son autre fille, Saraa, se vautre dans la pire des fanges pour le lui faire payer.

Ce qui n'empêche nullement l'âme droite et fière, (mais blessée), de Yeruldelgger de se dresser seule contre tous. Il mène toutes les enquêtes (la petite fille dans le désert et les chinois émasculés) de front, aidé quand même par quelques moines ressurgis de son enfance, et deux fidèles qu'il lance à la chasse de la justice, (tel "Charlie et ses drôles de dames") ; Solongo, la médecin légiste aux doigts de fée qui attend son heure d'amour, et Oyan, l'inspectrice toujours fidèle, walkyrie violée, amazone ressuscitée ....

Tel le phénix de ses dames, Yeruldelgger ressurgit toujours de ses cendres, infaillible, insubmersible, étanche aux balles, coups, flèches (mince, j'avais confondu avec Jolly Jumper), missiles (James Bond, sors de ce corps !) et vous balance des serpents dans la fosse du méchant en leur chatouillant d'un doigt habile le nombril, étrangle à mains nues des hydres post nucléaires (non, là j'anticipe, c'est dans le deuxième numéro ...). Et évidemment, il vous débusque d'un coup de baguette magique grosse comme une ficelle plombée (même moi, j'avais deviné !), le grand méchant manipulateur à l'âme vile et noire comme les entrailles du profit capitaliste ... (Beurk !!!! C'est pas bien le capitalisme !!!), tout en dégustant des marmottes cuites de l'intérieur, et en ramenant la morale dans un village corrompu aux côtés d'une prostituée au grand cœur.

La Mongolie en mode post apocalyptique même en mode deuxième degré, c'est pas passé. Mon seuil de tolérance a saturé.

06/02/2016

Sigmaringuen, Pierre Assouline

sigmaringuen,pierre assouline,romans,romans français,romans historiquesDès fois, il y a des titres qui me font des acouphènes. Celui-là en a fait parti. A chaque fois que je lisais le nom de la ville, Sigmaringuen, j'entendais la voix de Barbara chantant Göttinguen, à chaque fois que je lisais le nom de Céline, j'entendais ma voix intérieure qui me susurrait à la fois "un écrivain de génie" et "un facho de première", le visage d'Anthony Hopkins dans "Les vestiges du jour" se surpressait sur la silhouette de Julius, le majordome du château, qui a lui aussi quelques soucis dans l'expression de ses sentiments, et c'est un euphémisme. Allez savoir pourquoi, se ramenait alors la musique du générique de Downton Abbey .... Ce qui fait beaucoup pour un seul livre qui ne méritait pas tant d'échos parasites. La lutte intérieure pour garder ma concentration sur le texte de Pierre Assouline fut donc déloyale pour lui.

On rentre dans le château de la famille Hozenzoller qui surplombe la ville de Sigmaringen par le regard de Julius Stein, le majordome qui va devoir rester comme gardien des traditions ancestrales et du bon fonctionnement du service en cette heure grave et inédite. La famille part pour laisser la place aux rogatons du gouvernement de Vichy, dont le Reich ne sait plus trop quoi faire et qui vont échouer là, dans le dernier théâtre de leur sinistre comédie.  Julius les regarde, de haut, cela va sans dire et le ridicule de la farce du pouvoir ne lui échappe pas.

Certains fantoches se croient encore en goguette chez leur puissants vainqueurs et jouent leur carte de petits pions qui se prennent pour des grands.

Les lambris de la vieille demeure auraient pu se gondoler de rire en entendant les discours de ces péquins flanqués de leur jaquette qui se gargarisent de leur fol espoir, l'arme secrète que les nazis vont sortir de leur sous-sol et alors là fini de rire pour les alliés. (mais les lambris ne se gondolent pas, Julius veillant à la bonne tenue de la demeure, et des domestiques)

Les portraits de famille de la galerie des ancêtres regardent passer Lucette, l'ex femme de Céline, qui vient là danser ses entrechats ....

Les livres de la bibliothèque se laissent lire par les ex-haut fonctionnaires frelatés qui suintent là leur ennui.

Laval s'agite encore un peu. Pétain le bat froid et, maître de l'étage supérieur, se rengorge dans sa qualité de prisonnier politique. Darlan  porte encore le flambeau de la milice.

Les femmes de ces petits hommes prennent des bains chauds et volent les sous-tasses et les fourchettes des ménagères.

Un microcosme de grenouilles gonflées d'orgueil, pérorent, aveugle à toute réalité, à n'en plus finir, en sifflant les bouteilles de la cave.

Dans les rues du Sigmaringuen "civil", les réfugiés français envahissent les cafés de leur faux espoirs, puis fuient ou mendient. Julius y croise Céline, dans son rôle de médecin des pauvres, cynique quand même, le Bébert en bandouillère.

Julius se laisse aller à un amour qui aurait été possible si il n'avait pas été Julius. Et c'est là qu'il ne faut pas avoir lu "Les vestiges du jour" ...

Résumé peu cohérent, j'en conviens et en suis fort marri pour ce roman historique, de fort bonne facture, que ma lecture a transformé en hall de gare ....

 

04/02/2016

L'analphabète, Ruth Rendell

l'analphabète,ruth rendell,romans,romans policiers,romans angleterreAvoir vu, voire revu "la cérémonie" de Chabrol, ce film aussi magistral que le meilleur des thrillers bourgeois du maître es-psycho des entrailles mouchetées (je pense à "Que la bête meure" ou "Le boucher"), avoir, la première fois, sursauté d'horreur, avoir accroché son fauteuil, glacée d'effroi, lors de la scène du crime, ne gêne en rien le plaisir de lire ce roman dont Chabrol s'inspira ...

Les deux œuvres se complètent en réalité, car là Chabrol ne dévoile que petit à petit l'origine du mystère de Sophie, Ruth Rendell en fait sa première phrase : "C'est parce qu'elle ne savait ni lire ni écrire qu'Eunice Parchman tua les Coverdale". Du moins quatre d'entre eux. Georges en premier, le père, distingué, prévenant, profondément amoureux de sa femme, Jacqueline, si belle, si soignée, si élégante, grande connaisseuse d'opéra. Ils forment une sorte de couple idéal, brillants, humanistes, souples et ouverts d'esprit, profondement snobs sans même le savoir et rigides, clos dans les valeurs implicites de leur classe sociale.

Ce soir de folie là, Eunice et sa complice firent aussi feu sur les deux adolescents : Mélinda, belle comme les blés, étudiante et amoureuse, aussi libérale et libérée qu'un poisson rouge dans son bocal. Et enfin, elles tuèrent Gil, sombre jeune homme torturé, mystique et boutonneux comme peut l'être un fils de bonne famille tracassé par ses hormones.

Ruth Rendell analyse, là où Chabrol ne laissait rien paraître trop tôt, les étapes de la haine entre la domestique, analphabète, paranoïaque, hermétique à tous sentiments, enfermée dans son incapacité d'empathie, sauf pour les jolies objets qui entourent ses patrons et les séries télévisées dont elle se gave, et eux, les bourgeois intellos qui se piquent d'elle comme d'une bouée de sauvetage contre la poussière.

De tensions en incompréhensions, la victime se fera vengeance d'un crime qu'ils n'avaient pas vraiment commis, celui du mépris qu'elle s'était imaginé, vengeance glacée comme une plongée dans les eaux troubles, dans la mare des ressentiments qui n'avaient jamais trouvé de porte de sortie.

Merci à Ingannmic de m'avoir refait penser à lire ce titre depuis si longtemps noté.

01/02/2016

Josey Wales hors la loi, Forrest Carter

josey wales hors la loi,forrest carterQui l'eût cru  ... Qu'à l'intérieur d'un paquet cadeau rose bonbon avec des fleurs et des cœurs dessus (et aussi un peu de doré ...) donc kitsch à souhait, comme je les aime ... se cachait un cow-boy au cœur dur comme la pierre des déserts et des canyons ?

Josey n'a que le colt à la bouche et dégaine dru. Peu sympathique de prime abord ( d'ailleurs, il ne vaut mieux pas l'aborder tout court ...), le premier Josey Wales (je veux dire celui de la première partie du livre), est un pur hors la loi ; du genre à ne connaître que la sienne, celle de sa survie, la loi morale, il ne sait plus, et peu lui chaut, le cœur ravagé par la perte de sa femme et du fils, la carapace l'entoure.

Ils ont été assassinés par des yankee, des trainards même pas identifiés ; alors, Josey a abandonné la charrue pour les colts, et il s'est fait la main rapide aux côtés des gâchettes des maquisards sudistes, dont l’idéologie humanitaire n'était pas la tasse de thé, les Jesse James and co ... So long boys ....

Lorsqu'ils se sont rendus, la guerre terminée, pour quelques dollards et une poignée d'amnistie de plus, Josey a pris le maquis en solitaire, sans plus de raison que la fuite et sa propre idée du chaos individualiste.

So long boy ...

Je dois avouer que cette première partie m'a un peu inquiétée, j'ai crains un truc à la Rambo, ma dernière déconvenue en terme de western and co. La cavale semble s'étirer sans but, ponctuée de dégainages intempestifs et systématiques. Flanché d'un jeune ex-vacher, le cow-boy, qui ne pipe toujours pas un mot, tire et fuit, fuit et tire ...

Pas so long boy ...

Puis, le cinémascope se met en route, l'horizon se dégage, Josey commence son chemin vers la rédemption, à petits pas vers l'humanité ... Les codes westerniens prennent leur place, un par un : le compagnon de route, le Sancho Pancha des plaines, l'alter égo du héros en un peu plus bavard, Lone, puis, une indienne, sauvée des griffes des méchants, un peu cabossée mais répondant au doux nom de "petit clair de lune".

Ces trois éclopés, valeureux et tout, le roman leur construit une odyssée à leur mesure, vols de chevaux, redressages de torts envers les gentes dames, duel avec un chef indien au cœur dur mais digne....  On va de soulagement en soulagement, Josey se laisse approcher ( à sa façon, hein, faut quand même pas tenter de lui arracher un sourire ni une phrase de plus de trois mots avant les dernières pages ...) et aimer.

So long boys and girls ...

J'avoue, mon coeur de midinette a battu pour que le cow-boy retrouve son Eldorado de champs de bestiaux au coucher du soleil ....

Donc merci Jérôme pour ce plaisir en crescendo, un grand merci de la part d'Athalie, métamorphosée pour l'occasion en Sissi de l'ouest sauvage et âpre !

So  long girls ... So long ...

(et là on entend l'harmonica de Jérôme, fier et sauvage, enveloppant son cadeau de papier rose kitsch avec des grands coups de scotch tranchant l'air des grandes plaines ....)